Ángel Ganivet García, né le à Grenade (Espagne) et décédé le à Riga (Empire russe), est un écrivain et diplomate espagnol.

Il est considéré, pour son incertitude vitale et pour son angoisse spirituelle, comme un précurseur symbolique de la Génération de 98 : il projette sa lutte intérieure dans sa vision de l'Espagne dans son œuvre , où il interprète l'Espagne comme une Vierge douloureuse entourée de la culture positiviste et sceptique du . Selon lui, la crise de fin de siècle de son pays a été causée par un problème axiologique fondamental : celle de l'aboulie.

Biographie Première partie de sa vie en Espagne Ángel Ganivet naît le dans une famille d'ouvriers et artisans de classe moyenne, où son père, Francisco Ganivet Morcillo, ouvrier et amateur de peinture, et sa mère, Angeles García Siles, friande de littérature, possèdent deux moulins dans les environs de Grenade et fabriquent du pain. Alors qu'il n'a que 9 ans, son père meurt d'un cancer le . Il part alors vivre avec son grand-père maternel au , qu'il considérera comme son seul vrai foyer. Un an plus tard, Ángel fait une lourde chute et suit une très longue réhabilitation qui le marquera et le fera se réfugier dans la lecture. Il passe toute sa jeunesse à Grenade, dans un environnement modeste mais tranquille.

Après une enfance quelque peu turbulente, il abandonne l'école et travaille comme employé aux écritures pour un notaire. Mais celui-ci remarque un certain talent chez Ganivet et suggère à sa mère de lui faire faire des études supérieures. Il montre rapidement un grand intérêt pour la littérature et les langues classiques, et fait entre 1880 et 1890 des études de Droit et de philosophie à Grenade et à Madrid et obtient une licence en philosophie et lettres à l'Université de Grenade en 1888, avant de recevoir un Prix Extraordinaire en Philosophie et Lettres la même année. En 1888-89, il déménage à Madrid pour obtenir un doctorat en Lettres et poursuivre la licence en Droit ; il rédige deux thèses : (rejetée), puis . Il passe en 1889 un concours d'entrée au corps d'Archivistes, Bibliothécaires et Antiquaires et est sélectionné pour être ensuite destiné à la bibliothèque agricole du Ministère de l'Équipement. Il obtient ses diplômes de doctorat en Lettres à Madrid et de licence en Droit à Grenade en 1890. Lors d'un autre concours d'entrée, celui de professeur de grec ancien de 1891, Ganivet fait la connaissance d'Unamuno ; ce dernier obtient le poste à Salamanque tandis que Ganivet est refusé pour celui de Grenade. Ils deviennent amis et commence alors entre eux une intense relation épistolaire.

Il intègre peu à peu la vie intellectuelle madrilène en se rendant à l'Athénée de Madrid et à des réunions littéraires, où il fait plusieurs rencontres et renforce son amitié avec Unamuno, avec qui il écrit le polémique .

En , il rencontre Amelia Roldán, qui deviendra la mère de sa fille, Natalia, et de son fils Angel Tristán.

Vie diplomatique à l'étranger, et carrière d'écrivain Ángel Ganivet a besoin d'ailleurs et passe en 1892 un concours pour intégrer le corps consulaire et est sélectionné pour être nommé vice-consul d'Anvers, avant de poursuivre sa carrière consulaire à Helsinki puis à Riga. thumb|Portrait d'Ángel Ganivet par José Ruiz de Almodóvar (1898)

Bien qu'installé à Anvers, Ganivet voyage beaucoup et maintient de solides liens avec Grenade, notamment épistolaires. Cette correspondance révèle d'ailleurs le début d'une crise personnelle, qui le voit perdre progressivement l'amour et la foi, ainsi qu'une activité intellectuelle intense : il lit énormément et apprend plusieurs langues (français, anglais, allemand). Sa vie sociale n'est cependant pas délaissée, avec de nombreuses aventures sentimentales, et surtout avec la création de la (« La Confrérie du Noisetier », même nom que la source où ont lieu les réunions) entre l'été 1895 et l'été 1897, pour se réunir avec des amis intellectuels locaux à discuter et à maintenir une correspondance épistolaire quand il est à l'étranger, ainsi que pour composer avec eux le , une série de tableaux de la ville (il cherche avec ses normes urbanistiques à sauver l'harmonie esthétique de Grenade et critique le manque de considération pour le legs historique de la part des Grenadins) qui sera publiée en 1899.

Il commence à écrire au travers de journaux, comme pour son premier article, (« Un festival littéraire à Anvers ») dans , le , . L'année suivante, il entame son premier roman, , qu'il finira le .

Le , Ángel Ganivet est promu consul à Helsinki mais n'y foule le sol qu'à partir du . Il écrit en Finlande la plupart de son œuvre jusqu'en 1898. Ainsi, (dont il rédige les essais entre le 14 et le ) et (rédigées entre le et 1897) sont d'abord des articles pour ; il a besoin de presque toute l'année de 1896 pour écrire , qu'il publiera l'été 1897 à Grenade. Il écrit également une série d'essais qui sera plus tard publiée sous le nom de (terminé en 1898). Il écrit le roman , qui voit la personnalité du protagoniste et l'importance du dialogue prédominer ainsi que la méthode narrative de sa génération le veut.

