Jacques Guillaume SimonneauSon nom de naissance sur son acte de baptême à Étampes (église Saint-Basile) est bien Jacques Guillaume Simonneau. Dans son Histoire civile, politique, militaire, religieuse, morale et physique de la ville de Saint-Omer, Jean Lambert Derheims le nomme « Simonneau de Preslin » page 512., né le à Étampes et mort dans la même ville, assassiné lors d'une émeute frumentaire le , est un industriel marchand-tanneur et homme politique français.

Il fut maire d'Étampes de 1791 à 1792. À la suite de son assassinat, l'Assemblée législative fait célébrer en sa mémoire une fête de la Loi le à ParisPhilippe Joseph Benjamin Buchez et Pierre Célestin Roux-Lavergne, Histoire parlementaire de la Révolution française, ou Journal des assemblées nationales depuis 1789 jusqu'en 1815, Paris, Paulin, 1834-1838, p. 417-421 (en ligne sur Gallica)..

Biographie thumb|L'église Saint-Basile d'Étampes où a été baptisé Simonneau. Tanneur puis maire d'Étampes Jacques Guillaume Simonneau est né le à Étampes, fils de Pierre Étienne Simonneau, maître-tanneur, et de Marguerite Leclerc : il est baptisé le jour de sa naissance à l'église Saint-Basile d'Étampes ; son parrain est Louis Leclerc, marchand de blé à Poissy, sa marraine est Geneviève Simonneau, fille d'Étienne Simonneau, officier du roiActe de baptême de Jacques Guillaume Simonneau, registre paroissial de l'église Saint-Basile d'Étampes, 1736-1745, p. 152/360, archives départementales de l'Essonne..

Simonneau est tanneur à Étampes et, au début de la Révolution française, y dirige une tannerie employant 60 ouvriersAssociation Étampes-Histoire, Étampes en Révolution 1789-1799, Le Mée-sur-Seine, Amatteis, 1989, page 419.. Il est élu maire d'Étampes lors des élections de 1791Biographie nouvelle des contemporains [1787-1820], par Antoine-Vincent Arnault, p.214.. Il est membre de la Société des amis de la constitution ou Club des Jacobins.

Son assassinat Néanmoins, depuis la fin des années 1780, un climat d’insécurité, particulièrement ressenti en milieu rural, s’installe. La hantise des disettes et famines ressurgit dans les campagnes de la France révolutionnaire. Ce sont des années difficiles. Dans la région d'Étampes, des groupes organisés de villageois viennent rançonner les fermiers pour obtenir d'eux des produits de première nécessité au juste prix. En 1792, comme la valeur de l’assignat commence à chuter et que les récoltes sont très mauvaises, le prix des produits de grande nécessité augmente bien plus rapidement que les salaires. La Législative proclame la loi martiale. Jacques Guillaume Simonneau essaie de la faire appliquer et de protéger les paysans et les marchands d'Étampes.

Le , douze ou quinze hommes entrent à cinq heures du matin dans Boissy-sous-Saint-Yon, à quatre lieues d'Étampes. Ils y battent la générale et sonnent le tocsin. Ils proclament leur projet d'aller à Étampes faire taxer le prix du blé. Ils menacent d'incendier la ville si on ne les suit pas. Ils répètent la même manœuvre dans les villages rencontrés en chemin, jusqu'à la ville d'Étampes, où la troupe grossie paraît vers sept heures du matin Réimprimé dans .

thumb|L'église Saint-Gilles d'Étampes près de laquelle a été tué le maire Simonneau.

Sur le marché d'Étampes, sept heures d'agitations et de tumulte amènent le maire à réagir. Le maire, accompagné d'un détachement de 80 hommes, se rend sur la place du marché. Respectueux des lois, il refuse d'obliger les paysans et les marchands à diminuer le prix de leur blé et du pain, il est frappé de plusieurs coups de bâtons au milieu des militaires. Puis, il reçoit des coups de fusil et meurt, les militaires s'enfuyant.

Les émeutiers s'acharnent sur le cadavre de Simonneau, puis quittent Étampes, tambour battant. D'après Le Moniteur universel, il n'y a pas de vol de blé comme lors d’une émeute frumentaire habituelle. Le maire est tué à coups de fusil, et pas par des instruments de labourage.

Les obsèques catholiques de Jacques Guillaume Simonneau sont célébrées le en l'église Saint-Gilles d'Étampes, l'acte paroissial précisant que Simonneau a été « mis à mort indignement par une populace effrénée pour avoir voulu défendre et soutenir les décrets de l'Assemblée nationale, ledit Sieur Simonneau qui est de la paroisse de St-Bazile d'Estampes a été ainsi indignement mis à mort sur la paroisse de St-Gilles d'Estampes »Acte de sépulture de Jacques Guillaume Simonneau, registre paroissial de l'église Saint-Gilles d'Étampes, 1788-1792, page 218/256, Archives départementales de l'Essonne.. Une cérémonie religieuse a également lieu ensuite en l'église Saint-Basile d'Étampes puis le corps de Simonneau est inhumé dans le cimetière de cette paroisseActe de sépulture de Jacques Guillaume Simonneau, registre paroissial de l'église Saint-Basile d'Étampes, 1788-1792, page 123/154, Archives départementales de l'Essonne..

