Dans la mythologie et la religion grecque antique, Artémis (en grec ancien ) est principalement la déesse de la nature sauvage, de la chasse et des accouchements. Fille de Zeus et de Léto, elle est la sœur jumelle d'Apollon (ou simplement sa sœur selon l'hymne homérique qui lui est consacré), avec lequel elle partage beaucoup de traits. Elle joue un rôle important dans de nombreux mythes. Dans la mythologie romaine, elle a été assimilée à la déesse Diane.

Dotée du pouvoir de provoquer des épidémies ainsi que de celui de guérir, elle est la cause des morts subites et du mal qui emporte les femmes en couches. Elle est aussi la protectrice des chemins et des ports, des très jeunes enfants, des jeunes filles vierges et des jeunes animaux. Ses cultes se rapportent aux grands moments de la vie organique d'une femme (naissance, puberté et mort).

Elle est l'une des déesses associées à la Lune (avec Hécate et Séléné) par opposition à son frère Apollon qui est associé au Soleil.

Étymologie vignette|redresse=0.8|. Musée archéologique du Pirée.

L'origine du nom n'est pas claire. Les premières formes attestées du nom d'Artémis en grec mycénien sont a-te-mi-to (𐀀𐀳𐀖𐀵) et a-ti-mi-te (𐀀𐀴𐀖𐀳), trouvées en linéaire B à PylosJohn Chadwick, Lydia Baumbach, The Mycenaean Greek Vocabulary. In : Glotta., 41, 1963, p. 176 f. s. v. Ἂρτεμις, a-te-mi-to- (génitif); Christiane Souvinou, A-TE-MI-TO and A-TI-MI-TE. In: Kadmos., 9, 1970, p. 42–47 ; Tassos Christidis, Further remarks on A-TE-MI-TO and A-TI-MI-TE. In : Kadmos., 11, 1972, p. 125–128; a-ti-mi-te. Palaeolexicon, Word study tool of ancient languages.. Son épithète qe-ra-si-ja (𐀤𐀨𐀯𐀊) est devenue en grec ancien Θερασία (Therasía), signifiant peut-être « déesse de Théra »qe-ra-si-ja, Linear B. Palaeolexicon, Word study tool of ancient languages.. On pense qu'en Crète minoenne était vénérée (, « douce jeune fille ») comme déesse des montagnes et de la chasse.

Dans l'Antiquité, plusieurs étymologies ont été proposées : Platon rapproche le nom d'Artémis du terme « intègre, sain et sauf » : . Mais ce caractère de « vierge » n'est pas du tout primitif. D'autres l'ont rapproché du terme « boucher » ; Artémis serait ainsi « celle qui tue ou qui massacre » Preller-Robert, Griechische Mythologie, , 3, , n. 2..

Dans plusieurs études modernes, des hellénistes, entre autres Vittore Pisani, Pierre Chantraine et Jean Richer, ont établi un lien entre son nom et l'ours, animal qui joue un grand rôle dans son culte. Les variantes Arktemis et Arktemisa seraient constituées d’un élément arkt- correspondant à « ourse, Grande Ourse », et de qui désigne chez les Grecs une grande force, « l'ordre établi par les dieux ». Artémis pourrait donc être la Régente de la loi de l'Ourse... Madeleine Jost émet l'hypothèse qu'un culte primitif honorait la déesse sous la forme d'un ours..

Dans le sanctuaire d'Artémis de Brauron, lors de la fête des Brauronies, certaines fillettes, revêtues d'une robe couleur safran, étaient consacrées pendant cinq ans à la déesse, sous le nom d’ourses ou oursonnesHenri Grégoire, Notice d’Iphigénie en Tauride, Les Belles Lettres, 1964, ..

Mythologie Artémis est la fille de Zeus et de Léto (fille du Titan Céos et de la Titanide Phœbé).

Elle est la sœur jumelle d'Apollon (ou simplement sa sœur selon l'hymne homérique qui lui est consacré), avec lequel elle partage beaucoup de traits communs.

Ascendance vignette|Didrachme d'Éphèse avec l'image de la déesse Artémis, vers 258-202 av. JC. L'arbre généalogique ci-dessous est basé sur les écrits du poète grec Hésiode ainsi que sur la Bibliothèque d'Apollodore..

