La société Blanchet Frères et Kléber, également connue sous l'acronyme BFK, est une entreprise papetière française établie à Rives, dans le département de l'Isère, en activité du début du et jusqu'au milieu du .

Créée en 1787, la petite papeterie Blanchet de Rives devient la papeterie Blanchet Frères et Kléber en 1820 lors de l'association des frères Augustin et Victor Blanchet avec Jean-Antoine Didier Kléber. Cette papeterie est connue en France, en Europe et aux États-Unis pour la qualité de ses papiers d'édition, d'art et photographique, souvent sous le seul sigle BFK que l'on retrouve dans les filigranes de nombreux ouvrages, dessins, lithographies et timbres postaux.

Les familles Blanchet et Kléber, qui ont profondément marqué la vie économique, sociale et politique de la commune de Rives, restent associées dans la gestion de la papeterie BFK jusqu'en 1920. L'entreprise familiale devient la Société anonyme des papeteries de Rives en 1910. Elle s'associe avec d'autres sociétés papetières françaises en 1956 pour former le groupe Arjomari, devenu ArjoWiggins en 1990 après fusion avec le groupe international WigginsTeape Appleton, racheté en 2011 par le suédois Munksjö Oy.

La dernière papeterie de Rives ferme en 2011. Le papier BFK Rives, encore fabriqué par la société française Arches, propriété du groupe papetier Ahlstrom-Munksjö Oyj, demeure une référence de qualité dans le monde du papier à dessin et d'édition d'art.

Les origines de la papeterie L’industrie papetière est présente à Rives depuis le . Les eaux de la Fure, qui servent déjà aux forges et aux aciéries, sont utilisées pour actionner les moulins à papier..

vignette|gauche|upright 0.40|Filigrane de la papeterie de Rives en 1573. En 1561, Jean BouilloudOrthograhié Boulhoud dans d'autres sources loue les eaux de la rivière le Réaumont, un affluent de la Fure, au seigneur de Rives, Antoine Besson, et y installe des moulins pour ses forges. Quelques années plus tard, il transforme un de ses moulins à eau, situé dans le quartier du Bas-Rives à la confluence de la Fure et du Réaumont, pour faire fonctionner une papeterie et y apporter l'eau nécessaire à la fabrication de la pâte à papier.

vignette|droite|upright 0.5|Maurice Augustin Montgolfier, papetier à Rives au . C’est à Rives qu’est produit un papier papiers filigranés « à la cloche » vers 1573 dans le moulin dirigé par Jean Bouilloud... Dans son ouvrage sur les filigranes, Charles-Moïse Briquet a retrouvé un filigrane de la papeterie de Rives datant de 1573..

Au milieu du , les frères Montgolfier, issus d’une famille papetière originaire d’Auvergne possédant des moulins dans le Forez, le Velay et en Savoie, s’installent à Rives..

Le , Joseph Marchand, qui avait précédemment obtenu du seigneur de Langon (seigneur de Rives) les droits sur le moulin du Bas-Rives, le loue à Maurice-Augustin Montgolfier..

Maurice-Augustin Montgolfier est le treizième enfant, d'une fratrie de seize, de Pierre Montgolfier. Il quitte la papeterie familiale de Vidalon, pour voyager en Europe et dans le monde. À son retour en France, il s'associe avec son frère Joseph dans l'exploitation de la papeterie de Rives. Maurice-Augustin fait évoluer la papeterie mais il entre souvent en conflit avec ses ouvriers lesquels, organisés en compagnonnage, essaient de contrôler les papeteries et s'opposent à l’ordonnance royale de 1737 qui devait réglementer la profession. Découragé, Maurice-Augustin se désintéresse de sa papeterie de Rives qui est en mauvais état, au profit de sa nouvelle papeterie située dans le Beaujolais.

À cette époque, Claude Blanchet (1737-1800), un maître de forges de Rives dont les aciéries déclinaient, s’intéresse à la fabrication du papier et se lie d’amitié avec Maurice-Augustin Montgolfier. Claude Blanchet travaille d’abord dans la papeterie des Montgolfier, puis s’associe avec eux le .

