Unidata était un consortium européen créé conjointement au début des années 1970 par trois constructeurs d'ordinateurs: la française CII, l'allemande Siemens et la hollandaise Philips, dans le but de constituer une puissante industrie informatique européenne, face aux multinationales américaines qui dominaient le marchéEmmanuel Lazard et Pierre Mounier-Kuhn, Histoire illustrée de l'Informatique, Paris, EDP Sciences, 2026, p. 181-182 et 191-192..

Rôle de la Commission européenne Le Monde du révèle des entretiens entre gouvernements britanniques et français pour "envisager de construire en commun des calculatrices de grande puissance", alors qu'un "accord de coopération aéronautique" lie déjà les deux pays, et que diverses entreprises françaises et anglaises" ont entrepris d'explorer les possibilités d'un accord dans l'informatiqueBritanniques et Français envisagent de construire en commun des calculatrices de grande puissance Le Monde du 5 juin 1965 , pour construire en commun de nouveaux ordinateurs. Puis Paris renonce à "s'appuyer sur Bull", contraint à multiplier les licenciements à partir de 1963, dont 500 en Le Monde du 2 mai 1965 , il "est envisagé de consacrer des crédits importants" au projet franco-britannique, précise Le Monde.

La Commission européenne a essayé pendant plusieurs années de mettre en avant une fusion de tous les grands producteurs d'informatique européensBussière Éric, Van Laer Arthe, « Recherche et technologie ou la « sextuple tutelle » des États sur la Commission, éternelle mineure », dans Dumoulin Michel "La Commission européenne, 1958-1972. Histoire et mémoire d’une institution, Commission européenne", Bruxelles, 2007, cité dans "Introduction à l'économie européenne" par Jean-Christophe Defraigne, Patricia Nouveau, en 2017 aux ÉditionsDe Boeck . Le , Le Monde rapporte que Bruxelles songe à "unir les efforts du vieux continent" avec Philips, ICL et Siemens, avec l'objectif particulier de construire un super-calculateur". Mais il apparait que les unions sont préférables entre partenaires "dont la taille ne soit pas trop dissemblable" et les taux de croissance prochesArticle centré dans Le Monde du 26 septembre 1968 , suggérant d'attendre un peu, en tenant compte aussi des "alliances plus ou moins étroites" nouées avec des Américains par un constructeur européen ou l'autre.

Problème du leadership européen Les obstacles auraient pu être surmontés avec un véritable leadership européen, selon l'historien Pascal Griset, "comme cela fut le cas" pour Airbus, qui avait lui aussi connu à ses débuts des difficultés "que l’on oublie souvent""Unidata ou le malentendu informatique européen", par l'historien Pascal Griset, en avril 2021 dans l'Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe . De plus, sur un marché européen de l'informatique "de plus en plus ouvert", les gouvernements ne pouvaient cependant pas, comme ils le firent dans l’aéronautique "garantir" aux associés d'Unidata "des parts de marché significatives".

En Allemagne, mi-1968, environ 5500 ordinateurs fonctionnant ou en commande, le gouvernement veut consacrer 400 millions de francs à ce secteur entre 1967 et 1971, "soit presque autant que ce que l'État français consacrera au plan calcul de 1966 à 1970". Puis pour la période 1971-1975, ce sont plus de 900 millions de francs, le ministre de la recherche, Gerhard Stoltenberg précisant que ce sera surtout pour l'équipement d'administrations ou d'hôpitaux.

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Initiatives de 1968 En 1968, les initiatives se multiplient, notamment celle de Michel Barré, vice président de la CII, société qui s'est mis en place peu à peu l'année précédente. Il rencontre en 1968 les dirigeants d'ICL, Siemens et Philips.

Difficultés d'ICL ICL a du mal à prendre pied en France, avec seulement 142 des 1229 ventes ou commandes ferme de sa série 1900, "comparable à la la gamme 360 d'IBM", au succès porté par "un effort considérable" de recherche et développementLe Monde du 22 juillet 1970 .

