thumb| Détail de L'Annonciation, tempera sur bois, Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers. Simone Martini, parfois aussi appelé Simone Senese ou Simone Memmi, né en 1284 à Sienne, et mort à Avignon le , est un peintre et enlumineur siennois, contemporain d'Ambrogio Lorenzetti et élève de Duccio, qui utilise les techniques de la fresque et de la tempera sur bois.
Son œuvre exerce une influence considérable sur le gothique international. Considéré comme l'un des maîtres de l'école siennoise et certainement l'un des artistes les plus grands et les plus influents du italien, il est le seul capable de concurrencer Giotto. Sa formation a probablement eu lieu dans l'atelier de Duccio di Buoninsegna.
Biographie
Hypothèse sur sa formation Simone Martini est né à Sienne vers 1284. Aucune source certaine n'existe sur sa formation, mais l'hypothèse selon laquelle elle a eu lieu dans l'atelier de Duccio di Buoninsegna est bien établie. Il reste profondément influencé par l'œuvre de Duccio, ainsi que par les sculptures de Giovanni Pisano et l'art gothique français. Cependant, la présence dans ses œuvres les plus précoces qui nous sont parvenues d'éléments étrangers à l'art de Duccio suggère que la formation du peintre s'est enrichie d'expériences différentes. Tout d'abord, il y a chez Simone une sensibilité particulière pour le rendu plastique des figures humaines, certainement plus grande qu'elle ne l'était dans la peinture siennoise contemporaine et dans celle de Duccio en particulier, ce qui permet de faire l'hypothèse d'un contact, alors qu'il est encore très jeune, avec les nouveautés de Giotto..
Ce contact a pu se faire par l'intermédiaire de Memmo di Filippuccio, le futur beau-père de Simone, qui était actif sur le chantier d'Assise où il eut connaissance de la révolution giottotesque, qui s'était propagée dans la région de Sienne. La trace de l'activité de Simone à San Gimignano, où était situé l'atelier de Memmo, et ses futures relations familiales avec ce dernier, légitiment l'hypothèse selon laquelle la formation de Simone Martini s'est achevée précisément avec Memmo.
Un autre élément caractérisant l'œuvre de Simone, bien visible à ses débuts, est son intérêt pour les arts somptuaires, qui sont appréciés dans la Sienne de l'époque. Preuve en est l'utilisation généralisée de pochoirs et de poinçons raffinés, avec lesquels lesquels Simone enrichit ses peintures d'éléments décoratifs originaux (comme les auréoles de la Maestà du Palazzo Pubblico). De même, les objets en or représentés dans ses œuvres sont reproduits avec une habileté inégalée (comme le trône de la Vierge de la même Maestà qui est presque un agrandissement des reliquaires siennois de l'époque). Sur la base de ces éléments, les historiens de l'art ont supposé que le jeune Simone connaissait l'art de l'orfèvrerie, une hypothèse qui pourrait aussi expliquer un autre élément distinctif du travail de Martini, à savoir sa connaissance du gothique transalpin, répandu à Sienne notamment dans le domaine de l'orfèvrerie, ainsi que dans les décors en émail, comme dans l'œuvre de Guccio di Mannaia..
Premières œuvres Les premiers informations documentées sur l'activité artistique de Simone Martini remontent aux environs de 1305-1310, lorsque le jeune Simone a environ 20-25 ans. Sont attribuées à cette première phase d'activité, une Vierge à l'Enfant, dont le lieu d'origine est inconnu et qui est maintenant exposée à la pinacothèque nationale de Sienne (cataloguée comme l'œuvre ), et une Madonna della Misericordia, provenant de l'église San Bartolomeo a Vertine à Gaiole in Chianti, également à la pinacothèque nationale de Sienne. On pense que cette dernière œuvre a été produite en collaboration avec Memmo di Filippuccio, en particulier pour le « groupe des protégés » sous le manteau de Marie. Certains pensent que la croix peinte du couvent des capucins de Sienne, également conservée à la pinacothèque nationale de Sienne, doit également appartenir à cette période de l'artiste. Simone Martini est alors très marqué par Duccio di Buoninsegna, comme en témoignent le visage, le manteau et la posture de Marie dans la Vierge à l'Enfant n. 583. Cependant, la richesse des détails décoratifs et le rendu scrupuleux des détails anatomiques dénotent le talent de Simone Martini dès ces années.
