Flavia Domitilla. fille de Plautilla, a été présentée comme telle pour la première fois dans les Actes des saints Nérée et Achillée, œuvre anonyme du , où elle est une jeune fille chrétienne qui décide de consacrer sa virginité. Son fiancé la fait exiler dans l'île de Pontia. Restée ferme dans sa détermination, elle est ensuite emmenée a Terracina et là mise à mort en martyre de la foi chrétienne.
Famille L'introduction de ces Actes dit qu'elle est nièce de l'empereur romain Domitien (81–96)Édition de SuriusÉdition des BollandistesÉdition d'Achelis du texte grec, p. 1, l. 17 et donc membre de la famille impériale romaine des Flaviens, petite fille de l'empereur Vespasien (69–79).
Les Actes la présentent ensuite diversement : comme fille d'une certaine Plautilla, sœur du consul Clemens, généralement identifié comme Titus Flavius Clemens (vers 50 – 95), mari de Flavia Domitilla, fille de l'unique sœur de Domitien, Domitilla la Jeune.
La Domitilla des Actes avait comme eunuques valets de chambre Nérée et Achillée, précédemment au service de sa mère Plautilla, qui fut convertie au christianisme par l'apôtre Pierre et qui fit baptiser aussi sa fille et ses eunuques chambellans. Dans la même année Pierre mourut martyr et mourut aussi Plautilla.
Contenu des Actes des saints Nérée et Achillée
En la voyant s'habiller luxueuseent pour les noces, les deux eunuques lui disent que, si au lieu d'orner tellement le corps en vue de son mariage avec Aurélien, le fils d'un consul, elle se mettait à orner l'âme, elle pourrait avoir comme époux le Fils immortel de Dieu, le Roi de tous les siècles. Ils traitent des inconvénients du mariage et les avantages de la virginitéÉdition de Surius, chapitres 1–4Édition des Bollandistes, chapitres I-IIÉdition d'Achelis du texte grec, p. 1, l. 20 – p. 8, l. 11
Après avoir initialement soulevé des objections, Domitilla accepte ce qu'ils disent et désire que son vœu de virginité soit consacré par le voilement aux mains de l'évêque saint Clément. Les eunuques vont trouver l'évêque et lui disent qu'ils avaient été acquis comme serviteurs par Plautilla, sœur du consul Clemens, frère germain du père de l'évêque. Ils lui expliquent comment ils ont converti Domitilla à la vie de la virginité et le font venir chez elle et la consacrer. Le fiancé, Aurélien, furieux du refus de Domitilla, obtient de l'empereur Domitien que, si elle refuse de sacrifier, elle sera envoyée en exil dans l'île Pontia, dans l'espoir qu'ainsi elle changera son espritÉdition de Surius, chapitre 5Édition des Bollandistes, chapitre II-IIIÉdition d'Achelis du texte grec, p. 8, l. 12 – p. 9, l. 18.
Les deux eunuques, qui ont accompagné Domitilla en exil, refusent la demande d'Aurélien de la convaincre de revenir sur son vœu. Alors il les fait transférer à Terracina, où ils sont durement torturés et décapités. Uniquement dans ce contexte les Acta se réfèrent à Domitilla comme « Flavia Domitilla »Édition de Surius, chapitre 11Édition des Bollandistes, chapitre VÉdition d'Achelis du texte grec, p.16, l. 30 – p. 18, l. 6.
On informe Aurélien que Domitilla a avec trois chrétiens (Eutychès, Victorin et Maron) de l'amitié encore majeure qu'avec Nérée et Achillée. Il obtient de l'empereur Nerva que ces trois, s'ils n'acceptent pas de sacrifier aux idoles, lui soient donnés comme esclaves. Après leur refus de sacrifier, il les contraint à faire de durs travaux dans ses propriétés. Là ils font des miracles de guérison et convertissent beaucoup de monde au christianisme. Quant à Maron, pour l'écraser, on lui met sur les épaules une énorme pierre, que soixante-dix hommes pourraient difficilement tirer en utilisant une poulie, mais Maron la porte facilement à l'endroit distant de deux miles où il avait l'habitude de prier, miracle suivi par la conversion et le baptême du peuple de la province. Enfin les trois hommes sont tuésÉdition de Surius, chapitre 12Édition des Bollandistes, chapitre VÉdition d'Achelis du texte grec, p.18, l. 10 – p. 20, l. 13.
