La bataille de Tamatave (parfois appelée bataille de Madagascar ou action du 20 mai 1811) a lieu au large de Tamatave, à Madagascar, entre une escadre française et une escadre britannique durant les guerres napoléoniennes. Cet affrontement est considéré comme le dernier combat de la campagne de l'île Maurice, et voit la destruction des derniers renforts français destinés à consolider la défense de l'île Maurice.

Alors que la nouvelle de la prise de l'île de France, en , n'est pas encore parvenue en Europe, le gouvernement impérial envoie depuis Brest plusieurs navires chargés de transporter jusqu'aux Mascareignes le matériel et les troupes devant renforcer les forces déjà présentes dans l'archipel, sous le commandement du capitaine François Roquebert de la frégate . Les bâtiments arrivent en vue de l'île le , et découvrent le lendemain que les Britanniques en sont maîtres. Ceux-ci font appareiller une escadre de la Royal Navy afin de poursuivre et détruire les vaisseaux français.

Le , l'escadre britannique, commandée par le capitaine Charles Marsh Schomberg, découvre les Français devant Tamatave, et commence l'attaque, alors que les adversaires sont tous deux gênés par des vents faibles qui les immobilisent la plus grande partie de la journée. Durant la période de temps calme en début de combat, les navires français sont mieux positionnés que leurs ennemis, désorganisés, et infligent à ces derniers des dégâts importants à plusieurs vaisseaux britanniques, avant qu'une brise croissante permette à Schomberg de passer à l'action. Au soir, l'escadre de Roquebert tente de fuir, le commandant sacrifiant son navire amiral - et bientôt sa vie - afin que les frégates Clorinde et Néréide puissent prendre le large. Cinq jours plus tard, la Néréide est à nouveau repérée par les frégates de Schomberg à Tamatave ; déjà fortement endommagée, elle se rend sans combattre. Cette bataille met fin aux tentatives françaises de désorganiser les routes commerciales britanniques de l'océan Indien, et confirme la prédominance de la Royal Navy dans ces eaux jusqu'à la fin du règne de Napoléon .

Contexte

En , les forces navales françaises basées à l'île de France obtiennent sur la flotte de la Royal Navy la plus grande victoire navale des guerres napoléoniennes, en capturant ou détruisant quatre frégates britanniques à la bataille de Grand Port. Ce combat permet à la flotte française de récupérer la suprématie militaire dans l'océan Indien, en mettant fin au blocus de l'île organisé par l'escadre du commodore Josias Rowley, qui contestait cette domination. La défaite des Britanniques offre donc une possibilité de victoire aux Français sur ce théâtre d'opération ; les deux commandements s'affairent alors, l'un à transformer cette opportunité en certitude, l'autre à l'en empêcher par tous les moyens. L'événement galvanise les forces en présence, chacun sachant que la victoire ira à celui dont les troupes seront renforcées et ravitaillées en premier. Bien que la marine impériale ait un avantage numérique temporaire, elle manque terriblement de matériel et d'approvisionnement pour réparer ses navires et préparer les prochaines expéditions vers les routes commerciales de la Compagnie britannique des Indes orientales.

La réaction de la Royal Navy est prompte : grâce à la proximité de ses bases de Madras, Le Cap et Rodrigues, une force importante est rassemblée à Rodrigues pour combler les pertes de Rowley et regrouper une force d'invasion de l'île de France, seule solution mettant définitivement fin à la menace française dans la région. Les Français, de leur côté, profitent de leur supériorité numérique en termes de navires pour envoyer le capitaine de frégate Pierre Bouvet faire le blocus de l'île Bonaparte, précédemment prise par la Royal Navy en août. Dans le même temps, une escadre commandée par le capitaine de vaisseau Jacques Hamelin est dépêchée attaquer les renforts britanniques faisant voile vers Rodrigues. Les combats des 13 et causent de sévères dommages à deux frégates de la Navy, mais le navire-amiral de Hamelin est capturé avec son capitaine, et deux autres frégates françaises ont subi d'importants dégâts. Sans le matériel et l'approvisionnement nécessaire pour pallier l'insuffisance de ses réserves, le gouverneur de l'île de France Charles Decaen ne peut résister à l'invasion britannique, qui advient en novembre de la même année. L'île tombe quelques jours après le débarquement organisé par la Navy.

