vignette|L'orignal est la principale espèce chassée au Québec.Ayant des rôles culturels et économiques importants, la chasse au Québec est pratiquée par environ 300 000 personnes alors que le piégeage est pratiqué par environ 7 300 personnes. Environ 23 % des chasseurs canadiens sont québécois alors que la proportion est d'environ 16 % pour les trappeurs canadiens. Encadrée par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune, ces pratiques s'articulent autour d'un réseau structuré d'établissements fauniques.

Histoire Les premières populations humaines connues à avoir occupé le territoire aujourd'hui québécois apparaissent après le retrait des glaciers. Les données archéologiques témoignent d'une présence humaine remontant à environ 12 500 ans. Ces populations sont mobiles et exploitent les ressources animales et végétales selon les conditions écologiques des différentes régions. Leurs installations sont principalement temporaires et adaptées à la mobilité, plutôt que constituées de bâtiments permanents comparables aux maisons de chasse apparues beaucoup plus tard.

Les premiers campements de chasse et les peuples de la forêt boréale Dans les régions septentrionales et boréales du Québec, les populations algonquiennes développent au cours des millénaires des formes d'occupation du territoire fondées sur une forte mobilité saisonnière. Les Cris, les Innus, les Naskapis et les Atikamekw utilisent de vastes territoires pour la chasse, la pêche, la cueillette et le piégeage. Cette mobilité implique des installations légères ou temporaires, adaptées aux déplacements saisonniers plutôt que des habitations permanentes.

Dans le bassin de la rivière Saint-Maurice, les plus anciens indices de présence humaine connus dans le secteur du parc national de la Mauricie remontent à environ 5 000 ans. Les données archéologiques témoignent de la circulation successive de différents groupes et de réseaux de déplacement reliant la vallée du Saint-Laurent aux forêts du Moyen-Nord. Au moment des premiers contacts européens, le bassin du Saint-Maurice était notamment occupé par les Atikamekw.

Dans ces sociétés, le lieu de chasse n'est donc pas nécessairement associé à une construction permanente. Le campement constitue plutôt un espace organisé autour du feu, de l'abri, de la préparation des aliments et du traitement des produits de la chasse. La conservation de la viande et du poisson repose notamment sur le séchage et le fumage, permettant de constituer des réserves pour les périodes où la chasse ou la pêche sont moins productives.

Les peuples algonquiens de l'Est et les traditions de l'érable Dans l'Est du Québec et les régions voisines de l'Atlantique, les populations de langue algonquienne sont historiquement associées à un vaste ensemble culturel et linguistique comprenant notamment les Mi'gmaq, les Wolastoqiyik et les Abénaquis. Ces peuples sont généralement rattachés à l'ensemble wabanaki, dont les territoires s'étendent de la péninsule gaspésienne et du Nouveau-Brunswick jusqu'à la Nouvelle-Angleterre.

Dans les régions boisées où l'érable à sucre est abondant, la récolte printanière de la sève d'érable devient une ressource alimentaire particulièrement importante. La sève est concentrée par évaporation afin de produire du sirop ou, surtout dans les usages traditionnels, du sucre d'érable pouvant être conservé et transporté. Le sucre d'érable constitue une réserve d'énergie particulièrement précieuse pendant les mois d'hiver.

Cette pratique contribue à donner aux installations saisonnières de certaines régions forestières une fonction qui dépasse le seul abri. Les lieux fréquentés pendant la période de récolte de la sève permettent également de transformer, de stocker et de préparer des aliments destinés à être consommés plus tard. Il faut toutefois distinguer cette fonction de la conservation de la viande : celle-ci repose principalement sur le séchage et le fumage, tandis que les produits de l'érable constituent surtout une réserve de sucre et une ressource alimentaire concentrée.

La récolte de la sève illustre ainsi une autre relation entre le territoire, les saisons et les lieux d'occupation. Elle ne constitue pas une origine directe de la maison de chasse moderne, mais elle contribue à l'histoire plus générale des bâtiments et des campements saisonniers consacrés à l'exploitation des ressources forestières.

Les peuples iroquoiens et les habitations permanentes Dans la vallée du Saint-Laurent, les sociétés iroquoiennes développent progressivement un mode de vie plus sédentaire que celui des populations fortement mobiles de la forêt boréale. La période sylvicole supérieure, qui commence environ vers 1000 ans avant le présent, est notamment caractérisée par le développement de la sédentarisation et de l'horticulture chez les Iroquoiens du Saint-Laurent. La chasse, la pêche et la cueillette demeurent néanmoins des composantes importantes de leur subsistance.

Cette évolution transforme également les lieux où les aliments sont préparés et conservés. Les villages permanents disposent d'espaces collectifs et domestiques permettant de traiter les produits de la chasse et de la pêche. Les Iroquoiens conservaient notamment la viande et le poisson par le séchage et le fumage, tandis que la graisse animale pouvait également être conservée et utilisée comme aliment.

Les Iroquoiens du Saint-Laurent rencontrés par les Européens au constituent un ensemble culturel distinct. Ils occupent différents secteurs de la vallée du Saint-Laurent, notamment autour de Stadaconé et d'Hochelaga. Leurs villages et leurs grandes habitations collectives montrent qu'il existe alors, dans certaines régions du Québec, une tradition architecturale beaucoup plus permanente que celle des campements de chasse des populations très mobiles.

