Allan Savory (né le à Bulawayo en Rhodésie du Sud) est un écologue zimbabwéen qui s'est spécialisé dans les recherches visant à lutter contre la désertification par un pâturage raisonné.
Il a co-fondé le Savory Institute après avoir développé et testé une méthode systémique de gestion holistique du pâturage et des ressources en sol, ayant comme objectif de restaurer les sols dégradés (sols sableux notamment). Pour cela, dans les zones en cours d'érosion il prône des apports intenses mais brefs d'urine et d'excréments par des troupeaux denses soigneusement guidés par l'homme (dans un zonage programmé de parcelles à pâturer). Ces amendements faciliteront ensuite les cultures et/ou la repousse de graminées et d'autres plantes, de même qu'une bien meilleure rétention des eaux pluviales et de ruissellement (les torrents de boues redeviennent des cours d'eau plus réguliers et aux eaux claires). Le piétinage des animaux dans des enclos de stabulation nocturne met ces derniers à l'abri des prédateurs tout en favorisant le dépôt et le mélange au sol superficiel des excréments. Ce faisant, Savory explique imiter la nature telle qu'elle existe en Afrique semi-aride (et dans d'autres régions du monde), pour restaurer l'environnement. Selon lui, , un problème qui aggrave les effets du changement climatique et y contribue, phénomène qui est aussi source de poches de grande pauvreté, d'émigration, de violences, de terrorisme . Il estime que les prairies ont un potentiel de séquestration de carbone atmosphérique (puits de carbone) suffisant pour inverser la tendance de réchauffement climatique. Louées par les éleveurs de bétail ses idées, apparemment paradoxales, sont en partie controversées ; elles ont suscité l'opposition d'universitaires et de certains commentateurs, à propos des preuves du niveau d'effets et de la portée de la méthode en termes de séquestration de carbone ou d'effets globaux contre l'érosion..
Biographie Formation Savory est né en Rhodésie du Sud et a fait ses études à l'Université du Natal, obtenant un B.Sc. en biologie et botanique en 1955.
Carrière militaire Lors de la Déclaration unilatérale d'indépendance de la Rhodésie (UDI en anglais) en 1965, Savory était (une partie de son temps) capitaine dans l'unité de l'armée territoriale de Rhodésie, le Battalion Royal Rhodesia Regiment.
Il s'est opposé discrètement à cette UDI, et il a continué à servir, formant une unité de suivi qui est devenue la Tracker Combat Unit (TCU). Plus tard, une partie de la TCU a rejoint les Selous Scouts (un régiment spécial de la Rhodesian Army (créée en 1973 et dissoute en 1980)http://pitchstonewaters.com/wp-content/uploads/2017/11/Selous-Scout-story-Savory.pdf. En 20 ans de service passés dans les forces de sécurité de Rhodésie, Allan Savory devient alors un expert reconnu de la lutte contre les guérilleros noirs qui combattent alors les gouvernements de la minorité blanche de RhodésieRhodesian Critic of Smith Urges U.S. to Stand Fast, Washington Post, 12 octobre 1978.
Engagement politique En 1968, membre du Front rhodésien (le parti à l'origine de l'UDI), il est élu au Parlement où il représente la circonscription de Matobo (sud de Bulawayo). Il est à cette époque l'un des principaux architectes de la campagne visant à repousser par la force militaire les nationalistes noirs de Rhodésie et soutient le gouvernement et les politiques de Ian Smith au parlement rhodésien. En 1973, convaincu qu'il n'y a finalement pas d'issue militaire aux problèmes de la Rhodésie, que , il démissionne du Front rhodésien pour protester contre la gestion de la guerre par le gouvernement dont il dénonce le idées réactionnaires et l'incompétence politique qui ne peut mener qu'à une défaite. Il fonde alors le Rhodesia Party, un parti homonyme à celui dirigé autrefois par Sir Roy Welensky. En , Savory, outré par le racisme ambiant, déclare alors publiquement : . Bien qu'il ait exhorté les Rhodésiens blancs à comprendre pourquoi il s'exprimait ainsi et sa contestation de la politique menée par le gouvernement rhodésien, il est finalement plus tard exclu du Rhodésia party à cause de cette phrase.
