Les frontons du Parthénon sont deux ensembles de statues (autour d'une cinquantaine) en marbre du Pentélique originellement situés sur les façades est et ouest du Parthénon, sur l'acropole d'Athènes. S'ils ont été réalisés par plusieurs artistes, dont Agoracritos, le maître d'œuvre fut certainement Phidias.

Grâce à Pausanias, les thèmes de ces frontons sont connus : à l'est, la naissance d'Athéna et à l'ouest la querelle entre celle-ci et Poséïdon pour devenir la divinité tutélaire d'Athènes.

Les frontons ont été très abîmés par le temps et les conflits militaires. Considérées comme l'archétype de la sculpture classique, voire comme l'incarnation du Beau idéal, les statues ont été enlevées du bâtiment par les agents de Lord Elgin au début du et transportées au British Museum à Londres. Quelques statues et de nombreux fragments sont conservés au musée de l'Acropole d'Athènes.

Parthénon vignette|gauche|upright=1.5|alt=Plan numéroté du Parthénon|Plan du Parthénon :1) pronaos (côté est) ;2) naos hécatompédos (côté est) ;3) statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos ;4) Parthénon (salle des vierges, trésor) (côté ouest) ;5) opisthodome (côté ouest).

En 480 , les Perses saccagèrent l'acropole d'Athènes dont un « pré-Parthénon » alors en construction. Après leurs victoires de Salamine et Platées, les Athéniens auraient juré de ne pas achever les temples détruits mais de les laisser tels quels, en souvenir de la « barbarie » perse.

La puissance d'Athènes grandit ensuite peu à peu, principalement au sein de la Ligue de Délos qu'elle contrôlait de façon de plus en plus hégémonique. D'ailleurs, en 454 , le trésor de la ligue fut transféré de Délos à Athènes. Un vaste programme de constructions fut alors lancé, financé par ce trésor ; parmi celles-ci, le Parthénon. Ce bâtiment nouveau n'était pas prévu pour devenir un temple, mais un trésor destiné à accueillir la colossale statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos.

Le Parthénon fut érigé entre 447 et 438 Le « pré-Parthénon » (peu connu) était hexastyle. Son successeur, plus grand, fut octostyle (huit colonnes en façade et dix-sept sur les côtés du péristyle) et mesurait de large pour de long. Le sékos (partie fermée entourée du péristyle) en lui-même avait une largeur de . Ainsi, deux grandes salles purent être créées : l'une, à l'est, pour accueillir la statue d'une douzaine de mètres de haut ; l'autre, à l'ouest, pour abriter le trésor de la Ligue de Délos. Le chantier fut confié à Ictinos, Callicratès et Phidias. Le projet de décor était à la fois traditionnel dans sa forme (frontons et métopes) et inédit dans son ampleur. Les frontons furent plus grands et plus complexes que ce qui avait été fait jusque-là. Le nombre de métopes (92), toutes sculptées, était sans précédent, et ne fut jamais renouvelé. Enfin, alors que le temple était d'ordre dorique, le décor autour du sékos (normalement composé de métopes et triglyphes) fut remplacé par une frise d'ordre ionique.

Réalisation alt=photographie d'un flanc de montagne découpé de façon géométrique|thumb|left|Une carrière moderne sur le Pentélique. Les comptes de la construction du Parthénon permettent de savoir que le marbre destiné aux frontons commença à être extrait des carrières du Pentélique en 439-438 ; le travail de sculpture commençant l'année suivante. Les comptes montrent aussi que les dépenses d'excavation et de transport étaient annuelles. Cela pourrait signifier que des carrières différentes auraient été utilisées chaque année, afin d'obtenir le marbre de la meilleure qualité possible. Les derniers achats de marbre dans les carrières sont enregistrés en 434 av. J.-C. Dans la logique de la construction du bâtiment, les sculptures des frontons ont dû être installées quasiment à la toute fin (avant la pose du toit), probablement en 432 av. J.-C.

Depuis Adolf Michaelis en 1871., les statues sont désignées de gauche à droite par une lettre : de A à W pour le fronton ouest et de A à P pour le fronton est.

