de Grèce (en grec moderne : ), roi des Hellènes et prince de Danemark, est né le au palais de Tatoï, en Grèce et mort le au palais royal d’Athènes. Il est roi des Hellènes de 1922 à 1924 puis de 1935 à 1947.

L’enfance et la jeunesse de sont marquées par l’effervescence nationaliste que connaît le royaume hellène au tournant des . Après la défaite de la Grèce face à l’Empire ottoman en 1897, la famille royale est en effet accusée d’être responsable de l’échec de la Grande Idée et l’opposition républicaine augmente dans le pays jusqu’au coup de Goudi de 1909. Les victoires militaires grecques durant les guerres balkaniques (1912-1913) rapprochent quelque temps la famille royale de son peuple mais l’éclatement de la Première Guerre mondiale renverse la situation. Après l'implication indirecte du pays dans le conflit en 1915, Georges, qui n’est alors que diadoque (héritier du trône), assiste au Schisme national, autrement dit à la rupture violente entre son père, le roi , et le Premier ministre Elefthérios Venizélos.

Acculé par la montée en puissance de l’Entente et des vénizélistes, doit quitter le pouvoir et partir en exil en 1917. Jugé tout aussi germanophile que son père parce qu’il a été formé militairement en Allemagne, le prince Georges doit lui aussi quitter la Grèce tandis que son frère cadet, le jeune , monte sur le trône. Exilé avec sa famille en Suisse, Georges mène dès lors une existence relativement simple et morne. En , il se fiance cependant à l’une de ses cousines éloignées, la princesse Élisabeth de Roumanie, avec laquelle il est en contact depuis plusieurs années. Peu de temps après, son frère meurt à Athènes et une nouvelle crise politique secoue la Grèce, permettant à de reprendre le pouvoir. La restauration de l’ancien souverain est toutefois éphémère puisque la défaite de la Grèce face aux nationalistes turcs commandés par Mustafa Kemal, l’oblige à abdiquer en faveur de son fils aîné en 1922.

Bien que reconnu roi des Hellènes, est écarté de la direction des affaires et il doit composer avec une classe politique de plus en plus radicale. Après la victoire électorale des républicains en , le souverain et sa famille partent une nouvelle fois en exil. D’abord réfugié dans la patrie de sa femme, Georges choisit de s’installer au Royaume-Uni en 1932. Vers la même époque, son couple se désagrège et son épouse obtient le divorce en 1935. Les malheurs conjugaux du souverain sont toutefois compensés par le retour en force des monarchistes en Grèce et par la tenue d’un référendum truqué en 1935 demandant son retour à la tête du pays le . De nouveau roi des Hellènes, tente de normaliser la situation politique de son pays mais la montée en force des communistes l'incite finalement à soutenir le coup d’État du général Ioánnis Metaxás et la mise en place du régime du 4-Août (1936).

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale est une nouvelle épreuve pour la Grèce. Après un important succès contre les forces italiennes en 1940-1941, le pays est envahi par les armées de l’Axe en -. De nouveau exilé, prend la tête des forces grecques libres. Cependant, ses liens avec la dictature de Metaxás affaiblissent son image auprès de la résistance grecque, très marquée à gauche. Devant l’opposition qu’il soulève, doit accepter de ne pas rentrer en Grèce dès la Libération et de remettre le pouvoir à une régence en 1944. Les portes de son pays lui étant à nouveau fermées, le souverain, humilié et malade, envisage de s’installer définitivement au Royaume-Uni. Toutefois, le succès des monarchistes au référendum institutionnel du l’en dissuade finalement.

De retour en Grèce, trouve un pays ravagé par l’occupation et la guerre civile qui l'a suivie. Il reprend alors les affaires du pays mais trouve la mort seulement sept mois après la restauration de la monarchie.

