Le couvent de l'AnnonciationLe nom de couvent de l'Annonciation a été conservé par les dominicains pour leur couvent situé au 222 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à . ou couvent des Jacobins de la rue Saint-HonoréIl existait à Paris deux couvents de Jacobins, qui étaient distingués par la rue où ils se trouvaient : le plus ancien était rue Saint-Jacques (d'où le nom de jacobins donné aux dominicains en France), et le plus récent, fondé par les jacobins réformés, était rue Saint-Honoré. était un couvent dominicain situé rue Saint-Honoré, à Paris. Son emplacement correspond à la place du Marché-Saint-Honoré.
Historique Le couvent de l'Annonciation est fondé en 1611 par le père Sébastien Michaëlis. Celui-ci vient de réformer la province de Toulouse des frères prêcheurs, érigée en congrégation occitane réformée. Malgré l'opposition à ses vues du chapitre général de l'ordre, il obtient la permission de et de la régente Marie de Médicis de fonder à Paris un nouveau couventLettres-patentes de septembre 1611..
Grâce au soutien actif de l'évêque de Paris Henri de GondiLettre de Henri de Gondi datée du ., qui fait un don de , les jacobins réformés peuvent construire leur nouveau couvent sur des terrains maraîchers, hors les murs de l'Enceinte de Charles V, à environ au-delà de la deuxième porte Saint-Honoré.
Les premiers bâtiments, de dimensions modestes, destinés à accueillir une vingtaine de religieux sont rapidement agrandis. Le petite chapelle est ainsi remplacée dès 1619 par une église « pouvant contenir près de 600 fidèles » (M. Gasnier, Les Dominicains…, ).
Jean de Rechac (1604-1660), religieux dominicain témoin de l'époque et premier historien français de l'ordre, indique qu'au milieu du siècle, le couvent peut accueillir une centaine de religieux et que depuis 1630 jusqu'en 1646 Jean de Rechac, dit de Sainte-Marie Vie du glorieux patriarche S. Dominique et de ses premiers seize compagnons avec la fondation de tous les couvents et monastères de l'un et l'autre sexe de toutes les provinces de France et des Pays-Bas, Paris, Sébastien Huré, 1647, . Lire sur Google Book.
Comme tous les lieux de culte et monastères, le couvent des Jacobins est nationalisé suivant les décrets des et . Avant cela quelques salles du monastère avaient déjà été louées par la congrégation à la Société des Amis de la Constitution futur « Club des jacobins ».
Le Comité ecclésiastique de l'Assemblée Nationale décide, le , que le contenu de la bibliothèque sera transféré à la bibliothèque des Capucins de la rue Saint-Honoré. L'inventaire de la bibliothèque est terminé en , il tient dans un catalogue de 58 pages et est remis à M. Ameilhon, bibliothécaire de la Ville, qui se charge de faire transporter les livres aux Capucins. En , M. Doyen est chargé de réaliser l'inventaire des peintures et des tableaux et M. Mouchy celui des sculptures du couvent. Leur inventaire est terminé en décembre. Début , les tableaux et le buffet d'orgue de l'église sont transférés au ci-devant couvent des Petits-AugustinsTuetey, Répertoire des ressources manuscrites de la Révolution française, t. 3, art 900, 979-981, 1441, 1454, 1466..
Le club est fermé en 1794 et les bâtiments sont démolis en 1806.
Origine du nom « jacobin » Le terme « Jacobins » désignait, avant la Révolution, l'ordre des Dominicains, qui avait établi le son premier couvent à Paris dans un hospice pour pèlerins nécessiteux situé rue Saint-Jacques. Les frères dominicains reçurent alors le surnom de « jacobins », dérivé du prénom Jacques, Jacobus en latin.