En 1977, des partis blancs modérés de centre gauche s'unissent pour mieux s'opposer à Ian Smith en un groupe dénommé National Unifying Force (NUF), dirigé par Savory lui-mêmeMitchell, Thomas G. (2002). Indispensable Traitors: Liberal Parties in Settler Conflicts. Greenwood Publishing Group.. Ce parti NUF n'a remporté aucun siège aux élections de 1977. Savory est remplacé à la direction par Tim Gibbs (fils du dernier gouverneur de Rhodésie). Savory continue ensuite à combattre Ian Smith : il considère que ses méthodes ont étouffé toute opposition significative en Rhodésie et qu'il a édulcoré ses promesses visant à mettre fin à la discrimination raciale. Il conteste aussi l'accord interne de Salisbury passé entre Smith et les chefs noirs modérés comme l'évêque Abel Muzorewa, le considérant comme .
En 1979, toujours en conflit avec le gouvernement, Savory quitte la Rhodésie, s'auto-imposant l'exil pour poursuivre ses travaux scientifiques ailleurs. Il déclarera par la suite concernant sa vie politique .
Départ pour l'Amérique Après avoir quitté le Zimbabwe-Rhodésie, Savory a travaillé aux îles Caïmans. Il y a introduit le pâturage raisonné holistiquement planifié, comme processus de gestion afin d'y inverser le phénomène de désertification des prairies, en planifiant soigneusement les mouvements de troupeaux denses de bétail, afin d'imiter ceux observés dans la nature, en veillant à toujours laisser assez de temps pour que les plantes se rétablissent complètement avant de re-pâturer un même site.
Savory immigre ensuite aux États-Unis où, en 1984, avec son épouse (Jody Butterfield), il fonde le Center for Holistic Management (qui sera ensuite rebaptisé Savory Center puis Holistic Management International (HMI).
En 1992 Savory, Butterfield et le philanthrope Sam Brown créent un Centre africain pour la gestion holistique. Ce centre, basé au Zimbabwe, dispose de () de terres offerts par Savory au profit du peuple africain comme site d'expérimentation, d'apprentissage et de formation pour la gestion holistique.
En 2009, Savory quitte le HMI et crée le Savory Institute.
Carrière scientifique Allan Savory a commencé sa carrière en tant que biologiste en 1955, dans l'ex-Rhodésie du Nord (puis en Rhodésie du Sud), sur des réserves naturelles se trouvant aujourd'hui en Zambie. Il y conduisait des travaux de conservation de la nature pour le compte du British National Service (où il servait dans le service colonial, en tant qu'officier provincial de chasse). Il cherchait à comprendre pourquoi certains sols devenaient rapidement arides et perdaient leur végétation. Selon lui il a ensuite été scientifique indépendant et consultant international.
Sur ces bases, Allan Savory, jusqu'en 1969 s'est conformé aux thèses scientifiques dominantes à l'époque, qui rendaient généralement le pâturage ou plus exactement le surpâturage, responsable de la désertification par surexploitation de la strate herbacée, parfois aggravée par l'écobuage. Comme d'autres, il a plaidé pour que l'on diminue la pression des grands herbivores. Il a notamment rédigé une note au gouvernement, proposant de tuer des éléphants vivant en Rhodésie. Après avoir été selon lui, validées par un comité de scientifiques, ses recherches ont justifié que quarante mille éléphants soient effectivement abattus par le gouvernement. Mais cet abattage massif a eu un effet contraire à celui espéré, les terres concernées devenant encore plus arides et à un rythme plus élevé qu'avant, jusqu'à perdre presque toute leur végétation..