La naissance d'Artémis et d'Apollon vignette|redresse|Léto en fuite avec Artémis et Apollon, statue romaine vers 350-400 apr. J.-C. Victime de la jalousie d'Héra, épouse de Zeus, Léto doit se cacher afin de faire naître ses jumeaux. Il existe plusieurs versions sur l'accouchement : Héra, ayant appris l'infidélité de son époux, maudit Léto, lui interdisant d'accoucher sur terre et en mer. Léto, bien décidée à mettre au monde ses enfants, se réfugia sur une toute petite île où elle mit au monde Artémis et Apollon. Dans d'autres versions, Héra demande à tous les lieux de lui refuser l'asile, oubliant la petite île de Délos. Poséidon, dieu des mers et des océans, aurait créé une voûte liquide au-dessus de l'île afin de mieux la protéger. Héra interdit à Ilithyie, déesse des accouchements, d’assister Léto, mais Zeus envoya Iris pour la supplier de lui venir en aide. Iris lui proposa un collier d'or et d'ambre et Ilithyie accepta. Au bout de 9 jours et 9 nuits, le premier des jumeaux à naître fut Artémis. Apollodore d'Athènes rapporte que, aussitôt née, elle aida sa mère à mettre au monde Apollon. Cet enfantement difficile qui dure neuf jours explique le nom de son hypostase Iphigénie « né de la force ». Le rapport avec l'enfantement se basant sur l'homologie entre la naissance et la production du feu par frottement : « le feu nouveau est assimilé à un enfant nouveau-né ». Artémis serait ainsi un ancien Feu divin féminin comme semblent le prouver différents aspects de son culte.

À la suite de ces épreuves et de l'amour inconditionnel qui les lie, les enfants Apollon et Artémis seront totalement dévoués à leur mère.

Une légende raconte que les jumeaux, à peine nés, auraient tué un dragon venant les attaquer.

L'enfance d'Artémis Installée sur les genoux de Zeus, alors qu'elle n'a que , elle lui demande : Zeus, fier de sa fille, lui accorda ce qu'elle demandait et lui offrit trente villes au lieu d'une seule, des bois sacrés et des autels, ainsi que la protection des chemins et des ports.

À la suite de l'entretien avec son père Zeus, elle vola jusqu'en Crète afin de choisir ses suivantes : vingt nymphes âgées de 9 à 14 ans. Elle se dirigea ensuite vers l'île de Lipari où les cyclopes lui forgèrent un arc, un carquois et des flèches. Elle partit à la rencontre de Pan, dieu de la nature, qui lui offrit six chiens courageux et sept cynosurides (chiens de la race des lévriers). Au pied du Parrhasios, elle captura quatre immenses biches aux cornes d'or qui furent attelées à son char ; une cinquième biche fut réservée, selon le souhait d'Héra, pour les futures épreuves d'Héraclès. Elle finit son voyage en s'installant sur le mont d'Arcadie.

La déesse farouche Orion vignette|Lampe à huile en terre cuite représentant Orion aveuglé et Artémis, Staatliche Antikensammlungen, Munich. Le mythe d'Orion est particulièrement fragmenté. S'il est évoqué dans l'épopée homérique, on ne trouve guère de récits complets du mythe avant des mythographes tardifs. Ainsi les périodes archaïque, classique et même hellénistique ne présentent que des évocations plus ou moins détaillées de faits isolés du mythe. De plus, certains épisodes ne sont pas intégrés à celui-ciJean-Michel Renaud, Monde sauvage et monde civilisé dans le mythe : le cas d'Orion, Les espaces du sauvage dans le monde antique : approches et définitions. Actes du colloque (Besançon, 4-5 mai 2000), Institut des sciences et techniques de l'antiquité, 2004, 925, p. 279-290..

De plus, le mythe connaît une évolution très nette entre l’époque archaïque, l’époque classique et les périodes hellénistique et romaine. Le changement essentiel tient dans la place qui est donnée à Artémis: d’une relation marginale ou inexistante, on passe progressivement à une version plus dramatique et parfois romantiséeJean-Michel Renaud, Le mythe d’Orion : sa signification, sa place parmi les autres mythes grecs et son apport à la connaissance de la mentalité antique, Liège, C.I.P.L., 2004. Dans les sources archaïques, dont Hygin, qui compile des traditions plus anciennes, Orion et Artémis sont liés symboliquement par la chasse, mais pas affectivement. L'adaptation hellénistique ou romaine du récit cosmologique archaïque intègre la figure d’Artémis pour rendre le mythe plus dramatique. Le motif du scorpion devient ainsi une punition morale et narrative, intégrée dans la littérature romaine.

