upright=1.5|vignette|alt=Carte de l'Afrique, de la péninsule arabique et de l'océan Indien mettant en relief l'évolution des relations diplomatiques avec le Qatar conséquemment à la crise. |Évolution diplomatique après la crise de 2017.
La crise diplomatique du Qatar est une crise diplomatique opposant du au 5 le Qatar à l'Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à plusieurs autres pays musulmans.
Contexte et prélude La crise trouve son origine dans une longue rivalité opposant le Qatar à l'Arabie saoudite depuis les années 1990, où l'émirat s'était dégagé de la tutelle saoudienneBenjamin Barthe, Crise entre Qatar et Arabie saoudite : « Riyad ne veut pas laisser ses vassaux s’émanciper », Le Monde, 3 juillet 2017.. Cette rivalité s'est accentuée en 2011, au moment du Printemps arabe., au cours duquel le Qatar a appuyé les mouvements liés aux Frères musulmans en Syrie, en Égypte, en Libye et en TunisieAriane Bonzon, Qu'est-ce qui différencie le Qatar de l'Arabie saoudite?, Slate, 27 septembre 2013.. Ce soutien avait provoqué de fortes tensions avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, très hostiles à la confrérie et qui avaient préféré — à l'exception de la Syrie — soutenir les régimes en place de peur d'être emportés dans la vague de contestation qui secouait alors le monde arabe.
En , des otages qatariens avaient été enlevés en Irak, probablement par des miliciens chiites des Kataeb Hezbollah, liés à l'Iran. Le , , dont des membres de la famille royale, sont libérés et remis aux autorités irakiennes après des négociations ayant eu lieu dans le cadre d'un accord plus large, négocié par le Qatar et l'Iran, qui visait également à faire évacuer des localités assiégées en Syrie : Zabadani, Madaya, Foua et KafrayaLaure Stephan, En Syrie, le grand marchandage de Doha, Le Monde, 22 avril 2017.. Pour favoriser l'accord d'évacuation et la libération des otages, le Qatar aurait payé de fortes sommes à des groupes rebelles et à des milices chiites. Selon le Financial Times, la rançon payée s'élevait à un milliard de dollars, dont une grande partie à l'Iran par le Qatar ainsi qu'au Hayat Tahrir al-Cham, groupe lié à Al-Qaïda. Cette rançon serait l'une des causes majeures de la rupture des relations diplomatiques, les États arabes sunnites estimant que ces paiements étaient en fait un moyen détourné de financement du terrorisme chiite et jihadiste.
Déroulement
Éclatement de la crise La crise trouve son origine dans la publication le 2017 de propos conciliants attribués à l'émir du Qatar envers l'Iran, le Hamas et le HezbollahBenjamin Barthe, Après la visite de Donald Trump à Riyad, les monarchies du Golfe se déchirent, Le Monde, 25 mai 2017.L’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis et Bahreïn rompent avec le Qatar, Le Monde avec Reuters, 5 juin 2017.Georges Malbrunot, Le Qatar mis en quarantaine par ses voisins du Golfe, lefigaro.fr, 5 juin 2017.Moyen-Orient : le Qatar mis au ban, Le Point avec AFP, 5 juin 2017.Benjamin Barthe, « C’est une crise existentielle pour le Qatar », Le Monde, 5 juin 2017.Hala Kodmani, Isolement du Qatar : l’Arabie Saoudite joue avec le Golfe, Libération, 6 juin 2017.Anthony Samrani, Pourquoi l’axe Riyad/Abou Dhabi/Le Caire tord le bras du Qatar, OLJ, 6 juin 2017.. Qatar News Agency, l'agence de presse officielle du Qatar, cite alors l'émir Tamim ben Hamad Al Thani, qui déclare que . Il qualifie aussi les Frères musulmans et le Hezbollah de et défend le Hamas. L'émir du Qatar dément rapidement avoir formulé de telles déclarations et l'agence de presse qatarienne affirme que son site a été piraté et que de fausses informations ont été diffusées. Un mois plus tard, dans un article publié le , The Washington Post affirme également que selon des sources au sein des services secrets américains, l'agence de presse du Qatar a été effectivement piratée par les Émirats arabes unisWashington Post: les Emirats à l'origine du piratage de l'agence de presse qatarie, RFI, 17 juillet 2017.Sébastien Seibt, Crise du Golfe : après les hackers russes, la cyber-piste émiratie, France 24, 17 juillet 2017..
