L'anarchisme au Royaume-Uni apparaît au travers de l'action de ses précurseurs dans le contexte de la dissidence religieuse protestante radicale.

Au cours de la première révolution anglaise et de l'industrialisation, la pensée libertaire britannique se développe tant au sein du mouvement ouvrier révolutionnaire que dans la sphère culturelle.

Marqué par l'anarcho-syndicalisme, le mouvement britannique est majoritairement composé de partisans de la lutte de classes (« class-struggle anarchists »), à la différence de ce que l'américain Murray Bookchin appelle le « lifestyle anarchism » (« anarchisme comme mode de vie »), incarnation la plus moderne de l’anarchisme individualiste.

Éléments historiques Les précurseurs thumb|upright|William Godwin en 1802.

Pendant la première révolution anglaise (1642-1651), des protestants dissidents et des ouvriers ruraux forment des communautés utopiques, telles celles des Diggers basées sur la propriété collective des moyens de production. Gerrard Winstanley, activiste politique et cofondateur des Diggers prône l'expropriation des seigneurs et le partage des terres par le squat. Dans son dernier pamphlet, La Loi de la Liberté publié en 1652, il appelle à l'instauration d'une démocratie égalitaire dans laquelle le partage et le troc permettraient le bonheur de tous. Il est considéré comme un des précurseurs de l'anarchisme moderne.

Le premier auteur moderne à avoir publié un traité préconisant explicitement l'absence de gouvernement est William Godwin dans An Inquiry Concerning Political Justice (1793). Bien qu'il n'utilise pas explicitement le terme « anarchisme », la Stanford Encyclopedia of Philosophy le considère aujourd'hui comme le « fondateur de l'anarchisme philosophique »Mark Philp, Stanford Encyclopedia of Philosophy : William Godwin « was the founder of philosophical anarchism. ». et Pierre Kropotkine affirme qu'il est « le premier à formuler les conceptions politiques et économiques de l'anarchisme, même s'il n'a pas donné ce nom aux idées développées dans son œuvre »Hem Day, William Godwin, 1756-1836 : philosophe de la justice et de la liberté, Pensée et Action, 1953, page 74..

thumb|upright|left|Représentation figurée du chef des luddites (mai 1812). thumb|upright|William Morris

Le luddisme est, selon l'expression de l'historien Edward P. Thompson, un « conflit industriel violent »Edward P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, éditions Gallimard/Le Seuil, coll. « Hautes études », 1988, . qui oppose dans les années 1811-1812 des artisans sur métiers à bras aux employeurs et manufacturiers qui favorisent l'emploi de machines (métiers à tisser notamment) dans le travail de la laine et du cotonEdward P. Thompson, op. cit., .. La lutte des membres de ce mouvement clandestin, appelés luddites ou luddistes, s'est caractérisée par les « briseurs de machines ».

L'Association internationale des travailleurs (AIT) ou Première Internationale est fondée le à Londres au Saint-Martin's Hall.. Créée principalement à l'initiative de travailleurs et de militants français, anglais, allemands et italiens, son objectif premier est de coordonner le développement du mouvement ouvrier naissant dans les pays européens récemment industrialisés. Malgré les répressions gouvernementales, elle connait un succès rapide et se constitue en sections nationales dans plusieurs pays. En 1869, un débat divise l'AIT entre partisans de Karl Marx, favorables à la gestion centralisée de l'association et à la création de partis politiques, et les « anti-autoritaires » anti-politiques réunis autour de Mikhaïl Bakounine.

