L'église Saint-Aspais est une église catholique paroissiale située à Melun, en France, sur la rive droite de la Seine. C'est l'unique église de France dédiée à saint Aspais, évangélisateur de la ville à la fin de l'Antiquité, dont la vie est inconnue. Elle se situe initialement dans un faubourg, et succède à une église gothique plus modeste, dont un chapiteau et quelques débris ont été retrouvés en 2011. À la fin du , Saint-Aspais est la paroisse la plus populeuse de la ville, et les habitants décident d'agrandir l'église. D'abord, un nouveau clocher est bâti au nord de la façade, et terminé vers 1480. À partir de 1506, la façade est refaite dans le style gothique flamboyant, ainsi que les trois travées de la nef. La construction du nouveau chœur est lancée le , sous la direction du maître-maçon parisien Jehan de Félin, qui fournit également un plan pour la reconstruction totale de l'église, y compris la nef bâtie à peine dix ans plus tôt. De Félin donne plus d'élévation au chœur que les marguilliers n'avaient imaginé, et soigne le décor sculpté, ce qui provoque la colère du conseil de fabrique soucieux de la maîtrise du budget, et entraîne des procès. Ainsi le chantier s'interrompt en 1519, et l'architecte meurt un an plus tard. En 1546, le maître-maçon local Jehan François continue les travaux en se conformant au plan de son prédécesseur, et l'église est achevée vers 1556. Grâce à de nombreux dons, elle est dotée d'un riche mobilier. Mais les contraintes économiques imposées aux architectes se vengent, et l'église est proche de la ruine à la fin des années 1660. Elle connaît une série de mauvaises fortunes, avec des écroulements de voûtes suscités par des désordres de structure, et par des dommages des charpentes imputables à de violentes intempéries. Les ressources de la paroisse ne suffisent pas pour financer la reconstruction, mais elle devient possible grâce à une imposition extraordinaire, à la générosité de riches paroissiens, et au concours de quelques architectes de renom. Au , la paroisse recouvre sa prospérité, et l'église est redécorée. Sous la Révolution française, la transformation de l'église en atelier de salpêtre la sauve de la destruction, mais le mobilier se perd en grande partie. Le classement aux monuments historiques intervient par arrêté du .. Sous le bombardement américain pendant la bataille pour la Libération de Melun, l'église est gravement endommagée le . Elle reste totalement fermée au culte jusqu'en 1951, et n'est entièrement rouverte qu'en 1960. Saint-Aspais est aujourd'hui la principale église paroissiale de Melun. Au point de vue artistique, elle est intéressante pour son homogénéité stylistique, son plan irrégulier imposé par le manque de place, et ses vitraux dans le style de la Renaissance.
Situation
L'église Saint-Aspais est située en France, en région Île-de-France et dans le département de Seine-et-Marne, sur la commune de Melun, près de la rive droite de la Seine, rue Saint-Aspais (RD 415). C'est l'un des principaux axes de circulation qui traversent le centre historique de la ville, dans un sens nord-sud. Le chevet de l'église est aligné sur cette rue. Deux rues assez étroites quittent la rue Saint-Aspais vers l'ouest, et délimitent les élévations latérales de l'église : la rue du Miroir au sud, et la rue Sébastien-Rouillard au nord, qui est reliée à la rue du Miroir par la rue des Cloches. Devant la façade occidentale de la nef et du collatéral nord, la rue du Miroir forme un parvis de plan rectangulaire, qui se rétrécit successivement vers l'ouest. Ce parvis donne l'unique occasion de contempler l'église avec quelque recul. Bien que dégagé de toutes constructions mitoyennes, elle est insérée dans un tissu urbain dense, et l'on ne peut embraser du regard aucune élévation extérieure dans sa totalité.
Histoire
Origines et vocable
L'église Saint-Aspais est l'unique église placée sous la protection de ce saint, et aucune autre église ou paroisse ne l'a jamais réclamé comme saint patron. Saint Aspais est, avec saint Liesne, l'un des deux saints patrons de la ville de Melun. Sous l'Ancien Régime, des enfants y sont couramment baptisés aux noms d'Aspais et Aspasie (et non Aspaise). Le sonneur Aspais-Armand Pasquier, mort le au 1 rue des Cloches, est la dernière personne ayant porté le nom d'Aspais. Saint Aspais est notamment invoqué par ceux qui souffrent de maux de tête. Au ou au , l'une des églises ayant précédé à l'église actuelle lui est dédiée. Elle est évoquée dans une charte de Philippe I, qui mentionne le quartier suburbain de Saint-Aspais. Ce n'est pas la plus ancienne église de la ville, ni la plus importante, mais seulement un modeste sanctuaire. En effet, le bourg Saint-Aspais cité dans une charte de l'abbaye Saint-Père datée de 999 se limite à la rue qui relie le centre de la ville, en l'Île de la Seine, à l'abbaye, près de l'actuelle rue Carnot. Les reliques de saint Aspais, saint Liesne et d'autre saints ne sont peut-être retrouvées qu'en 1322, quand les lépreux de la maladrerie Saint-Lazare observent pendant plusieurs nuits une lumière éclatante, ce qui incite les bénédictins de l'abbaye Saint-Père de creuser le sol. C'est alors qu'ils découvrent, près de cinq cents ans après leur dépôt sous les invasions vikings en 858-863, plusieurs châsses vermoulues. Sans que l'on sache pour quelle raison, sans doute parce qu'il s'agit des patrons de la ville, les dépouilles de deux saints sont identifiées comme appartenant à saint Aspais et saint Liesne. La véracité de ce récit est contestée par dom Jean Élie, prieur de Saint-Père de 1693 à 1696, qui rappelle qu'un bréviaire de l'an 1200 environ indique que les reliques sont conservées en l'église abbatiale. Quoi qu'il en soit, dans le cadre d'une cérémonie solennelle en date du , l'archevêque de Sens, Guillaume I de Melun, reconnaît l'authenticité des reliques en la présence du légat du pape et de plusieurs évêques. Le dimanche , les reliques sont transférées dans une nouvelle châsse..
