Imleria badia, le bolet bai, anciennement Xerocomus badius ou encore Boletus badius, est une espèce de champignons basidiomycètes de la famille des Boletaceae et du genre Imleria. Comestible et très commun, il est caractérisé par son chapeau brun bai, son pied brunâtre lisse, ses pores et tubes jaune verdâtre nettement bleuissants à la pression, sa chair non ou très faiblement bleuissante à la coupe et son habitat souvent sous conifères, parfois sous feuillus.
Taxonomie Le nom correct complet (avec auteur) de ce taxon est Imleria badia (Fr.) Vizzini, 2014.
Le basionyme de ce taxon est Boletus castaneus var. badius Fr., 1821.
Synonymes Imleria badia a pour synonymes :
Publication originale
Phylogénie vignette|Deux Bolets bais dans la mousse. Décrit pour la première fois par Elias Fries en 1818, le Bolet bai a été reclassé sous le nom de Xerocomus badius en 1931. Il a ensuite été reclassé dans le genre Imleria en 2014 par le mycologue Alfredo Vizzini. Ce taxon a été classé pour la première fois en 1818 par Elias Magnus Fries, comme une forme, l'appelant Boletus castaneus var. badius. En 1832, le même auteur l'a élevé au rang d'espèce sous le nom de Boletus badius. Il a été reclassé en 1931 par Édouard-Jean Gilbert sous le nom de Xerocomus badius ; dans de nombreux ouvrages obsolètes, il est encore répertorié sous cette nomenclature.
Des études phylogénétiques moléculaires modernes ont montré que le genre Xerocomus est polyphylétique, c'est-à-dire qu'il ne descend pas d'un ancêtre commun. Imleria badia n'est donc pas étroitement liée à ce genre, ce qui explique pourquoi plusieurs anciennes espèces de Xerocomus ont été récemment transférées dans d'autres genres (par exemple Imleria ou Xerocomellus).
Étymologie Le nom de genre Imleria a été nommé en l'honneur de Louis Imler, tandis que l'épithète spécifique badia fait réfèrence à la couleur baie du chapeau de cette espèce.
Noms vulgaires et vernaculaires Imleria badia porte en français le nom vulgarisé et normalisé « Bolet bai », bai étant la couleur brun-rouge de son chapeau.
Le Bolet bai est parfois nommé à tort « Cèpe des pins », mais le Cèpe des pins est une tout autre espèce (Boletus pinophilus).
Noms vernaculaires dans d'autres langues
Description du sporophore vignette|Sporophores de I. badia en Allemagne. Les bolets sont des champignons dont l'hyménophore, constitué de tubes et terminés par des pores, se sépare facilement de la chair du chapeau. Ce chapeau d'abord rond, recouvert d'une cuticule, devient convexe à mesure qu’il vieillit. Ils ont un pied (stipe) central assez épais et une chair compacte. Les caractéristiques morphologiques de Imleria badia, le Bolet bai, sont les suivantes :
Son chapeau mesure de 5 à 15 cm, il est d'abord un peu visqueux puis sec, parfois même nettement feutré, velouté par temps sec et viscidule par temps humide, de couleur brun-bai ou brun châtain assez uniforme, parfois brun noirâtre. Il est sphérique-hémisphérique à l'état jeune, à la marge clairement recourbée vers l'intérieur, puis il s'applati avec l'âge, devenant hémisphérique puis convexe ou même plat. Il devient progressivement pulviné et à l'état vieux la marge peut se récurver et lui donner une forme étalée. La cuticule est difficilement pelable.
L'hyménophore présente des tubes d'abord blanchâtres puis jaune olivâtre terne à verdâtres, généralement nettement bleuissants, déprimés sur une courte mais nette zone autour du pied et souvent enflés à maturité sous le chapeau, dépassant la limite de la marge. Les pores sont fins, très serrés, concolores aux tubes, également nettement bleuissants, à la pression tout comme à la coupe.