À la fin du , les idées libertaires se déploient dans la société britannique, tant dans le mouvement ouvrier avec des personnalités comme William Morris, dans le champ philosophique avec Charles Bradlaugh, que dans la culture avec, par exemple, Oscar WildeConstance Bantman, Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts, Thèse de doctorat en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, Université Paris 13 Nord, 2007, texte intégral. ou Algernon Swinburne.

thumb|upright|Oscar Wilde en 1882. En 1883, William Morris rejoint les socialistes de la Social Democratic Federation, puis fait partie du groupe de militants socialistes libertaires qui fonde la Socialist League en décembre 1884 pour s'opposer à l'orientation réformiste de la SDFFrançois Bédaria, Sur l'anarchisme en Angleterre, in Mélanges d'histoire sociale offerts à Jean Maitron, Éditions Ouvrières, 1976, .. La Socialist League est un parti politique qui rassemble des tendances socialiste libertaire et marxiste et se réclame d'un socialisme révolutionnaire, antiparlementaire et anti-autoritaire. Elle se fixe comme tâche essentielle l'« éducation » de la classe ouvrière, entendue comme un processus de création d'une classe consciente de la dimension communiste de son émancipation. William Morris, qui occupe une position médiane au sein de la Ligue entre les « marxistes » d'un côté et les « anarchistes » (Joseph Lane, , Charles Nowbray, etc.) de l'autre, considérait que cette tâche d'éducation des masses ouvrières était plus importante que l'obtention de réformes ou de sièges au Parlement.

Par ailleurs, le lien entre anarchisme et émancipation sexuelle s’exprime dans le soutien apporté par une partie du mouvement libertaire à Oscar Wilde en 1895, lors de son procès, Wilde ayant précédemment exprimé son adhésion au socialisme antiautoritaire dans The Soul of Man under Socialism (L'Âme de l'homme sous le socialisme) en 1891.

Anarcho-syndicalisme thumb|upright|Solidarity Federation. thumb|upright|Fédération anarchiste.

En 1950, est fondée la dont l'action prend pour base l'action directe dans le mouvement social Peter Barberis, John McHugh, Mike Tyldesley, Encyclopedia of British and Irish Political Organizations : Parties, Groups and Movements of the 20th Century, A&C Black, 2000, page 168..

La fédération est particulièrement active pendant la dictature franquiste en Espagne et apporte un soutien particulier à la résistance et au syndicat CNT alors illégal. Le SWF qui rencontre d'abord un certain succès, se dissout 1979, pour former le Direct Action Movement (Mouvement d'Action Directe - DAM) toujours marqué par l'anarcho-syndicalisme Libcom : Syndicalist Workers Federation..

Le DAM est très impliqué dans la grève des mineurs britanniques de 1984-1985 ainsi que dans l'opposition à la Poll tax en 1989. Il est également impliqué dans l'Anti-Fascist Action (AFA) qui se distingue par ses confrontations physiques à des organisations qu'elle qualifie de racistes et néo-nazies.

En , la DAM se transforme en Solidarity Federation Peter Barberis, John McHugh, Mike Tyldesley, Encyclopedia of British and Irish Political Organizations : Parties, Groups and Movements of the 20th Century, A&C Black, 2000, page 167.. Avec la Fédération anarchiste, communiste libertaire, fondée en 1986 Peter Barberis, John McHugh, Mike Tyldesley, Encyclopedia of British and Irish Political Organizations : Parties, Groups and Movements of the 20th Century, A&C Black, 2000, page 141., elle est l'une des deux fédérations anarchistes actives au Royaume-Uni à l'heure actuelle.

La Solidarity Federation est organisée selon les principes du fédéralisme libertaire. L'unité de base est la section locale qui groupe les adhérents basés dans une zone géographique spécifique. Ces groupes locaux sont autonomes et se réunissent en une fédération pour former l'organisation nationale. Lors des conférences nationales, chaque groupe local est représenté par un délégué. Ces délégués n'agissent pas de manière autonome, mais sont encadrés par un mandat impératif. Au niveau international, la fédération est la section britannique de l'Association internationale des travailleurs (anarcho-syndicaliste).

Anarcho-punk thumb|upright|Crass Au milieu des années 1970 apparait un nouveau courant musical, culturel et politique influencé par l'anarchisme, l'anarcho-punk. Le terme est souvent utilisé pour décrire des groupes faisant partie du mouvement au Royaume-Uni.

