La manifestation à Creys-Malville est un rassemblement contre le projet de centrale nucléaire de Superphénix qui a eu lieu le sur le futur site de Creys-Malville, près de Morestel dans l'Isère. Des affrontements avec les forces de l'ordre ont fait un mort parmi les manifestants : Vital Michalon.

Contexte Le , le Premier ministre, Pierre Messmer, présente le projet de Superphénix comme le plus puissant surgénérateur au monde. La décision de construire Superphénix n’a fait l’objet d’aucun débat à l'Assemblée nationale, hormis sur des aspects juridiques liés au statut de monopole public d’EDFCaroline Revol, Superphénix dans la presse quotidienne régionale, mémoire de fin d’études, Sciences Po Lyon, 2006 ..

En , le gouvernement Chirac décide de construire le surgénérateur Superphénix sur le site de Malville, dans la commune de Creys-et-Pusignieu (Isère)..

Lors du démarrage du chantier, en , les premières manifestations réunissent à . De nombreux agriculteurs du Nord de l'Isère manifestent avec eux Patrice Morel, La bataille de Malville (cinq chapitres), France 3, 2007.. Les antinucléaires opposés à ce projet de surgénérateur s'organisent alors au sein d'une centaine de comités MalvilleSezin Topçu, La France nucléaire. L'art de gouverner une technologie contestée, Éditions du Seuil, 2013.. Selon le principe de la non-violence, le dialogue est alors possible entre manifestants, travailleurs de la centrale, et forces de l’ordre. Les associations écologistes Greenpeace, Les Amis de la Terre, la FRAPNA, participent à la plupart de ces manifestations contre Superphénix.

Dès 1976, la lutte contre Superphénix dépasse le cadre national et devient le symbole du mouvement antinucléaire européen. Hors de France, de nombreux citoyens de Genève s’inquiètent du projet Superphénix en raison de sa proximité géographique..

Au début de l'année 1977, des débats préparent une « marche pacifique offensive » pendant l'été, à l'initiative en particulier du Comité Malville de GrenobleMemento Malville - Une histoire des années soixante-dix, Grenoble, 14 juin 2005, sur piecesetmaindoeuvre.com . et de la coordination des comités MalvilleD'après . qui ont leur journal Superpholix et Radio Active, un émetteur clandestin avec des émissions quotidiennes. Avant même que le projet ne démarre, ces actions ont conduit la presse nationale à faire de gros titres sur Superphénix et à présenter les spécificités de la filière à neutrons rapides et caloporteur sodium à l'ensemble des Français.

Le , manifestent contre le projet de centrale nucléaire de Lemoniz à Bilbao dans le Pays basque espagnol.

Déroulement

Le jeudi , le préfet de l'Isère, René JanninQui fut préfet de police à Alger pendant la Guerre d'Algérie., organise une conférence de presse pendant laquelle il rappelle que le site du chantier est une zone interdite. Il débute la conférence en affirmant : , faisant allusion aux nombreux antinucléaires allemands. Et le préfet d'ajouter : .

Le , le préfet de l'Isère affirme que quelques jeunes Allemands se réclament de la Bande à BaaderIT1, Journal de , 31 juillet 1977 – .

Protagonistes

Le préfet René Jannin a déployé des moyens importants : gendarmes et gardes mobiles, hélicoptères, véhicules amphibies, ponts mobiles, un régiment de gendarmes parachutistes et des membres des brigades anti-émeutes. Les uniformes sont noirs et ne portent aucun insigne. Un membre des forces de l'ordre explique aux manifestants qu’il fait partie du groupement des gendarmes parachutistes de Mont-de-MarsanGérard Borvon, « Chronique des luttes antinucléaires. Il y a 30 ans, Malville. Souvenons nous de Vital Michalon », 31 juillet 2007.. Des hommes grenouilles surveillent le Rhône à proximité du chantier de Superphénix.

Le dimanche , de à , habitants de la région, paysans, syndicalistes, écologistes de plusieurs pays d'Europe (Suisse, Allemagne, Italie), marchent contre Superphénix. L'organisation de la manifestation est assurée par la coordination des comités Malville, qui est soutenue par des militants du Parti socialiste unifié (PSU) ainsi que de l'Organisation communiste des travailleurs (OCT) et de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR)Directives, mensuel , août 1977 .. Le jour même, l'activiste Chaïm Nissim est expulsé de France par la police.

Affrontements de Faverges Avant la manifestation, il avait été annoncé aux organisateurs qu'il serait interdit d'approcher du site de la centrale nucléaire. La circulation est interdite sur une zone de autour du chantier.

Le matin du dimanche , de longues colonnes de manifestants marchent sous la pluie vers la zone interdite. Trois cortèges partent de Morestel, de Courtenay et de Montalieu. Vers , les manifestants arrivent à Faverges, à deux kilomètres du site de Superphénix. Quelques milliers de manifestants prennent place dans les champs face à la police. Derrière eux, plusieurs milliers de personnes s'agglutinent sur la route. Dans le ciel, l'hélicoptère de la préfecture tourne sans cesseArticle du Nouvel Observateur, 8 août 1977, .. Juste avant les premiers affrontements, il y a eu plusieurs mouvements de panique parmi les CRS et les gardes mobiles, notamment quand l'un d'entre eux a perdu une main en dégoupillant une grenade, ce dernier événement provoquant une immense clameur parmi les manifestantsLibération, ..

Quelques dizaines de manifestants attaquent alors la police armés de frondes, de boulons ou de cocktails Molotov, certains jettent des pierres. Ils sont suivis à distance par quelques centaines de manifestants aux mains nues. La police riposte avec des grenades offensives et charge. Du côté des manifestants, le service d'ordre est dépassé et des échauffourées éclatent. Selon un capitaine de gendarmerie, des bouteilles de bière « allemandes », remplies d'acide sulfurique concentré ont été lancées contre les forces de l'ordre.