Son stipe mesure 5 à 12 cm x 1 à 4 cm, il est cylindrique ou presque, grêle et allongé, mais il peut aussi être robuste, enflé et même obèse. Il est lisse, sans ornementation, de couleur brun clair, brun ochracé à roussâtre, parfois délavé de blanchâtre ou de jaunâtre en haut vers l'insertion des tubes. Il a l'aspect de bois d'oeuvre poli ou de bois écorcé jaunâtre brunâtre, il est assez fibreux et relativement résistant à la tortion, surtout chez les vieux spécimens, rappelant la texture du cuir.
La chair est blanchâtre, très ferme puis mollissant avec l'âge, bleuissant parfois un peu, particulièrement au-dessus des tubes, parfois un peu grisâtre brunâtre à l'extrémité du pied. Découpée, elle prend un aspect gris. Son mycélium basal est de couleur blanche. Sa saveur est douce et son odeur est faible, de Cèpe. La sporée est brun olive.
Caractéristiques microscopiques Ses spores mesurent 12 à 15,5 µm x 4 à 5 µm, elles sont de forme allongée-fusoïde.
Galerie
Variétés et formes vignette|Illustration de Boletus badius par Giacomo Bresadola
Xerocomus badiorufus a été décrit comme une espèce distincte, se différenciant de I. badia par sa silhouette trapue, sa marge fortement enroulée, ses pores fins et ses tubes très courts, non ou à peine bleuissants. Cependant, il n'y a pas eu d'analyse phylogénétique pour confirmer l'espèce pour cause de l'absence d'exsiccata. S'ajoute à cela le fait que des spécimens aux caractères morphologiques correspondants à ceux de badiorufus ont été récoltés entretemps, et que leur analyse phylogénétique révéla de simples Imleria badia. Devant ces résultats, ce qui a été décrit comme X. badiorufus est fortement suspecté de n'être qu'une simple forme de I. badia. Imleria heteroderma, qui semble être synonyme de Boletus badiorufus R. Heim nom. inval. est décrit comme ressemblant beaucoup à I. badia, mais ses tubes sont souvent plus courts, moins (ou non) bleuissants, son pied est fusiforme-renflé plus ou moins radicant, son chapeau est velouté et ses spores mesurent 10 à 13 µm x 3 à 5 µm. Imleria spadiceomaculans, a été décrit comme ayant un chapeau feutré plus au moins brun rougeâtre au toucher, un pied blanc à blanchâtre et des pores qui deviennent brun-gris sale au toucher. L'existence de tous ces taxons en tant qu'espèces indépendantes est encore très dubitative. Imleria badia f. vaccinus (syn. X. badius f. subimmutabilis Estadès & Lannoy ad int. (bull. FMDS 174, 2004)), est caractérisé par des tubes généralement courts, longtemps blancs à blanchâtres, immuables, des pores petits non bleuissants ou presque pas mais grisonnant plutôt au toucher et une chair immuable ou légèrement rosissante. Imleria badia var. macrostipitatus (à grand stipe), est une variété typique de l'est du Canada jusqu'aux États du Maine et de New York aux États-Unis. Imleria badia var. glaber (à stipe glabre), est quant à lui typique de l'écozone atlantique dans l'est du Canada.
Habitat et distribution vignette|Troupe de Bolets bais poussant dans la mousse dans une forêt de conifères. Le Bolet bai est un champignon ectomycorhizien, poussant surtout sur la mousse ou l'humus, en association avec divers arbres, principalement des conifères. On le trouve dans les sous-bois de résineux ou de feuillus, sur sol non calcaire, parfois en zones défrichées sous des fougères ou auprès de souches déracinées. Aujourd'hui, il est plus fréquent dans les forêts de conifères ou mixtes, et plus sporadique dans les forêts de feuillus purs. Cette espèce n'aime pas particulièrement le temps chaud, mais préfère de loin les bois frais et humides, on le trouve soit dans d'épaisses couches de mousse, soit dans d'épaisses litières d'aiguilles, où le substrat est constamment plus humide. Sa période végétative est purement estivale-automnale mais, au cours des dernières décennies, elle s'est étendue jusqu'au milieu de l'hiver, en l'absence de vents glacés, de gelées et de chutes de neige.