Le groupe Crass (1977-1984) en est sans doute l'un des plus emblématiques, collectif d'artistes formé autour d'une maison communautaire (voir Frestonia). Ses positions sont directement liées au courant libertaire communautaristes du . Prenant au mot le manifeste punk du Do it yourself, Crass combine la chanson, le cinéma, le collage sonore, le graphisme et la subversion pour lancer un front soutenu critique et novateur contre tout ce qui leur parait être une culture basée sur la violence, la guerre, le sexisme, l'hypocrisie religieuse et le mode de vie bourgeois du Royaume-Uni thatcherienGeorge Berger, L'Histoire de Crass, édition française, Rytrut éditions 2016, ..

Époque contemporaine

En , le Metropolitan Police Service de Londres appelle à la dénonciation des activités anarchistes : « L'anarchisme est une philosophie politique qui considère l'État comme indésirable, inutile et nuisible, et favorise plutôt une société apatride ou anarchie. Toute information relative aux anarchistes doit être signalée à votre police locale »« Anarchism is a political philosophy which considers the state undesirable, unnecessary, and harmful, and instead promotes a stateless society, or anarchy. Any information relating to anarchists should be reported to your local police. » - ..

Presse libertaire Freedom thumb|right|Freedom En octobre 1886, Charlotte Wilson et Pierre Kropotkine fondent à Londres le journal Freedom. D'abord sous-titré Journal du socialisme anarchiste, celui-ci change à partir de pour devenir le Journal du communisme anarchisteL'Éphéméride anarchiste : Freedom..

Parallèlement au journal, Freedom Press développe une activité éditoriale d'auteurs étrangers comme Kropotkine, Malatesta, Jean Grave, Gustav Landauer, Max Nettlau, Domela Nieuwenhuis, Émile Pouget, Emma Goldman, Alexander Berkman, Proudhon, Bakounine, mais aussi de quelques Britanniques dont Herbert Spencer, William Morris, etc.

thumb|right|Spain and the World Entre et , pendant la guerre d’Espagne, le titre s'efface et devient Spain and the World en soutien à la révolution sociale espagnole de 1936 et aux anarcho-syndicalistes de la Confédération nationale du travail.

thumb|left|War Commentary Au début de la Seconde Guerre mondiale, War Commentary sort des presses de Freedom entre et . Freedom Press s’implique dans les activités antimilitaristes ce qui provoque l'incarcération de trois des éditeurs en 1945 : Vernon Richards., Marie-Louise Berneri. et John Hewetson.

Un Comité de défense (Freedom Defence Committee) est créé par George Woodcock et Herbert Read, et soutenu par de nombreuses personnalités de la vie intellectuelle et politique britannique comme Harold Laski, Bertrand Russell et George Orwell (vice-président)Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste Tory, Climats, 1995, extraits en ligne...

Kate Sharpley Library Fondée à Londres en 1979, la Kate Sharpley Library est une bibliothèque anarchiste centrée sur l'histoire du mouvement libertaire, particulièrement de langue anglaise.

Elle tire son nom d'une militante anarchiste et antimilitariste, , active pendant la Première Guerre mondiale.

Elle publie des brochures et des livres sur l'anarchisme et l'histoire de l'anarchisme, notamment avec AK Press, d'auteurs difficilement accessibles tels Abel Paz, Bartolomeo Vanzetti, Albert Meltzer ou Antonio Téllez. Les publications sont, la plupart du temps, sous licence Creative Commons (CC-BY-NC-ND)..

thumb|upright|AK Press

AK Press Fondée à Édimbourg (Écosse) en 1990, AK Press est une maison d'édition indépendante. Organisé sous forme de coopérative autogérée, ce collectif anarchiste se spécialise dans la diffusion d'ouvrages papiers ou de supports audio d'expression libertaire et de gauche radicale... En 2007, AK Press donne naissance à une nouvelle maison d'édition, PM Press, dont elle assure la distribution.