Lalliance anglo-portugaise (Anglo-Portuguese Alliance), ou alliance luso-britannique (aliança luso-britânica)Également nommée « Alliance anglaise » (aliança inglesa) au Portugal. est une alliance diplomatique et militaire entre le Portugal et l'Angleterre (puis le Royaume-Uni), complétée par une série de traités commerciaux. Inaugurée avec le traité de Londres de 1373, elle est mise en activité à la bataille d'Aljubarrota en 1385 et scellée par le traité de Windsor en 1386. Activée et renforcée au fil des siècles, elle est la plus ancienne alliance diplomatique et militaire encore en vigueur au monde actuellement« Le Portugal, l'empire oublié », magazine L'Histoire, collections, , avril 2014...
L'alliance, qui plonge ses racines dans le Moyen Âge, a globalement servi les intérêts des deux pays. Elle est à l'origine d'un grand nombre de victoires militaires au fil des siècles. Tournée d'abord contre la Castille et la France, puis contre le bloc franco-espagnol issu du pacte de famille des Bourbons, elle a soutenu l'intégrité territoriale du Portugal, favorisé la domination anglaise puis britannique de l'Atlantique et de l'Inde et permis l'accélération des échanges commerciaux entre l'Angleterre et le Portugal. Après la fin des liens privilégiés entre la France et l'Espagne, elle s'est maintenue dans le contexte international changeant des . Elle a notamment permis l'intervention du Portugal pendant la Première Guerre mondiale, l'ouverture des bases navales des Açores aux Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, l'entrée rapide du Portugal en 1949 dans l'OTANBien qu'étant une dictature, le Portugal soutenu par le Royaume-Uni est autorisé à entrer dans l'Alliance atlantique pour avoir soutenu les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. et le soutien portugais au Royaume-Uni pendant la guerre des Malouines en 1982.... Au-delà des déséquilibres conjoncturels liés aux histoires respectives du Royaume-Uni et du Portugal, les deux puissances sortent globalement gagnantes de cette longue alliance, qui reste relativement équilibrée, et qui a été entretenue volontairement des deux côtés sans empêcher l'apparition de points de friction dans l'histoire des relations entre les deux pays.
Dans le cadre de cette alliance, le Portugal et le Royaume-Uni ont unifié leur commandement et leurs armées à plusieurs reprisesExemples de militaires commandant des forces anglo-portugaises : Frédéric-Guillaume de Schaumbourg-Lippe, William Carr Beresford ou Arthur Wellesley. Pendant la Première Guerre mondiale, les et officiers du Corps expéditionnaire portugais combattent intégrés dans la Première Armée britannique, sous le commandement du général Sir Henry Horne.. L'armée portugaise a la tradition d'intégrer des unités et des officiers supérieurs britanniques jusqu'au plus haut niveauAu , le général écossais John Forbes Skellater fait son service dans l'armée portugaise. De 1793 à 1795, Jean VI de Portugal lui donne le commandement du corps portugais pendant la guerre du Roussillon. Au début du , l'agent militaire et officier britannique (Militay Agent) fait son service dans l'armée portugaise dans laquelle il dispose du grade de lieutenant-colonel (Tenente-Coronel). Lors de la jonction des armées portugaise et britannique, il prend le commandement du détachement portugais qui intègre l'armée de Wellesley.... De la même façon, les officiers supérieurs et les soldats portugais basculent facilement vers les infrastructures et les corps d'armée britanniquesParmi les officiers portugais formés et ayant fait une brillante carrière dans la Royal Navy, on trouve au le chef d'escadre et le général Francisco de Paula Leite de Sousa. En juin 1808, l'un des meneurs de la révolte d'Olhão, le capitaine portugais Sebastião Martins Mestre, navigue au large du Portugal dans une armada de la Royal Navy. Et en juillet 1808, les colonels en exil de l'armée portugaise José Maria de Moura et Carlos Frederico Lecor fondent la Loyale Légion Lusitanienne dans la ville de Plymouth avec le soutien du gouvernement britannique.Rodrigues, Manuel A. Ribeiro, Leal Legião Lusitana.A Leal Legião Lusitana - Narrativa das Campanhas (1809, 1810 e 1811). Horizonte, 2010.. Cette alliance a joué un rôle central dans l'histoire européenne en incitant le Royaume-Uni à s'engager militairement contre les invasions napoléoniennes dans la péninsule IbériqueAntónio Pedro Vicente, Guerra Peninsular 1801-1814, Quidnovi, Livro de Bolso em Português..