Après ces premiers tableaux, et avant même la réalisation de la Maestà du Palazzo Pubblico de Sienne, la critique pense que Simone Martini a peint une fresque, dont seule la tête de la Vierge subsiste aujourd'hui, dans l'église San Lorenzo al Ponte de San Gimignano (vers 1310), et une Maestà de qualité supposée inégale exposée au musée de Capodimonte de Naples (vers 1310-1312). Ces œuvres, en particulier la seconde, montrent les signes d'une transition de la première manière de Simone Martini, toujours très proche de son maître Duccio di Buoninsegna, vers un style autonome déjà évident dans la Maestà du Palazzo Pubblico de Sienne.
Maestà du Palazzo Pubblico de Sienne
vignette|Détail de la Maestà (1315), Palazzo Pubblico, Sienne.
Historique La première œuvre datée de Simone Martini, reconnue par beaucoup comme son chef-d'œuvre, est la grande fresque de la Maestà, réalisée en 1312-1315 pour la salle du Conseil du Palazzo Pubblico de Sienne où elle se trouve encore aujourd'hui, et qu'il a restaurée lui-même en 1321 car l'œuvre était déjà très endommagée par l'humidité. C'est l'œuvre d'un peintre qui est certainement déjà établi, ne serait-ce qu'en raison du prestige d'une commande publique aussi importante.
Description La grande fresque () est une forme d'hommage à la Maestà de la cathédrale de Sienne de Duccio di Buoninsegna, dont Simone reprend le décor (Marie et l'Enfant au centre assis sur un trône, symétrie des saints protecteurs de la ville des deux côtés), l'utilisation d'une seule source lumineuse pour le rendu du clair-obscur et d'une perspective directe plutôt qu'inversée, ainsi que l'angle dans lequel les personnages sont représentés (de front à totalement de profil), ces dernières caractéristiques ayant été empruntées à Giotto par Duccio lui-même. Le réalisme figuratif et les physionomies de nombreux saints font aussi référence à l'œuvre de Duccio.
Cependant, Simone se différencie de manière décisive du tableau précédent. La Vierge est plus austère, aristocratiquement détachée, et ne regarde pas le spectateur. Tous les visages ont un réalisme jamais vu auparavant, de celui de Marie à celui des saints âgés. Les doigts des mains sont différenciés, adoucissant le toucher. Les auréoles sont réalisées en relief avec l'utilisation innovante du poinçonnage (estampage de motifs en relief par pressage de « poinçons »), qui fait référence à l'orfèvrerie siennoise du , l'un des domaines artistiques les plus proches de la culture gothique française de l'époque. Des pièces métalliques de couleur or et du verre coloré sont insérés pour donner du relief et accrocher la lumière. Le trône est rendu avec les caractéristiques du gothique rayonnant et le baldaquin même fait référence à un goût courtois d'inspiration transalpine. La gamme chromatique de Simone, qui était fasciné par les émaux et les orfèvres d'outre-Alpes, est plus large et présente des glaçures et des passages plus doux. Même l'arrangement des saints ne suit pas une succession paratactique comme dans Duccio, mais plutôt des lignes diagonales parallèles qui convergent en profondeur, donnant une illusion spatiale en perspective d'une saveur giottesque. Cet « horror vacui », qui semble caractériser la Maestà de Duccio, est totalement absent de Simone : de grandes portions de ciel bleu sont visibles dans l'œuvre. Le caractère des deux fresques est également différent : celle de Duccio est éminemment religieuse, celle de Simone, commandée par le Gouvernement des neuf, est chargée de significations morales et civiques.