Début 1898, à la demande de Ganivet lui-même, le consulat d'Espagne d'Helsinki est fermé. Il reprend donc ses fonctions à Riga, en Lettonie, le . La crise existentielle déjà aperçue en Belgique refait surface et est amplifiée par son isolement de tout et de tous. Il continue cependant d'écrire des articles pour , d'autres essais ainsi que la correspondance dans ce même journal avec Unamuno sur l' (entre le 9 et le , puis entre le 6 et le ), qui sera publié de façon posthume sous le nom de (1912). En septembre, ses articles des sont publiés à Grenade sous forme de livre, tandis qu'en mai et octobre sont publiés à Madrid les deux tomes de son deuxième roman, . Il écrit par ailleurs en novembre , qu'il qualifiera lui-même comme

Les derniers jours de sa vie Quand Ganivet arrive à Riga, il est déjà gravement malade, atteint de syphilis. Il devient paranoïaque et a des accès de démence, ne s'alimente ni ne dort presque plus, et ce depuis 1896. Son ami le baron Von Brück, consul d'Allemagne, se charge de lui et l'emmène voir un médecin qui lui diagnostique une paralysie progressive et recommande qu'il soit interné dans un hôpital psychiatrique. Mais les papiers sont nombreux et longs à remplir. En attendant, son ex-compagne, Amelia Roldán, de qui Ganivet s'est séparé lui reprochant son infidélité, annonce qu'elle va le rejoindre à Riga, accompagnée de son fils. Ganivet lui aurait répondu qu'il se suiciderait avant qu'elle n'arrive.

C'est ainsi que le , il se jette dans le Daugava depuis un bateau à vapeur qu'il emprunte fréquemment, avant d'être repris par des passagers, puis se jette à nouveau et coule lors de la deuxième tentative.

Ángel Ganivet accomplit ainsi un désir exprimé depuis longtemps : celui de s'enlever la vie. Unamuno déclarera d'ailleurs :

Le peintre espagnol Eduardo Arroyo réalise une lithographie sur le suicide d'Ángel Ganivet en 1978 intitulé Suicide de Ganivet.

Pensée Proximité avec la Génération de 98 Essayiste très personnel, il est souvent inclus idéologiquement parmi les membres de la Génération de 98, un mouvement qui clame la récupération des principes de la littérature classique espagnole et des racines culturelles et traditionnelles du peuple espagnol ou comme l'un de ses précurseurs, dans un contexte où l'Espagne souffre d'une décadence culturelle, économique, politique, ainsi que militaire, en perdant ses dernières colonies.

En effet, sa pensée — ses errances et ses contradictions — est très proche de celle des Unamuno, Machado, Baroja, Valle-Inclán ; pourtant, il s'est suicidé avant la publication des premières œuvres mûres de la Génération de 98, et ne peut pas vraiment être inclus dans ce mouvement, d'où cette classification de précurseur.

estime que Guy de Maupassant a eu une influence dans l'œuvre de Ganivet.

Idées abordées dans ses œuvres Au travers de ses deux romans, et , Ganivet raconte l'histoire d'un conquérant qui colonise des villages et pratique le prosélytisme auprès de ses sujets pour leur procurer une vie meilleure. Ce fil conducteur est autobiographique en ceci qu'il cherche à y refléter son esprit et son engagement dans la lutte pour le peuple espagnol et ses valeurs traditionnelles. On retrouve cette préoccupation pour récupérer la mémoire de l'Espagne dans son œuvre la plus importante, (1898), où il fait une interprétation de l'Histoire de l'Espagne et l'esquisse d'une analyse sur les causes de sa décadence, en exposant la situation et la psychologie des Espagnols.

Il cherche également à faire une analyse de l'Espagne du au travers de ses (« lettres finlandaises »). En effet, au moyen de lettres dans lesquelles il raconte avec un regard ironique à ses amis grenadins chacun des aspects de cette terre lointaine, il fait dialoguer les sociétés finlandaise et espagnole. José Ortega y Gasset dira de ce livre ainsi que d', six essais présentant les plus remarquables écrivains norvégiens de l'époque avec une mentalité méditerranéenne, que ce Il cherchera par ailleurs, avec son essai socio-politique , à établir une liste des maux endémiques à l'Espagne, puis à trouver des solutions pour redonner confiance à son pays, telles qu'une réforme agraire, l'enseignement gratuit pour tous, la nationalisation de l'économie, des lois de protection du travailleur, etc.

La préoccupation de Ganivet pour la religion et la morale est une caractéristique continue et contradictoire dans sa vie et dans son œuvre. Il a en effet oscillé entre le respect des préceptes religieux et un rejet direct ou indirect de ceux-ci en approfondissant sa recherche d'un point de vue plus philosophique, proche du stoïcisme, vers l'introspection et l'amour pour le bien, comme l'attestent ces mots :

Ganivet pousse plus loin son stoïcisme, avec des observations désespérées telles que :

Œuvre Publications de son vivant 230px|vignette|Plaque commémorative ornant la façade de la maison à Riga où Ganivet passa les dernières semaines de sa vie. (1889, essai — sa thèse de doctorat) (1896, roman) (1896, prose) (1896, prose) (1898, roman) (1898, essai) (1898, pièce de théâtre) (1898, essai) (1898, essais écrits avec Miguel de Unamuno ; une autre édition, en 1912, inclut des commentaires d'Unamuno sur Ganivet)

Publications posthumes (publié pour la première fois en 1899) (2001) (2004) (2005, essai — son autre thèse de doctorat) (2005) (2008)

Notes et références Notes bibliographiques

Notes et références générales

Annexes Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . , notamment sur Idearium español d'Ángel Ganivet. . . . . . . . . .

Revue

CD-ROM

Liens externes

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