vignette|Récipient avec représentationd'un cheval au galop (céramique à fond blanc). , vers 1340 AEC

Par l'expression Céramique en Égypte antique on comprend tous les objets de terre cuite en provenance de l'Égypte antique (selon Dorothea Arnold, à l'exception des statues..) Les récipients de céramique servaient principalement de vaisselle ménagère et étaient utilisés pour le stockage, la préparation, le transport et la consommation des vivres et des matières premières. On y compte les cruches à bière et à vin, les pots à eau, mais aussi les objets largement utilisés dans le ménage, moules à pain, braseros, lampes et pieds supports des récipients à fond rond. D'autres types servent à des emplois rituels. La céramique est souvent retrouvée dans le mobilier funéraire.

Fondamentalement, on distingue en archéologie égyptienne deux groupes de sortes d'argile, que l'on distingue par leurs compositions chimiques et minéralogiques : l'argile du Nil et l'argile calcaire. L'argile du Nil est un produit d'érosion transporté par le Nil des montagnes d'Éthiopie jusqu'en Égypte. Cette argile s'est déposée depuis le Pléistocène supérieur jusqu'à présent sur les rives pendant les crues du Nil. L'argile calcaire est une roche blanc-jaunâtre, qui s'est déposée au cours de l'époque du Pléistocène, quand les masses d'eau préhistoriques du Nil et de ses affluents ont submergé les bords du désert actuel.

Les représentations égyptiennes sur les parois des tombeaux, les modèles de poterie et des restes archéologiques d'ateliers de poterie fournissent des informations sur la production et l'organisation de la fabrication de la céramique. Il est caractéristique pour l'histoire du développement de la céramique que des méthodes nouvellement inventées au cours du temps ne remplacent jamais complètement les anciennes, mais élargissent le répertoire, si bien que finalement au sommet de l'histoire de la céramique, la technique de fabrication appropriée est utilisée pour chaque groupe d'objets. Les potiers égyptiens utilisent une grande variété de techniques et de motifs de décoration, dont beaucoup sont caractéristiques de certaines périodes, comprenant l'utilisation de formes insolites, d'ornements gravés, de méthodes de décor par le feu ou de techniques de peinture.

Un système de classification important pour la distinction de la céramique égyptienne est en égyptologie le système dit « de Vienne » que les archéologues et égyptologues Dorothea Arnold, Manfred Bietak, Janine Bourriau, Hélène et Jean Jacquet, et Hans-Åke Nordström ont mis au point pendant une rencontre à Vienne en 1980.

Dans la chronologie archéologique de l'Égypte, la méthode de datation relative des céramiques s'est montrée utile. Cette méthode, introduite en 1899 par William Matthew Flinders Petrie, est fondée sur des modifications des vases et l'apparition et la disparition de divers types au cours du temps.

Matières Pour comprendre le développement, l'espèce et l'origine de la céramique, il est nécessaire de comprendre la matière première argile. Fondamentalement, on distingue en archéologie égyptienne deux groupes d'espèces d'argile, selon leur composition chimique et minéralogique, ainsi que les propriétés de la céramique : les argiles du Nil et les argiles calcaires. On peut rajouter comme troisième groupe un mélange des deux groupes..

Argile du Nil vignette|Céramique en argile du Nil avec vernissage et peinture blanche (céramique White Cross-lined).

L'argile du Nil est un produit d'érosion que le Nil a transporté des montagnes d'Éthiopie en Égypte. Cette argile s'est accumulée entre le Pléistocène récent et le temps présent sur les rives pendant les crues du Nil. Par suite, les dépôts peuvent se retrouver maintenant aussi bien éloignés du cours actuel du fleuve que sur ses rives mêmes. Cette argile se distingue chimiquement par un contenu élevé en silicium et en oxydes de fer. Du point de vue minéralogique, il s'agit d'argiles sédimentaires riches en mica et en illite, auxquelles du sable et diverses particules rocheuses en provenance du vaste bassin du Nil sont déjà incorporés (et n'ont donc pas à être rajoutés de main d'homme)..