Famille

vignette|gauche|alt=Photo d'un couple entouré de cinq enfants et adolescents.|La famille royale hellène vers 1914. Au centre, apparaissent la reine Sophie et le roi avec, autour d'eux, de gauche à droite, les futurs rois , et de Grèce ainsi que les futures reines Hélène de Roumanie et Irène de Croatie. est le fils aîné du roi (1868-1923) et de son épouse la princesse Sophie de Prusse (1870-1932), elle-même fille de l’empereur (1831-1888) et de sa femme la princesse royale Victoria du Royaume-Uni (1840-1901).

a donc la particularité généalogique d'être à la fois l'arrière-petit-fils du roi (1818-1906), surnommé « le beau-père de l'Europe », et de la reine du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée « la grand-mère de l'Europe ».

Le , Georges épouse, à Bucarest, la princesse Élisabeth de Roumanie (1894-1956), fille du roi (1865-1927) et de son épouse la princesse anglo-allemande Marie de Saxe-Cobourg-Gotha (1875-1938), surnommée la « Belle-mère des Balkans ». Par sa mère, Élisabeth est donc la petite-fille du duc (1844-1900), que les Grecs avaient élus par plébiscite à la tête de leur royaume en 1862.

De l'union de et d'Élisabeth ne naît aucun enfant et le couple divorce le . Après cette séparation, le souverain entretient une relation suivie avec une divorcée, sans jamais se remarier. Le roi n'ayant pas d'héritier direct, c'est donc le plus jeune de ses frères qui lui succède sous le nom de en 1947.

Biographie Premières années Un petit prince conscient de sa position vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc d'un bâtiment de style néo-classique.|Le palais du diadoque, en 1909. Fils du diadoque Constantin et de la princesse Sophie de Prusse, le futur voit le jour un peu moins de neuf mois après le mariage de ses parents, le , au palais de Tatoï. Légèrement prématuréLa question semble particulièrement intéresser la reine Victoria du Royaume-Uni qui calcule : ., l'enfant vient au monde de façon très rapide, mais néanmoins difficile. De fait, pendant l'accouchement, son cordon ombilical se place autour de son cou et il faut tout le savoir-faire de la sage-femme allemande que lui a envoyée sa grand-mère, l'impératrice douairière Victoria, pour que la naissance se déroule sans problème. Baptisé le suivant, le prince Georges compte, parmi ses multiples parrains et marraines, son arrière-grand-mère maternelle, la reine Victoria du Royaume-Uni.

Bientôt entouré de nombreux frères et sœurs (Alexandre, Hélène, Paul, Irène et Catherine viennent agrandir la famille entre 1893 et 1913), le prince passe son enfance à Athènes, dans une villa de l'avenue Kifissías et dans le palais du diadoqueConstruit entre 1891 et 1897, le palais du diadoque est utilisé comme résidence du souverain par après l'incendie du palais royal, en 1909. Voir : ., actuelle demeure du président grec, ainsi qu'à Tatoï, résidence secondaire de ses grands-parents paternels. L'enfant effectue par ailleurs de nombreux séjours à l'étranger puisque, chaque année, le diadoque et sa famille se rendent plusieurs semaines en Angleterre, où ils fréquentent les plages de Seaford et d'Eastbourne. L'été se passe à Friedrichshof, chez la mère de Sophie, mais aussi à Corfou et à Venise, où la famille royale se rend à bord du yacht Amphitrite.

Décrit comme le plus introverti, froid et même distant de sa fratrie, le prince Georges semble avoir pris conscience très jeune de son rôle d'héritier présomptif. L'historien John Van der Kiste le présente ainsi comme un enfant pas toujours très sage (surtout lors de ses visites chez sa grand-mère maternelle) mais nettement moins turbulent que son frère cadet, l'espiègle Alexandre, jamais à court de bêtises, ou que sa sœur, la sportive Hélène, qui passe pour un garçon manqué.

Le « coup de Goudi » et ses conséquences

vignette|redresse|gauche|alt=Photo d'un jeune homme portant un képi et un uniforme de soldat.|Le prince Georges, en uniforme de soldat allemand (vers 1911).

