La Niverolle alpine (Montifringilla nivalis) est une espèce de passereaux de la famille des Passeridae, vivant en haute altitude dans les massifs montagneux d'Europe et d'Asie. C'est l'une des espèces d'oiseaux vivant le plus en altitude au monde..
L'espèce est proche des moineaux mais s'en distingue notamment par divers traits comportementaux, sa taille légèrement supérieure, son plumage très contrasté et son adaptation au climat montagnard. Espèce paléomontagnarde considérée comme une relique de l'ère glaciaire, elle présente notamment une grande résistance au froid, les embryons étant capables de se développer à une température inférieure à celle des autres oiseaux, et les petits naissant couverts de duvet alors que les poussins de moineaux naissent nus. Elle niche en couples disséminés et devient très grégaire à l'automne.
Oiseau de l'étage alpin, la niverolle affectionne les milieux ouverts, prairies et zones rocheuses, que la population des Alpes, partiellement migratrice, recherche même lors de ses hivernages dans des massifs montagneux plus méridionaux, en particulier les Pyrénées..
La Niverolle alpine compte sept sous-espèces, dont une seule est présente en Europe et toutes les autres occupent différentes régions montagneuses d'Asie. L'espèce est décrite pour la première fois par des scientifiques européens en 1760.
Le genre Montifringilla compte deux autres espèces de niverolles, la Niverolle de Henri et la Niverolle du Tibet, toutes deux strictement asiatiques, et est proche de deux autres genres, Pyrgilauda et Onychostruthus.
Étymologie et appellations Le nom scientifique (latin) de l'espèce, Montifringilla nivalis, est composé de Montifringilla, construit à partir de mons et de fringilla et qui signifie littéralement « pinson des montagnes » (fringilla étant le nom latin des pinsons), et de nivalis, nival, neigeux, couleur de neige. Son allure de Fringille et ses mœurs ont contribué à ce nom qui peut ainsi se traduire par « pinson des montagnes neigeux » ou « couleur de neige » ...
vignette|Un couple de niverolles et un jeune dépendant, représentés au dans l'ouvrage de H. E. Dresser, A history of the birds of Europe : including all the species inhabiting the western palearctic region.
Le nom vernaculaire français « niverolle » a pour racine latine nix, nivis, la neige, nivalis « nival » ou nivarius, « de la neige ». En 1778, Buffon utilise ce nom dans son Histoire naturelle, mais aussi celui de « pinson de neige », qu'il explique ainsi : . Buffon indique enfin que le mot « nivereau » est usité en Dauphiné.. Le Littré mentionne l'expression « Fringille nivéale ».. Le français du Val d'Aoste utilise l'expression quinson de montagne, « pinson de montagne »..
En occitan niçois, l'espèce est appelée quinsoun de couola, « pinson de col ». Toujours pour l'occitan, le mot niveirỏu est également mentionné par Louis Boucoiran en 1875..
Le nom italien, fringuello alpino, « fringille alpin » ou « pinson alpin », est lui aussi une allusion à son allure de fringille..
En romanche, langue de Suisse orientale, l'espèce porte différents noms populaires, variables selon les dialectes : squinz da naiv, « pinson de neige », utschi della néiv, utschel dalla neiv, qui signifient « oiseau de neige », ou encore pasler da nev, « moineau de neige »...
Les noms espagnols gorrión nival, « moineau de neige » et gorrión alpino, « moineau alpin », font davantage le rapprochement avec les Moineaux, de même que le nom galicien pardal alpino et que le nom catalan pardal d'ala blanca, puisque le mot pardal désigne dans ces deux langues les différentes espèces de Moineaux (bien qu'il s'applique aussi en catalan à l'Accenteur mouchet, espèce souvent confondue avec un moineau). Ces deux noms signifient donc « moineau alpin » et « moineau à ailes blanches ». Comme dans le nom anglais, « à ailes blanches » renvoie à l'aspect des ailes en vol Dictionnaire Catalan - Français en ligne .. En effet, le nom anglais de l'espèce est white-winged snowfinch, « pinson de neige à ailes blanches », allusion aux grandes plages blanches des ailes visibles en vol..