Finalement, le , Claude Blanchet rachète la papeterie des frères Montgolfier et les droits que possède Joseph Marchand sur le moulin.

La papeterie Blanchet

Claude Blanchet vignette|droite|upright 0.5|Claude Blanchet (1737-1800), fondateur de la papeterie Blanchet de Rives.

Claude Blanchet agrandit et modernise le moulin à papier. Il achète de nouveaux outils comme le cylindre hollandais (ou pile hollandaise). Sa papeterie fabrique « du beau papier, fin et superfin et vélin », plus raffiné que le papier vergé..

À la différence des autres papetiers de la région, qui exploitaient plusieurs papeteries dont ils n'étaient que locataires, Claude Blanchet n'en a qu'une mais et il en est le propriétaire ; ce qui lui permet de se consacrer entièrement à elle et d'y faire des améliorations par le biais d'investissements qui consolident son patrimoine familial.

+Descendance de Claude Blanchet...En gras, les membres de la famille ayant travaillé dans la papeterie.

Lors du rachat de la papeterie en 1787, celle-ci produisait de papier par an et employait onze personnes. À la mort de Claude Blanchet, en 1800, la papeterie produit de papier et emploient 50 ouvriers.

Claude Blanchet meurt le . Sa veuve, Claudine Jouanin, gère d’abord seule la papeterie puis, à partir de 1804, avec ses enfants Augustin et Claude sous le nom Société Veuve Blanchet et fils. En 1808, Laurent Augustin Blanchet (1781-1843) et Victor Joseph Blanchet (1782-1859) reprennent la papeterie et fondent la Société Augustin et Victor Blanchet aînés frères...

Les frères Augustin et Victor, les fils de Claude Blanchet

Augustin et Victor Blanchet modernisent la papeterie familiale en achetant de nouveaux cylindres et de nouvelles presses à papier. Ils l'agrandissent aussi en y ajoutant des bâtiments et des logements pour les ouvriers. Après des périodes difficiles, dues aux guerres napoléoniennes et à des conflits avec les ouvriers, la production de papier ainsi que les bénéfices croissent à nouveau à partir de 1816.

La qualité des papiers s'améliore aussi grâce à la technique du blanchiment de la pâte à papier au chlore, procédé dont ils sont les premiers utilisateurs en France en 1819 avec la papeterie Canson.

Les frères Blanchet ont des personnalités bien différentes. Augustin est attiré par la littérature alors que son frère Victor s'intéresse beaucoup plus à l'essor de la papeterie et s'affirme mieux dans le rôle de chef d'entreprise, mais tous deux œuvrent à l'évolution de leur papeterie.

Augustin Laurent Blanchet

Augustin Laurent Blanchet, né à Rives le et mort à Rives le , est le cinquième enfant, et le deuxième fils, de Claude Blanchet.

Bonapartiste comme son frère Victor, Augustin Laurent Blanchet a une carrière militaire mais aussi littéraire. Il est d'abord est hussard dans l'Armée révolutionnaire française où il sert auprès du général Jean-Étienne Championnet en 1799. Il est ensuite aide de camp du général Théodore Chabert en 1814. Le , il fait partie de ceux qui reçoivent Napoléon à Rives lors de son retour de l'île d'Elbe..

Augustin Blanchet est auteur de différents textes, poèmes et chants dont : Le chant des fédérés Dauphinois et Mon voyage en Parménie..

Le , Augustin Laurent Blanchet cofonde une société en commandite sous la raison sociale « société en commandite pour l'exploitation des œuvres de Victor Hugo, Duriez et ». La société se compose de : Duriez (le gérant de la société), d'Augustin Laurent Blanchet , de l'éditeur Delloye, du négociant en papier Cornuau, de Didier Kléber et des banquiers Gaillard et Rampin. Contre la somme de , Victor Hugo leur a cédé pour dix ans la propriété exclusive de son œuvre publiée jusqu'à cette date, soit vingt-deux volumes auxquels s'ajoutent deux ouvrages inédits, dont Ruy Blas..

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le .

