vignette |1, , origine 2, , premières migrations 2.a, Bantou oriental 2.b, Bantou occidental 3, , Urewe, noyau du Bantou oriental 4–7, avancée vers le sud 9, , noyau Congo 10, , dernière phase vignette|droite|Carte du Royaume du Kongo vers 1623 vignette|droite|Région vers 1770 vignette|droite|Expansion coloniale européenne de 1880 à 1913 vignette|droite|Projet Carte rose (1887) vignette|droite|L'Angola (en rose à gauche) sur une carte des possessions portugaises en Afrique méridionale (1891)

L’histoire de l’Angola commence avec les peuples de langues khoïsan avant de se poursuivre avec l’immigration et l'occupation du futur territoire angolais par les peuples de langue bantoue après 1000.

Ancienne colonie portugaise, c’est le deuxième pays lusophone par son étendue et le troisième par sa population. L’État angolais est né en 1975. Les frontières actuelles résultent de la colonisation européenne. La plupart de la population a entretemps développé une identité sociale nationale, mais les ethnies africaines ont en même temps maintenu leurs identités sociales spécifiques.

Préhistoire , site néolithique (instruments en pierre) Gravures rupestres de , site archéologique, attribué aux ancêtres du peuple San

Liste de sites archéologiques en Afrique australe

Protohistoire Les premiers habitants de l’Angola sont des Khoïsan vivant de chasse et de cueillette, ne connaissant ni le métal, ni l’agriculture. Leurs sociétés, peu nombreuses, n’étaient (et ne sont toujours) pas hiérarchiques, mais égalitaires.

Les peuples de langue bantoue commencent à migrer par vagues successives depuis le golfe de Guinée et atteignent la région dans les premiers siècles après l'an 1000. Les Khoïsan sont progressivement absorbés ou repoussés vers le sud, où des petits groupes résiduels existent jusqu'aujourd'hui. Les Bantous constituent au long des siècles toute une série d'ethnies, normalement divisées en sous-groupesJosé Redinha, Etnias e cvilizações de Angola, Luanda: Instituto de Investigação Científica de Angola, 1975. Chaque ethnie ou sous-groupe s’identifie à un ancêtre mythique, mais ces ethnies ne cessent d’évoluer avec leurs lignages et autres clivages donnant souvent naissance à d’autres sous-groupes parfois antagonistes. Les Bantous imposent une société hiérarchique et apportent la métallurgie et l’agriculture. Les terres sont propriété collective, non cessibles, interdites à la vente. L’esclavage est connu, pratiqué, juridique : les prisonniers de guerre ou les criminels deviennent des esclaves temporaires. Assez tôt se forment des unités politiques d'envergure, dont les plus connues sont le Royaume du Kongo (800-1975) et le Royaume Lunda (1390-1914).

Les Bakongo parviennent à développer une civilisation puissante. Leur royaume finit par dominer le Nord de l'Angola actuelle, l'ouest de la république démocratique du Congo et de la république du Congo ainsi que le Sud du Gabon. Il est à son apogée lors de l’arrivée des Européens, grâce à l’échange d’objets de fer (armes, houes) contre de l’ivoire avec les peuples de l’intérieur. Le souverain, le mani-kongo (liste des manikongos), vit dans une vaste capitale, Mbanza-Kongo (le fort des Kongo). Les Bakongo utilisent les coquillages comme monnaie. Le tissage des habits avec du raphia ou du cuir et celui du métal sont réservés aux aristocrates : les mani vangu-vangu. Le léopard est considéré comme un animal sacré, symbole de l’intelligence. Nombreux sont les dignitaires à porter un chapeau léopard en guise de couronne.

Au sud de ce royaume, les Ambundu (dont une partie est liée au mani-kongo) constituent plusieurs États, notamment Ndongo (1300c-1657) (dont le roi porte le titre de Ngola, d’où le pays tire plus tard son nom) et Matamba (1631-1744). Au nord-est s'impose le Royaume Lunda dont le centre se trouve dans l'extrême sud (Katanga devenu Shaba) de la République démocratique du Congo.