Argile calcaire vignette|Vase cylindrique en argile calcaire de la .

L'argile calcaire apparaît le long de la vallée du Nil entre Esna et Le Caire, dans les oasis et sur les rives du delta du Nil. Il s'agit d'une roche jaunâtre-blanche. Les couches sont datées du Pléistocène, quand des masses d'eau préhistoriques du Nil et de ses affluents ont submergé les rives aujourd'hui désertiques.. L'argile calcaire désigne une série d'espèces d'argiles déjà très différentes par leur substance de base. En commun, elles présentent un faible pourcentage de silicium et un contenu notablement plus élevé en calcium (d'où le nom « d'argile calcaire »).. Les espèces d'argile calcaire les plus importantes sont : argiles de Qena : dépôts secondaires comme ceux de l'oued Qena. Ces argiles proviennent de sédiments lessivés par l'oued, et qui se sont mélangés avec de l'ardoise et du calcaire locaux ; argiles calcaires provenant d'ardoise et de calcaire trouvés le long du Nil entre Esna et Le Caire.

Les argiles calcaires deviennent normalement crème ou blanc, quand elles sont cuites dans une atmosphère oxydante. De plus, la cassure peut présenter des zones roses ou orange. Ces argiles sont riches en sels minéraux si bien que la surface est souvent couverte d'une fine couche de sels érodés, qui forme après cuisson une couche blanche, que l'on peut prendre par inadvertance pour un « revêtement ». À une température de cuisson suffisante (environ ), cette couche devient vert olive et imite une couverte verte..

Fabrication vignette|Représentation de la fabrication de céramique dans le mastaba de Ti dans l'Ancien Empire.

Choix des matériaux Le choix des matériaux est déterminé par les conditions locales et la fonction de l'objet à fabriquer. L'argile du Nil est utilisée principalement pour la vaisselle domestique, les moules et récipients des ouvriers ainsi que la céramique pour l'usage rituel. Les argiles calcaires sont principalement utilisées pour les provisions, et là où des produits raffinés (vases sculptés et semblables) sont faits..

Extraction de l'argile Il y a peu d'information sur la méthode et le lieu de l'extraction de la matière première par les potiers d'ancienne Égypte, comme les droits de propriété sur les mines, l'organisation du transport et la distribution aux potiers. On peut dire en général que l'argile pouvait provenir de trois régions différentes : du rivage du Nil ou d'un canal d'irrigation, de la plaine désertique près des zones cultivées ou des collines du désert à plus haute altitude. Une représentation dans le tombeau de Rekhmirê (TT100) montre des travailleurs qui exploitent un tas de boue du Nil avec des pioches pour la fabrication de tuiles d'argile. L'argile pour la fabrication de céramique pourrait avoir été exploitée de la même manière. La scène montre aussi que l'argile du Nil n'avait pas à être forcément exploitée dans un champ. Des tas d'argile du Nil étaient amassés, comme encore maintenant, pendant le creusement d'un canal..

Préparation de l'argile vignette|Mise en œuvre de l'argile, selon une représentation tombale à Beni Hassan, du Moyen Empire (tombe de Baket ). vignette|Foulage de l'argile d'après une représentation à Beni Hassan (tombe de Baket ).

Les représentations égyptiennes sur les parois des tombes font souvent intervenir la préparation de l'argile. De plus, il y a des modèles qui rendent les particularités en partie un peu différemment. Les restes archéologiques évidents d'ateliers de poterie sont par contre plutôt rares. Il s'agissait sans doute d'installations très périssables.

