thumb|300px|Projecteurs perçant le ciel de la nuit lors d'un exercice anti-aérien à Gibraltar, le 20 novembre 1942.

Lhistoire militaire de Gibraltar pendant la Seconde Guerre mondiale illustre sa position de forteresse britannique comme c'est le cas depuis le début du . Le rocher fut un facteur vital dans la stratégie militaire britannique, à la fois comme pied sur le continent européen, et comme bastion de la puissance maritime britanniqueThe Rock by Warren Tute, publ. by Companion Book Club, . Avec le débarquement 1958. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Gibraltar eut un rôle essentiel tant sur le théâtre de l'Atlantique que sur le théâtre méditerranéen, contrôlant la quasi-totalité du trafic naval entre la mer Méditerranée et l'océan AtlantiqueWilliam G.F. Jackson, The Rock of the Gibraltarians. A History of Gibraltar, Grendon : Gibraltar Books (1987) 1998. En plus de sa position dominante, Gibraltar fournissait un port fortement défendu contre les navires qui pouvaient opérer dans l'Atlantique et la Méditerranée. La Force H, sous le commandement du vice-amiral James Somerville fut basée à Gibraltar et eut la tâche de maintenir la supériorité navale britannique et de fournir une escorte aux convois en provenance et à destination de l'île de Malte assiégée.. Au cours de la guerre, Gibraltar fut soumise à des bombardements aériens de l’aviation de Vichy et de la Regia Aeronautica basée en Sardaigne. En outre, la forteresse fut l'objet d'attaques sous-marines par des unités commandos de nageurs de combat italiens de la Regia Marina (Decima Flottiglia MAS) et de leurs torpilles humaines. Cette unité italienne était basée à bord du navire italien SS Olterra interné dans le port espagnol d'Algésiras très proche. Un certain nombre d'attaques furent également effectuées par des agents espagnols et gibraltariens agissant pour le compte de l'Abwehr allemande.

Dans le rocher de Gibraltar même, des kilomètres de tunnels furent creusés dans le calcaire. Des quantités de roches furent minées pour construire une « ville souterraine ».. Dans les grandes cavernes artificielles, des casernes, des bureaux et un hôpital entièrement équipé furent construits, avec une salle d'opération et un équipement à rayons X.

L’opération Torch, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord française en , fut coordonnée depuis le « Rocher ». Le général Dwight Eisenhower, qui avait reçu le commandement de l'opération, y établit son quartier général pendant les phases de planification de l'opération. Après la réussite de la campagne d'Afrique du Nord et la reddition de l'Italie en 1943, le rôle de Gibraltar passa de base d'opérations avancée à base logistique à l'arrière du front. Le port continua de faire fonctionner ses cales sèches et ses dépôts d'approvisionnements pour les convois au travers la Méditerranée jusqu'à la victoire en 1945.

Prélude et évacuation

thumb|300px|left|Un groupe de Gibraltariens au camp des évacués de Gibraltar en Jamaïque lors de l'évacuation de la Seconde Guerre mondiale.