Il paraît que l'on ne dispose d'aucun document historique sur la vie de saint Aspais. Sa vénération dans la ville semble seulement indiquer que c'est un évangélisateur, et sachant que le territoire du diocèse de Sens est christianisé à partir du début du , on peut situer sa vie au . En 1492, les paroissiens de Melun demandent aux marguilliers de se rendre à Paris et à l'abbaye de Chelles pour . Cette mission reste sans succès. Au début du , Sébastien Roulliard, avocat au Parlement de Paris, décide de mettre un terme à l'ignorance de ses concitoyens à l'égard du saint patron de leur église. Il identifie, tout à fait à tort, l'Apôtre de Melun à Aspais d'Eauze, évêque d'Auch au . Le culte de saint Aspais gagne d'ampleur par la suite. En 1653, le curé Vaulthier demande à l'évêque de Troyes, François Mallier du Houssay, abbé de Saint-Pierre de Melun, quelques ossements de saint Aspais, et les obtient : toutes les reliques dans son église s'étaient apparemment perdues (sous l'occupation anglaise en 1420 ou sous les guerres de religion en 1590). La fête de l'Invention et translation des reliques de saint Aspais est désormais célébrée le dimanche suivant la Nativité de Marie (). En 1695, la légende hagiographique fantaisiste diffusée par Roulliard est réfutée en tous points par dom Jean Élie. En 1716, le pape refuse d'accorder des indulgences pour les deux fêtes du saint, car il ne figure pas au martyrologe romain. Dans le bréviaire meldois de 1856, il n'est honoré que d'une simple mémoire, et tout ce que l'on sait sur la vie de saint Aspais est que c'est un prêtre envoyé par l'évêque de Sens pour évangéliser Melun, qui est mort à Melun, peut-être un . Le lieu de son inhumation est sans doute le cimetière de la Courtille dans l'île, et non l'église Saint-Aspais, ou bien la crypte de la chapelle Saint-Laurent qui se trouve à côté, ce qui explique pourquoi la collégiale Notre-Dame possédait la plus grande portion des reliques.
Histoire de la paroisse thumb|Liste des curés sur une verrière au-dessus de la porte de la sacristie. thumb|Liste des curés, suite.
Sous tout l'Ancien Régime, Melun fait partie du diocèse de Sens. Le collateur de la cure de Saint-Aspais est l'abbé de l'abbaye Saint-Père (Saint-Pierre et Saint-Paul) de Melun, qui se situait sur le mont Saint-Père, dans l'actuelle rue Carnot, à l'emplacement de la préfecture. Les religieux de Saint-Père sont aussi les curés primitifs de Saint-Aspais. En 1080, l'archevêque de Sens, Richer II, confirme à l'abbé le droit acquis antérieurement de nommer aux trois cures de Saint-Aspais, Saint-Barthélemy et Saint-Liesne. En 1150, le pape Alexandre III confirme à l'abbaye ces immunités, droits et privilèges, en particulier ceux de la cure du bourg Saint-Aspais. Le premier curé de Saint-Aspais dont le nom soit connu est Droco, en 1231. Au Moyen Âge, les curés ne résident pas toujours à Melun, et leur assiduité laisse parfois à désirer. En 1426, le curé est Nicolas des Agneaux, étudiant à l'Université de Paris. Sur l'insistance des marguilliers, il est obligé de faire célébrer régulièrement chaque dimanche deux messes, et de fournir les chapelains et clercs en nombre suffisant..
L'été 1579, Henri III organise à Melun une réunion de trois archevêques, onze évêques et quarante-et-un doyens et archiprêtres. Les conférences s'échelonnent sur une durée de deux mois, et ont pour but de régler des problèmes de la France et de l'Église ; elles sont ponctuées par des cérémonies et processions, et chaque matin, une prédication a lieu en l'église Notre-Dame, et après dîner, une autre prédication se fait en l'église Saint-Aspais. En mai 1588, sous la huitième guerre de religion, les troupes des ligueurs occupent la ville pour une durée de presque deux ans, et dévastent les différents quartiers. En dépit de ces abus, les religieux de Saint-Père et le curé, Pierre Perrotte, sont des ardents partisans de la ligue catholique, et le serment de l'union pour la foi catholique et sa signature ont lieu en mars 1589 en l'église Saint-Aspais. En prévision du péril pour l'église qui en découle, les marguilliers mettent à l'abri les bahuts, ornements liturgiques et tapisseries en l'église Notre-Dame, mais quand Henri IV reprend la ville le , la paroisse doit verser trois cents livres pour éviter que les cloches ne soient envoyées à la fonte. L'église est profanée et pillée, et les offices sont suspendus pour quelque temps. Le dimanche , une cérémonie de dédicace est célébrée en l'église Saint-Aspais.. En 1691, une partie de l'argenterie de l'église est réquisitionnée pour être fondue à la Monnaie de Paris, à une période où la paroisse est confrontée à des travaux de réparation de grande ampleur, dont l'enveloppe dépasse largement ses moyens (voir ci-dessous)..