Le bombardement de la base aérienne d'Al-Chaayrate est un évènement militaire et politique qui survient lors de la guerre civile syrienne, dans la nuit du 6 au .
Cette attaque est menée par les États-Unis contre les forces armées syriennes, à l'aide de 59 missiles Tomahawk. Elle constitue une réaction à l'attaque chimique de Khan Cheikhoun, perpétré quelques jours plus tôt par l'armée syrienne au moyen d'armes chimiques. C'est la première attaque directe de l'armée américaine contre le régime syrien depuis le début du conflit. Elle est destinée à rappeler au régime syrien que l'utilisation d'armes chimiques constitue une infraction à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques et que les puissances internationales ne sont pas prêtes à la tolérer.
Prélude
Au printemps 2017, grâce au soutien de la Russie et de l'Iran, la situation militaire et diplomatique est favorable au régime syrien de Bachar el-Assad. Le , les États-Unis annoncent devant l'ONU que le départ de Bachar el-Assad n'est plus pour eux une priorité. Conforté par son alliance avec la Russie et par le retrait américain, le régime syrien pense alors être à l'abri d'une intervention extérieure.
Le , à Khan Cheikhoun, au nord du Hama, une attaque au gaz sarin menée par l'armée syrienne fait une centaine de morts parmi la population civile.
L'attaque chimique provoque le revirement des Américains qui accusent aussitôt le régime syrien.. Dans un communiqué publié par la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump accuse même son prédécesseur, Barack Obama, d'être responsable de l'attaque : . Cependant, en 2013, dans les jours qui avaient suivi le massacre de la Ghouta, Trump s'était dit opposé à une intervention militaire contre la Syrie, mais après le massacre de Khan Cheikhoun, il déclare : . Selon le journaliste Bob Woodward, Donald Trump demande même au secrétaire à la Défense James Mattis de tuer Bachar el-Assad, mais celui-ci organise une riposte plus mesurée, que le président américain finit par valider.. Cette version est d'abord démentie en par Donald Trump qui affirme que , mais en il reconnait avoir bien eu l'intention d'éliminer Bachar el-Assad et s'être heurté à l'opposition de James Mattis : Trump reconnaît finalement avoir envisagé d’«éliminer» Assad, AFP, 15 septembre 2020..
Déroulement Après cette attaque chimique, les États-Unis font volte-face et déclenchent des représailles contre le régime syrien : le à 4 h 40 heure locale, les destroyers et de la classe Arleigh Burke sous commandement de la Sixième flotte des États-Unis tirent 60 missiles de croisière BGM-109 Tomahawk, un d'entre eux s'abimant en mer., contre la base aérienne d'Al-Chaayrate, près de Homs. Les systèmes antiaériens de l'armée syrienne sont impuissants contre les missiles Tomahawk et la base est presque totalement détruite..
Le président américain Donald Trump déclare le matin du que l'aéroport d'Al-Chaayrate a été visé car c'est depuis cette base aérienne que l'attaque chimique a été menée sur Khan Cheikhoun.. Les États-Unis déclarent aussi que la Russie a été prévenue à l'avance pour éviter que des militaires russes présents sur la base ne soient touchés par les frappes.. La France et l'Allemagne indiquent également avoir été informées. Il s'agit de la première attaque américaine directe contre l'armée syrienne depuis le début de la guerre civile, à l'exception d'un tir accidentel le , lors de la bataille de Deir ez-Zor, qui avait tué une soixantaine de soldats syriens..
Après les frappes, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme que : . Le capitaine de vaisseau Jeff Davis, un porte-parole du Pentagone, déclare également que les frappes ont visé des avions, des hangars renforcés pour avions, des stockages de carburant, de munitions, des défenses anti-aériennes, des radars, mais pas la piste. Il déclare qu'il s'agit d'une à l'attaque de Khan Cheikhoun, destinée à .
La piste de l'aéroport n'est pas touchée et, dès le lendemain, le régime syrien fait décoller deux appareils depuis la base d'Al-Chaayrate pour aller bombarder des positions de l'État islamique dans l'est du gouvernorat de Homs.
Les pertes Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, au moins neuf militaires syriens sont tués ou mortellement blessés, dont cinq officiers, parmi lesquels un colonel ; plusieurs autres sont grièvement blessés.. Le gouverneur de la province de Homs, Talal Barazi, déclare quant à lui que le bilan est de six morts et sept blessés. SANA, l'agence de presse officielle du régime syrien, déclare aussi que neuf civils ont été tués, dont quatre enfants, et sept blessés dans les villages environnant la base.
