L'Institut français de Barcelone (IFB) est une institution créée en 1921 pour favoriser les échanges culturels entre la France et la Catalogne, et plus généralement l’Espagne. Il appartient aujourd'hui à l'Institut français d'Espagne et dépend du ministère des Affaires étrangères et du Développement international. L'Institut français de Barcelone a reçu en 1991 la Croix de Sant Jordi. thumb|Façade de l'Institut français de Barcelone.

Histoire

Fondation et premiers développements (1921-1936)

Conçu comme une antenne universitaire destinée à renforcer la présence culturelle française en Catalogne, l'Institut français de Barcelone commence effectivement ses activités en 1921. L'Institut retient le 12 mai 1921 comme date de son inauguration officielle.

Installé initialement au 338 du carrer del Consell de Cent, il déménage dès 1922 au 316 du carrer d'Aragó. Il complète l'action de l'Alliance française de Barcelone, également présente à Barcelone, en organisant des cours de français, des conférences, des expositions et des concerts à destination du public catalan. À partir de 1924, il accueille également un enseignement secondaire organisé par la Bienfaisance.

La croissance des cours conduit l'État français à s'impliquer dans son développement. C'est pourquoi il acquiert en 1930, par l'intermédiaire de la Bienfaisance, une villa située au 325 du carrer de Provença. L'Institut et le Collège français s'y installent dès cette même année.

La guerre civile espagnole (1936-1939)

Le déclenchement de la guerre d'Espagne désorganise profondément l'établissement. Le gouvernement français ordonne l'évacuation d'une partie de son personnel et l'Institut est officiellement fermé. Ses locaux sont réquisitionnés pour accueillir des réfugiés et les cours sont interrompus. Cette fermeture n'est toutefois pas continue : quelques agents demeurent à Barcelone et le directeur Jacques Langlade revient en octobre 1937 pour rétablir une partie des enseignements.

Les bombardements de Barcelone entraînent de nouvelles interruptions en 1938. Les bâtiments du carrer de Provença sont endommagés et les établissements scolaires français sont temporairement fermés. Malgré la diminution du personnel et des effectifs, une rentrée réduite est organisée à l'automne 1938. Les cours sont de nouveau suspendus au moment de l'entrée des troupes franquistes dans Barcelone, en janvier 1939.

Pierre Deffontaines, Vichy et la dissidence (1939-1944)

Après la victoire franquiste, les autorités françaises entreprennent de réorganiser leur présence culturelle à Barcelone. À l'été 1939, le géographe Pierre Deffontaines remplace Jacques Langlade à la direction de l'Institut. Il reçoit également la responsabilité des enseignements secondaires, réunis pendant quelques années au sein d'un même ensemble Institut-Lycée.

Survient la défaite de la France face à l'Allemagne nazie. Le régime de Vichy décide d'investir considérablement dans le développement de l'Institut du lycée afin de promouvoir une politique culturelle destinée à diffuser les valeurs de la Révolution nationale et à renforcer l'influence française dans l'Espagne franquiste.

L'occupation allemande de la zone libre, en novembre 1942, provoque cependant une rupture progressive. Deffontaines, le consul René Castéran et le proviseur André Dravet restent pendant plusieurs mois officiellement au service de Vichy tout en préparant leur ralliement aux autorités françaises d'Alger. Cette période a été qualifiée de « crypto-dissidence ».

Deffontaines se rallie à Alger en mars 1943. Révoqué par Vichy et évincé des locaux du carrer de Provença, il organise avec André Dravet un établissement dissident, installé dans plusieurs écoles et locaux barcelonais, notamment au 617 de la Gran Via : l'ANEIE (Asociación Nacional de Estudiantes de Idiomas Extranjeros). Financé en partie par des fonds américains, celui-ci se rattache à l'université d'Alger et organise sa rentrée le 3 octobre 1943. Ce centre s'impose comme un foyer de rayonnement allié en plein Barcelone franquiste. En 1944, après la chute d evichy, Deffontaines est rétabli dans ses fonctions de directeur de l'Institut.

Un foyer de la résistance culturelle catalane (1944-1964)

Déjà lié aux en 1943 aux milieux intellectuels et artistiques catalans, dans un contexte marqué par la répression de la langue et de la culture catalanes, l'Institut s'ouvre définitivement à partir de 1945. Il accueille des cercles de discussion et de création consacrés notamment aux arts plastiques, à la musique, à la littérature, au droit, à l'histoire et à la géographie. Ces groupes constituent des espaces de sociabilité relativement protégés, sans échapper complètement à la surveillance et à la censure du régime franquiste.