Allan Savory a amèrement regretté ce plaidoyer pour le massacre finalement inutile et contreproductif de milliers d'éléphants. Il l'a qualifié comme étant .. Il a finalement conclu de ses retours d'expérience que dans de bonnes conditions, le broutage et le pâturage par des herbivores, notamment de la grande faune sauvage, au lieu de contribuer à la désertification comme on le pensait généralement, pourrait au contraire, à certaines conditions, être un facteur limitant l'érosion et dégradation des sols.
Selon lui, en effet, en Afrique où vivent encore de grands prédateurs, pour mieux se défendre contre la prédation, les troupeaux sauvages sont contraints de vivre en groupe denses et multi-espèces, et d'autre part de régulièrement se déplacer (ce qui limite le risque de surpâturage). Ainsi, quand ils pâturent et que leurs groupes se déplacent vers des zones plus clémentes en saison sèche, ils urinent, défèquent et piétinent le sol tout en l'enrichissant, jouant à moyen et long terme un rôle non négligeable dans l'entretien de la réserve en eau facilement utilisable (RFU, exprimée en mm) des sols, permettant après le passage des herbivores à la végétation de se réimplanter, de croître et de fixer et protéger les sols. Avec son épouse Jody Butterfield, il a théorisé ces idées dans un livre intitulé Holistic Management: A New Decision Making Framework.
Lutte contre la désertification Allan Savory, outre par ses observations de terrain, a aussi été influencé par l'agronome français André Voisin. Comme ce dernier, Savory estime que le surpâturage résulte non pas de la pression d'un trop grand nombre d'animaux dans une zone donnée, mais d'une durée excessive d'exposition des plantes au broutage par ces animaux.
Savory a fait connaitre son hypothèse du grand-public lors d'une conférence TED qu'un pâturage dense mais contrôlé d'animaux sur des terres en voie de désertification est le meilleur moyen, à la fois écologique et économique, de lutter contre l'érosion des sols et les pratiques d'écobuageGestion holistique du pâturage. Selon ce modèle de gestion, l'action des troupeaux d'animaux protégés des grands prédateurs et gérés de manière à les déplacer de parcelle en parcelle permet d'amender le sol et ainsi augmenter la rétention d'eau, formant ainsi un climat plus propice au développement de végétation sur ces terres. Des voix se sont élevées pour critiquer cette théorie.
Promotion de la restauration et gestion holistique de sols par le pâturage À partir de 2013, Savory et son épouse Butterfield passent beaucoup de temps pour défendre et faire connaitre leurs travaux et résultats.
Un moment important pour cela sera un TED Talk de 2013, intitulé . Dans cette conférence TED vue des millions de fois, Savory affirme que sa méthode de gestion holistique permettrait de réduire les niveaux de dioxyde de carbone en deçà du niveau pré-industriel en 40 ans via la séquestration du carbone : .
Savory préconise l'utilisation des hautes technologies pour développer des sources d'énergie alternatives et pour réduire ou éliminer les émissions futures de gaz à effet de serre.
Il soutient le bœuf nourri à l'herbe, hors des élevages industriels auxquels il s'oppose vivement ;.
Savory condamne la pratique de la culture sur brûlis en forêts comme dans les prairies. car cette pratique . Un milliard d'hectares est une superficie supérieure à celle du désert du Sahara.
Un livre, The Grazing Revolution: A Radical Plan to Save the Earth décrit plus en détail la méthode et ses résultats.
Le couple partage son temps entre sa maison d'Albuquerque et un complexe de huttes en terre au toit de chaume établi dans la brousse au Zimbabwe.
Quand il est en Afrique, Savory marche souvent pieds nus, y compris, devant les caméras, sur des bouses de bovins presque fraiches, montrant qu'il ne les considère pas comme des déchets ou un problème mais comme une partie de la solution à la lutte contre la désertification en zone arideSchwartz, Judith (2014) Dirt of Ages |url=http://www.heifer.org/join-the-conversation/magazine/2014/holiday/allan-savory.html |consulté=2015-01-27 |work=World Ark Magazine.
Critiques et controverses Savory a reçu le Banksia International Award en 2003 et a remporté le Buckminster Fuller Challenge en 2010.