La théologie de l'environnement ou théologie environnementale (anglais : ) est un courant de la théologie et de la métaphysique qui questionne la relation entre Dieu et l'environnement, à la lumière des problèmes et des avancées contemporains de l'écologie.

Contexte

Lynn White, Jr est généralement associé aux travaux de recherche sur la théologie de l'environnement, parce que son travail dans les années 1960 a déclenché un regain d'intérêt à grande échelle pour ce domaine. Son article « Les Racines Historiques de notre Crise Écologique » (1967) est le plus cité dans la revue de la littérature à ce sujet.

Les travaux en théologie de l'environnement regroupent habituellement deux lignes de pensée. Une première ligne concerne le système de croyance et l'autre le système de comportement. Il est généralement constaté que les documents étroitement liés à la théologie de l'environnement ne définissent pas directement le terme (Jacobus, 2001). Une distinction doit être faite : la théologie est un système de croyance et l'éthique est un système de comportement.

Les bases de la théologie de l'environnement La théologie de l'environnement inclut généralement une compréhension de la relation de Dieu à l'univers ou à la création, et une cosmologie. Robert J. Jacobus divise les possibilités en trois conceptions de la relation physique de Dieu avec l'environnement (Jacobus, 2004).. La première est que le Dieu créateur existe à l'extérieur du monde physique (Timm, 1994). La deuxième est que Dieu existe à l'intérieur de l'environnement (McFague, 1993, Tobias, 1994). La troisième conception stipule Dieu comme une entité n'existe pas (Berry, 1994 ; Callicott, 1994 ; Swimme, 1994 ; Wei-ming, 1994). Trois variantes de ces types de base peuvent être identifiées dans la littérature. La première est que la personne de Dieu pourrait être nettement séparée de l'environnement et exister aussi à l'intérieur de l'environnement (White, 1994). Une deuxième variante soutient que Dieu et la nature existent en tant déités séparées (Griffin, 1994). La troisième variante nie que Dieu soit une entité cognitive et conçoit l'environnement en tant que déité créatrice. Si Dieu est extérieur au Dieu-environnement, alors le Dieu Créateur est en relation avec l'environnement en tant qu'entité distincte, tandis que si Dieu est intérieur à l'environnement, on ne peut pas faire de distinction entre la personne de Dieu et l'environnement, et la notion de Créateur elle-même peut devenir problématique. Un point de vue mystique, commun à plusieurs traditions religieuses qui unissent ces catégories, consiste à dire que Dieu crée en permanence l'univers, et que l'univers est une expression directe de l'être de Dieu, plutôt qu'un objet créé par Dieu en tant que sujet.

Du point de vue environnemental, les visions du monde correspondantes sont que (1) la nature est créée, (2) la nature est divine et (3) la nature est émergente. Trois théologies de l'environnement émergent, (1) Dieu existe éternellement et l'environnement est la création de Dieu, (2) l'environnement est Dieu (Nelson, 1990) et (3) l'environnement a émergé de conditions physiques (Fraley, 2000). Mais Robert S. Corrington va jusqu'à dire que Dieu est une propriété émergente du cosmos lui-mêmeNature and Spirit (New York: Fordham University Press, 1992)..

Il n'y a pas de distinction claire entre la théologie de l'environnement et l'écothéologie, bien que le terme de théologie environnementale pourrait désigner une théologie dans laquelle l'éthique de l'environnement est mise en place avant la compréhension de la signification de Dieu.

Dans la tradition biblique La révélation de la relation de Dieu au monde constitue le socle d’une théologie de l’environnement. Dans la tradition biblique, dès le récit de la Genèse, la création est présentée comme l’œuvre de Dieu, qualifiée de « bonne » à chaque étape, et confiée à l’humanité non pour l’exploiter sans limite, mais pour la « garder et la cultiver » (Gn 2,15). Cette responsabilité implique une vocation d'intendant, c’est-à-dire de gestion respectueuse et solidaire de l’ensemble de la création. L’idée que Dieu demeure présent dans le monde, non seulement comme créateur initial mais comme soutien permanent de la vie, confère à la nature une dimension sacrée : elle devient signe de la présence divine et lieu de révélation.

Étant donné la confusion engendrée dans l'histoire par des interprétations du fameux passage du Livre de la Genèse (Gn 1, 26-28) :

le pasteur et théologien Frédéric Baudin revient aux sources de Bible. Il encourage à « mieux saisir et interpréter le sens exact des verbes » (notamment « dominer » et « soumettre ») des deux récits de la Création dans le Livre de la Genèse en revenant au texte hébreuFrédéric Baudin, La Bible et l'écologie, Excelsis, 2020, p. 23-29 :

Dans la théologie chrétienne contemporaine, cette conviction a été renforcée par l’« écologie intégrale » mise en avant notamment par le pape François dans son encyclique Laudato si'. Il y affirme que la crise écologique actuelle est inséparable de la crise spirituelle et sociale, et que la sauvegarde de la maison commune repose sur une compréhension renouvelée du rapport entre Dieu, l’humanité et la création. Protéger l’environnement devient ainsi un acte de foi, une manière concrète de répondre à l’appel de Dieu à aimer et préserver la vie sous toutes ses formes.