En tant qu'héritier présomptif, le prince Georges reçoit une éducation à la tonalité fortement militaire. Formé à Athènes, à l'École des Évelpides, le jeune homme rejoint l'infanterie hellénique avec le grade de sous-lieutenant le . Or, cette promotion arrive à un très mauvais moment. Le , un groupe d’officiers, réunis dans la « Ligue militaire » (en grec : / ), organise en effet un coup d'État contre le gouvernement de : c’est le « coup de Goudi ». Bien que se déclarant monarchistes, les membres de la Ligue, dirigée par Nikólaos Zorbás, demandent au roi de démettre les princes de l’armée. Officiellement, il s'agit de protéger la famille du souverain des jalousies que pourraient faire naître ses amitiés avec certains militaires. Dans les faits, la réalité est bien différente : les officiers accusent le diadoque Constantin d'être responsable de la défaite de la Grèce face à l'Empire ottoman en 1897 et considèrent que la famille royale monopolise indûment les plus hauts postes de l'armée.

Dans le pays, la situation est si tendue que certains envisagent déjà de renverser le souverain et de le remplacer par l'aîné de ses petits-enfants (autrement dit le prince Georges lui-même) ou par un autre candidat (un fils naturel d', le duc des Abruzzes, le duc de Teck, voire un Hohenzollern). Moins impopulaire que son père Constantin, déjà majeur et ne nécessitant donc pas de régence, mais jeune et politiquement inexpérimenté, le prince Georges semble plus facilement contrôlable. L'option qu'il représente reste donc ouverte pour les insurgés jusqu'en .

Dans ce contexte tendu, les membres de la famille royale sont obligés de démissionner de leurs postes militaires afin d’épargner au souverain la honte de devoir les renvoyer. Le diadoque et son épouse doivent par ailleurs quitter précipitamment la Grèce avec leurs enfants et la famille s'installe, pour plusieurs mois, en Allemagne. Pour sauver les apparences, les jeunes officiers ont demandé un « congé d'instruction » de trois ans. Ainsi, le prince Georges poursuit sa formation militaire et intègre, pendant deux ans, le prestigieux à pied de la Garde. Ce départ à l'étranger lui évite, de surcroît, d'apparaître comme une alternative potentielle à son grand-père et à son père pour le trône.

De la garde prussienne à la première guerre balkanique

Après bien des tensions, la situation politique finit par s'apaiser en Grèce et le diadoque Constantin est autorisé à rentrer dans son pays avant d'être restauré dans ses fonctions militaires par le Premier ministre Elefthérios Venizélos, en 1911. En dépit d'un séjour de quelques mois dans son pays natal à la fin de l'année 1910, Georges retourne poursuivre sa formation militaire à Berlin, dans le à pied de la Garde.

C'est seulement avec le déclenchement de la première guerre balkanique, qui oppose les nations chrétiennes des Balkans à leur ancien suzerain ottoman, que le jeune homme regagne définitivement le royaume de Grèce en . Avec son frère cadet, le prince Alexandre, il sert alors comme officier dans l'État-major de son père. Au grand dam de certains Grecs qui craignent pour la vie de l'héritier présomptif, Georges prend part à différentes batailles et est à plusieurs reprises exposé au feu ennemi. Il participe ainsi à la prise de la ville de Thessalonique, le , qui constitue l'un des moments phares du conflit.

Diadoque de Grèce De l’assassinat de à la Première Guerre mondiale

vignette|redresse|alt=Photo d'un militaire portant de nombreuses décorations.|Le roi , père du prince Georges (vers 1913).

Le , le roi est assassiné par un déséquilibré près de la Tour blanche de Thessalonique alors qu'il y effectue sa promenade quotidienne. Son fils, qui est au faîte de sa popularité grâce au succès du premier conflit balkanique, lui succède à la tête du pays sous le nom de . Âgé de vingt-trois ans, le prince Georges devient, quant à lui, héritier du trône et prend le titre de diadoque de Grèce.