L’armée du royaume de Naples, active pendant la « décennie française », c'est-à-dire lors de la présence de la France napoléonienne dans le pays, est une armée de terre qui a participé, aux côtés de la Grande Armée, à la plupart des campagnes militaires des guerres napoléoniennes. Avec l'occupation française de 1806, le trône de Naples échoit dans un premier temps à Joseph Bonaparte, frère de Napoléon, puis, de 1808 à 1815, à Joachim Murat, l'une des plus grandes figures militaires de l'Empire.

Sous le règne de ce dernier, l'armée napolitaine se bat dans la péninsule Ibérique, lors de la campagne de Russie en 1812 et pendant la campagne d'Allemagne en 1813, en particulier au siège de Dantzig. Murat étant passé du côté des Alliés, les forces du royaume de Naples guerroient en Italie jusqu'à l'abdication de Napoléon en . Le roi Joachim se rallie à son ancien maître à l'avènement des Cent-Jours, mais ses troupes sont vaincues à la bataille de Tolentino par les Autrichiens et il doit bientôt abdiquer. Le retour de Ferdinand n'entraîne pas cependant la dissolution de l'armée murattiane qui est amalgamée avec les contingents restés fidèles aux Bourbons.

Sous le règne de Joseph Bonaparte

vignette|gauche|alt=Portrait en pied d'un roi, la main sur une table, l'autre sur son épée, avec des habits blancs brodés d'or.|Joseph Bonaparte, roi de Naples et des Deux-Siciles. Huile sur toile de Costanzo Angelini, 1809, palais de Caserte.

En 1806, le royaume de Naples est occupé par les troupes françaises de Napoléon. L'armée royale, défaite, se retire en Sicile dans le sillage du roi Ferdinand IV. Au mois de février, Joseph Bonaparte, frère aîné de Napoléon, arrive à Naples à la tête d'un corps expéditionnaire franco-italien qui, après avoir vaincu les Napolitains à Campo Tenese, prend possession de la quasi-totalité du royaume, à l'exception de Gaète, Civitella del Tronto et de l'extrême sud de la Calabre, qui résistent encore longtemps aux Français. En avril de la même année, Joseph s'autoproclame « roi des Deux-Siciles » et entame des réformes vis-à-vis de la politique et du droit. Dans le même temps, il décide de se doter de sa propre armée, avec des unités composées de sujets napolitains. La nouvelle armée nationale doit cohabiter dans un premier temps avec l'armée française de Naples, qui se maintient plusieurs années dans le pays.

L'organisation de cette armée s'avère rapidement complexe : la résistance des partisans pro-bourboniens contre les Français, dans les premières années du règne, est très présente, et la conscription introduite par Joseph en 1807 n'offre pas les résultats escomptés. En dépit de ces difficultés, deux régiments d'infanterie de ligne napolitains à quatre bataillons sont créés sur le modèle français et quittent immédiatement le royaume, envoyés en Italie puis dans le nord de l'Espagne dans le cadre de la guerre péninsulaire. Lors de ces campagnes, en raison des déboires de la conscription, l'administration est contrainte d'enrôler nombre de « mauvais sujets » tirés des prisons. Cette méthode, utilisée durant toute l'année 1808, est fortement critiquée par Napoléon et est finalement supprimée avec l'ascension au trône de Naples de Joachim Murat, le .

Sous le règne de Joachim Murat

De 1808 à 1814

vignette|upright=1.5|alt=Un roi à cheval, vêtu d'un uniforme militaire coloré, de profil, avec son état-major derrière lui, la mer, avec au fond la mer et un volcan.|Joachim Murat, roi de Naples. La revue de Naples, par Job, 1903.