Au centre du pays, sur les plateaux, se forme une autre importante ethnie, les Ovimbundu, qui constituent également plusieurs États. Ceux-ci soumettent pendant certaines périodes des petites ethnies vivant plus à l'estCes peuples incluent les Nganguela, les Luchazi, les Mbunda et le Lwena (ou Luvale) et leur imposent un tribut (esclaves, bétail, métaux). Leur langue, l’umbundu, se répand comme langue commerciale dans l’est du pays. À l'ouest, les Ovimbundu assimilent progressivement les populations vivant entre les montagnes et la mer.

Au sud des Ovimbundu se constituent toute une série de peuples - surtout les Nyaneka-Nkhumbi, qui combinent l'agriculture et l'élevage, et les Ovambo qui vivent de l’élevage et du commerce de sel et de fer Elikia M'Bokolo, Afrique Noire: Histoire et civilisations, 2 vol., Paris: Hatier, 1995 et 2004.

De 1575c à 1975 : colonisation

Arrivée des Européens Exploration européenne de l'Afrique, Circumnavigation, Route des Indes

Arrivée de Diogo Cao (1482) thumb|Audience de Portugais par le roi des Kongos Vers 1482, l'explorateur portugais Diogo Cão (1440c-1490c) atteint le Cap du Loup (padrão du Cabo de Santa Maria) à l'embouchure du fleuve Congo. Les Portugais débarquent et gravent le blason du Portugal sur le rocher de Matadi (en république démocratique du Congo) et érigent une croix sur les côtes angolaises (padrão). Les Portugais tirent d'abord profit de la stupeur des Africains voyant pour la première fois des hommes blancs ayant des armes à feu inconnues, le mani-kongo est alphabétisé et converti tandis que des collèges jésuites sont construits. Les Portugais forment aussi des tailleurs de pierres (probablement pour construire des églises), Mbanza Kongo est rebaptisé São Salvador (Saint-Sauveur) de Kongo. La majeure partie de la population vit néanmoins le christianisme comme une magie supplémentaire des nobles.

Guerre civile entre pro- et anti-Portugais (1506)

Au nord de l'Angola, aux tous débuts de l'Empire colonial portugais, une guerre civile entre africains du Kongo pro et anti-Portugais éclate en 1506 et se termine avec la victoire des premiers. Le royaume Kongo est alors à son apogée et compte environ quatre millions d'habitants et est donc plus peuplé que le Portugal (un million et demi). Pour réussir cette guerre, les Portugais apprennent aux Bakongos à fabriquer et utiliser des arquebuses et des mousquets à mèches. Le fleuve que les Bakongos appellent Nzadi ou Nzere donne Zaïre en portugais.

Les relations entre Portugais et Kongos d'abord égalitaires tournent à une mainmise des Portugais qui, désireux de s'approprier les mines d'or à la fin du , puis au cours des siècles suivants de se procurer des esclaves pour leurs colonies du Brésil, vont par la suite recourir à la force. Les Portugais poussent plus tard les Bakongos à faire la guerre contre les ethnies voisines afin de capturer des esclaves et les échanger contre des produits manufacturés.

Période 1520-1580 : conquête portugaise du cours du fleuve Kwanza La conquête du cours du fleuve Kwanza (Cuanza) lance l'histoire de l'Angola colonial. Cette conquête est motivée dans un premier temps par la recherche de métaux précieux par les Portugais, bien qu'elle s'avère infructueuse. La volonté des Portugais est de s'approprier les importantes mines d'argent qu'ils pensent trouver en remontant vers les sources du fleuve"Stratégie militaire et organisation territoriale dans la colonie d’Angola (XVI e – XVII e siècles)" par Mathieu Demaret, dans " Défense et colonies dans le monde atlantique, " , 2014 .