Les autorités françaises ont bien prévu d'envoyer des renforts à Decaen, mais ceux-ci ne peuvent venir que de métropole, et doivent traverser durant des milliers de milles marins des eaux sous le contrôle des Britanniques. Lorsque le , à 17 heures, l'escadre de renfort constituée appareille à Brest, la nouvelle de la prise de l'île n'est pas encore connue. L'escadre est composée de trois frégates puissantes, la Renommée, sous le commandement du capitaine François Roquebert, la Clorinde du capitaine Jacques de Saint-Cricq et la Néréide du capitaine Jean-François Lemaresquier. Chaque navire transporte près de 200 soldats pour grossir la garnison insulaire, ainsi que du matériel militaire et de la nourriture pour combler les manques des forces impériales déjà présentes sur place. Le gouvernement français, prévoyant une possible capture de l'île avant l'arrivée de l'escadre, a donné l'ordre à Roquebert de continuer sa route jusqu'à Batavia (sur l'île de Java, dans les Indes orientales néerlandaises) au cas où cette prise serait effective, afin de continuer les opérations contre le commerce britannique depuis ce port allié.

Voyage de l'escadre française

En 1811, la Royal Navy a établi une suprématie navale mondiale sur les Français, en comprenant les eaux territoriales françaises. Pour éviter d'être attaqués dès leur départ de Brest, l'escadre française doit profiter de la nuit, ou choisir de naviguer durant les tempêtes qui éloignent la flotte britannique des côtes de la France. Mais cela oblige leurs vaisseaux à se battre avec les vents contraires pour quitter les ports ; les navires de Roquebert ne parcourent durant les dix-huit premiers jours de mer que 600 milles. Le , les Français capturent un bateau de commerce portugais, et découvrent des journaux de Lisbonne qui annoncent l'invasion de l'île de France, sans préciser son issue. Le , ils franchissent l'équateur, et le , passent le cap de Bonne-Espérance à bonne distance, bénéficiant d'un très beau temps et d'une brise forte et constante durant les dernières étapes du voyage. Le à 23 heures, 93 jours après avoir quitté Brest, l'escadre française arrive à l'île de la Passe, à l'entrée de Grand Port.

Depuis six mois qu'ils occupent l'île de France (rebaptisée Maurice), les Britanniques ne sont pas restés inactifs. La flotte d'invasion a été redispersée peu après la capitulation de l'île, et les forces navales restantes ont été mises sous le commandement du capitaine Philip Beaver. Le , un petit transport de dépêches français est capturé devant Port-Louis (auparavant Port Napoléon), et les messages qu'il contient renseignent Beaver sur la composition et la destination de l'escadre de Roquebert. Il est également précisé qu'une seconde force française, destinée également aux opérations dans l'océan Indien, a été assemblée, composée des frégates Nymphe et Méduse. En anticipation à l'arrivée de ces navires, l'amiral Robert Stopford envoie du Cap le capitaine James Hillyar à bord de la pour renforcer Beaver à Maurice. Beaver ordonne alors à Hillyar de préparer la réception de l'escadre de Roquebert, avec l'aide des capitaines Woodley Losack de la frégate et James de Rippe du brick Racehorse. Beaver met également en œuvre des raids pour détruire les derniers ports français de l'océan, en envoyant le brick Eclipse attaquer Tamatave, qui est prise le . À la fin de la saison des ouragans en mars, Beaver part en personne envahir les Seychelles à bord de la frégate Nisus, puis ramène de Madras des fonds pour stimuler l'économie mauricienne. En son absence, l'île est commandée par le capitaine Charles Marsh Schomberg, de la frégate Astrea.

