Daria Gamsaragan, de son vrai nom Ardemis Dora Gamsaragan, née le à Alexandrie, en Égypte, et morte le dans le , est une artiste sculptrice et médailliste. Elle est également écrivaine sous le pseudonyme d’Anne Sarag.
Biographie Daria Gamsaragan est née dans une famille d’origine arménienne venue de Constantinople. Son grand-père, Katchadour Gamsaragan, a quitté Erevan (Arménie) dès son plus jeune âge pour s’installer à Constantinople et chercher du travail.. Honnête et travailleur, il progresse rapidement dans le commerce du tabac, pour occuper une position de choix en Turquie, avant l’instauration de la Régie Ottomane des Tabacs. Il fonde un établissement de tabac à Izmir, qui devint une maison importante connue sous le nom de « L’embarcadère des pins » en turc. Il fut ainsi un fournisseur officiel de tabac et cigares du Palais Impérial, principalement au temps du sultan Mourad. Après la mort de Katchadour Gamsaragan, ses deux fils Armenak et Dikran quittent la Turquie et s’installent en Égypte en 1894 pour poursuivre dans la spécialité de leur père. Ils fondent une usine à Zagazig. Par la suite, Dikran devient écrivain et Armenak prospère dans le négoce de tabac. Armenak Bey est une figure prépondérante au sein de la communauté arménienne d’Égypte, participant généreusement aux associations caritatives ; il est membre fondateur de l’Église Sainte Croix de Zagazig, mais il est également donateur de la prestigieuse École Victoria College à Alexandrie. Armenak Bey est aussi un collectionneur avisé de céramiques d’art islamique, d’antiquités et de tapis.
Daria est la plus jeune de la fratrie : seize ans la séparent de son frère aîné et dix ans de l’autre frère. Elle vit son enfance dans une maison familiale, à Bulkeley, face à la mer, entourée de l’immense affection de ses parents, une maison dont la Anne Sarag, La rivière verte, récit autobiographique, non publié, 3 Février 1984, 310 p.. Son univers est un jardin avec . Dès son plus jeune âge, elle reçoit une éducation conforme aux usages de l’époque dans les familles aisées ; sa nourrice est grecque, ses gouvernantes, anglaises ou françaises. Elle apprend à s’exprimer dans ces trois langues avec beaucoup d’aisance qu’elle gardera toute sa vie. L’arabe, l’arménien et parfois le turc sont des langues qui lui sont aussi familières. Lorsqu’elle est encore enfant, sa famille voyage à Beyrouth et à Constantinople. Des souvenirs de ces voyages lui reviennent les images que son père lui a appris à aimer et qui ont . Toute la famille séjourne régulièrement en Europe les mois d’été. Daria commence à écrire en français dès ses 13 ans, des cahiers remplis de poésies et des nouvelles qu’elle a imaginées. Installée plus tard au 15 rue Ross, à Saba Pacha, dans la nouvelle résidence familiale, la riche bibliothèque de ses parents est sa première source de lectures passionnantes d’auteurs classiques français et anglais. Daria réussit son baccalauréat en 1924, au Lycée français d'Alexandrie. Les solides amitiés nées à Alexandrie dans sa jeunesse avec les familles Aghion et Jabès sont restées vives malgré les années et les bouleversements intervenus tout au long de leurs vies. Andrée Chedid est une amie très proche comme en témoignent leurs nombreux échanges écrits. La rencontre dans son adolescence avec des personnages devenus célèbres tels que Morik Brin venu à Alexandrie au début des années 20 est restée gravée dans son souvenir ; elle le décrit comme « antimilitariste » et . Passé son baccalauréat, Daria connaît une période de flottement entre littérature et peinture. Mais la rencontre avec Joseph Constant et son épouse Ida, va réveiller en elle la vocation d’artiste sculpteur. Inscrite initialement au cours de peinture dans cet atelier informel, rue Nebi-Daniel, elle découvre, un jour en dehors du cours, . La sentant très attirée par ce qu’elle venait de découvrir, Constant l’encourage à essayer et lui demande de d’un homme qu’il alla lui-même chercher dans la rue, devant l’immeuble. Une heure plus tard le travail était fait ! Visiblement très satisfait du résultat, Constant lui dit : . C’est une révélation pour elle. Elle continue à sculpter des visages dont elle capte à chaque fois l’expression avec une ressemblance remarquable. Elle décide alors, avec l’accord de ses parents, d’aller à Paris apprendre la sculpture.