Histoire
Moyen Âge
gauche|vignette|278x278px|Traité anglo-portugais de Londres du 16 juin 1373. Traité « d'amitié, d’union et d’alliance perpétuelle » posant les fondements de l'alliance anglo-portugaise. Les liens entre le Portugal et l'Angleterre sont très anciens. Les prémices de l'alliance sont posées officieusement par un traité commercial signé par les deux puissances en 1294 dans le cadre du grand commerce atlantique d'Europe du NordSigné entre les rois Denis de Portugal et Édouard d'Angleterre.., puis par le traité de Tagilde signé le entre Ferdinand de Portugal et l'Anglais Jean de Gand, destiné à coordonner leurs actions pour la conquête du trône de CastilleSimon Walker, « John, duke of Aquitaine and duke of Lancaster, styled king of Castile and León (1340–1399) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, édition en ligne, mai 2008..vignette|320x320px|La bataille d'Aljubarrota, le 14 août 1385, entre les troupes portugaises aidées de renforts anglais, commandées par Jean de Portugal et D. Nuno Álvares Pereira, et l'armée de Jean de Castille renforcée par un important contingent de chevaliers français. Malgré la supériorité numérique des Castillans (cinq fois plus nombreux selon les chroniqueurs Fernão Lopes et Pero López de Ayala), les Portugais en sortent largement vainqueurs.D'un point de vue officiel, les fondements juridiques de l'alliance remontent au traité de Londres du , signé sous le règne du roi Ferdinand de Portugal, établissant une relation « d'amitié, d’union et d’alliance perpétuelle » entre le Portugal et l'AngleterreClosing The Ring, Churchill, Sir Winston Spencer, London published Biography, 1951.. Une dizaine d'années plus tard, pendant la guerre luso-espagnole de 1383-1385, Jean de Portugal, maître de l'ordre militaire d'Avis, signe une alliance offensive avec Richard II d'Angleterre. Des archers anglais prennent une part décisive dans la bataille d'Aljubarrota, menée contre la Castille (1385). À la suite de ce conflit, le roi du Portugal Jean délaisse les traditionnelles alliances matrimoniales espagnoles pour épouser une aristocrate anglaise, Philippa de Lancastre (1360-1415), avec laquelle il fonde l'importante dynastie d'Avis. Un pacte d'assistance, d'entraide et d'amitié perpétuelle entre le Portugal et l'Angleterre est scellé en mai 1386, avec le traité de Windsor. Cette alliance militaire luso-anglaise constitue la plus ancienne alliance militaire au monde en vigueur à ce jour (elle a encore été réactivée tout au long du ).
L'aide des Anglais à la dynastie d'Aviz naissante et le traité de ouvrent la voie à une coopération spéciale avec l'Angleterre, qui constitue la pierre angulaire de la politique étrangère portugaise pendant plus de cinq cents ans. Dès 1387, l'Anglais Jean de Gand, duc de Lancaster, fils d'Édouard III, et père d'Henri IV d'Angleterre, débarque en Galice avec une armée afin de s'imposer comme prétendant au trône de la Castille avec le soutien du Portugal. Il n'obtient pas le soutien de la noblesse de Castille et retourne en Angleterre avec une compensation financière importante de la part de son rival à la succession. Par la suite, Jean de Portugal assure, avec l'appui de mercenaires anglais, l'indépendance de son royaume qu'il fait reconnaître par la Castille en 1411.