En 1789, les Dominicains possédaient à Paris trois maisons : le couvent de la rue Saint-Jacques, celui de la rue Saint-Honoré qui deviendra en 1790 le siège du Club des jacobins, et la maison du faubourg Saint-Germain dont la chapelle est devenue l'église Saint-Thomas-d'Aquin"Michel Mourre, 1986". thumb|200px|Portail d'accès au couvent des Jacobins par la rue Saint-Honoré. Description
On accède au couvent par deux entrées : Au Sud, l'entrée principale rue Saint-Honoré, située à la hauteur de l'intersection avec l'actuelle rue du Marché-Saint-Honoré est constituée d'un portail à trois arcades, l'arcade centrale permettant le passage de voitures, les deux arcades de côté réservées aux piétons. À l'Est, une entrée secondaire est aménagée au bout du cul-de-sac Saint-Hyacinthe, aujourd'hui rue Saint-Hyacinthe, qui part de la rue de la Sourdière.
À la suite du portail principal, ou grille, de la rue Saint-Honoré, un passage d'une trentaine de mètres entre des maisons d'habitation propriétés de la congrégation, donne accès à une cour pavée en forme de U au centre de laquelle se trouve l'église. Au Nord de l'église, son chevet et les trois bâtiments conventuels disposés en carré enserrent un petit jardin et le cloître du monastère. À l'Ouest de l'église, des bâtiments en aile, cours et remises sont adossés aux hôtels particuliers de la place Vendôme. Au Nord des bâtiments conventuels et à l'Est de l'église un grand jardin aménagé en potager s'étend jusqu'au cul-de-sac de la Corderie, aujourd'hui rue Gomboust.
Ces constructions sont d'une architecture simple. L'église est composée d'une nef flanquée de cinq chapelles de chaque côté. Au fond de la nef, le sanctuaire, protégé par une grille à hauteur d'homme, comprend le maître-autel adossé à un retable, derrière lequel sur toute sa largeur se trouve le chœur avec son petit autel et les stalles des moines. Dans la nef sont disposés des tableaux de Pourbus (l’AnnonciationAujourd'hui au Musée des beaux-arts de Nancy.) et de Mignard (l’Ecce Homo et la Mère de Douleur), ainsi que les mausolées du maréchal de Créquy (par CoysevoxLe buste de ce tombeau est aujourd'hui à l'église Saint-Roch.) et du peintre Mignard (par Jean-Baptiste II LemoyneLe buste de Mignard, placé sur le tombeau du peintre que sa fille, la comtesse Jules de Pas de Feuquières, avait commandé à Lemoyne, est aujourd'hui à l'église Saint-Roch. Longtemps attribué à Girardon, ce buste est probablement une copie de l'œuvre de Desjardins, aujourd'hui au Louvre.). Une chaise qui, d'après la tradition, avait servi à saint Thomas d'Aquin, y était soigneusement conservée. vignette|210px|L’Annonciation derrière le maître-autel de l'église. À la fin du siècle, la bibliothèque compte parmi les plus importantes de Paris. En 1787, un guide destiné aux visiteurs de Paris lui attribue et L. R. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, Paris, Hardouin et Gattey, 1787, t. 1, .. Après la nationalisation du couvent en 1790, les livres sont transportés au dépôt établi dans le proche couvent des Capucins.
Le couvent possède aussi un petit cabinet d'histoire naturelle, créé par le Père Labat au début du siècle.
Le Club des jacobins À la suite de l'invasion du château de Versailles par la foule, Louis XVI est contraint de quitter Versailles le pour s'installer à Paris au château des Tuileries. Les députés, considérant que leur assemblée fait corps avec le roi, décident le soir même qu'ils doivent siéger à Paris. Le temps de trouver une salle capable de les recevoir dignement, ils se réunissent provisoirement dans la chapelle de l'archevêché à partir du . L'effondrement d'une partie des tribunes montées à la hâte accélère leur installation définitive dans la Salle du Manège où leur première séance se déroule le J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, Paris, Laffont, Coll. Bouquins, 1987, . Le groupe de députés connu sous le nom de Club breton recherche alors pour tenir ses réunions un lieu proche du Manège. Les couvents des Capucins et des Feuillants de la rue Saint-Honoré, en cours d'investissement par les services de l'Assemblée, n'ont pas de place. C'est alors que le P. Laurent Fernbach, dominicain, professeur de philosophie, maître des novices au couvent des Jacobins et ouvert aux « idées nouvelles », propose d'accueillir le club dans son monastère, de l'autre côté de la rueM.-D. Constant, « Un dominicain curé de Paris, le Père Laurent Fernbach », Revue des Études Historiques, année, 1930, , Voir sur Gallica..