Selon Rossiya 24, neuf avions ont été détruits et cinq ont échappé aux frappes.. Selon le journaliste Arnaud Delalande, entre 12 et 15 avions syriens — des MiG-23, des Su-22 et des Su-24 — étaient probablement stationnés à Al-Chaayrate. Le Pentagone revendique quant à lui la destruction de 20 avions. Le , James Mattis, le secrétaire américain à la défense, déclare que les frappes ont . Bachar el-Assad dément et déclare dans une interview à l'AFP le : .
Réactions internationales vignette|Réception de Donald Trump Les frappes aériennes sont approuvées par l'Allemagne, l'Arabie saoudite, l'Australie, Bahreïn, le Canada, le Danemark, les Émirats arabes unis, l'Espagne, l'Estonie, la France, la Géorgieსაგარეო საქმეთა სამინისტროს განცხადება, Ministry of Foreign Affairs of Georgia, 7 avril 2017., Israël, l'Italie, le Japon, la JordanieJordan says U.S. strike on Syria was 'necessary response'". The Jerusalem Post. Reuters, The Jerusalem Post avec Reuters, 7 avril 2017., le KoweïtKuwait, GCC states including Qatar support US strikes, Kuwait News Agency, 7 avril 2017., la LettonieRinkēvičs: Syria strike was an adequate reaction, LSM, 7 avril 2017., la LituanieGrybauskaitė: Syrian, Russian leaders must know red lines, BNS EN, 7 avril 2017., la Pologne, le Qatar, le Royaume-Uni, la Turquie, l'Ukraine et quelques autres pays.
La Russie, de son côté, dénonce une contre un et estime que ces frappes causent « un préjudice considérable » aux relations russo-américaines. L'Iran condamne aussi les frappes américaines ainsi que la Corée du Nord qui les qualifie . Moscou annonce également qu'il suspend son accord avec les États-Unis sur la prévention des incidents aériens. Conclu en , celui-ci visait à empêcher les incidents entre les avions des deux pays dans le ciel syrien.
Syrie La Syrie a condamné l'attaque dans les médias d'État, la qualifiant d' et affirmant qu'elle a causé des pertes. Pendant ce temps, l'armée syrienne a déclaré que sa réponse sera de continuer à et de restaurer .
L'opposition politique syrienne en exil déclare espérer . Najib Ghadbian, un représentant de la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution, a accueilli positivement les attaques : .. Mohammad Allouche, membre de Jaych al-Islam et du Haut Comité des négociations de l'opposition syrienne (HCN), déclare cependant que « frapper un seul aéroport n'est pas suffisant » et indique qu'il y a « 26 aéroports » utilisés par le régime pour « bombarder les civils ».
États-Unis Les frappes américaines sont approuvées par la majorité des élus républicains et démocrates.
Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants, déclare que et que . Le leader de la minorité à la Chambre Nancy Pelosi a jugé que . Le chef de la minorité au Sénat, le démocrate Chuck Schumer, déclare quant à lui que : . Les sénateurs John McCain (R–AZ) et Lindsey Graham (R–SC) : . John McCain, partisan de longue date d'une intervention militaire contre le régime d'Assad, réclame également une nouvelle stratégie : . Le sénateur Marco Rubio (R–FL) a jugé ce bombardement une .
D'autres parlementaires ont critiqué l'action du président Trump. Le sénateur républicain Rand Paul tweete : . Le représentant Ted Lieu tweete également: . Seth Moulton (D–MA) a tweeté, . La représentante Tulsi Gabbard (D–HI) a déclaré, ..
L'extrême droite pro-Trump s'oppose quant à elle aux frappes contre le régime syrien ; certains de ses membres affirment que le président a été « manipulé », ils avancent plusieurs théories du complot et nient la responsabilité de Bachar el-Assad dans le massacre de Khan Cheikhoun.
Conséquences Le bombardement de la base aérienne d'Al-Chaayrate semble être sans grande conséquence pour le régime syrien. De plus les États-Unis semblent toujours n'avoir établi aucune stratégie en Syrie.
Selon Thomas Pierret, chercheur à l'Université d'Édimbourg : .
Pour Fabrice Balanche, chercheur associé au Washington Institute for Near East Policy : .
Pour Frédéric Pichon, chercheur à l'Université François-Rabelais : , il estime aussi qu'.
Les États-Unis excluent tout changement de stratégie et maintiennent leur soutien à des négociations de paix, mais pour Thomas Pierret : et pour Fabrice Balanche : .
Notes et références
Voir aussi Liens externes .
Vidéographie . .
Al-Chaayrate Al-Chaayrate Catégorie:2017 en Syrie Catégorie:Opération militaire de la guerre civile syrienne impliquant les États-Unis Catégorie:Histoire de l'United States Navy Al-Chaayrate Catégorie:Avril 2017 Catégorie:Intervention étrangère dans la guerre civile syrienne Catégorie:Relations entre les États-Unis et la Syrie