Dans cette version, Orion et Artémis avaient l'habitude de chasser ensemble. Un jour, Orion, qui était amoureux de la déesse, essaya de l'embrasser. Artémis, indignée, fit apparaître un scorpion et lui ordonna de piquer le géant. En le voyant mourir, Artémis, émue, transforma Orion en constellation, et réserva le même sort au scorpion qui l'avait fidèlement servieOvide, Métamorphoses, Livre II, vers 604–661.

Actéon

vignette|Artémis et Actéon, métope du temple E de Selinunte, milieu du Plusieurs versions du mythe d'Actéon nous sont parvenues, bien que beaucoup soient fragmentaires. Fondamentalement, elles narrent toutes comment Artémis transforme Actéon en cerf pour une transgression, et comment il est ensuite tué par des chiens de chasse John Heath, The Failure of Orpheus, dans Transactions of the American Philological Association, 124, (1994 : 163-196) . Walter Burkert, Homo Necans (1972), traduit par Peter Bing (University of California Press) 1983, .. Habituellement, les chiens sont les siens, mais ne reconnaissent plus leur maîtreApollodore, Bibliothèque III, 4, 4.

Selon Lamar Ronald Lacy, la version d'origine la plus probable de la légende dépeint Actéon comme le compagnon de chasse de la déesse qui, la voyant nue dans sa source sacrée, tente de la violenter. Pour cet orgueil démesuré, il est transformé en cerf et dévoré par ses propres chiens Lamar Ronald Lacy, The Myth of Aktaion : Literary and Iconographic Studies, U.M.I, 1990, 275 p.. Les récits divergent en ce qui concerne la transgression du chasseur : parfois simplement il voit la déesse nue, parfois il se vante d'être un meilleur chasseur qu'elle Lamar Ronald Lacy, Aktaion and a Lost Bath of Artemis, dans The Journal of Hellenic Studies, 110 (1990 : 26-42)..

Siproïtès Le jeune Crétois Siproïtès surprend Artémis nue alors qu'elle se baignait : la déesse le transforme en jeune fille...

Héraclès vignette|Artemis et Apollon voulant prendre la biche de Cérynie à Héraclès. Amphore à figures noires attique, 530–520 , Paris, Louvre F 234bis. Artémis est furieuse contre Héraclès qui a capturé une de ses biches aux cornes d'or consacrées pour la ramener à son cousin Eurysthée, mais la biche n'ayant pas été blessée, sa colère s’apaise et elle finit par l'autoriser à emmener la biche vivante jusqu'à Mycènes à condition de la relâcher ensuite.

Le sanglier de Calydon À Calydon, ville d'Etolie, le roi Œnée oublie de sacrifier à Artémis lors d'une cérémonie. Pour se venger, elle envoie un énorme sanglier ravager le pays et tuer le bétail. Pour éliminer l'animal, le roi fait appel aux plus grands chasseurs. La chasse au sanglier de Calydon est un épisode fort de la mythologie grecque.

Agamemnon Agamemnon, plein d'orgueil après une chasse au cerf, tient ces propos : . Pour se venger de cet affront, elle immobilise sa flotte qui se préparait alors à partir pour Troie et exige le sacrifice de sa fille Iphigénie. Sur le bûcher, elle l'échange au dernier moment par une biche, et en fait une prêtresse dédiée à son culte dans un sanctuaire en Tauride.

Autres combats Artémis tua : le géant Gration lors de la Gigantomachie (, 6, 2). les Aloades, alors qu'Otos désirait l'enlever (, 7, 4), meurtre parfois attribué à Apollon () (). Callisto, afin de plaire à Héra (qui est jalouse de l'infidélité de Zeus) et pour la châtier de n'avoir pas su rester vierge. Dans une autre version, c'est Arcas, le fils de Callisto, qui, à la demande d'Héra, allait transpercer sa mère d'une flèche lorsque Zeus la transforma en constellation : la Grande Ourse. Enfin, Pausanias rapporte la tradition arcadienne selon laquelle le monstre Bouphagos « mangeur de bœufs », fils d’Iapetos, poursuivit Artémis et fut frappé par ellePausanias, Description de la Grèce, VIII, 5, 8–9.

Elle est souvent associée à son frère : On lui chante, comme à Apollon, le péan.