Balthasar de Castro évoque, en 1526, ces célèbres mines d'argent de Cambambe, recherchées depuis 1520 mais les Portugais espèrent aussi rejoindre l'Empire du Monomotapa et son or, acheminé par Sofala, au sud du delta du Zambèze, vers les commerçants indiens et leurs textiles du GujaratJean de la Guérivière, Exploration de l'Afrique noire, Éditions du Chêne, 2002, .

Les Portugais visent cet Empire dès 1505, par les côtes du Mozambique, mais restent confinés sur le littoral jusqu'en 1513. Les commerçants portugais seront les premiers Européens à parcourir les ruines du Grand Zimbabwe, qu'un explorateur européen décrira ainsi en 1531:

Mais il faudra attendre 1629 pour qu'ils atteignent cet Empire du Monomotapa, trop tard, car l'épuisement de l'or des rivières est réel, après un apogée atteint dès les années 1440. Aux deux tiers du , les projets de colonisation du fleuve Kwenza et du Grand Zimbabwe se conjuguent : des missionnaires jésuites sont envoyés au Mozambique en même temps qu'à la nouvelle implantation de Luanda, pour rejoindre les mines d'or que la tradition orale attribue à l'Empire du Monomotapa, depuis la côte de l'océan Indien.

En 1567, le comptoir de Luanda est ébauché, sur une île de l'embouchure du Kwenza, à au sud de l'embouchure du fleuve Congo, épicentre du Royaume du Kongo. En 1575, la Couronne portugaise accorde à Paulo Dias de Novais une charte pour bâtir trois forts entre le Bengo et le Kwenza, fleuve au sud du Congo, navigable jusqu'à dans l'intérieur. Pendant trois ans, accompagné de 350 à 700 trafiquants, cordonniers et tailleurs, selon les sources, il vit en paix avec le roi d'Angola, puis il reçoit, de 1578 à 1587, cinq renforts successifs en hommes et matériel. Quand le roi d'Angola fait tuer trente Portugais en 1580 et saisit leurs marchandises, ces derniers renoncent à s'emparer des mines pacifiquement et décident de .

Guerre de 1583 et construction de forteresses Cette période est connue grâce à l'historiographie portugaise de l'outre-mer, qui a bénéficié de l'ouvrage de synthèse d'Antonio Brasio, publié à partir de 1952, comportant un recueil de documents concernant l'ensemble de l'action du Portugal en Afrique Occidentale, sous le nom de Monumenta Missionaria Africana, divisé en deux séries ; la première, en sept volumes à partir de 1952, consacrée au diocèse de Congo-Angola, couvre la période 1471-1630 et la seconde, publiée à partir de 1958, concerne l'ancien diocèse du Cap Vert avec un premier tome, consacré à la période 1342-1499. L'ouvrage ne traite pas seulement de questions missionnaires mais inclut des sources"Outre-mer portugais", par A. da Silva Rego, dans la revue Outre-Mers en 1958 . Un missionnaire écrit ainsi en 1583 : que « cette année, les Portugais ont conquis la moitié du royaume d'Angola et battu quatre armées du roi. Des milliers de [ses] vassaux ont été tués et on s'est emparé des mines de sel, ce qui est le plus grave pour eux, car le sel leur sert de monnaie. D'innombrables esclaves ont été capturés »" Monumenta missionaria africana " par António Brásio (1906-1985). Entre 1583 et 1618, les Portugais bâtissent un réseau de forteresses, structuré sur l'axe fluvial majeur de la région, le fleuve Kwanza. Les quatre principales forteresses sont Massangano, édifiée en 1583, Muxima, en 1599, Cambambe, en 1603, et Ambaca, en 1618. Une autre est érigée dans la région de Kissama, au sud du fleuve, pour contrôler les mines de sel, mais abandonnée ensuite car son coût de maintenance est trop élevé. Celle d'Ango, fondée au début des années 1610, bien que difficile à ravitailler car éloignée des fleuves, permet de maintenir une pression militaire sur le roi du Ndongo, puis est déplacée de quelques lieues, à . Ces forteresses deviennent un point de départ pour les missions d'évangélisation.

Période 1589-1603 : reprise de contrôle par la Couronne