La cérémonie nationale

La municipalité tente de minimiser l'incident, mais le département et le Gouvernement prennent les choses en main. Le , deux enquêteurs sont dépêchés depuis Versailles. Durant leur enquête, ils procèdent à 104 mandats d'amener, 45 inculpations et 27 mandats d'arrêt.

La garde nationale demande à l'Assemblée législative que la mémoire du maire Simonneau soit consacrée par une fête publique. Ce souhait est aussi celui des Sociétés populaires. L’Assemblée législative fait donc de Simonneau un martyr de la Liberté et de la Fidélité à la Loi, décide d'honorer sa mémoire et de faire construire un monument à sa honneurCe monument en forme de pyramide, prévu sur le marché d'Étampes ne sera finalement pas réalisé.

Un décret est envoyé dans tous les départements et des cérémonies commémoratives s'organisent. À Blois, c’est l’abbé Grégoire qui est l’auteur du discours prononcé en la cathédrale. Jean-Charles Jumel prononce une Oraison dans l'église cathédrale de Tulle, Pierre-Hyacinthe Duvigneau fait de même à Bordeaux...

thumb|upright=1.5|Procession en mémoire de Simonneau, maire d'Étampes, le 3 juin 1792

Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy, député du département de Paris à l'Assemblée législative fait décréter le , malgré une vive opposition de la Montagne, une fête pour honorer la mémoire de Jacques Guillaume Simonneau.

Une «Fête de la Loi» est donc organisée, le , à Paris. Le programme en est très précis:

Cette cérémonie est fortement critiquée par Robespierre, qui pense qu'elle a été votée en haine du peuple et qui souligne l'importance accordée aux corps constitués, juges, administrateurs, maires. Cette fête, selon lui, avait été organisée pour donner une leçon au peuple et l'intimider par un grand déploiement de forces armées

Les voix discordantes Dès l'annonce de l'assassinat, le Courrier FrançaisLe Courrier français (1789-1795) est un journal de Jean-Charles Poncelin de La Roche-Tilhac qui, à son origine, relatait les comptes rendus des séances de l'Assemblée Nationale avant de se diversifier (cf ) du pointe du doigt la responsabilité de Simonneau et son arrogance. Il signale que pour toute réponse à la demande de la foule de faire baisser le prix du blé de 28 livres à 24 livres, Simonneau a demande à la troupe de faire feu sur les séditieux. Le journal souligne également combien la rareté du grain est source de problèmesCourier français du mardi 6 mars 1792, n° 66, pp 3-4 lire en ligne.

Fin avril ou début mai, Pierre Dolivier, curé de Mauchamp, fait parvenir à l'assemblée nationale une pétition signée par quarante habitants de six communes d'Etampes . Dans cette lettre« Pétition de quarante citoyens des communes de Mauchamp, Saint-Sulpice de Favière, Breuillet, Saint-Yvon, chauffour et Breux, voisines d'Étampes, à l'assemblée nationale », dans , tout en condamnant l'acte, il souligne la responsabilité de Simonneau dans le déchainement de la violence, dépeint la détresse de la population victime d'une spéculation sur le blé. Il sous-entend même que Simonneau aurait pu avoir eu des intérêts personnels à maintenir des cours élevés cf note 2, p. 272 de ce même document. Il signale la brutalité de la répression et demande à l'assemblée nationale indulgence et protection.

Quant à Robespierre, qui avait pris le parti des habitants d'Étampes, il défend Dolivier aux Jacobins, et publie sa pétition dans son journal, Le Défenseur de la Constitution.

La Loi du maximum général instituera le maximum décroissant du prix des grains, voulu par les assassins de Jacques Guillaume Simonneau, mais aussi par les 600 pauvres qui les accompagnaient. Toutefois, les paysans et les marchands, eux, n’en voudront pas. Sa suppression va pourtant être à l'origine d'une terrible famine après le 9 Thermidor.

Le jugement des coupables

Un jugement est rendu à Versailles, le . Il condamne à la peine de mort les nommés Gérard Henri, ancien garde-chasse à Étampes, et Baudet Gabriel, charretier à Étampes, ancien carabinier ainsi qu'à des amendes et peines de prison pour huit autres accusés. Mais, après la Révolution du Dix-Aoüt, les 8 et , tous les condamnés sont libérés.

Postérité La mort de Simonneau, tragédie par Gosse. Rues Simonneau à Clichy, à Bruz, à Étampes, à Boulogne-sur-Mer, etc.

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi Articles connexes Loi du maximum général Guerre des farines

Liens externes

Pompe funèbre en l'honneur de Simoneau, maire d'Etampes; 3 juin 1792. Cpa représentant la procession en mémoire du maire d’Etampes sur le Corpus Etampois. Lettre à Meister sur la fête civique de 1792 en l’honneur de Simonneau éditée par le Corpus Etampois

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