Emma Livry, née Emma Emarot le à Paris et morte le à Neuilly-sur-Seine, est une ballerine française.
Morte après que sa tenue de scène eut pris feu sur la scène de l'Opéra Le Peletier, elle est la dernière représentante de la « ballerine romantique ».
Biographie Jeunesse et famille Jeanne Emma Emarot naît à Paris le État Civil reconstitué de la Ville de Paris, cote du fichier : V3E/N 843, ., fille naturelle issue de la liaison de Marguerite Adélaïde Emarot avec le baron Charles de ChassironBiographie d'Emma Livry sur le site web « Les chaussons verts ». Née à Dijon, fille naturelle de Jeanne Émarot, Marguerite Adélaïde Emarot a elle-même dansé brièvement à l'Opéra de Paris sous le nom de Célestine EmarotCes demoiselles de l'opéra, Paris, éd. Tresse et Stock, 1887. Notice n° FRBNF33291315 à la BNF.
Marguerite Adélaïde Émarot meurt le à Paris , à l'âge de 68 ans. Son décès, avec une biographie, est annoncé dans Le Ménestrel du .
Parcours Emma Emarot est l'élève de la première grande danseuse romantique Marie Taglioni. Ses qualités de danseuse sont très vite remarquées et la font engager, sous le nom d'Emma Livry, à l'Opéra de Paris en 1858. Elle y restera jusqu'à sa mort en 1862. Son physique peu gracieux est commenté par ses contemporains. Alexis Dureau la décrit comme trop maigre avec une bouche un peu trop grandeAlexis Dureau, Notes pour servir à l'histoire du théâtre et de la musique en France (périodique), 1860, Paris, . Notice n° FRBNF32824774 à la BNF. L'opposition entre le physique rond de la mère et la maigreur de sa fille, jointe à un calembour sur le nom de son père, donnent lieu aux vers suivants dans un court quatrain qui parait dans les journaux à l'occasion des débuts de la jeune ballerine : Se peut-il qu'un rat si maigre Soit la fille d'un chat si rond ?
Emma Livry est certainement la dernière « ballerine romantique » de l'époque qui a vu naître ce qualificatif et vu rayonner des grands noms du ballet romantique, tels que Marie Taglioni, Fanny Cerrito, Fanny Elssler ou Carlotta Grisi. Sa majestueuse interprétation de La Sylphide fait d'elle la danseuse la plus appréciée du public parisien de l'époque à l'Opéra de Paris. Dans son ouvrage Deux Siècles à l'Opéra (1669-1868), Nérée Desarbres dit d'elle qu'elle . Émile Abraham écrit dans Les Acteurs et les Actrices de Paris que Émile Abraham, Les acteurs et les actrices de Paris, Paris, Michel Lévy Frères, 1861, p. 11 (lire en ligne).
Marie Taglioni, impressionnée par le talent de son élève, écrit la chorégraphie de son unique ballet, Le Papillon, qu'elle crée pour Emma Livry en 1860.
La tragédie vignette|redresse|droite|Emma Livry dans Le Papillon, gravure de Jacotin (1860). Paris, BNF vignette|redresse|droite|Emma Livry dans La Sylphide (1858). Paris, BNF
Les artistes de l’époque sont censés asperger leurs costumes d’un produit non inflammable pour prévenir de tels accidents. Cependant, les danseuses préfèrent ne pas y recourir car le produit colore et raidit les tissus blancs et vaporeux du tutu, conférant à ce dernier une couleur jaunâtre peu esthétique. Emma Livry elle-même affirme par la suite : L'administration de l'Opéra ferme les yeux et se contente de faire signer une décharge aux ballerines.
Le , lors d'une répétition de l'opéra La Muette de Portici, Emma Livry s'approche trop près de la rampe à gaz qui éclaire la scène. Son tutu de gaze s'enflamme et le feu l'enveloppe très vite. Transformée en torche vivante, affolée, elle traverse trois fois la scène avant qu’un pompier n’ait le temps de se précipiter sur elle. Réalisant qu’elle va être nue, Emma Livry aggrave ses brûlures en ramassant avec ses mains les morceaux de l’étoffe enflammée pour s’en couvrir. Ce qui restait de son costume tenait au creux de sa main. Croyant bien faire, sa professeure, l’ancienne danseuse Marie Taglioni, l’enduit de graisse à démaquiller. Le remède se révèle pire que le mal.
Au moment de l'accident, Emma Livry vivait avec sa mère près de l'Opéra, au 18 rue LaffitteHenry de Pène, Paris amoureux, Paris, E. Dentu, 1864, p. 226 (lire en ligne).Jules Lecomte, Le Monde illustré, 6 année, n⁰ 293, 22 novembre 1862, p. 323 (lire en ligne).. Le , sur les conseils de son médecin qui lui enjoint de quitter la pollution parisienne, elle se fait transporter au château de Villiers, à Neuilly-sur-Seine, loué par sa mère. Malheureusement, ses blessures se rouvrent durant le transport et s’infectent.
Emma Livry meurt chez sa mère d'une septicémie le Acte de décès à Neuilly-sur-Seine, n° 222, vue 58/106., huit mois après le drame, emportant avec elle une époque qui aura marqué l'histoire du ballet romantique. Elle est âgée de 21 ans. Sa mort rappelle celle la mort de la danseuse Clara Webster, survenue en 1844 dans des conditions similaires.
Une partie de la ceinture d'Emma Livry et un lambeau de tissu sont conservés au musée de l'OpéraBoîte renfermant les vêtements d'Emma Livry lors de son accident tragique sur la scène de l'Opéra :https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb46971339d.
Chronique de l'enterrement Le , Théophile Gautier rapporte l'enterrement d'Emma Livry dans Le Moniteur : Emma Livry est inhumée au cimetière de Montmartre (famille Emarot - Duhail), dans la . Sa tombe, orientée côté sud, est adossée au petit muret qui fait la séparation avec la partie haute de la division. On y accède côté monument Cavaignac.
Postérité Théodore de Banville lui a consacré un poème en 1865, À mademoiselle Emma LivryThéodore de Banville, À mademoiselle Emma Livry, consultable dans La Petite Revue, éd. René Pincebourde, Paris, , 13 mai au 12 août 1865, . François Marie Adolphe Aulagnier lui a consacré des poèmes dans son ouvrage Fleurs de pensée : poésies intimes paru en 1882, notamment les poèmes À la Sylphide, Emma Livry et Le PapillonF.M. Adolphe Aulagnier, Fleurs de pensée : poésies intimes, éd. A. Ghio, 1882, notice FRBNF30039552 à la BNF. Une courte biographie romancée d'Emma Livry paraît dans l'ouvrage Ces demoiselles de l'Opéra, édité en 1887. La vie d'Emma Livry a servi de personnage central à La Danseuse papillon, un conte fantastique publié aux éditions Soleil en , dessin de Luky et texte d'Audrey Alwett. Un important dossier, consécutif au conte, regroupe les biographies d'Emma Livry, de Théophile Gautier (qui chroniqua son enterrement), mais aussi le livret du ballet Le Papillon et plusieurs extraits de journaux d'époque chroniquant la mort de la célèbre ballerine. La compagnie NAM Ballet a créé un spectacle en 2012 sur la vie d'Emma Livry : le titre du ballet porte le prénom même de la danseuse : Emma.
Galerie
Bibliographie
Notes et références
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