Etapes de réalisation La Maestà du Palazzo Pubblico de Sienne est une œuvre d'une grande complexité compositionnelle, technique et sémantique. Simone Martini a exécuté la fresque en plusieurs phases : vraisemblablement, il a commencé en 1312, a travaillé jusqu'à environ les deux tiers de la surface pour l'abandonner (le plus probablement pour aller à Assise à la chapelle Saint-Martin), puis a terminé la partie inférieure, maintenant très détériorée en raison de la technique adoptée (peinture principalement à sec), seulement plus tard. L'œuvre est signée par Simone en . Le long du cadre illusionniste figure le signe de la reprise du travail, caractérisé par l'utilisation de différents poinçons et par des incohérences dans le rendu des modillons, particulièrement évidentes sur le côté droit. En 1321, Simone est de nouveau appelé à reprendre son travail pour améliorer le « stylisme » de certaines portions de la fresque ; les têtes de la Vierge à l'Enfant, de Sainte Ursule et Catherine d'Alexandrie (immédiatement à côté de la Vierge), des deux anges faisant des offrandes (en bas au pied du trône), des saints Ansan et Crescenzio ont été entièrement refaites (le premier et le troisième saint à genoux). À la suite de la révolte contre le Gouvernement des Neuf de 1318, l'épigraphe immédiatement sous le trône de la Vierge fut également actualisé, en recouvrant les écrits précédents dont le message était inscrit sur les rouleaux tenus par les quatre Saints protecteurs de la ville.
Chapelle Saint-Martin de la basilique inférieure Saint-François d'Assise vignette|Investiture de saint Martin (détail des musiciens), chapelle Saint-Martin, église inférieure de la basilique Saint-François d'Assise.
La chapelle Saint-Martin de l'église inférieure de la basilique Saint-François d'Assise a été décorée de fresques en trois phases, sur une période allant d'environ 1313 à 1318. En 1312, le cardinal Gentile Partino da Montefiore, propriétaire du titre cardinalice de Santi Silvestro e Martino ai Monti, se rend à Sienne où il a l'occasion de rencontrer Simone Martini à qui il demande de réaliser une fresque pour la chapelle Saint-Martin, qu'il a fait construire. Simone se rend à Assise alors que les travaux de la Maestà du Palazzo Pubblico sont déjà commencés et non terminés. Vers la fin de 1314, il retourne à Sienne, termine la Maestà en la signant en , puis retourne à Assise pour reprendre les travaux de la chapelle. Il interrompt à nouveau les travaux en 1317 pour se rendre à Naples à la cour de Robert d'Anjou (voir ci-dessous) et retourne finalement à Assise pour terminer les travaux en 1318. Le cycle des fresques décrit la Vie de Martin, évêque de Tours. Sur les côtés des trois fenêtres sont représentés, de gauche à droite, des bustes de saints chevaliers, de saints évêques et de papes, et enfin de saints ermites et fondateurs d'ordres. Sur l'intrados de l'arc d'entrée se trouvent huit autres saints en pied réalisés lors de la dernière phase des travaux en 1318.
Au cours des travaux, Simone Martini a pu se comparer à d'autres maîtres florentins de l'école de Giotto, et à Giotto lui-même, alors actif sur le chantier d'Assise, et dont l'influence est reconnaissable dans certains éléments tels que le cadre architectural réaliste solide et le jeu illusionniste de lumières et d'ombres, avec une attention portée aux sources de lumière véritables. Dans les huit saints de 1318, l'utilisation des riches volumes de Giotto est également évidente. Cependant Simone ne s'est pas adapté passivement à l'école florentine mais, au contraire, il peint de manière différente de Giotto, notamment dans le choix du thème : Simone ne peint pas les histoires d’un saint populaire comme saint François, mais un saint chevalier raffiné, dont il souligne certains aspects courtois de la légende.