Joachim Murat monte sur le trône de Naples après le départ de Joseph Bonaparte pour l'Espagne. Le nouveau souverain, maréchal d'Empire, a la ferme intention de mettre sur pied une puissante armée nationale. À cet égard, il est aidé par Napoléon lui-même qui, par la convention de Bayonne, impose au royaume de Naples de fournir environ et à l'Empire. Murat décide alors d'utiliser la conscription comme forme principale de recrutement ; il parvient à gagner la sympathie du peuple et résout les problèmes nés pendant le règne de Joseph Bonaparte. La marine est renforcée, et, bien qu'elle ne soit pas encore de taille à lutter contre la flotte anglaise, elle prend une part importante à la prise de l'île de Capri, aux mains d'une garnison britannique sous les ordres d'Hudson Lowe..

En 1809, Murat crée le d'infanterie de ligne et l'organise sur un modèle original en le dotant de trois bataillons (quatre en campagne) de sept compagnies chacun, dont deux de grenadiers et de voltigeurs, et un état-major. Cette nouvelle structure devient, à quelques variations près, le modèle de référence de l'organisation des régiments de ligne napolitains. Le roi forme deux autres régiments d'infanterie à recrutement régional : le Real Sannita dans les Abruzzes et le Real Calabria en Calabre. En 1810, pour pallier les nombreuses pertes subies en Espagne et lors de l'expédition de Sicile, le d'infanterie de ligne Napoli voit le jour, composé d'éléments de la garde municipale de Naples. La même année, des soldats noirs sont incorporés à l'armée royale et deviennent le d'infanterie Real Africano. Dans la péninsule Ibérique, le d'infanterie de ligne est créé en 1811 à Saragosse, grâce à une partie des renforts envoyés de Naples aux Re et au Regina, unités de la ligne depuis longtemps engagées dans la guerre d'Espagne. L'année 1812 voit l'armée napolitaine présente en Espagne, en Russie et en Pologne, face aux puissances coalisées. À cette période, Murat appelle aux armes toutes les classes du peuple et réussit, au prix de grands efforts, à compenser les pertes..

En novembre 1813, Murat décide de sauver son trône et abandonne la cause de Napoléon pensant que celui-ci, défait à Leipzig, ne sera pas en mesure de rester au pouvoir. Les régiments napolitains quittent l'armée française et regagnent le royaume, où ils se voient adjoindre à chacun une compagnie d'artillerie. Dans le même temps, un d'infanterie de ligne est organisé. Le roi de Naples cherche alors à profiter que de la retraite française derrière le Rhin ainsi que de la concentration des Coalisés sur la Campagne de France pour unifier rapidement sous sa couronne la péninsule italienne au sud du Pô. Au début de l'année 1814, toutes les unités napolitaines prennent part à la brève campagne contre les troupes françaises au centre et au nord de l'Italie, occupant Rome, la Toscane, Émilie et Marches. Murat, qui n'a pas oublié qu'il est né Français, n'attaque cependant pas réellement les troupes franco-italiennes stationnées sous le Mincio et sous les ordres du vice-roi d'Italie Eugène de Beauharnais, dont il se sert comme écran afin d'empêcher les Autrichiens de descendre au delà de la Lombardie, toujours dans l'objectif d'unifier l'Italie. À la fin de la campagne, les troupes napolitaines stationnent dans cette dernière ville, provoquant des protestations du pape que Murat ignore cependant. Les Napolitains sont cependant doublés par les Autrichiens et les Anglais au mois d'avril 1814 qui parviennent à réorganiser l'Italie en se passant du roi de Naples, forcé de rentrer avec son armée dans ses Etats.

La guerre napolitaine de 1815

vignette|upright=1.5|alt=Scène de bataille.|La bataille de Tolentino, 30 mars 1815. Illustration de Vincenzo Milizia, .

