Mamadou N'Diaye, né le à Diourbel au Sénégal et mort le à Roubaix en France, est un marin, boxeur, résistant et chiropracteur sénégalo-français.

Mamadou N'Diaye s’intéresse très tôt à la mer et lors de ses premiers séjours à Dakar, il passe de longs moments à observer les bateaux et s'engagera sur un de ces bateaux qui accostaient au port. Il parcourra le monde pendant neuf années sur différents navires de la marine marchande où il sera tour à tour, homme d'équipage, graisseur, mécanicien, timonier. Il deviendra par la suite chauffeur à bord d'un navire.

Pratiquant la lutte sénégalaise et la boxe depuis l'enfance, N'Diaye effectue des combats contre d'autres matelots à bord des navires. Lors d'une escale à Rio de Janeiro, il monte sur le ring lorsqu'un boxeur déclara forfait et s'ensuit devant un combat qu'il gagne par KO à la suite d'un uppercut. Le public acclame le . Encouragé par ce succès, il s’entraîne de plus belle et envisage désormais une carrière de boxeur. Il quittera son dernier poste pour s'installer en France et notamment sur Roubaix, où il fait partie des premiers Africains de la ville. Il est surnommé à la suite de ses premiers combats, dont certains sont couverts par la presse de Roubaix et de Belgique.

Mamadou N'Diaye entre dans la Résistance de 1941 à 1944 avec sa participation au groupe Sussex du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de la France libre à Londres.

Après la Seconde Guerre mondiale, il devient chiropracteur à Roubaix. Il exerce une pratique manuelle et traite les douleurs vertébrales, traitant un grand nombre de patients français et belges.

Biographie Origines familiales thumb|right|Des tirailleurs sénégalais lors de la Première Guerre mondiale. Mamadou N'Diaye est le fils de Matar N'Diaye et de Matou Diouf. Son père qui est vendeur d'esclaves est le chef d'une tribu-village qui porte son nom et qui compte une cinquantaine d'habitants.. Ce dernier participera à la Première Guerre mondiale, notamment lors de la bataille de Verdun où il sera caporal et du côté d'Ypres en Belgique. Sa mère, qui a le don de soulager les futures mamans par imposition des mainsAndré Diligent, itinéraire d'un chrétien démocrate du Nord (google.fr), accouche de Mamadou toute seule au pied d'un baobab à 6 heures du matin.

Éducation et famille Mamadou N'diaye fait partie d'une famille de six enfants. Dième, sa sœur aînée, est celle dont il se sent le plus proche puisque c'est elle qui s'est occupée de lui bébé. Les autres sont Synou, sa sœur cadette, et Moucha, Abdou et Omar, ses trois frères. Les deux premiers perdent la vie aux côtés de l'armée française lors de la Seconde Guerre mondiale et Omar, seul survivant, sera blessé plus tard et . Il va à l'école française, puis à l'école musulmane à Dakar. Il continue sa scolarité à la mission des Pères blancs où il apprend à lire avec le révérend-père Loridant, originaire de Tourcoing.

Engagement dans la marine marchande Dès l'âge de douze ans, il s’intéresse à la mer. Lors de ses premiers séjours à Dakar, il passe de longs moments à observer les bateaux sur le port de Mole 2. Il décide alors le , de s'engager sur un de ces bateaux à quai à Dakar afin d'aider sa famille et de soulager ainsi sa mèreIl était une fois Mamadou Ndiaye, le Sénégalais qui guérissait Roubaix et au-delà (gallica.bnf.fr).

En travaillant pendant neuf ans comme moussaillon, graisseur, mécanicien, timonier, chauffeur à bord de navires de la marine marchande, il fera trois fois le tour du monde à bord de différents navires et sur plusieurs années. Au terme de ce qui sera sa dernière navigation, il démissionne et décide de s'installer en France.

Arrivée en France Il emménage en France en 1931, dans la rue de la Poste à Lille. Mamadou Ndiaye apprend très rapidement le français auprès d’un missionnaire à Tourcoing, avant de se convertir à la boxe en suivant des cours au centre régional d’éducation physique à RoubaixIl était une fois Mamadou Ndiaye, le Sénégalais qui guérissait Roubaix et au-delà (lemonde.fr). Il travaille alors comme laveur de voitures et suit des entraînements de boxe à Roubaix.