Paris, la Grande Chaumière Elle se présente à l'Académie de la Grande ChaumièreDaria Gamsaragan a été identifiée à ce jour sur au moins deux photographies de groupe dans l'atelier de Bourdelle à la Grande Chaumière prises par André Kertèsz vers 1925-1928 et conservées au musée Bourdelle à Paris (MBPV 3667; MBPH2334) sans autre formation préalable que les cours d’initiation de Constant. Les cours à la Grande Chaumière étaient libres. C’est Athanase Apartis qui l’accueille le premier jour et l’aide dans cet atelier rempli de jeunes sculpteurs déjà bien avancés. La terre glaise et l’utilisation de l’armature étaient inconnus pour Daria Gamsaragan ! Les premiers pas sont très décevants, les sculptures s’effondrent. L’enseignement de la Grande Chaumière par Antoine Bourdelle n’était pas fait pour les débutants. Daria suit aussi les cours de dessin à l’Académie Colarossi et l’enseignement d’André Lhote. Antoine Bourdelle . Souvent, . Daria suit les cours de la l’Académie de la Grande Chaumière de 1924 à 1927 dans le plus petit des deux ateliers avec Margaret Cossaceanu, Bella Raftopoulo, Alberto Giacometti, Germaine Richier, Jean de Marco, Pablo Curatella Manes, Otto Bänninger et d’autres.
Elle y rencontre Imre Gyomai, écrivain et journaliste, qui collabore alors à la revue Montparnasse fondée par Géo-Charles et Paul Husson. Imre a fui la répression de Miklós Horthy en Hongrie et a souffert en captivité dans les prisons sibériennes. Imre et Daria se marient à Alexandrie en 1926. Ils habitent à Paris, d’abord Villa Seurat, dans le arrondissement, ensuite Villa Junot (actuellement Villa Léandre) à Montmartre, dans le arrondissement, un pavillon fait de deux ateliers, l’un pour Imre et l’autre pour Daria. Ensemble, ils collaborent au numéro de la revue Montparnasse consacré au Salon des Tuileries en 1926« Salon des Tuileries », Montparnasse, mensuel, n°47, juin 1926. dans lequel Daria Gamsaragan expose aussi ses premières sculptures, à côté d’autres élèves de Bourdelle. Daria participe de nouveau au Salon des Tuileries en 1928Paul Teurens, « Salon des Tuileries », Art et Décoration, 1928 ; « Salon des Tuileries », L’ami du peuple, mai 1928 ; « Salon des Tuileries », Le journal de débats, mai 1928., 1932, et 1937.
Le début des années 1930 est une époque très riche en rencontres avec des artistes et des écrivains, dont certains étaient aussi leurs voisins à Montmartre : Maurice Utrillo, Berthe et H.P. Grassier, Francisque Poulbot, Tristan Tzara, et aussi Roger Vailland et Bernard Lecache, rencontrés à La Boule Blanche, à Montparnasse. L’amitié avec Brassaï date de cette époque et elle a duré toute leur vie, ensuite avec Gilberte, son épouse, aussi.