Le nom populaire allemand Schneefink, « pinson de neige », est de nos jours remplacé par le nom vernaculaire Schneesperling, « moineau de neige »..
En dépit de certaines de ses appellations régionales, l'espèce n'appartient pas aux Fringilles mais est un proche parent des Moineaux, même si son bec de granivore et certains traits de comportement la rapprochent des Pinsons.
Taxonomie et répartition Montifringilla nivalis vignette|gauche|Frontispice de l'Ornithologie de Brisson, 1760 L'espèce Montifringilla nivalis a été décrite pour la première fois par Mathurin Jacques Brisson en 1760, dans son Ornithologie, sous le nom de Fringilla nivalis, (Brisson mentionne à la fin de sa description la provenance du spécimen utilisé : du cabinet de Réaumur)Texte original de la notice de Brisson : .. Elle est décrite ensuite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1766, dans sa mise à jour de son Systema Naturae faite à partir du travail de Brisson et dont il reprend le nom de Fringilla nivalis, mais avec une erreur : Linné écrit en effet que l'espèce provient d'AmériqueLinnaeus Syst. Nat. ed.12 p.321... En 1778, Buffon décrit l'espèce à son tour, en se contentant de reprendre à son compte le travail de Brisson (qu'il cite)Citation de la notice de Brisson par Buffon, page 136 de son Histoire Naturelle : . Le genre Montifringilla est créé par Christian Ludwig Brehm en 1828.. Plusieurs sous-espèces sont distinguées, présentant de légères variations phénotypiques..
Synonymes Henry Eeles Dresser mentionne plusieurs synonymes tombés en désuétude. : Emberiza nivalis, Scopoli, 1769 ; Fringilla saxatilis, Koch, 1816 ; Plectrophanes fringilloides, Boie, 1822 ; Montifringilla glacialis, Brehm, 1828 ; Leucosticte nivalis, O. des Murs, 1867.
Répartition des taxons Répartition générale
vignette|redresse=1.3|Carte de répartition de la Niverolle alpine.
L'espèce est présente dans les montagnes du centre et du sud-ouest du Paléarctique. On la trouve ainsi au Xinjiang en Chine, dans le sud de la Russie, en Mongolie, dans l'Hindou Kouch en Afghanistan, au Pamir, au Kazakhstan, dans le sud de l'Europe (nord de l'Espagne, Pyrénées, Alpes, Corse, Grèce).
Selon , la Niverolle alpine est représentée par 7 sous-espèces (ordre phylogénique) :
Montifringilla nivalis nivalis (Linnaeus, 1766) — du sud de l'Europe (Alpes, Pyrénées notamment) ; Montifringilla nivalis leucura Bonaparte, 1855 — du sud et de l'est de la Turquie ; Montifringilla nivalis alpicola (Pallas, 1811) — du Caucase et du nord de l'Iran jusqu'en Afghanistan ; Montifringilla nivalis gaddi Zarudny & Loudon, 1904 — monts Zagros (sud-ouest de l'Iran) ; Montifringilla nivalis tianshanica , 1943 — monts Tian, est du Kazakhstan et nord du Tadjikistan ; Montifringilla nivalis groumgrzimaili Zarudny & Loudon, 1904) — nord-ouest de la Chine (Xinjiang) jusqu'au centre de la Mongolie ; Montifringilla nivalis kwenlunensis Bianchi, 1908 — nord du Tibet et centre-ouest de la Chine.
La sous-espèce Montifringilla nivalis nivalis se trouve exclusivement en Europe, où elle fréquente les massifs des Alpes (France, Italie, Suisse, Allemagne, Autriche), des Pyrénées (les deux versants), la cordillère Cantabrique, la Corse, les Apennins et les Balkans ..
En France En France, la majeure partie de l'effectif vit dans les Alpes où l'espèce fréquente les plus hauts massifs de la Haute-Savoie jusqu'au mont Bégo dans les Alpes-Maritimes. Elle est beaucoup plus rare dans les Préalpes où elle se limite aux massifs les plus élevés présentant un ou plusieurs sommets culminant au moins à d'altitude (Cornettes de Bise, massif du Giffre, chaîne des Aravis). Elle est bien représentée dans les trois parcs nationaux (Écrins, Mercantour, et Vanoise). Malgré les recherches, la reproduction n'a pas été constatée dans le Vercors.