La première salle de réunion de la Société des Amis de la Constitution Les indications du premier emplacement loué par la congrégation aux députés ne concordent pas, même parmi les souvenirs des acteurs de l'époque. S'il semble établi qu'a été demandé un loyer de pour la mise à disposition d'une salle et autant pour la mise à disposition de mobilierM. D. Constant, Id., le doute subsiste non seulement sur la localisation de cette salle dans le couvent, chapitre, réfectoire, bibliothèque, mais aussi sur la date de la première occupation de ce lieu. Alexis Dubois-Crancé indique que les membres du club breton cherchaient un local Edmond-Alexis Dubois-Crancé, Analyse de la révolution française, Paris, Charpentier, 1885, Voir sur Gallica.. Alexandre de Lameth écrit, lui, : A. de Lameth, Histoire de l'Assemblée Constituante, Paris, Moutardier, 1828, t. I, note 2, . Voir sur Gallica..
Millin de Grandmaison, archéologue respecté à l'époque, lui-même membre du Club, demeurant aux Feuillants dans l'immédiat voisinage des Jacobins, après avoir visité les lieux à la fin de 1790, raconte : Aubin Louis Millin, « Le couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré », Monuments françois, tels que tombeaux, inscriptions, statues…, Paris, Volland, an XI, 1802, t. 1, fasc. IV, . Lire sur Gallica.. vignette|redresse=1.3|La bibliothèque du couvent, estampe par Van Gorp, musée Carnavalet (voir sa notice).
Les Amis de la Constitution à la bibliothèque
Si la tenue des séances de la Société en 1790 dans la bibliothèque ne fait pas débat, il n'en est pas de même pour l'implantation de cette salle. De nombreux auteurs, et des plus avisés, tels A. AulardAlphonse Aulard, La société des Jacobins, recueil de documents pour l'histoire du Club des Jacobins de Paris, Paris, Quantin, 1889, t. 1, en particulier p. XXIII-XXVIII., reprennent sans discuter la localisation initialement introduite par Millin de Grandmaison : Aubin Louis Millin, op. cit., .. Cette indication est contredite par des témoignages autorisés et indépendants. Bien avant la présence de députés à Paris, Thiéry, auteur d'un guide de Paris souvent réédité, place L. R. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, Paris, Hardouin et Gattey, 1783, t. 1, .. Sont déterminantes les descriptions du couvent réalisées en par les architectes Edme Verniquet, l'auteur du célèbre Plan de Paris, et Georges-Louis Mouchelet, architecte et inspecteur général des bâtiments civils, chargés de l'estimation de ce vaste ensemble immobilier par l'Assemblée Nationale et la Commune de Paris pour le compte du Comité d'aliénation des biens nationaux.
Après avoir mentionné l'existence, derrière l'église, de trois corps de bâtiments conventuels en forme de U renversé autour du cloître, le rapport poursuit : Archives Nationales, Q2/121/14, Comité d'aliénation des biens nationaux, MM. Verniquet et Mouchelet, experts, Couvent des Jacobins, Procès-verbal d'estimation, Paris, février 1791. Lire la transcription intégrale du rapport par Dominique Waquet (février 2020)..
Le petit cabinet d'histoire naturelle créé au début du siècle par le P. Labat de retour de mission aux Antilles se situe bien au second étage sur le jardin comme le confirme le rapport des experts scientifiques chargés de son estimation, d'ailleurs de faible valeur selon leurs diresA. Tuetey, Répertoire des sources manuscrites de la Révolution Française, Paris, Imprimerie Nouvelle, 1890-1914, t. 7, art. 327)..
Les clubistes se réunissent donc chaque jour dans cette vaste salle réaménagée avec bancs en gradins, estrade pour le président et tribune pour l'orateur (voir estampe), sous le portrait en majesté de saint Thomas d'Aquin placé au-dessus de la porte. Thiéry, op. cit. ..
La Société des jacobins à l’église