L'argile exposée à l'air sèche très vite. C'est pourquoi les potiers reçoivent souvent l'argile (en particulier l'argile calcaire du désert) en morceaux desséchés, rocailleux, qu'il faut tout d'abord concasser et mélanger à de l'eau pour les rendre plastiques.. Il faut aussi sécher et pulvériser l'argile brute pour en éliminer par tamisage les impuretés les plus grossières comme des cailloux. Une autre possibilité est la sédimentation de l'argile par un tassement répété des composants les plus lourds de l'argile dans l'eau, et en écumant les parties les plus fines sur le dessus. Il n'y a pas de preuve pour un tel processus dans l'atelier de poterie et la céramique à Ayn Asil (Ad-Dakhla)., mais de possibles indications pour cela sont à Hierakonpolis.. Il faut procéder à la sédimentation dans une ou plusieurs fosses ou bassins. La représentation de poterie dans la tombe de Qenamon (TT93) a déjà été aussi interprétée dans ce cadre comme montrant un bassin de sédimentation. Il faut supposer, au moins pour l'argile des coupes de Meïdoum à l'Ancien Empire et pour l'argile du Nil remarquablement homogène à partir de la , un procédé de purification raffiné ; ; ; ..

L'image schématique montre pour la préparation de l'argile un ou deux hommes, qui foulent aux pieds la masse d'argile ramollie, mélangée d'eau, pour la transformer en une masse plastique et malléable. Pendant ce foulage, l'argile peut être asséchée, si elle ne contient pas déjà des impuretés plus fines, comme du sable ou autres matériaux. Il est important que celles-ci ne soient pas trop grossières ou à angles trop vifs : un assèchement trop grossier peut rendre la paroi du récipient instable, si les minéraux plastiques de l'argile ne peuvent pas s'attacher les uns aux autres. Des particules à angles vifs comme des cailloux peuvent blesser le potier pendant le pétrissage et le formage des récipients, et empêcher d'obtenir une surface lisse. L'ajout d'un amaigrissement équilibré rend l'argile plus plastique, plus facile à modeler, plus stable pendant le montage du récipient, et d'autre part plus poreux et perméable à l'air, ce qui améliore les propriétés du récipient fini pour son séchage, sa cuisson et son utilisation ; en outre ..

Après le mélange avec de l'eau, la masse d'argile est pleine de bulles d'air. Pour éviter la formation de fentes pendant la cuisson, il faut éliminer celles-ci par foulage. Pour cela, les deux moitiés d'une masse d'argile sont frappées l'une contre l'autre relativement fort. Puis, sur le schéma, un travailleur pétrit l'argile avec ses mains en position inclinée, avant de tendre l'argile foulée directement au potier...

Méthodes de formage Pour la fabrication de céramique pendant l'Ancien Empire, on distingue cinq techniques de formage. : à la main ; en utilisant un plateau tournant ; avec un tour de potier mû à la main par le potier (« tour lent ») ; en utilisant comme accessoires des moules ; avec un tour rapide, mû par un aide ou par le pied du potier.

Il est caractéristique de l'histoire du développement de la céramique qu'au cours du temps, des méthodes nouvellement inventées ne remplacent pas complètement les anciennes, mais élargissent le répertoire. « si bien que finalement au sommet de l'histoire de la céramique, chaque groupe d'objets est associé à la méthode de formage appropriée. »

Formage à la main vignette|Femme Hopi faisant de la poterie en colombins (Photo de 1899).

Pour le formage à la main, on distingue encore différentes techniques : empilement de plusieurs boudins d'argile sur une plaque de base (poterie en colombins), plaques et modelage libre. Ces trois méthodes sont utilisées depuis la préhistoire jusqu'à l'Ancien Empire, ou encore plus tard.

Le modelage libre, par pétrissage et étirement à la main est la technique la plus ancienne de formage, et en même temps celle qui a duré le plus longtemps. Elle a été utilisée pour tous les récipients dans la culture du Fayoum A ou celle de Mérimdé ou de Badari, encore à l'Ancien Empire pour certains types, et en tous temps pour les figures et modèles en ronde-bosse. Les objets ont une paroi épaisse. On reconnaît cette technique par les traces de pression provoquées par l'assemblage des morceaux d'argile.