Les peuples paléoinuits et les Inuit Dans l'Arctique québécois, l'histoire de l'habitation et de l'exploitation du territoire suit une trajectoire distincte. Les premières populations paléoinuites apparaissent dans l'Arctique oriental plusieurs millénaires avant notre ère. Les cultures dorsétiennes occupent notamment le Nunavik avant l'arrivée des ancêtres directs des Inuit actuels.

À partir de la fin du et surtout au , les populations thuléennes se diffusent dans l'Arctique oriental. Leur économie repose notamment sur la chasse aux mammifères marins et au caribou et s'appuie sur des technologies adaptées à l'environnement arctique, telles que le kayak, l'umiak, le traîneau à chiens et le harpon. Les Inuit actuels descendent directement de ces populations thuléennes.

Les habitations inuit illustrent particulièrement bien l'adaptation de l'architecture aux conditions climatiques et aux déplacements saisonniers. Selon les régions et les périodes, les groupes utilisent différents types d'abris adaptés aux matériaux disponibles et aux activités pratiquées. Cette tradition rappelle que, dans l'ensemble du territoire québécois, les formes d'habitation liées à la chasse dépendent étroitement du milieu naturel, de la mobilité et des ressources exploitées.

Chasse, campements et conservation des aliments vignette|Camp de chasse en hiver, Cornelius Krieghoff, 1858.

Pendant une très longue période, la chasse au Québec demeure étroitement associée à des formes d'occupation temporaire du territoire. Les chasseurs doivent disposer d'un abri, d'un foyer et d'un espace permettant de préparer et de conserver les produits de la chasse. La forme de ces installations varie selon les régions, les saisons et les traditions culturelles.

La conservation de la viande repose principalement sur le séchage et le fumage. Ces techniques permettent de transformer rapidement une partie des prises en aliments pouvant être transportés et consommés ultérieurement. Dans certaines sociétés, les produits de la chasse sont également associés à des pratiques de stockage au village ou dans les campements saisonniers.

La diversité des techniques montre que la chasse ne constitue pas seulement une activité exercée à l'extérieur de l'habitation. Elle implique une organisation complète du lieu de séjour : arrivée sur le territoire, préparation du gibier, traitement de la viande, alimentation, chauffage, repos et conservation des réserves. Cette relation entre la chasse et l'espace habité constitue un élément essentiel dans l'histoire des futures maisons et cabanes de chasse.

La traite des fourrures et les transformations coloniales À partir du , la traite des fourrures transforme profondément les déplacements et les lieux de séjour associés à l'exploitation du territoire. Les fourrures, particulièrement celles du castor, sont intégrées aux réseaux commerciaux reliant les territoires autochtones aux établissements coloniaux et aux marchés européens.

La multiplication des postes de traite et l'intensification des déplacements dans l'intérieur du territoire renforcent l'importance des points de séjour temporaires. Les voyageurs, les chasseurs, les trappeurs et les membres des nations autochtones utilisent des campements adaptés à des séjours de durée variable. Ces lieux ne sont pas encore nécessairement des maisons de chasse au sens moderne, mais ils constituent une étape importante dans l'histoire des constructions destinées à séjourner temporairement en forêt.

La traite ne fait donc pas disparaître les systèmes autochtones de chasse et de piégeage. Elle les transforme en les intégrant partiellement à une économie coloniale et internationale. Les déplacements liés à la chasse, au piégeage et au commerce contribuent ainsi à multiplier les occasions de séjour prolongé dans les territoires forestiers.

La réglementation et l'appropriation coloniale du territoire À partir du , les autorités coloniales commencent à intervenir directement dans l'exploitation de la faune par l'adoption de règles visant certaines espèces et certaines périodes de chasse. Au XIXe siècle, la réglementation se développe progressivement, notamment par l'établissement de périodes durant lesquelles la chasse de certaines espèces est interdite.

Cette réglementation s'accompagne progressivement de la mise en place d'une administration chargée de surveiller l'exploitation de la faune. Une première refonte importante des lois sur la chasse est réalisée en 1857. À partir de 1867, des gardes-chasse sont officiellement chargés de faire respecter la législation sur les terres relevant de l'administration publique.

La transformation du statut des terres a également une conséquence importante pour les lieux de chasse. À mesure que l'État établit des formes de propriété, de concession et d'administration des terres, l'accès à certains territoires forestiers devient juridiquement organisé. Les espaces autrefois fréquentés selon les droits, les usages et les déplacements traditionnels sont progressivement soumis à des régimes coloniaux de propriété et d'exploitation.

Cette transformation prépare le contexte dans lequel apparaîtront les camps et maisons de chasse associés aux propriétaires privés, aux clubs et aux activités de loisir.

Une chasse réservée à la bourgeoisie vignette|gauche|Dans la première moitié du , la chasse est une activité de luxe réservée à l'élite.

Au , une nouvelle conception de la chasse se développe parmi les élites européennes et nord-américaines : la chasse sportive, pratiquée principalement comme activité de loisir. Cette transformation modifie également les lieux de séjour associés à la chasse. Les séjours de quelques jours ou de plusieurs semaines dans des territoires éloignés nécessitent des bâtiments plus confortables et plus permanents que les simples campements utilisés lors de déplacements de chasse.