Pausanias renseigne régulièrement sur les auteurs des œuvres qu'il décritIl attribue ainsi les frontons du temple de Zeus à Olympie à Alcamène, élève de Phidias, ceux du temple d'Héraclès à Thèbes à Praxitèle ou ceux du temple d'Apollon à Delphes à Praxias et Androsthène.. Pourtant, il ne donne aucune information sur l'« auteur » des frontons du Parthénon. Un maître d'œuvre pour chacun des frontons est peut-être même possible. En raison de l'ampleur du chantier (une cinquantaine de statues sculptées en une demi-douzaine d'années), de nombreux artistes y travaillèrent, comme le montrent les différences de style et de techniques. Ainsi, le fronton ouest semble plus recherché, plus « artificiel » (presque maniériste) que le fronton est. Il est possible qu'il y ait eu un artiste par statue ou groupe de statues. Les comptes de 434-433 indiquent que les sculpteurs furent rémunérés . Il est cependant difficile de savoir s'il s'agit du salaire total ou du salaire pour cette seule année. À titre de comparaison, le coût total de chacun des frontons (beaucoup plus petits) du temple d'Asclépios à Épidaure fut de . Robert Spenser Stanier a proposé en 1953 une estimation de pour les frontons et les acrotères.

Les statues sont les plus grandes statues de fronton réalisées en Grèce classique et elles sont pratiquement toutes d'un seul bloc. De plus, elles furent réalisées en rond- bosse. Le même soin fut accordé à l'avant et à l'arrière, pourtant caché. Il est possible qu'elles aient été « exposées » sur le chantier en attendant d'être montées sur le Parthénon. Les artistes auraient alors choisi de les finir dans leur intégralité. Malgré tout, la finition dépend des statues, et donc des sculpteurs. Sur certaines, des détails, invisibles du sol ont été laissés inachevés, tandis que sur d'autres, ce ne fut pas le cas. De plus, il a fallu raboter l'arrière de quelques-unes ( par exemple) afin de les faire entrer à leur place désignée.

De profondes rainures rectangulaires au niveau des coins de frontons pourraient indiquer la présence à ces endroits-là d'un mécanisme de type ascenseur destiné à faire monter les statues.

Au dessus de la frise dorique (triglyphes et métopes), était installée une corniche horizontale en surplomb composée de vingt-cinq blocs de marbre. Les corniches rampantes étaient surmontées d'une sima peinte (palmettes et fleurs de lotus dorées). Était ainsi délimité un espace long de et haut (en son centre) de sur une profondeur de . Toutes les statues étaient installées sur la corniche horizontale qui dépassait en surplomb de , posées soit sur une plinthe soit sur un lit de pose. Pour installer la statue , la corniche a dû être creusée.

Les frontons du temple de Zeus à Olympie, d'une vingtaine d'années plus anciens, semblent avoir été une influence majeure pour la réalisation des frontons du Parthénon. Les dimensions sont relativement équivalentes : sur une profondeur de à Olympie. Afin de les rendre plus visibles, en raison de l'angle de vision, une partie des statues étaient inclinées vers l'extérieur, comme à Olympie, et jusqu'à parfois au dessus du vide. Même les statues assises avaient les pieds qui dépassaient du bord. Les systèmes de fixation (chevilles et crampons) des statues à la corniche horizontale étaient relativement les mêmes à Athènes et Olympie. Cependant, pour les plus lourdes (au centre), les sculpteurs du Parthénon durent innover. Elles étaient retenues par des étais en fer qui s'enfonçaient d'un côté dans la plinthe de la statue et de l'autre profondément dans la corniche horizontale et le tympan. Ces étais, en « L » faisaient reposer le poids de la statue en porte-à-faux sur la corniche.