Aurélien emmène Domitilla de l'île Pontia à Terracina et la met en contact avec deux sœurs de lait, Euphrosyne et Théodora, et leurs fiancés, Sulpice et Servilien. Influencés par la prédication et les miracles de Domitilla, ces quatre se font chrétiens et renoncent au mariage. Aurélien décide user la violence contre Domitilla, la fait enfermer dans une chambre à coucher et se met à danser. Il danse pendant deux jours et deux nuits et à la fin tombe à terre et expire. Terrifiés par cet événement tous deviennent des croyants. Mais Luxurius, le frère d'Aurélien obtient de l'empereur Trajan la permission de les contraindre à sacrifier et de punir à volonté ceux qui refuseraient. À Rome il fait trancher la tête à Sulpice et Servilien et ensuite va à Terracine et tue Domitilla et ses deux sœurs de lait en mettant le feu à la chambre où elles dormentÉdition de Surius chapitres 13–15Édition des Bollandistes, chapitre VIÉdition d'Achelis du texte grec, p. 20, l. 14 – p. 23, l. 21.
Les martyrologes prétridentins
Bien que Jérôme de Stridon (saint Jérôme) mentionne l'intérêt des gens à la fin du dans les « cellules » que « Flavia Domitilla, la plus illustre femme de son siècle » était censée avoir occupées pendant son exil à PontiaAndrew Cain, Saint Jerome, 2013, 2013, .Peter Lampe, Christians at Rome in the First Two Centuries: From Paul to Valentinus, T & T Clark International, 2003, , note : « At the time of Jerome, tourists to the island of Pontia were shown the cells in which the Christian Domitilla was alleged to have spent her exile »., aucune Domitilla figure dans la Depositio martyrum et le Martyrologe hiéronymienPhilippe Pergola, La condamnation des Flaviens chrétiens sous Domitien : Persécution religieuse ou répression à caractère politique ?, Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité Année 1978, Volume 90, Numéro 1, .Martyrologe hiéronymien.Jean Éracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien, ..
Pour certains critiques, l'absence des prétendus chrétiens Flaviens dans les listes de martyrs des documents « officiels » tels que le Martyrologe hiéronymien montre que les autorités auraient préféré omettre ces noms volontairement. Toutefois Philippe Pergola estime étonnant ce qu'il appelle , car selon lui En revanche, saint Clément de Rome, qui certainement est du , est mentionné dans le Martyrologe hiéronymien.
Bède le Vénérable (mort en 735) dit que Flavia Domitilla, nièce de Flavius Clemens, fut exilée dans l'île de Pontia pour avoir donné témoignage de sa foiMigne, Patrologia Latina, vol. 90, col. 548, mais ne l'inclut pas comme sainte dans son Martyrologe : en effet le premier martyrologe qui mentionne une sainte Flavia Domitilla est ce de Florus de Lyon (mort vers 860), qui lui assigne comme jour de fête le , probablement par erreur due à une confusion avec Flavius, évêque de Nicomédie, mentionné, le même jour, dans le Martyrologe hiéronymienAlessandro Carletti, "Santa Flavia Domitilla Martire" dans Enciclopedia dei SantiJean Éracle, "Une grande dame de l'ancienne Rome : Flavia Domitilla, petite-fille de Vespasien" dans Échos de Saint-Maurice, 1964, tome 62, p. 130Henri Quentin, Les martyrologes historiques du Moyen Age (Paris 1908), pp. 332, 366 et 383.