Un second noyau de population se trouve dans les Pyrénées et notamment dans le parc national. Dans ce massif, on la trouve du pic d'Orhy (Pyrénées-Atlantiques) au port d'Aula (Ariège), mais c'est seulement dans les régions les plus élevées que sa présence est régulière (Balaïtous, Néouvielle, Aneto). Il est probable que l'espèce s'étende également plus à l'est, jusqu'à la Cerdagne.
Un troisième noyau a été découvert en 1980 au Monte Cinto en Corse.
Autres niverolles et complexe d'espèces Le genre Montifringilla compte deux autres espèces de niverolles : la Niverolle de Henri (Montifringilla henrici, Oustalet, 1892), qui vit dans l'Est du Tibet ; la Niverolle du Tibet (Montifringilla adamsi, Adams, 1859), qui vit dans le Sud du Tibet et l'Ouest de la Chine et présente deux sous-espèces (M. adamsi adamsi et M. adamsi xerophila).
Ces deux espèces sont parfois considérées comme des sous-espèces de la niverolle alpine.
Les noms de pinson des neiges et de niverolle sont attribués à sept espèces appartenant à trois genres : outre Montifringilla, il s'agit de Pyrgilauda et d'Onychostruthus. Toutes ces espèces vivent dans le Paléarctique et six d'entre elles se trouvent sur le plateau tibétain. Une étude menée sur ces sept espèces a permis de confirmer leur monophylie et de distinguer trois lignées évolutives. : le clade regroupant les trois niverolles du genre Montifringilla, au sein duquel les résultats de l'étude montrent de fortes affinités entre les trois espèces et plus particulièrement entre nivalis et adamsi ; un clade comprenant la Niverolle à cou roux Pyrgilauda ruficollis, la Niverolle de Blanford Pyrgilauda blanfordi et la Niverolle de David Pyrgilauda davidiana ; un clade représenté par la Niverolle de Taczanowski Onychostruthus taczanowskii, espèce apparentée à toutes les autres niverolles et qui occupe une position basale dans l'arbre phylogénétique du complexe d'espèces.
Les auteurs de l'étude estiment . La cladogenèse de Montifringilla et Pyrgilauda est plus récente et semble contemporaine de la deuxième phase de soulèvement du plateau il y a 2,5 millions d'années, de la troisième il y a 1,7 million d'années et de la phase la plus récente, le , il y a 1,5 million d'années à 600 000 ans avant le présent. Pour les auteurs, .
Description thumb|Une Niverolle alpine adulte en plumage hivernal dans les Alpes du Nord françaises.
La Niverolle alpine est un petit passereau robuste mesurant de seize et demi à dix-neuf centimètres de longueur., pour environ trente-trois centimètres d'envergure ; la queue mesure soixante-huit à soixante-seize millimètres, le bec treize à quatorze millimètres. Le poids moyen d'un individu est de trente-sept grammes en été, et de quarante-quatre grammes en hiver (trente à cinquante grammes)..
La tête est grise et le manteau brunâtre. Le front est blanc crème et l'œil présente un léger cercle orbital clair. La gorge est blanchâtre et le menton est noir mêlé de blanc. Les ailes présentent de grandes plages blanches (rémiges secondaires et tertiaires) et sont terminées par une zone noire (rémiges primaires sauf les huitièmes, neuvièmes et dixièmes, partiellement blanches). Les couvertures alaires sont blanches, sauf une partie des primaires, ce qui délimite une plage blanche entre elles et la zone noire des rémiges primaires. La queue est partagée en deux bandes blanches par une raie médiane noire. La poitrine et le ventre sont d'un blanc cassé.. Le bec est noir à la belle saison et jaune-orangé en hiver.
vignette|gauche|Niverolle alpine vue de dos.
Les adultes muent à partir de la fin juillet et leur nouveau plumage est entièrement renouvelé dans le courant de l'automne. La bavette noire est alors souvent masquée en plumage hivernal frais. Le dimorphisme sexuel est faible, mais le mâle est plus contrasté que la femelle et ses couvertures primaires ont davantage de blanc. La femelle est davantage brun-roux à la tête, sur les côtés du cou, et sur le dos.