Histoire militaire de Gibraltar pendant la Seconde Guerre mondiale • Chronologie des événements • center|300px Un Catalina survole le front Nord du Rocher en quittant Gibraltar pour une patrouille, 1942 (Imperial War Museum) Fin 1939 La construction d'une piste en dur commence à Gibraltar. L’escadrille n°202 de la RAF est basée à Gibraltar. Le groupe 200 (côtier) est formé dépendant du quartier général de la RAF pour la Méditerranée. civils sont évacués à Casablanca (Maroc français). À la suite de la création de la France de Vichy, les civils de Gibraltar retournent à Gibraltar avant d’être évacués vers d'autres emplacements. Les personnes évacuées sont envoyés sur l’île de Madère et à Londres. à nouveau évacués vers la Jamaïque. L’opération Félix, plan allemand pour l'invasion de Gibraltar, est modifiée pour devenirl'opération Félix-Heinrich, ce qui retarde l'invasion jusqu'après la chute de l'Union soviétique, mettant ainsi un terme aux plans d'invasion allemands. Fin 1941 Les plans d'exploitation Tracer, un plan stay-behind devant être mis en place dans le cas d'une invasion de Gibraltar, sont formulés. Les essais de l'équipement pour l'opération Tracer commencent. Mi 1942 L’opération Tracer est déclarée « prête pour le déploiement ». Le lieutenant-général Dwight D. Eisenhower est nommé commandant en chef de l'opération Torch. Eisenhower arrive à Gibraltar pour prendre le commandement Un bombardier Liberator du Transport Command de la RAF décolle de Gibraltar et s’écrase, tuant le général Władysław Sikorski, dirigeant politique polonais et commandant en chef de l'Armée polonaise de l'OuestLa marine polonaise disposait, sous commandement opérationnel britannique, d'une mission navale à Gibraltar. La commission de réinstallation est établie. Un premier groupe de arrive à Gibraltar directement à partir du Royaume-Uni. Le premier convoi de rapatriement quitte Madère pour Gibraltar. capitulation allemande

La Seconde Guerre mondiale changea radicalement la vie des habitants de Gibraltar. La décision d'évacuer massivement la population afin d'augmenter la résistance du rocher tout en accueillant plus de personnel de l’armée de terre et de marins impliqua que la plupart des habitants de Gibraltar (certains pendant dix ans) n’eurent plus de « chez eux ». Seuls les civils ayant des fonctions essentielles furent autorisés à rester. Cette évacuation donna à toute la communauté le sentiment d'être « britannique » en partageant l'effort de guerreBond, .

Au début de , environ furent évacuées sur Casablanca au Maroc français. Cependant, après la capitulation des Français face aux armées allemandes à la fin , le nouveau gouvernement de Vichy trouva leur présence embarrassante et chercha des opportunités pour s’en débarrasser. L'occasion surgit bientôt lorsque 15 cargos britanniques arrivèrent sous le commandement du commodore Crichton, rapatriant français qui avaient été sauvés lors de l’évacuation de Dunkerque. Une fois les militaires débarqués, les navires furent internés jusqu'à ce qu'ils acceptent d’embarquer toutes les personnes évacuées. Bien que Crichton ne put obtenir l’autorisation de nettoyer et reconstituer les stocks de ses navires (et contrairement aux ordres de l'Amirauté britannique qui interdisaient l’embarquement des évacués), il ouvrit ses passerelles d'embarquement à la vue de la masse de civils sur les quais. Peu avant, la flotte britannique avait détruit de nombreux navires de guerre français dans la rade de Mers el-Kébir, afin d'éviter leur confiscation par les Allemands. Cette attaque coûta la vie à français et entraîna un fort ressentiment français. Celui-ci fut évident lorsque les réfugiés de Gibraltar furent contraints à embarquer par les troupes françaises sous la menace des baïonnettes, ne pouvant prendre que ce qu'ils pouvaient porter. Cependant, à leur arrivée à Gibraltar, le gouverneur ne leur permit pas de débarquer, craignant qu'une deuxième évacuation ne soit plus compliquée, voire impossibleBond, . Des groupes se réunirent alors dans le square John Mackintosh au centre de Gibraltar et deux conseillers municipaux accompagnés par le président par intérim de la Bibliothèque de la bourse et du commerce allèrent voir le gouverneur (Sir Clive Liddell) pour lui demander que les personnes évacuées puissent être autorisés à mettre pied à terre. Après avoir reçu des instructions de Londres, un débarquement provisoire fut autorisé à condition que les évacués rembarquent lorsque d'autres navires arriveraient pour les évacuer du Rocher. Ainsi, le la ré-évacuation vers Gibraltar fut achevée.

