vignette|Momie d'un des trois enfants du Llullaillaco dans la province de Salta (Argentine). vignette|La momie d'Ötzi, un exemple de momification naturelle. vignette|Momie au musée du Louvre, un exemple de momification rituelle. vignette|Momie au British Museum.
Une momie est un cadavre qui a été préservé de la destruction et de la putréfaction par des effets naturels ou par des techniques humaines.
Le plus souvent, il s'agit d'une intense dessiccation et d'une désinfection (pour éviter la prolifération des micro-organismes qui provoquent la putréfaction du cadavre).
Étymologie Le terme momie dérive d'une étymologie complexe expliquée par l'histoire et les emprunts de termes médicaux, techniques et commerciaux. Il a intégré le français, avec sa variante mumie, du latin médiéval mummia, « substance liquide extraite des corps embaumés utilisée comme drogue médicinale », lui-même issu de l’arabe , « mélange de poix et de bitume, substance dont les anciens Égyptiens se servaient pour embaumer leurs morts », dérivé du persan , « cire, substances balsamiques »)
Égypte antique
vignette|Momies d'animaux (British Museum).
Selon les textes des sarcophages, les Égyptiens de l'Antiquité qui croyaient que la préservation du cadavre des pharaons (puis des notables et même de certains animaux comme les chats lui assurait une vie éternelle dans l'au-delà, utilisaient un ensemble complexe de techniques dont le retrait des viscères et du cerveau, le lavage au natron, le remplissage du corps avec des goudrons, des bitumes et des plantes, la protection externe de la momie étant complétée par un emballage dans un réseau de plusieurs bandelettes.
En réalité, alors que la véritable momification destinée aux privilégiés apparaît à la avec la fonction d'embaumeurs attitrés, des techniques de préservation des corps (notamment l'inhumation à même le sable chaud qui séchait les corps) existent dès tandis que des techniques de momification plus simples se sont répandues à partir du avant notre ère et concernent toutes les couches de la société. Des momies partielles (mâchoires ou mains momifiées de femmes à Hiérakonpolis) ont même été trouvées dès 3600 avant notre ère.
Il y avait aussi des momies chrétiennes en Égypte antique. L'adoption progressive du christianisme par la population égyptienne n'a pas brutalement mis un terme à la pratique de la momification. C'est à partir de la fin du que l'on rencontre des traces de christianisation, notamment à Alexandrie, puis progressivement dans le reste du pays. La pratique de la momification n'a jamais été interdite par les textes canoniques chrétiens. Le fait que les chrétiens croient à la résurrection des morts s'accorde d'ailleurs parfaitement avec la volonté de préservation des corps. Néanmoins la technique est différente. On ne note aucune trace d'éviscération abdominale, alors que l'extraction des viscères était un geste primordial dans la momification. Le natron était aussi utilisé. Mais les défunts n'étaient pas embaumés de la même manière.
Une étiquette en bois inscrite attachée à la momie, à l'époque romaine, servait à identifier le corps parmi les dizaines entassés lors des inhumations collectives.
La médecine arabe évoque l'usage couramment de la mummia, terme signifiant aussi bien des substances de bitumes naturelles que des matières issues de la dégradation des momies égyptiennes. Au , les traducteurs latins se méprennent sur ce mot qu'ils traduisent par Mumia, poudre de momie qui était supposée avoir le don de guérir contre de nombreuses maladies (céphalées, nausée, paralysie, maux de gorge, fractures, tuberculose, etc.), être un bon engrais. Cette poudre devient si prisée (davantage la mummia bianca provenant de cadavres de fillettes mortes vierges, que la mummia nera issue de momies enduites de bitume) que se développe au un commerce de poudres de momies égyptiennes mais aussi des escroqueries, notamment leur substitution par des corps volés sur les gibets. Se développe aussi le baume de momie, la liqueur de momie aux supposées vertus curatrices. Au , le brun momie est utilisé en alchimie, comme teinture et comme pigment pour les peintures à l'huile. Au , des séances publiques de démaillotement de momies se déroulent dans les cabinets de curiosités. Jusqu'au , des milliers de momies humaines et animales sont importés d'Égypte pour servir de papier d'emballage, de bois de chauffage, de combustible pour les machines à vapeur ou d'engrais fertilisants. En 1888, les momies de sont découvertes dans une nécropole égyptienne. Réduites en poudre, sont expédiées pour servir d'engrais à des agriculteurs d'Angleterre.