Cette mention de Flavia Domitilla est une des sept dans le Martyrologe de Florus empruntées des Actes des saints Nérée et AchilléeHenri Quentin, Les martyrologes historiques du Moyen Age (Paris 1908), p. 362
Le Martyrologe d'Adon de VienneMartyrologe d'Adon, lui aussi du , en utilisant le contenu des Actes des saints Nérée et Achillée, indique : le la mort à Terracina de sainte Domitilla, en la qualifiant de « vierge et martyr », c'est-à-dire comme la Domitilla des Actes des saints Nérée et Achillée ; le la mémoire au cimetière de Prétextat à Rome de Nérée et Achillée, « eunuques de Flavia Domitilla », donc en utilisant comme source les Actes des saints Nérée et Achillée ; le « les martyrs Maron, Eutychès et Victorin, qui passèrent d'abord un long exil à l'île de Pontia avec Flavia Domitilla pour la confession du Christ, furent ensuite mis en liberté sous l'empereur Nerva et, comme ils ne cessaient point de faire des conversions, on les fit mourir par diverses sortes de supplices »; le « les saints martyrs Sulpice et Servilien, convertis à la foi chrétienne par les exhortations et les miracles de la vierge sainte Flavia Domitilla (laquelle avait aussi gagné leurs fiancées Théodora et Euphrosyne à l'espoir de la vie éternelle et à la persévérance dans la virginité sainte), refusant de sacrifier aux idoles, furent décapités durant la persécution de Trajan par sentence de Anianus, préfet de la Ville. Les chrétiens volèrent leurs corps et les enterrèrent à la seconde borne milliaire de la Voie latine ».
De ce Martyrologe d'Adon, Henri Quentin dit : « Presque partout où la tradition des martyrologes a causé aux historiens de graves embarras, nous avons trouvé la main de cet auteur. [...] Adon a donc exercé sur le développement de la littérature martyrologique la plus regrettable influence »Henri Quentin, Les martyrologes historiques du Moyen Age (Paris, 1908), p. 687.
Le Martyrologe d'Usuard : le ajoute « nièce du consul Flavius Clemens » et beaucoup d'autres informations prises surtout des ActesApud Terracinam Campaniae urbem, natalis beatae Domitillae virginis et martyris, quae cum esset Flavii Clementis Consulis, ex sorore neptis, et a sancto Clemente sacro velamine consecrata, persecutione Domitiani, cum aliis plurimis, in insulam Pontiam exilio deportata, longum inibi martyrium duxit. Novissime doctrina, ac miraculis cum convertisset plurimos ad fidem Domini, incenso cubiculo a quodam iudice, in quo simul cum suis convirginibus Eufrosina videlicet et Theodora clausa morabatur, cursum gloriosi martyrii sui consummavitPatrologia latina de Migne, 124, col. 29–30; amplifie un très petit peu l'information du : « les martyrs Maron, Eutychès et Victorin, qui passèrent d'abord un long exil à l'île de Pontia avec Flavia Domitilla pour la confession du Christ, furent ensuite mis en liberté sous l'empereur Nerva et, comme ils ne cessaient point de faire des conversions, on les fit mourir par diverses sortes de supplices »Patrologia latina de Migne, 123, col. 935–936; abrège l'information du , en omettant l'incise « laquelle avait aussi gagné leurs fiancées Théodora et Euphrosyne à l'espoir de la vie éternelle et à la persévérance dans la virginité sainte » et l'information sur la sépulture des saintsPatrologia latina de Migne, 123, col. 951–952; le , mentionne, au lieu du cimetière de Prétextat, ce de la Via ArdeatinaPatrologia latina de Migne, 124, col. 45–46.
Entre-temps, l'église Santi Nereo e Achilleo est consacrée à ces deux saints (sans mention de Flavia Domitilla) Chiesa dei Santi Nereo e Achilleo sur le site Romasegreta.it. et, probablement en 814Michael Walsh, Every Pilgrim's Guide to Rome (Canterbury Press 2015 ), p. 165, les reliques de ces deux martyrs y sont transférés de leur sépulture originale dans les catacombes de Domitilla. Les cérémonies qui se tenaient dans la basilique des saints Nérée et Achillée de ces catacombes sont alors abandonnées.
En 867, les supposées reliques de l'évêque Clément de Rome ont été ramenées de Crimée à Rome par saints Cyrille et Méthode. Francesco Scorza Barcellona, «Clemente I, santo» ; Enciclopedia dei Papi, Treccani, Enciclopedia italiana, 2000, Consulté le 15 janvier 2018.. Elles ont été déposées dans la Basilique Saint-Clément-du-Latran, qui lui est dédiée maintenant. On mettait cet édifice, avec lequel le nom de Flavia Domitilla n'est pas associé, en relation avec un certain Clément, que saint Jérôme identifiait à la fin du avec le pape du mais qui était probablement le donateur du bâtiment, qui vivait dans une période plus tardive.
Liturgie tridentine