Lorsque l'escadre de Roquebert arrive devant Grand Port, les navires de Hillyar sont déjà dans le port près à appareiller au premier signal, et le drapeau tricolore flotte sur l'île de la Passe et à d'autres emplacements ; tout cela est fait afin d'attirer les Français dans les de la baie pour les battre, de la même façon que s'était déroulée la bataille de Grand Port l'année précédente. Les signaux d'identification sont échangés entre l'escadre française et la rive, mais Roquebert est prudent : les signaux venant de l'île de la Passe sont obsolètes, et il est au courant de l'invasion via les journaux portugais. Restant au large, le commandant français envoie trois canots aborder la rive de nuit, afin de comprendre la situation exacte de l'île. Capturant deux habitants noirs, un des bateaux revient au matin du ; Roquebert apprend de leur bouche que les Britanniques ont pris l'île six mois auparavant. Les deux autres navires sont capturés par les troupes mauriciennes. Le piège de Hillyar éventé, Roquebert fait hisser les couleurs françaises et cingle vers l'est loin de Grand Port, d'où sortent rapidement les bâtiments de la Navy lui donnant la chasse.

La chasse

Le à 4 heures, Roquebert comprend que ses bâtiments, surchargés en hommes et en matériel, sont trop lents pour échapper à l'escadre de Hillyar, alors à 6 milles et se rapprochant rapidement. À 8 heures, il décide de faire demi-tour et de faire face à l'attaque plutôt que d'être rattrapé. Hillyar, conscient que ses vaisseaux sont moins puissants au combat que ceux de Roquebert, les maintient à distance en anticipant l'arrivée de Schomberg avec l’Astrea, venu de Port Louis, qui a été averti dans la nuit en urgence. Tandis que les navires britanniques reculent autour de l'île Ronde, au nord-est de Maurice, Roquebert profite du passage de l'escadre britannique entre l'île Ronde et l'île aux Serpents pour cesser la poursuite et repartir vers le sud, tentant de s'échapper avant que Hillyar et Schomberg ne se rejoignent. Hillyar rentre de son côté à Port Louis, où ses navires arrivent le , bien que Losack, soutenu par de nombreux membres d'équipage de la Phoebe et de la Galatea, ait vigoureusement protesté contre l'abandon de la poursuite, sans convaincre son commandant.

L'escadre de Roquebert vogue donc vers l'ouest, aux abords de l'île Bourbon (anciennement île Bonaparte), cherchant à organiser des attaques sur sa côte pour récupérer dans les magasins ennemis l'approvisionnement pour ses troupes, qui baisse dangereusement. Bien que la garnison britannique ne soit pas très importante, l'énorme ressac des plages bourbonnaises oblige Roquebert à rationner ses hommes, et à partir vers Tamatave, qu'il atteint le . Les forces britanniques qui y sont présentes, soit une centaine d'hommes du régiment d'infanterie à pied, souffrent de la malaria et se rendent sans combattre, laissant les Français libres de trouver dans la ville l'eau et la nourriture qui leur manque.

Lorsque l'escadre de Hillyar arrive à Port Louis, Schomberg en prend le commandement, et repart avec elle le , suivant la direction supposée prise par les Français. Visant directement Tamatave, seul point de ravitaillement entre Bourbon et Le Cap, Schomberg rattrape rapidement le retard pris, et lorsqu'il arrive le , les navires de la marine impériale sont toujours dans le port malgache. Toute la journée, les vents trop légers et les périodes de calme qui les séparent obligent les deux commandants à attendre avant de commencer les hostilités. Roquebert achève son avitaillement à midi, et sort du port en ligne de bataille, la Clorinde suivie de la Renommée et de la Néréide, tandis que les Britanniques, tentant de suivre une manœuvre similaire en plaçant l’Astrea en tête de ligne, voient leur formation déliée peu à peu par les caprices de la brise.

Le combat

Engagement