Chine vignette|Momie du Musée d'histoire de Jingzhou. Depuis les années 1970, on a retrouvé en Chine plusieurs corps embaumés dans un état de conservation exceptionnel. La souplesse des membres, la conservation de toutes les parties du corps est tellement exceptionnelle, que les chercheurs chinois les appellent des « corps frais », car ils n'ont rien de l'état desséché des momies égyptiennes.
Découvertes de momies
Une momie chinoise fut découverte en 1972 par l'archéologue Paul Fabre et son fils Francois-Maurice Fabre : c'est le corps d'une femme, découvert in situ, dont les membres ont conservé toute leur souplesse.
En 1974, à Mawangdui à au nord de Jingzhou, une momie est découverte, présentant des caractéristiques de conservation elles aussi exceptionnelles. Son sang a pu être analysé (groupe AB). Le personnage ainsi embaumé se nommait Su-Hi, et était magistrat, mort en .
En 2002, à Lianyungang, sur la côte, une autre momie (d'une femme) semblable a été découverte, dans le même tombeau que trois autres cercueils ne contenant que des ossements. Malheureusement la chaleur ambiante et le peu de connaissance des archéologues de la région dans le domaine ont rapidement abîmé le corps lors de sa découverte. Zhou Yangchen, un spécialiste de Shanghai, possédant plusieurs momies similaires, dont la momie du militaire Yan Fuzheng, dans des chambres froides les a aidés à limiter les dégâts.
Xin Zhui
Mais le mieux conservé de ces corps est sans conteste celui de Xin Zhui, découvert en 1972 près de la ville de Changsha dans le Hunan et autopsié par Peng Longxiang. Le corps a été conservé pendant .
L’état de conservation était exceptionnel, comme les autres momies chinoises, elle avait les particularités suivantes : les membres étaient restés souples ; tous les viscères étaient restés en place, parfaitement conservés ; le cerveau lui-même était parfaitement intact, ayant simplement diminué de volume.
Cette femme appartenait à l’aristocratie : elle était l’épouse du marquis de Daï, morte vers 160 av. J.-C. Son poids, , comme le mobilier retrouvé dans le tombeau, indiquent qu’elle était bonne vivante, voire gourmande. Elle était enterrée dans un caveau de , avec un millier d’objets, dont les deux-tiers devaient servir à banqueter dans la vie éternelle. Il y avait notamment des paniers contenant toutes sortes de victuailles : fruits confits, viandes, œufs de moineaux, cygne Le service de table le plus complet trouvé dans une tombe fut également retrouvé.
Des momies dans un état de conservation analogue ont également été retrouvées au Viêt Nam.
La technique de conservation de ces momies chinoises est décrite dans l’article embaumement.
Désert de Gobi Il y a environ , neuf membres d'une même famille ont été étranglés dans le désert de Gobi. Les assassins ont abandonné les corps, les cordes encore accrochées à leurs cous brisés. Des bergers les ont découverts en 1974, momifiés par l'air du désert. Les victimes, de jeunes enfants et un homme quadragénaire, aident aujourd'hui les scientifiques à reconstituer la vie rude (et la mort) des nomades au début de la dynastie Ming. L'analyse complète prendra des années, mais l'ADN et les résultats d'autres tests livrent déjà des indices. Il pourrait s'agir d'un châtiment et non d'un crime, avance Bruno Frohlich, anthropologue légiste à la Smithsonian Institution, qui étudie les momies depuis 2004. Une faute commise par un individu a pu entraîner la punition de toute sa famille.