En ce sens, la théologie de l’environnement n’est pas une discipline marginale, mais une réflexion fondamentale sur la relation trinitaire de Dieu au monde : le Père comme créateur, le Fils comme médiateur incarné dans la création, et l’Esprit Saint comme souffle de vie qui la vivifie et la renouvelle. Cette perspective permet de comprendre l’écologie non seulement comme une exigence éthique ou politique, mais comme une dimension intrinsèque de la foi chrétienne et de la spiritualité.

Dans l'islam Dans l’islam, la relation de Dieu (Allah) au monde est au cœur de toute réflexion sur la création et, par conséquent, d’une théologie de l’environnement. Le Coran présente la nature comme un signe (âyah) de Dieu, une manifestation de Sa puissance créatrice et de Sa miséricorde. Les cieux, la terre, les animaux, les plantes et même les phénomènes naturels (pluie, vents, cycles des saisons) sont décrits comme des réalités qui orientent le croyant vers la reconnaissance du Créateur : « En vérité, dans la création des cieux et de la terre et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a des signes pour ceux qui raisonnent » (Coran, 3:190).

Cette vision fonde une éthique écologique, car le monde n’appartient pas à l’homme mais à Dieu : il en est le véritable Propriétaire (al-Mâlik), tandis que l’humanité n’est qu’un dépositaire et un gestionnaire (khalîfa) de cette création. L’être humain est ainsi chargé d’une mission de responsabilité : protéger, préserver et utiliser avec mesure les ressources naturelles. Toute destruction injustifiée ou gaspillage (isrâf) est condamné, car il rompt l’équilibre (mîzân) voulu par Dieu dans la création (Coran, 55:7-9).

Dans cette perspective, la relation de Dieu au monde est aussi une relation de miséricorde : la création est confiée à l’homme pour qu’il y reconnaisse un don, un lieu de contemplation et de gratitude. L’écologie en islam n’est donc pas un simple enjeu utilitaire, mais une dimension spirituelle et éthique fondamentale. Protéger la terre revient à respecter l’empreinte divine dans le créé et à accomplir le rôle de vice-gérant de Dieu sur terre.

Ainsi, une théologie islamique de l’environnement se construit autour de trois axes :

La création comme signe de Dieu, qui invite à la contemplation et à la reconnaissance du Créateur. L’humanité comme dépositaire, chargée d’une mission de protection et de gestion juste. L’équilibre cosmique (mîzân), que l’homme ne doit pas rompre par l’injustice ou la surconsommation. (Mangez et buvez, mais ne commettez pas d’excès, car Allah n’aime pas ceux qui exagèrent ).

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

En français Frédéric Baudin, La Bible et l'écologie, Excelsis, 2020 (2ème édition revue et augmentée). . . . . . . .

En anglais Baudin Frederic (2019), Ecology and the Bible, Hendrickson traduction anglaise de La Bible et l'écologie). Berry, T. (1994). Ecological geography. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 228–237). Maryknoll, NY: Orbis Books. Callicott, J. B. (1994). Toward a global environmental ethic. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 30–40). Maryknoll, NY: Orbis Books. Fraley, L. E. (2000). General behaviorology. Morgantown, WV: NextPrint. Griffin, D. R. (1994) Whitehead’s deeply ecological worldview. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 190–206). Maryknoll, NY: Orbis Books. Jacobus, R. J. (2001). Defining environmental theology: Content analysis of associated literature. Master’s thesis. West Virginia University, Morgantown. Jacobus, R. J. (2004). Understanding environmental theology: A summary for environmental educators. The Journal of Environmental Education, 35(3) 35-42. McFague, S. (1993). The Body of God. Minneapolis, MN: Fortress Press. Nelson, R. H. (1990). Unoriginal sin. Policy Review, 53, 52-60. Swimme, B. (1994). Cosmogenesis. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 238–242). Maryknoll, NY: Orbis Books. Timm, R. E. (1994). The ecological fallout of Islamic creation theology. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 83–95). Maryknoll, NY: Orbis Books. Tobias, M. (1994). Jainism and ecology. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 138–149). Maryknoll, NY: Orbis Books. Wei-ming. T. (1994). Beyond the enlightenment mentality. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 19–29). Maryknoll, NY: Orbis Books. White, L., Jr. (1967). The historical roots of our ecological crisis. Science, 155, 1203-1207. White, R.A. (1994). A Baha’i perspective on an ecologically sustainable society. In M. E. Tucker & J. A. Grim (Eds.), Worldviews and ecology (pp. 96–112). Maryknoll, NY: Orbis Books.

Articles connexes Écothéologie Éthique de l'environnement Philosophie de l'environnement Philosophie naturelle Sauvegarde de la Création Théologie naturelle

Liens externes La conversion écologique, une urgence (aussi) théologique, Mahaut Herrmann Johannes Herrmann, Nouvelle Revue théologique « Une théologie de la nature : L'enseignement de la biodiversité dans les écoles coraniques en Algérie »

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