Description et symbolisme Loin du préjugé qui prévaut de nos jours, selon lequel les considérations esthétiques, dans la décoration des temples, l’emportent sur le sens symbolique, on doit au contraire considérer que dans la pensée grecque de l’Antiquité le sens du sacré prévalait : dans la société grecque de type traditionnel du , les prêtres ne pouvaient pas être subordonnés aux artisans et aux sculpteurs. En réalité, , écrit l'helléniste Jean RicherJean Richer, Géographie sacrée du monde grec, Guy Trédaniel éditeur, 1985, 188.. Ce fait se vérifie, entre autres, pour la décoration sculptée des frontons du Parthénon, qui est en rapport direct avec le symbolisme zodiacal et calendaire utilisé en Grèce du jusqu’à l’époque alexandrine, et probablement jusqu’à l’époque byzantine. Ce symbolisme a une signification spatiale qui situe le temple en le reliant à un ensemble. La décoration sculptée des frontons décrit en effet la position du Parthénon dans le système de la géographie zodiacale centrée sur Delphes : .

Les frontons du Parthénon comprenaient de très nombreuses statues. Celui à l'ouest en comptait un peu plus que celui à l'est. Dans la description de l'acropole d'Athènes par Pausanias, une phrase renseigne sur les thèmes choisis : la querelle entre Athéna et Poséidon pour l'Attique à l'ouest et la naissance d'Athéna à l'estI, 24, 5.. C'est la seule évocation dans la littérature antique du décor du Parthénon. De plus, le voyageur ne donne aucun détail en dehors du thème général alors qu'il décrit de façon très précise les frontons du temple de Zeus à Olympie. Peut-être considérait-il le sanctuaire panhellénique du Péloponnèse comme plus important que le Parthénon, trop « local », simplement athénien.

Le nombre de statues et les mythes très précis évoqués fait se demander au spécialiste de l'Antiquité Bernard Ashmole. si les contemporains eux-mêmes étaient vraiment capables d'identifier tous les personnages.

Fronton ouest alt=Une vingtaine de statues alignées, dans un triangle. Au centre : une femme en armes et un homme nu avec un trident|thumb|center|upright=3|Proposition de reconstitution du fronton ouest au musée de l'Acropole d'Athènes. À l'ouest, sur la façade « mineure », était figurée la querelle entre Athéna et Poséidon pour Athènes et l'Attique et la victoire de la déesse vierge, un des grands mythes locaux. Les deux divinités se disputaient la souveraineté sur la région. Ils décidèrent d'offrir le plus beau des cadeaux afin de l'emporter. D'un coup de son trident, le dieu des mers fit jaillir une source (ou un lac) d'eau salé sur l'acropole. La déesse vierge d'un coup de lance fit apparaître le premier olivier. Les sources ne s'accordent pas sur l'identité des arbitres. Ceux-ci choisirent Athéna et son olivier. Cette histoire se rencontre pour la première fois chez Hérodote (VIII, 55). Ce mythe avait jusque-là été peu représenté : l'artiste qui conçut l'ensemble, ainsi que les sculpteurs, avaient donc une liberté complète.

Dans l'espace central, les deux dieux (Athéna à gauche, ; Poséidon à droite, ) étaient peut-être séparés par l'olivier d'Athéna voire le foudre de Zeus. La représentation sur ce fronton d'une intervention de Zeus dans la querelle pourrait être la première occurrence de ce thème. On le retrouve ensuite sur un vase de la fin du conservé au musée archéologique de Pella et dans la littérature.

alt=Statue féminine en marbre blanc ; il manque la tête et les jambes|thumb|Iris ().

Il est difficile de déterminer où pouvaient être représentés le cadeau des deux dieux : surgissant du sol au bout de leur arme (lance pour Athéna et trident pour Poséidon) ou l'olivier bien au centre du fronton, avec le serpent sacré d'Athéna enroulé autour. Il semblerait que le torse de Poséidon ait été utilisé comme modèle pour les tritons qui ornent l'odéon d'Agrippa sur l'agora. La violence de l'affrontement divin peut se lire dans la tension des corps tendus et rejetés vers l'arrière, comme dans le célèbre groupe Athéna et Marsyas de Myron, dédié sur l'acropole quelques années plus tôt. Le mouvement rappelle aussi celui de la métope sud XXVII.