Amérique précolombienne vignette|Main et torse d'une momie de Guanajuato au Mexique. vignette|Momie Guanche dans le Museo de la Naturaleza y el Hombre, Santa Cruz de Tenerife (Espagne).
Culture chinchorro Le peuple Chinchorro établi dans le désert d'Atacama entre le Chili et le Pérou vivait principalement de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Les chinchorros sont très célèbres pour leurs rites funéraires. En revanche, cette culture disparait à cause de l’influence des cultures du plateau andin avec l’apparition de l’agriculture et de la céramique. Au début du ont été découverts environ trois-cents momies datant de , principalement des enfants et des fœtus. C’est donc la famille du défunt qui devait s’occuper de la réalisation de la momie. Les sont antérieures de plus de deux millénaires aux momies égyptiennes et sont aujourd'hui considérées comme la première forme de momification dans le monde.
Les organes internes sont extraits et les principaux muscles enlevés. Puis ils sont écorchés avec des os et leur intérieur est desséché à l'aide de braises ou de cendres. Ils sont ensuite raidis par des perches de bois, les rotules et les articulations des coudes sont râpées et bloquées par des pièces de bois maintenues par des cordelettes. Puis les corps sont remodelés, les membres sont enserrés de nattes de joncs, les cavités bourrées de laine, de plumes, de branchages ou d'herbes, et d'une pâte à base de cendres. Lors de l’étape finale, les préparateurs funèbres ajustent la peau (sans doute conservée dans de l'eau de mer) sur le tout, refixent les cheveux sur le crâne et peignent le corps avec une pâte noire à base de manganèse (momies noires) ou d’ocre rouge (momies rouges).
Civilisation inca En 1995, la momie inca surnommée Juanita fut découverte au Pérou, près d'Arequipa, par l'anthropologue et andiniste Johan Reinhard. Elle se trouvait à environ d'altitude, sur le volcan Ampato, et ne put être découverte que grâce à la fonte de cinquante mètres de glace due à l'éruption d'un volcan voisin. Le corps de la jeune fille, vieux de plus de , est remarquablement bien préservé (d'abord par la glace, aujourd'hui artificiellement) et peut parfois être vu au musée Santuarios Andinos d'Arequip.
D'autres cultures précolombiennes sont connues pour avoir pratiqué l'embaumement des corps à plus ou moins grande échelle : les Aztèques ; les Incas, ainsi que d'autres peuples pré-inca comme les Chachapoyas.
Autres civilisations Parmi les autres civilisations ayant pratiqué la momifications sont connus : les Tibétains, qui réservaient cet honneur aux lamas ayant atteint un niveau de sagesse élevé ; au Japon, des moines : les sokushinbutsu étaient momifiés ; les Guanches (îles Canaries) ont également momifié leurs morts (Momies guanches).
En 1972, huit corps momifiés sont découverts à Qilakitsoq, au Groenland.
Momification naturelle vignette|Résultat d'une momification naturelle (British Museum).
C'est une dessiccation naturelle dans une grotte sépulcrale qui est à l'origine de la plus ancienne momie attestée : la momie de Fallon. Découverte en 1940 dans la grotte de l'Esprit (Nevada, États-Unis), sa datation en 1996 au carbone 14 a créé une immense surprise : son âge précédemment attribué de s'est vu repoussé à (plus ou moins ).
Précédemment, le record était détenu par les têtes momifiées de « Rosalia » et « Chulina »., datées d'environ au carbone 14. Trouvées en 1936 dans un abri de la quebrada de Chulin (Mexique), elles ont été datées en 2005 avec une méthode de datation de l'École polytechnique fédérale de Zurich.
On a retrouvé des corps naturellement momifiés, comme : Ötzi, un homme du Néolithique momifié (lyophilisation naturelle) dans les Alpes italiennes ; de nombreux exemples d'homme des tourbières, à travers l'Europe du Nord :