Le Cercle Maillol rassemble de jeunes artistes parmi lesquels Antoni Tàpies, Josep Guinovart et Josep Maria Subirachs. D'autres groupes, comme le Cercle Manuel de Falla ou le cercle littéraire fréquenté notamment par Jordi Sarsanedas et Maria Aurèlia Capmany, favorisent la circulation d'œuvres et d'idées difficilement accessibles dans les institutions officielles espagnoles.

L'Institut attribue également des bourses permettant à des étudiants, artistes et intellectuels catalans de séjourner en France. Il devient ainsi l'un des relais de l'ouverture européenne de la culture catalane pendant le franquisme. Pierre Deffontaines demeure à sa tête jusqu'en 1964.

De la transition démocratique à nos jours

En 1976, au début de la transition démocratique, l'Institut quitte ses anciens locaux et s'installe au 8 du carrer de Moià. La démocratisation de la vie culturelle catalane modifie progressivement son rôle, sans remettre en cause ses missions d'enseignement du français, de coopération culturelle et de dialogue franco-catalan.

En 1991, la Généralité de Catalogne lui attribue la Creu de Sant Jordi en reconnaissance de son action culturelle. Depuis 2012, l'établissement constitue l'antenne barcelonaise de l'Institut français d'Espagne, placé sous l'autorité de l'ambassade de France en Espagne.

L'Institut célèbre son centenaire en novembre 2021 par une série d'expositions, de concerts et de présentations consacrées à son histoire et aux artistes catalans qu'il a accompagnés.

Missions L'Institut remplit quatre missions essentiellesPage "Mission" du site de l'IFB : Une mission d’enseignement du français langue étrangère, pour tous les publics et tous les niveaux, préparant aux diplômes attestant la connaissance de la langue (DELF, DALF). Une mission de diffusion et d’échanges culturels, visant à faire connaître la culture de la France contemporaine, à travers ses artistes (organisation d’expositions), ses cinéastes (séances de cinéma), ses penseurs et ses écrivains, ses créateurs (musiciens, danseurs, acteurs, metteurs en scène), etc. Une mission d’information et de documentation, à travers une médiathèque moderne ( en libre accès, vidéos, CD, DVD et service Internet), et un « centre de ressources sur la France contemporaine ». Une mission plus générale de forum interculturel, en offrant son espace aussi bien au libre débat d’idées qu’à la présentation des œuvres artistiques de nombreuses communautés qui désirent trouver à l’Institut un lieu où s’exposer ou s’exprimer. Cette ouverture s’étend aussi à la vie scientifique, aux entreprises qui le souhaitent.

Directeurs et directeurs délégués

La chronologie des premières directions est notamment établie par le répertoire du fonds de l'Institut français de Barcelone conservé au Centre des archives diplomatiques de Nantes. Elle comporte toutefois plusieurs lacunes, particulièrement pour les périodes postérieures à 1979.

Période Directeur Remarques 1921-1922 Gabriel Bounoure 1922-1936 Jean-Jacques-Achille Bertrand Le répertoire des Archives diplomatiques porte par erreur le nom « Bernard ». 1935-1936 Jacques Langlade Première période de direction. 1937-1939 Jacques Langlade Reprise partielle des activités après l'interruption provoquée par la guerre civile. 1939-1943 Pierre DeffontainesDestitué par Vichy en mars 1943. Il fonde un Institut dissident, lié à Alger : l'ANEIE (entre 1943 et 1944) 1943 Xavier Sauvage Directeur de l'Institut demeuré fidèle au régime de Vichy. Il rejoint Alger au bout de quelques mois. 1943-1944 Pierre Guidou Directeur de l'Institut vichyste ; Deffontaines dirige parallèlement une structure dissidente rattachée à Alger. 1944-1964 Pierre Deffontaines Rétabli dans ses fonctions après la Libération. 1964-1969 Georges Raillard 1969-1975 Jean Dedieu 1975-1979 André Leroy 1981-1985 Christian Delacampagne 1985-1990 Vincent Garmendia 1995-1999 Jean-Claude Pompougnac 1999-2001 Philippe Reliquet 2003-2006 Christopher Miles 2006-2011 Pierre Raynaud 2011-2015 Yannick Rascouët 2015-2019 Pascale de Schuyter Hualpa 2019-2023 Max Vasseur Directeur puis directeur délégué. Depuis 2023 Valérie Nicolas

Notes et références

Sources et bibliographie

Ouvrages et témoignages

Études historiques

Voir aussi

Articles connexes Institut français d'Espagne Institut français de Madrid - Institut français de Saragosse - Institut français de Valence Lycée français de Barcelone Ambassade de France en Espagne

Liens externes Site de l'IFB Site de l'Institut français d'Espagne

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