Les fructifications peuvent pousser seules, éparpillées sur le sol, parfois même en petits groupes de quelques spécimens rapprochés, souvent bien cachés parmi les aiguilles. La fructification a tendance à culminer trois ou quatre jours après la pluie pendant la saison chaude, à tel point qu'il peut être considéré comme l'un des plus hygrophiles des bolets. La raison en est que le pied de cette espèce a une texture ressemblant à celle du cuir et qu'il résiste bien à l'excès d'humidité qui peut éventuellement être transmis par le sol. Cela peut également se produire dans les zones herbeuses couvertes de mousse et, pour cette raison, il est considéré comme un absorbeur potentiellement puissant de substances radioactives. vignette|Bolets bais poussant sur une souche d'arbre. N'étant pas exclusivement un champignon mycorhizien, on peut également le trouver sur des souches d'arbres en décomposition, ainsi que sur des litières contenant de nombreuses aiguilles et du bois mort en décomposition. Dans certains cas, il est probable que cette espèce se nourrisse exclusivement en tant que saprophyte, sans se lier du tout aux racines des arbres où elle pousse. Le Bolet bai peut donc en effet avoir de fréquentes tendances saprophytes et être capable d'utiliser ce style d'alimentation dans diverses circonstances, en particulier lorsqu'il se trouve dans un habitat riche en humus constitué d'une abondante lignine en décomposition.
Répartition Le Bolet bai est originaire d'Eurasie et d'Amérique du Nord, on le trouve dans les grandes forêts d'Europe centrale et septentrionale, ainsi que dans les forêts mixtes d'Europe méridionale et orientale. Il abonde dans les forêts de conifères de Pologne, de République tchèque/Slovaquie, en Allemagne, notamment en Forêt Noire, en France entre les Alpes, le Massif central, le Jura et les Pyrénées (également en Espagne), en Grande-Bretagne, en Scandinavie, dans les anciennes républiques baltes soviétiques, en Russie, en Roumanie, dans la région de la mer Noire et du Caucase et en Turquie. Dans le reste de la planète, il est signalé en Asie, en Jordanie, en Chine continentale, dans l'Himalaya, à Taïwan et au Japon. En Amérique du Nord, elle est présente dans l'est du Canada, tandis qu'aux États-Unis, sa présence est certifiée dans l'État du Minnesota et dans les Appalaches. Au sud, son aire de répartition aérienne s'étend jusqu'au centre du Mexique.
Mycorhizes Les ectomycorhizes formées entre Imleria badia et l'épicéa (Picea abies) ont des gaines hyphaliques actives qui ont un plus grand potentiel de stockage de minéraux tels que l'azote, le fer, le phosphore, le magnésium, le potassium et le zinc, que d'autres champignons mycorhiziens ne possèdent pas, ce qui indique que le champignon est bien adapté pour vivre dans des sols acides et les préférer, ses mycorhizes étant particulièrement efficaces pour absorber et stocker les macronutriments.
Comestibilité vignette|Récolte de Bolets bais dans un panier en Allemagne. Le Bolet bai est un comestible réputé 18x18px, plus petit que les Cèpes mais considéré par certains cueilleurs comme proche ou équivalent, son parfum étant fort ressemblant. C'est une espèce assez populaire, traditionnellement ramassée et appréciée en France. Il est souvent suggéré de privilégier les jeunes sujets plus fermes dont les tubes ne sont pas très développés et de retirer le pied, qui est plus coriace et fibreux, surtout chez les spécimens adultes, riche en cellulose, ce qui peut le rendre légèrement indigeste. En effet il vaut mieux éviter de le cueillir lorsqu'il est trop mature et étalé ; en plus du pied devenant plus dur, la chair du chapeau devient flasque et plus spongieuse à la cuisson, d'une texture beaucoup moins agréable que lorsqu'il est consommé jeune, ce qui est valable pour la plupart des champignons comestibles. Ses caractères distinctifs faciles à identifier, son abondance en tant qu'espèce très commune et ses confusions possibles sans danger font de lui une espèce populaire, peu risquée et facile à maitriser pour les cueilleurs de champignons, même pour les débutants. En effet, le Bolet bai est souvent classé parmi les espèces typiques faciles d'entrée de jeu dans les guides, occupant le grade de l'espèce de bolet comestible "classique" après les Cèpes.