Le rapport Lhermitte de 1968 prévoyait à un horizon de trois ans que le parc français comprendra au un total de 2500 ordinateurs de gestion commerciale, 1358 ordinateurs de gestion professionnelle, 462 calculateurs scientifiques et 200 calculateurs industriel et qu'on aura commencé à produire en France des circuits intégrés de haute qualité, le plan-calcul ayant conduit au "lancement du plan composants".

Alliances complémentaires avec des constructeurs américains Dès le début dans ce qui deviendra Unidata, les constructeurs français CII et britanniques ICL sont intéressés par des alliances complémentaires avec des constructeurs américains. C'est en particulier le cas de la CII, en lien avec deux constructeurs américains avec qui elle coopère dans l'évolution du système d'exploitation en mode ouvert et temps partagé au moment où l'intérêt pour la démarche Unix émerge. , marchés alors ultra-dominés par IBM. Control Data et Scientific Data Systems (SDS) vendent tous deux des ordinateurs d'architecture simple, puissante et peu couteuse, car très investie dans les circuits intégrés et l'abondance de mémoire. Tous deux préfèrent confier une partie des développements logiciels à des prestataires, ce qui permet à leur cours de Bourse de profiter de la bulle spéculative de 1968 dans l'informatique.

Tous deux ont eu des parcours météorites à Wall Street, Control Data ayant ensuite perdu plus de 80% de sa valeur au cours du krach du deuxième trimestre 1950, soit l'une des plus fortes baisses. L'option SDS de la CII L'option pour la CII de renforcer encore ses liens avec l'Américain Scientific Data Systems (SDS) est plusieurs fois rappelée lors des premières négociations autour du projet européen, mais cette option parait être un avantage en plus. SDS a ensuite été racheté au prix fort par le géant de la photocopie Xerox en : près d'un milliard de dollars. Après cette OPA, il est rebaptisé XDS, pour être sa branche informatique et entrer sur le marché des grands systèmes IBM, afin de faire monter le cours de Bourse de Xerox. Mais il est comme la CII peu habitué aux grosses opérations commerciales spécifiques à l'informatique de gestion, car comme elle issue du monde de l'automatisation de processus et des commandes militaires. XDS jugeant "excessives" les "marges bénéficiaires sur les périphériques de marque IBM" tente d'en acheter, "afin de réduire les frais de location" auprès d'IBM, avec pour inconvénient de peser sur sa trésorerie et sa rentabilité à court terme. Il développe avec la CII un nouveau système d’exploitation, le XOS (Xerox Operating System), dont l'arrivée fin 1969 est vantée sur une double page du Wall Street Journal, car il permet de cumuler informatique de gestion, de calcul et de contrôle industriel. Afin d'épargner des embauches et coûts de logiciels à Xerox, vite confronté une fuite des cerveaux SDS, il sera livré en 1970, et développé via un nouveau contrat avec la CII, dont le gouvernement français veut faire une "société d'ordinateurs de réseaux""My Years with Xerox" par Paul A. Strassmann, en 2008 chez The Information Econonomics Press . Mais le patron de XDS, lors de ses nombreux voyages à Paris, est dérouté par la multiplicité des interlocuteurs.