Le , plusieurs emails de l’ambassadeur des Émirats arabes unis à Washington, Youssef al Oitaba, sont divulgués à la suite d'un piratage. Ils évoquent, entre autres, les moyens à mettre en place pour rompre les relations entre le Qatar et la diplomatie américaine, ainsi qu’une possible invasion militaire du Qatar.
Mais le , l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Égypte et Bahreïn, suivis ensuite par le gouvernement yéménite d'Abdrabbo Mansour Hadi, le gouvernement libyen de Tobrouk, la Mauritanie, les Maldives, les Comores, annoncent la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar, en l'accusant de soutenir pêle-mêle Le Qatar suspend tous ses vols vers l'Arabie saoudite, une mesure "pour mettre en échec les tentatives d'affecter" le pays, AFP, 5 juin 2017.Benjamin Barthe, Les raisons qui ont conduit l’Arabie saoudite à mettre au ban le Qatar, Le Monde, 5 juin 2017.Michaël Bloch, Pourquoi l'Arabie Saoudite et ses alliés rompent avec le Qatar, Le JDD avec AFP, 5 juin 2017..
Suites et conséquences Le Qatar est exclu de la coalition qui mène alors l'opération Restaurer l'espoir au Yémen. Il est également mis sous quarantaine avec la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes. Plusieurs compagnies aériennes (Etihad, Emirates, flydubai et Air Arabia, ainsi que la Saudia et Gulf Air (Bahreïn)) suspendent leurs vols en direction du Qatar. L'Arabie saoudite annonce la fermeture des bureaux de la chaîne Al Jazeera de Riyad.
Les Saoudiens se sentent également renforcés par le soutien du président américain Donald Trump qui s'est rendu dans plusieurs pays du Golfe en maiBenjamin Barthe, Le retour en grâce de la monarchie saoudienne auprès des États-Unis, Le Monde, 22 mai 2017.. Le , au lendemain du début de la crise, le président américain apporte à nouveau son soutien à l'Arabie saoudite et accuse sur Twitter le Qatar de financer . Embarrassé, le gouvernement américain fait rapidement machine arrière et appelle à une désescaladeGilles Paris, Donald Trump embarrasse Washington en mettant en cause le Qatar, Le Monde, 7 juin 2017.. Le , le président américain et le Secrétaire d'État Rex Tillerson tiennent des discours contradictoires : le premier accusant le Qatar de et déclarant que ; tandis que le second appelle à l’allègement du blocus estimant que celui-ci Claire Levenson, Sur le Qatar, Trump ne cesse de contredire son ministre des Affaires étrangères, Slate, 10 juin 2017.Qatar: les États-Unis lancent un appel à alléger le blocus, AFP, 9 juin 2017.. Pourtant le , le Qatar signe un contrat d'armement de 12 milliards de dollars avec les États-Unis pour l'achat de F-15 EagleJean-Baptiste Duval, Contrat d'armement de 12 milliards: Le Qatar n'en veut visiblement pas à Trump pour ses deux tweets, Le Huffington Post, 15 juin 2017..
Le , le ministère qatarien des Affaires étrangères dénonce une décision « injustifiée » et « sans fondement », avec un « objectif clair : placer le Qatar sous tutelle, ce qui marque une violation de sa souveraineté ». L'émirat est soutenu par la Turquie, le Maroc et le Hamas. Le , le Parlement turc approuve le déploiement de militaires au Qatar en vertu de l'accord de défense signé en 2014 avec l'émirat. L'Allemagne appelle aussi à la levée du blocusCatherine Gouëset, L'Arabie saoudite est-elle partie pour rater son coup contre le Qatar?, L'Express avec AFP, 9 juin 2017..
Le , la procureure générale des Émirats arabes unis annonce que ceux qui s'expriment sur les réseaux sociaux pour .
Le Tchad rappelle son ambassadeur au Qatar le Le Tchad rappelle son ambassadeur au Qatar pour consultation, RFI, 9 juin 2017.. Le Niger fait de même le Le Niger rappelle son ambassadeur en poste au Qatar, Reuters, 10 juin 2017..