À la suite de la bataille d'Aljubarrota, Jean de Gand laisse sa fille Philippa de Lancaster (Filipa en portugais) épouser Jean en gage de l'alliance anglo-portugaise. Par cette union, célébrée en 1387, les deux époux donnent naissance à la génération « sublime » chantée par Luis de Camões, qui conduit le Portugal vers son Âge d'Or, avec les découvertes maritimes. Philippa introduit à la cour du Portugal la tradition anglo-normande d'une éducation aristocratique pour ses enfants. Elle y impose une réforme de l'étiquette, de la hiérarchie nobiliaire et une morale rigoureuse. Elle soutient les intérêts économiques anglais. Déjà très actifs, les échanges traditionnels entre les deux partenaires prennent alors leur envol. Les deux nations échangent morue, textile, vin, mais aussi liège, sel et huile portugais..
Époque moderne
gauche|vignette|Antoine, prieur du Crato, acclamé par ses partisans roi de Portugal en 1580, et qui se maintient jusqu'en 1583 aux Açores avec le soutien des Anglais. Pendant les qui suivent, le Portugal s'élève au rang de première puissance maritime et militaire européenne d'envergure mondiale. Le pays est un modèle d'organisation et de continuité politique, et prend pied sur les cinq continents. Il a les moyens de son indépendance et de ses ambitions : les flottes et les armées portugaises dominent l'Atlantique Sud et l'océan Indien, battent les flottes égyptienne et turque à plusieurs reprises, interviennent contre l'avancée musulmane en Éthiopie et entreprennent la conquête des plus grandes cités-États d'Orient. Le Portugal dispose d'un vaste arsenal et de techniciens hautement qualifiés. Il produit et vend ses propres navires et ses propres armes, qu'il exporte dans le monde entier. Les expéditions vers l'Orient, qui relèvent d'un monopole d’État, rapportent jusqu'à 800 % de bénéficesRodolfo Espínola, Vicente Pinzón e a descoberta do Brasil, Rio de Janeiro, Topbooks, 2001, .. L'allié anglais n'est jamais sollicité militairement. vignette|La ville de Bombay, offerte par le royaume de Portugal à son allié anglais en 1661. L'alliance entre les deux pays n'est réactivée que dans la seconde moitié du , à la suite d'un problème interne qui dégénère en guerre contre la Castille. Lors de la crise de succession au trône du Portugal de 1580, le prétendant Antoine entre en conflit avec Philippe II d'Espagne, qui prétend unifier les deux couronnes ibériques. Attaqué frontalement, et abandonné par une partie de sa noblesse, le prétendant portugais doit se réfugier aux Açores. Pendant trois ans, il défie l'Espagne et parvient à tenir tête aux armadas envoyées le déloger. En 1583, avec l'envoi massif de troupes espagnoles, il doit quitter l'archipel. Il passe en France, puis il décide de s'exiler en Angleterre sur les conseils de René II de Rohan. Depuis les îles britanniques, il planifie son retour à Lisbonne avec l'aide des Anglais, en échange de privilèges commerciaux au Brésil, aux Açores, et d'une aide dans la lutte anglaise contre la maison d'Autriche. En 1589, une flotte anglaise commandée par Francis Drake et John Norreys essaye, en vain, d'installer Antoine sur son trône. Le prétendant parvient à débarquer à Peniche, mais le pays, occupé militairement, est pacifié depuis une dizaine d'années. La population, effrayée, accueille son retour avec indifférence. La flotte commandée par Drake est frappée par la peste et doit se retirerJohn Cummins, Francis Drake : The Lives of a Hero, 1996, Palgrave Macmillan... Antoine se heurte à de très forts contingents espagnols à Lisbonne. L'expédition est un échec et le corps d'armée indépendantiste finit par quitter le pays. Antoine fait une dernière tentative de débarquement dans le Sud du pays, au large du cap Saint-Vincent, puis il se retire définitivement en France, où il meurt désargenté en 1595Pendant les quarante-cinq ans qui suivent, sans être jamais reniée, l'alliance anglo-portugaise est mise en sommeil...