Daria garde les liens avec son pays d’origine. Elle retourne régulièrement pour y exposer ses œuvres ; à cette époque, Le Caire connaît une nouvelle effervescence culturelle et ambitionne de devenir une scène internationaleNadia Radwan, Les modernes d’Égypte : Une renaissance transnationale des Beaux-Arts et des Arts appliqués. Bern: Peter Lang AG, Internationaler Verlag der Wissenschaften. https://www.peterlang.com/view/product/80013, 2017.. Daria expose en 1930Morik Brin, « Xème Salon du Caire », Le Journal du Caire, 2 janvier 1930 ; André Chevalier, « De la couleur et des formes autour d’une tasse de thé », La réforme, 27 janvier 1930 ; « La Bourse égyptienne, Promenade au Salon du Caire », 3 janvier 1930 au Xème Salon du Caire qui a un fort retentissement dans la presse égyptienne. À Alexandrie, elle expose avec le peintre S. Neroni au Cercle Italien« Neroni e Gamsaragan (en italien) », Argus égyptien et international, 27 janvier 1930., puis avec Nersès Bartau à la Galerie MMMLa bourse égyptienne, Expositions Daria Gamsaraganet Nerses Bartau Galerie MMM Le Caire, 1929., ensuite en 1937, à l’Exposition de l’Atelier et en , seule, à la Galerie MMM« Galerie MMM 34 Rue Kasr-el-Nil, Le Caire, Carte d’invitation, 1938.. Cette période fut aussi celle des « amours compliquées » et des « nostalgies déchirantes ». Les nouvelles inquiétantes venant des écrivains fuyant le stalinisme, les suicides et les disparitions derrière le rideau de fer, ont fini par jeter un effroi dans le groupe très cosmopolite qui fréquentait Montparnasse. Les grands malheurs qui vont suivre annoncent déjà la fin d’une forme d’insouciance et de jeunesse des artistes. Daria travaille sans relâche. Au Salon des Tuileries, en 1932, Gaston de PawlowskiGaston de Pawlowski, « Salon des Tuileries », Le Journal, mai 1932. remarque . En 1936 Daria expose avec le peintre Émile Lahner à la Galerie Bonaparte, avec une introduction de J. M. Campagne« À travers les galeries", Galerie Bonaparte,12 Rue Bonaparte, Paris Émile Lahner et Daria Gamsaragan », Paris Littéraire, mai 1936.. Une sculpture représentant le buste de l’écrivaine Séverine y est présentée« Galerie Bonaparte », Le quotidien, avril 1936. destinée à figurer dans un square de la capitale. En 1938, Daria Gamsaragan expose à la Galerie contemporaine, rue de Seine« Exposition Internationale de la Galerie Contemporaine, 36 Rue de Seine, Paris », Le Jour, 27 janvier 1938.. En 1939, elle participe au Salon des Tuileries : les critiques d’art Jacques de LapradeJacques Laprade, « Salon des Tuileries », Beaux-Arts, juin 1939, Louis VauxcellesLouis Vauxcelles, « Salon des Tuileries », Excelsior, juin 1939. ou Marius LeblondMarius Leblond, « Salon des Tuileries », La Vie, 15 juillet 1939. témoignent de sa participation dans divers écrits. L'artiste participe aussi au Salon du groupement d’art contemporain en Louis Guillauame, « 4ème Salon du groupement d’art contemporain, 11 Rue Royale Paris », La Patrie humaine, juin 1939 dont Louis Guillaume fait état dans La Patrie Humaine.
L’après-guerre À l’automne 1939, désormais séparée d’Imre, Daria Gamsaragan doit se rendre en Égypte pour raisons familiales. Lorsque la guerre éclate, son retour en France s’avère difficile. Elle habite un temps à Toulon. Elle parvient à exposer en aux Salons ; Charles KunstlerCharles Kunstler, « Salons 1940 », L’époque, avril 1940 et Édouard SarradinÉdouard Sarradin, « Salons 1940 », Le Journal des débats, avril 1940 en témoignent. Puis, on ne trouve pas de trace des expositions de Daria avant 1946, avant le Salon d'automne, lorsque M. L. SondazM. L. Sondaz, « La beauté antique et la sculpture moderne, Salon d’Automne », Étoile du soir, 23 octobre 1946. fait un long commentaire sur le Torse de marbre qui insuffle .
Entretemps, Daria rencontre Georges E. Vallois dont elle devient la compagne durant plusieurs années. Il occupe des postes de directeur au Franc-Tireur et à Libération. Elle évolue alors dans le milieu de l’après-guerre en côtoyant et en aidant d’anciens résistants. Dans l’euphorie de la libération, elle acquiert une grande maison à La Michelière, près de Honfleur, où les journalistes du Francs-Tireurs se réunissent quelques fois. Elle écrit : . Mais, lorsque David Rousset en 1949, dénonce le monde concentrationnaire en URSS, Georges ne l’écoute pas. Daria, sans avoir un engagement politique, éprouve un grand sentiment de révolte pour ne pas avoir réagi elle-même, car elle n’était pas d’accord avec les « options » de Georges et elle estime avoir été « lâche » et s’être contentée de « faux semblants ». Elle noue dans cette période une amitié sincère avec Yves Farge, qui décède accidentellement en 1953 et elle reste très liée à son épouse surnommée « Fargette ».