Le Conservateur britannique Oliver Stanley décida d'accepter les personnes évacuées au Royaume-Uni, mais il discuta avec Gibraltar sur le nombre de personnes impliquées. Le gouverneur avait évalué le nombre de personnes évacuées à d'abord , puis et enfin . Stanley demanda que la situation soit clarifiée, en soulignant la pénurie de logements en Grande-Bretagne et en insistant sur le fait que seules personnes pourraient être acceptées, devant être envoyées sur l'île portugaise de Madère dans l’Atlantique. Le général Liddell répondit le , « il s'agi[sai]t d'une forteresse de nature à lutter et à faire face à une attaque immédiate et il ne devrait pas y avoir de civils, or il y en a[vait] . 13000 envoyés au Maroc, et un plus grand nombre y aurait été envoyés si la situation là-bas ne s’était pas modifiée ». À Londres, les personnes évacuées furent placées dans les mains du ministère de la Santé, et beaucoup furent logées dans le quartier de Kensington. Le souci pour ceux restés à Gibraltar était que les raids aériens contre Londres s’intensifiaient, couplé avec l'arrivée des lettres déchirantes, décrivant les circonstances dans lesquelles les personnes évacuées vivaientGGA, Evacuation 1940: General Mechanics of.

En septembre, des rumeurs de ré-évacuation des habitants de Gibraltar circulaient déjà, avec cette fois pour la destination la Jamaïque, dans les CaraïbesGarcia, . Après bien des combats, il fut décidé d'en envoyer une partie directement à depuis Gibraltar vers l'île. Ainsi, le , embarquèrent directement pour la Jamaïque, d’autres suivant plus tard. Cependant, grâce à des pétitions, mais également pour des raisons stratégiques et par manque de navires, ce transfert n'eut pas l'ampleur initialement prévue. Ainsi, fin de 1940, environ évacuées étaient en Jamaïque et un nombre moindre à Madère, le restant, de l'ordre de , étant dans la région de LondresGarcia, .

Implication de la Royal Air Force : 1939-1941 thumb|left|300px|Un bulldozer et un rouleau compresseur utilisés lors de la construction d'un nouvel aérodrome, qui deviendra plus tard l'aéroport international de Gibraltar, novembre 1941.

La construction d'une piste en dur commença à la fin de 1939, et en 1940 il fut proposé de prolonger la piste existante pour porter sa longueur à m ( yards). La mise en valeur des terres commença vers la fin de 1941 avec la construction d'un camp de la Royal Air Force (RAF) au nord de l'emprise. Ce camp est encore aujourd'hui une base de la RAF à Gibraltar. La guerre avec l'Allemagne ayant déjà été déclarée et la forte probabilité d’une concentration de sous-marins allemands dans le détroit de Gibraltar utilisant des installations portuaires espagnoles, pesa lourd dans les réflexions de l'Amirauté. Ainsi, le à 09h00 (GMT), l’escadron n°202 reçu l’ordre de rejoindre Gibraltar, emportant un grand chargement de matériel.

Le , le groupe côtier fut formé, celui-ci dépendant du quartier général de la RAF pour la Méditerranée. Ce groupe avait pour mission le contrôle des unités de la Royal Air Force opérant à partir de Gibraltar. Fin 1940, le groupe fut transféré au Coastal Command. Un quartier général combiné fut ensuite formé, commençant ses activités au début de 1942.

Attaques de Vichy: 1940 Le , après la destruction de la flotte française à Mers el-Kébir par la Royal Navy, le gouvernement de Vichy autorisa, en réponse, un raid de bombardement de Gibraltar. Peu de dégâts furent signalés.

Le , l'agence de presse italienne STEFANI déclara : « En représailles au bombardement de Dakar, hier matin, cent vingt avions français basés au Maroc ont attaqué Gibraltar ». Le même jour, l'United Press Agency rapporta: « Le gouvernement français a publié un démenti officiel des rapports, selon lesquels les avions français auraient attaqué Gibraltar. Jusqu'à présent, aucune mesure de représailles n’a été prise ». Mais la dépêche d'AP se terminait sur une note sinistre avec : « Les représailles françaises sont imminentes »Piekałkiewicz. Sea War: 1939–1945. .