L'option Control Data, pour ICL et la CII Sur proposition de son président Pierre Aigrain, ministre français, la commission chargée à Bruxelles de la coopération scientifique et technique à la Communauté européenne, avait "mis à l'étude une collaboration", pouvant inclure un projet de superordinateur commun. Mais dès , Air et cosmos, hebdomadaire français de l'aéronautique et spatial, observe que le Plan Calcul Britannique "annonce qu'il renonce à la fabrication d'un superordinateur", au moment où la CII française "présente la plus puissante machine de sa gamme" l'Iris 80. Ces concessions d'ICL visent aussi à ménager l'Américain Control Data, spécialiste de la technologie du superordinateur, un "créneau trop étroit" cependant, car la « crise de 1970 » le « frappe de plein fouet », avec 35,6 millions de dollars de pertes sur 480 millions de dollars de ventes". Il ne résiste que grâce une "politique de diversification" entreprise à partir de 1966". Dès 1969, il "entreprend d'assurer son indépendance en matière de périphériques"", en "organisant la résistance à IBM"" via "trois entreprises coopératives"", dont l'une avec le français CII et l'anglais ICL", en vue d'un système de normes d'un poids suffisant" face à IBM"Catalogue informatique non américaine. Architectures Constructeurs Logiciels Machines Périphériques Personnalités", par Henri Boucher , qui en 1977 en vendra encore « à lui seul » pour 20 milliards de francs malgré la captation d'un quart du marché, en compatibles, par des spécialistes comme Memorex, Telex, et Calcomp,"LA PÉRI-INFORMATIQUE : un marché sans unité", dans Le Monde du 28 janvier 1976.

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La coopération Control Data-CII vise aussi la "standardisation" dans la technique des interfaces et les langages. L'Américain souhaite "élargir sa gamme de matériels vers le bas", pour dépasser la niche du superordinateur, et envisage d'assurer la "représentation aux États-Unis des ordinateurs de la CII". Il prépare avec la CII la création du consortium Multinational Data, associant aussi l'anglais ICL. Dès la mi-1970 fuite l'intention des trois constructeurs d'"harmoniser leurs efforts", sous forme d'un "club" de constructeurs apte à intégrer ceux qui "se partageront, à l'avenir, le marché mondial", plutôt que de fusionner"Trois constructeurs d'ordinateurs envisagent d'harmoniser leurs efforts", article du 21 juillet 1970 dans Le Monde. . Control Data inscrira à son catalogue l'Iris 60 de la CII, ainsi que "la première machine de la future gamme ", accord pouvant "être étendu" à son partenaire américain NCR, afin de "figurer sur le catalogue des deux firmes"Le Monde du 27 janvier 1972 .

Répartition des rôles Unidata s'appuyait sur les points forts des trois associés, en vue de partager des économies d'échelle : le français Compagnie internationale pour l'informatique (CII) pour la maîtrise d'œuvre, le logiciel, l'architecture des machines pensée en réseau ; la technologie électronique du néerlandais Philips, seul rival des Américains dans les circuits intégrés ; l'allemand Siemens, fort dans les périphériques mécaniques (disques, bandes, la première imprimante xérographique bien conçue) est chargée de développer la nouvelle génération pour les trois alliés"Histoire, épistémologie de l'informatique et Révolution technologique" Résumés du cours de Gérard Verroust de 199 à 1997 Maîtrise Sciences & Techniques Hypermédia - , université Paris VIII ..

Une utilisation ingénieuse de la microprogrammation devait permettre à cette gamme de machines de fonctionner avec les instructions machine de la série P1000 Philips, des machines Siemens compatibles IBM 360, et des Iris 80 de CII. Au même moment le MITI japonais lançait un plan similaire, avec des choix techniques très proches.

L'apport de la technologie électronique du néerlandais Philips, seul rival des Américains dans les circuits intégrés est précieuse car la France est très en retard dans ce domaine, et à part l'usine de Grenoble spécialisée dans les circuits intégrés n'a quasiment pas d'offre. Ainsi, en 1973-1974, la CII utilise à 95% des circuits intégrés vendus par des fabricants américains. En mi-1969, le "Yalta de l'électronique française" voit la CGE se retirer du secteur , alors que se concrétise un "Plan Composants en 1969 pour de francs , dans ce secteur, Thomson voulait céder la Cesco jugée pas assez rentable , tandis que la Cosem voulait continuer le germanium assurant sa rentabilité, plutôt que le silicium. Négociation de l'accord