Victor Joseph Blanchet

Victor Joseph Daniel Blanchet, né à Rives le et mort à Rives le , est le sixième enfant, et le troisième fils, de Claude Blanchet.

Victor se consacre entièrement à son métier de papetier. C'est lui qui permet à la papeterie Blanchet Frères et Kléber d'obtenir des médailles lors de diverses expositions des produits de l'industrie française en 1823, 1834 et 1839. Cependant, il s'engage aussi dans la politique locale : il est maire de la commune de Rives de 1831 à 1848 et conseiller général du canton de Rives de 1838 à 1854.

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le .

La papeterie Blanchet Frères et Kléber

La papeterie des frères Blanchet s’agrandit, elle nécessite plus de compétences pour diriger la fabrication. Aussi, les deux frères Blanchet décident en 1820 de prendre un associé pour les aider : Jean Antoine Didier Kléber, lui-même papetier à Voiron, non loin de Rives, avec lequel ils fondent la Société Blanchet Frères et Kléber (BFK) . ..

Jean-Antoine Didier Kléber vignette|droite|upright 0.5|Jean-Antoine Didier Kléber (1788-1863), cofondateur de la papeterie Blanchet Frères et Kléber.

Jean-Antoine Didier Kléber, né à Grenoble le et mort à Rives le , est le fils de Jacques Didier Kléber (1761-1830), un marchand de papier de Grenoble ; cousin du général Jean-Baptiste Kléber, mort lors de la campagne d'Égypte de Bonaparte.

En 1812, Jean-Antoine Didier Kléber loue à Claude Roux sa papeterie située à Paviot, un lieu-dit de la commune de Voiron, au bord de la rivière la Morge. Le père de Jean-Antoine distribue les papiers de nombreuses papeteries de la région grenobloise dont celle de son fils à Paviot mais aussi celle des frères Blanchet à Rives. Jean-Antoine n'est que locataire de la papeterie de Paviot, peu entretenue par sa propriétaire la veuve de Claude Roux. Projetant d'en acquérir une autre en son nom propre, il entre en contact avec les frères Blanchet en 1819. Finalement, c'est en tant qu'associé qu'il entre dans la société Blanchet Frères pour former la société Blanchet Frères et Kléber le .

+Généalogie partielle de Jean-Antoine Didier Kléber. ..En gras, les membres de la famille ayant travaillé dans la papeterie.

Léonce Blanchet et les fils de Jean-Antoine Didier Kléber

En 1849, les bénéfices de la société sont répartis ainsi : un tiers pour Victor Joseph Blanchet, un tiers pour Léonce Blanchet, le fils d'Augustin Laurent Blanchet, et un tiers pour les deux fils de Jean-Antoine Didier Kléber : Alphonse et Alexandre (soit un sixième pour chacun). Après la mort de Victor Joseph Blanchet, en 1859, les trois associés restants : Léonce Blanchet, Alphonse Kléber et Alexandre Kléber, se partagent les bénéfices à parts égales.

Léonce Blanchet Léonce Jean Benjamin Blanchet, né à Rives le et mort à Rives le , est le fils unique d'Augustin Laurent Blanchet, le cofondateur de la papeterie Blanchet Frères et Kléber. Son père lui transmet le sa part dans la société.

Tout comme ses parents, Léonce Blanchet s'investit dans la papeterie mais aussi dans la vie sociale et politique de la commune. Conseiller général du canton entre 1854 et 1868, il appartient aux milieux d’affaires catholiques. Sa fille, Léoncie Blanchet (1841-1922) épouse le député monarchiste Henry Baboin, un industriel de tulles de soie à Lyon.

Léonce Blanchet est un patron paternaliste qui s'intéresse à la vie de ses ouvriers. Ainsi, il met en place sans son entreprise une assurance vie et sensibilise les patrons, l'État et ses propres ouvriers à la prévention des accidents du travail et la prise en compte de leurs conséquences.

Alphonse et Alexandre Kléber

Les deux fils de Jean-Antoine Didier Kléber, Alphonse Louis Kléber (1815-1900) et Alexandre Kléber (1817-1892), prennent la suite de leur père dans l'association Blanchet Frères et Kléber.