Il s’installe à Roubaix en , dans le quartier populaire du Pile. Il s'affilie au Boxing club de Wattrelos où il devient boxeur de l'équipe du professeur Victor Bailleul, chez qui il dispute une trentaine de combats. Amateur, il travaille comme serveur dans la brasserie de la rue Pierre-Motte entre ses entraînements. Il devient ouvrier municipal, travaillant pour la ville de Roubaix comme chauffeur, balayeur, fossoyeur et ouvrier des routes. Il gardera pendant des années un fort lien avec quelques collègues, dont Albert Deldique de Wattrelos. Il s'installe le au 168, rue de Tourcoing à Roubaix.

Il fait partie des premiers Noirs africains installés à Roubaix avec Rita, qui tient une maison de passe rue du Chemin de Fer à Roubaix.

La date de son arrivée à Roubaix coïncide avec une période où la ville connaît une vague d’immigration massive. C’était une époque de plein-emploi, l’apogée de l’industrie textile. À la recherche de main-d’œuvre, les nombreuses usines en activité recouraient souvent à des soldats ou travailleurs coloniaux d’Afrique. Même si rien ne prouve que Mamadou faisait effectivement partie de ce contingent, la coïncidence historique est intéressanteA Roubaix, le boxeur sénégalais qui guérissait (jeuneafrique.com).

Carrière de boxeur Le boxeur noir thumb|right|Mamadou N'Diaye en 1937. Lutteur et boxeur amateur depuis l'enfance, dans la pure tradition sénégalaise, il effectue des combats amicaux contre des collègues matelots à bord de navires pour se maintenir en forme. Lors d'une escale avec permission de descendre du bateau à Rio de Janeiro, il a l'occasion de monter sur un ring. Un des adversaires d'un combat de boxe déclare forfait et N'Diaye, poussé par ses collègues, le remplace au pied levé. Une victoire par KO à la suite d'un uppercut s'ensuit devant 3 à . Le public acclame le boxeur noir. Encouragé par ce succès facile, Mamadou N'Diaye s’entraine de plus belle et envisage une carrière de boxeur.

Il effectue de nombreux combats dont certains sont couverts par la presse de Roubaix et des environs. En , dans le salle de cinéma Magic de Linselles, Mamadou N'Diaye sociétaire du Boxing club de Wattrelos et surnommé le Nègre bat par KO dans un match défi, le dénommé SimoensJournal de Roubaix 22 septembre 1934 (bn-r.fr). La presse d'Ypres mentionne un negerbokser nommé Mamadou parmi les boxeurs d'un boksgala en 1936. Gaston Bridou, issu comme N'Diaye de l'école de boxe Édouard Dubus situé rue du chemin de fer et futur patient de Mamadou N'diaye, mentionne que Mamadou N'Diaye est l'idole des spectateurs de Courtrai.

En lors d'un combat vedette, il perd contre Allaert de WervicqL’Égalité Roubaix-Tourcoing 9 mars 1936 (bn-r.fr) et en novembre de la même année, il participe à un grand gala de boxe à Bruay-la-BuissièreL’Égalité Roubaix-Tourcoing 7 novembre 1936 (bn-r.fr). En , il participe au Gala de Roubaix au profit des gueules cassées en combattant notamment le boxeur lillois Robert Descamps qui l'a battu recemment Journal de Roubaix du 19 février 1937 (bn-r.fr).

Il effectue un combat le à Auxi-le-Château, qu'il perd contre le Français Jules MastelynckMamadou N'Diaye ID# 338895 Pro Boxing (boxrec.com). Il effectue son dernier combat le dans la salle du Dancing-Scala à Mouscron. Il perd contre le belge Jean-Louis Braye.

Lors d'un combat, il blesse son adversaire, qui perd la vue. « Mes mains, se dit-il, ne doivent plus servir à blesser, mais à soigner mes prochains » et déclare aussi au sujet du passé esclavagiste de son père, qu'il ne veux pas faire le mal.