Le témoignage de Dominique Walter cité dans Le Monde et rapporté à la mère de Vital Michalon pour le procès à Bourgoin-Jallieu en , fera grand bruit : touché à bout portant au ventre par une grenade tirée en tir tendu, il verra un de ses compagnons de manifestation se faire fracasser le visage à coups de crosse avant l'arrivée d'un officier qui ordonnera la fin de cette violence. Il témoignera aussi des mouvements de refus de cette répression aveugle parmi les CRS et les gendarmes mobiles les plus jeunes qui esquisseront un mouvement de retraite avec les crosses de leurs fusils en l'air en signe de désertion. Il assistera à cette scène surréaliste : des officiers tabassant à coups de matraque leur propre troupe afin que celle-ci poursuive la répressionLe Monde, 6 avril 1977 .. Des exclusions seront même prononcées dans la gendarmerie mobile.

Bilan

Du côté des forces de l'ordre, un premier bilan fait état de cinq blessés. dont deux grièvement. Le brigadier Touzeau, gendarme mobile, a la main arrachée par l'explosion d'une grenade offensive qu'il venait de dégoupiller, mais qu'il avait tardé à lancer..

Une centaine de manifestants sont blessés, dont deux mutilés : Michel Grandjean (qui perd un pied) et Manfred Schultz (qui perd une main).

Mort de Vital Michalon

Vital Michalon, un professeur de physique âgé de venu de Die (Drôme), est tué, les poumons éclatés par la déflagration d’une grenade offensive.. Selon son frère, Vital était un pacifiste qui n'était pas venu pour se battre. Il n'avait aucune blessure sur le corps..

Le préfet de l'Isère, René Jannin, annonce le décès en disant qu'un Allemand est mort d'une crise cardiaque« Les manifestations de Creys Malville », Journal télévisé, Ina, , .. Le premier rapport de police indique que Vital Michalon est décédé d'une crise cardiaque. Les autorités diffèrent la publication du rapport d'autopsie en demandant un examen complémentaire du corps de la victimeMalville 1977, film documentaire de Yves-Marie Mahé, ..

Selon l'autopsie, l'effet de souffle de la grenade offensive a explosé les poumons de Vital Michalon. L'enquête n'a déterminé aucune responsabilité et la justice administrative a prononcé un non-lieu.

Procès Le samedi , douze manifestants : sept Allemands, trois Français et deux Suisses, arrêtés plusieurs heures après, comparaissent en flagrant délit en vertu de la loi « anti-casseurs » votée en 1970. Devant le palais de justice, à réclamaient la libération immédiate des douze inculpés et l'inculpation du préfet Jannin« Huit peines de prison au procès de Bourgoin », Feuille d'Avis de Neuchatel (FAN-L'Express), , 8 août 1977, .. Le lendemain, trois condamnations à trois mois de prison ferme sont prononcées et confirmées ensuite en appel.

Par la suite, un appel aux députés et une pétition demandent l'interdiction des grenades offensives contre les manifestations.

Postérité

En 1987, puis en 1997« Manifestation du souvenir à Superphénix », L'Humanité, 4 août 1997 (attention, la date de décès de Vital Michalon dans l'article est erronée, 31 janvier au lieu du 31 juillet). et en 2007, à la date anniversaire de la manifestation, un rassemblement et un jeûne ont été organisés par des militants antinucléaires en commémoration de la mort de Vital Michalon. Une autre manifestation s'est tenue le « Commémoration des 30 ans de la mort de Vital Michalon »..

L'exploitation de la centrale de Creys-Malville sera finalement arrêtée en 1998, soit plus de après. Depuis lors, le site de la centrale nucléaire de Creys-Malville est en cours de démantèlement « Centrale de Creys-Malville », sur le site de l'EDF..

Le , Rémi Fraisse, jeune écologiste manifestant contre le projet du barrage de Sivens dans le Tarn, est tué lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. Le nom de Vital Michalon est de nouveau cité dans la presse« Vital Michalon mort pour ses idées - Creys-Malville 1977 », Affaires Sensibles, France Inter, Fabrice Drouelle, 6 novembre 2014.. Le frère de Vital Michalon demande alors à nouveau l'interdiction des grenades offensives dans les manifestations.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Collectif d'enquête, Aujourd'hui Malville, demain la France, livre noir sur la manifestation de 1977, La Pensée sauvage, 1978 Gérard Borvon, Plogoff, un combat pour demain, Cloître, 2005

Filmographie Creys-Malville : manifestation sur le site de l'INA Série de 5 reportages de France 3 Rhône-Alpes-Auvergne, La Bataille de Malville de Patrice Morel (2007) Chapitre 1 : Le Forcing nucléaire Chapitre 2 : L'État de siège Chapitre 3 : Le Traquenard Chapitre 4 : Le Sang et la boue Chapitre 5 : Les Jours de poudre Malville : État de siège, court métrage réalisé par Serge Poljinsky et sorti en 1978

Radio Vital Michalon mort pour ses idées - Creys-Malville 1977, un documentaire de l'émission Affaires sensibles, France Inter,

Articles connexes Affaire de Plogoff Manifestations contre le barrage de Sivens Écologisme Mouvement alternatif - Mouvement autonome - Mouvement social

Liens externes Exposition sur l'histoire de l'écologie politique : 1977 - Creys-Malville Souvenons nous de Vital Michalon

Creys-Malville 1977 Catégorie:Histoire du nucléaire en France Catégorie:Mouvement antinucléaire Catégorie:1977 en France Catégorie:Histoire de l'Isère Catégorie:Juillet 1977 Catégorie:Manifestation écologiste