La paix revenue, Murat regrette bientôt d'avoir abandonné Napoléon, en exil à l'île d'Elbe. Vers le milieu de l'année 1814, de fait, le gouvernement napolitain se rapproche de l'Empereur et décide de renforcer l'armée en vue d'une reprise imminente de la guerre. Murat comprend de plus rapidement que les puissances européennes, réunies en congrès à Vienne pour réorganiser le continent après la chute du Premier Empire français, et où il n'a pas été invité, entendent bien restaurer l'Europe pré-révolutionnaire. Dans cette optique, la présence sur le trône de Naples d'un maréchal français, Bonaparte par alliance, et élevé à un tel rang grâce à la République et à l'Empire, ne semble pas souhaitée. Le roi de Naples se doute donc que les Autrichiens, qui pilotent cette politique de restauration absolutiste de l'ordre ancien, chercheront à le renverser tôt ou tard au profit des Bourbons siciliens, réfugiés à Palerme depuis 1806. Ainsi, De nouveaux régiments sont créés : les , et de ligne, ce dernier étant composé de vétérans. Les forces royales ainsi remaniées sont engagées dans la guerre contre l'Autriche en 1815, née de la volonté du roi de Naples d'unifier la péninsule italienne sous sa couronne et de permettre à Napoléon, revenu au pouvoir en France, d'être débarrassé de la menace autrichienne. L'Italie centrale est conquise en moins d'un mois par Murat qui occupe ensuite les rives du Pô, de l'Adriatique jusqu'à Reggio d'Émilie. Le , le souverain, espérant remédier à son infériorité numérique face aux Autrichiens, publie la « proclamation de Rimini » qui appelle tous les Italiens à se battre sous la bannière napolitaine pour l'indépendance nationale. Cette proclamation, cependant, ne donne que des résultats médiocres : les populations locales, fatiguées de la guerre, ne fournissent que quelques centaines de volontaires, souvent d'anciens officiers. Les Napolitains s'avancent malgré tout au-delà du Pô mais sont rejetés par les Autrichiens à Occhiobello, ce qui oblige Murat à se replier dans les Marches après une retraite difficile. Une bataille décisive se déroule à Tolentino, où l'armée napolitaine est sévèrement battue par les Autrichiens de Bianchi. En dépit du fait que la bataille n'est pas réellement négative pour les troupes de Murat, le roi ordonne la retraite sur Naples après avoir été informé, sans doute de manière exagérée, d'éventuels soulèvements pro-Bourbon et d'une possible intervention britannique sur les mers.

La chute et l'héritage militaire de Murat

vignette|gauche|alt=Un roi en tenue d'apparat, couronne sur la tête, de profil, appuyé sur son bâton, avec en fond la mer et un volcan en éruption.|Joachim Murat, roi de Naples. Illustration de Job.

Pendant ce temps, fortes de leur succès, les troupes autrichiennes réinstallent le pape Pie VII à Rome et progressent jusqu'à San Germano. L'armée napolitaine de Murat, pourtant en large supériorité numérique, y est battue pour la dernière fois. Le , le roi se réfugie dans le Gargano avec l'intention de retourner en France, tandis que ses généraux signent la reddition faisant suite au traité de Casalanza. Murat, ayant d'abord offert ses services à Napoléon, conçoit finalement un plan pour revenir triomphalement à Naples avec quelques centaines de fidèles. Une tempête le contraint toutefois à débarquer dans le port de Pizzo, en Calabre, où il est arrêté puis fusillé le .

Le trône de Naples est entre-temps retourné en possession de Ferdinand IV, qui prend ensuite le titre de roi du nouveau royaume des Deux-Siciles sous le nom de Ferdinand . L'armée napolitaine léguée par son prédécesseur est conservée par le nouveau souverain, qui l'amalgame avec ses propres troupes. Les règlements et l'organisation générale de l'armée des Deux-Siciles, comme la plupart des institutions du royaume, est en grande partie fondée sur la législation de la « décennie française ». L'héritage militaire de Murat s'étend plus largement à l'introduction du libéralisme et du constitutionnalisme, qui seront quelques années plus tard à l'origine des émeutes de 1820, menées par des officiers ayant combattu au service de Murat et annonçant la période du Risorgimento italien.

Campagnes militaires

La première tâche confiée aux troupes napolitaines en dehors des frontières nationales est, en 1807, la défense des villes du nord de l'Italie, en particulier Mantoue. Avec l'arrivée au trône de Joachim Murat l'année suivante, le rôle de l'armée royale change radicalement, puisqu'elle est déployée sur tous les fronts principaux jusqu'à la chute du souverain, en .

Guerre d'Espagne, 1808-1813