Durant sa carrière, il est surnommé pour ses talents de boxeur. Il dispute en tout 275 combats, desquels 44 sont enregistrés. Il termine sa carrière sportive comme directeur, manager et entraîneur de boxe. On retrouve des boxeurs de toutes origines avec des Polonais, Belges, Algériens, Marocains et Sénégalais. Il entraîne Lucien Deledicque et Nicolas Baugrand, deux futurs boxeurs professionnels, Jean-Claude Halimi le cousin d'Alphonse Halimi et aussi Ali Negab. Le club dénombra alors jusqu'à 59 boxeurs simultanément. vignette|Projet pédagogique: ma classe aux Jeux,  au lycée Turgot de Roubaix, dans une salle de classe en arrière plan, une affiche hommage à "La Panthère Noire" avec des sportifs locaux, M. Daouda Sow, médaillé d'argent en boxe anglaise aux JO de Pékin en  2008, Alicia Quennee, Keylian Plancque et Patrice Delaby. Le 16 avril 2024. Dans le registre Mémoires de boxe, sa compagne Alice consigne les noms, dates, lieux des combats de boxe de Mamadou N'Diaye menés en Australie, à Tahiti, en Inde, en Hongrie, en Belgique, en France... tous menés dans les catégories poids plumes ou légers. En 1939, des combats de boxe se déroule dans une salle nommée Mamadou à RoubaixL’Égalité Roubaix-Tourcoing 28 mars 1939 (bn-r.fr).

Fondation du Boxing Club de Roubaix En partie pour équilibrer la solde des boxeurs (45 % pour l'organisateur, 35 % pour les boxeurs, 10 % pour les frais d'organisation et 10 % pour le fisc), il fonde avec quelques amis en 1941, le Boxing Club colonial de RoubaixLe Réveil du Nord 30 août 1941 (retronews.fr). Le siège du club, affilié à la FFB, se trouve au café La Betterave, rue de Lannoy à Roubaix et le premier président est André Lips. Il combat dans la salle La Betterave lors du premier gala de boxe du Boxing Club colonial de RoubaixL’Égalité Roubaix-Tourcoing 22 septembre 1941 (retronews.fr). Il devient professeur de boxe au Boxing Club colonial de Roubaix qui deviendra par la suite le Boxing Club de Roubaix.

Seconde Guerre mondiale Le mouvement Sussex du BCRA de Londres Mamadou N'Diaye est titulaire d'une attestation d'activité dans la Résistance émanant de l'Association des déportés et internés. Le comité Résistance-Active avec la signature de M. Delépine reconnait son appartenance à l'association de 1941 à 1944 et son aide au groupe de résistance Sussex du BCRA, le bureau de renseignement et d'actions clandestines de la France libre à Londres. Marcel Guislain, président de la Fédération du Nord des Résistants, internés et déportés rédigera une attestation similaire à l'intention de N'Diaye.

Il est crédité à Mamadou N'Diaye des actions de sabotage contre l'ennemi, contre les dépôts d'armes et d'essence allemands, l'activité d'agent secret et d’information, de maintes arrestations par la Gestapo et d'avoir échappé plusieurs fois au peloton d'exécution. En 1941, il fait installer un émetteur radio dans sa cave. Il prétexte une maladie pour rentrer et transmettre par code morse des informations à la Résistance.

Il est déporté vers le camp de Buchenwald, transfert dont il s'échappe et marche à pieds nus sur le chemin du retour.

Max Paeschke, une amitié secrète avec un officier allemand Son amitié secrète avec un officier allemand, Max Paeschke, boxeur amateur, le sauve. En échange d’entraînements secrets, l'officier lui garantit la non-dissolution de son club de boxe. Max Paeschke lui délivre des papiers d'identité avec comme mention professionnelle, boxeur. Max Paeschke ravitaille Mamadou N'Diaye durant la grande famine pendant l'Occupation allemande, continuant de lui expédier des colis de vivre même après sa mutation sur le front de l'Est.

Par gratitude, Mamadou N'Diaye jure de faire pareil pour Max Paeschke et lorsque ce dernier se retrouve derrière le mur de Berlin, il lui envoie régulièrement des colis. Le , profitant de l'ouverture de la frontière à l', il fera le voyage à Leipzig pour revoir Max Paeschke, après de séparation. La rencontre se fera à Markkleeberg, dans la banlieue sud de la ville où Max vit avec sa famille.

Retour à la vie civile et mariage avec Alice Viaene