Le , le Maroc annonce le maintien de ses cinq liaisons hebdomadaires Casablanca-Doha, malgré la crise diplomatique.
L'émirat étant très dépendant des importations extérieures, la crise inquiète fortement les Qatariens qui se rendent en masse dans les supermarchés. Le gouvernement qatarien affirme cependant disposer d'assez de vivres pour un anMis à l'écart, le Qatar compte sur ses soutiens pour sortir de la crise, Le Figaro, 7 juin 2017..
Le , l'Iran annonce l'envoi au Qatar de , plus Embargo du Qatar : l’Iran envoie des avions de produits alimentaires, Le Monde, 11 juin 2017..
Le , le Maroc annonce également l'envoi d'aide alimentaire au Qatar. Selon le ministère des Affaires étrangères marocain, il s'agit d’un « geste d'entraide entre peuples islamiques » conforme aux « préceptes » de la religion islamique en ce mois de ramadan, mais un geste qui n'a rien à voir avec les « aspects politiques de la crise ». Plusieurs personnalités publiques qatariennes comme Abdellah Ben Hamad Al Athabah, rédacteur de Al Aranb, ou encore Jaber Alharmi, rédacteur en chef du journal qatarien Acharq, ont remercié le Maroc pour son aide.
En Syrie, la crise embarrasse également les groupes rebelles, soutenus à la fois par l'Arabie saoudite et par le Qatar, mais aussi par la Turquie et les Émirats arabes unis, et qui refusent de prendre parti publiquementSammy Ketz, Face à la crise Arabie-Qatar, la rébellion syrienne dans l'embarras, OLJ avec AFP, 18 juin 2017..
En juin, pour éviter une pénurie de lait, et sur une idée de l'homme d'affaires Moutaz Al Khayyat le Qatar décide de faire acheminer vaches élevées en Australie et aux États-Unis, transportées par 60 avions de la compagnie Qatar Airways. Le coût de l'opération devrait dépasser les 7 millions d'eurosCharles Delouche, Pour les vaches du Qatar, ça va de mal en pis, Libération, 14 juin 2017.Au Qatar, sous blocus, vaches vont être importées par les airs, Le Monde, 14 juin 2017..
En juin, la Somalie aurait refusé 80 millions de dollars de la part de l’Arabie saoudite, en échange de son soutien au boycott contre le Qatar. Le pays avait en effet annoncé le préférer rester neutre.
Le , l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Égypte, Bahreïn et le Yémen adressent au Qatar, par le biais du Koweït en tant que pays médiateur, une liste de treize conditions à accepter dans les dix jours pour obtenir une sortie de crise. Ils exigent notamment que le Qatar limite ses relations diplomatiques avec l'Iran, expulse tous les membres du Corps des gardiens de la révolution islamique présents sur son sol, ferme sa base militaire turque en cours de construction, rompe ses liens avec des organisations « terroristes » — les Frères musulmans, le Hezbollah, le Hamas, l'État islamique, al-Qaïda, le Front al-Nosra — ferme sa chaîne de télévision al-Jazeera, ainsi que plusieurs sites d'information, et réclament enfin Golfe: Riyad et ses alliés adressent leurs revendications au Qatar, RFI, 23 juin 2016. Crise du Golfe : l'Arabie Saoudite et ses alliés envoient une liste de doléances à l'émir du Qatar], France 24 avec Reuters, 23 juin 2017.Liste d'exigences et ultimatum au Qatar, Euronews, 23 juin 2017.. Ces réclamations sont jugés « déraisonnables » par le Qatar, qui indique : Hala Kodmani, Qatar et Arabie saoudite : Un bras de fer parti pour durer, Libération, 27 juin 2017.. Le ministre des Affaires étrangères du Qatar déclare que : Le Qatar rejette les exigences de ses voisins, RFI, 2 juillet 2017..
Le , le Qatar dépose plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre l'Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats arabes unis pour dénoncer le blocus commercial dont il fait l'objet.
Le , les États-Unis annoncent l'envoi de deux émissaires pour contribuer à résoudre la crise diplomatique.
Le , le Qatar annonce la commande de sept navires de guerre à l'Italie pour un montant de cinq milliards d'euros.