Alain-Fournier, de son vrai nom Henri Fournier, né le à La Chapelle-d'Angillon (Cher) et mort au combat le à Saint-Remy-la-Calonne (Meuse), est un écrivain français.

Son œuvre la plus marquante, restée célèbre, est Le Grand Meaulnes (1913), son unique roman achevé.

Il figure sur la liste des personnes citées au Panthéon de Paris.

Biographie

Enfance et famille

vignette|gauche|redresse|Maison natale à La Chapelle-d'Angillon.

Henri Alban Fournier naît le à La Chapelle-d'Angillon, chef-lieu de canton du département du Cher, à au nord de Bourges.

Son père, Augustin Fournier (1861-1933), habituellement appelé Auguste, jeune instituteur, vient d'être nommé à Marçais, où le petit Henri vit ses cinq premières années. Sa mère, Marie-Albanie Barthe (1864-1928), est également institutrice.

Il vit l'essentiel de son enfance à Épineuil-le-Fleuriel, tout au sud du département. Il y sera, sept ans durant, l'élève de son père et aura pour compagne de jeux et de lectures sa sœur Isabelle (1889-1971).

Dans une lettre à ses parents du , évoquant , il ajoute : . Les trois quarts des chapitres de son futur roman auront pour cadre et ses environs qui ressemblent à s’y méprendre au petit village de son enfance heureuse.

Années de lycée

vignette|upright|En 1898, au lycée Voltaire à Paris.

À douze ans, Henri part pour Paris, où il commence ses études secondaires au lycée Voltaire, récoltant presque tous les prix. Rêvant d’« être marin pour faire des voyages », il convainc ses parents, en , qu'il lui faut aller à Brest préparer le concours d’entrée à l’École navale : l’expérience sera trop rude et il y renoncera quinze mois plus tard. C’est au lycée de Bourges qu’il prépare le baccalauréat ; il l’obtient, sans mention, en . Comme beaucoup de jeunes provinciaux, comme Péguy et Giraudoux avant lui, il va poursuivre des études supérieures de lettres au lycée Lakanal à Sceaux de 1903 à 1906, puis au lycée Louis-le-Grand de Paris, où il prépare le concours d'entrée à l'École normale supérieure. C'est au lycée Lakanal qu'il rencontre Jacques Rivière, avec lequel il se lie d'une amitié profonde. Celui-ci étant reparti à Bordeaux en 1905, il entretient avec lui une correspondance presque quotidienne qui sera publiée en 1928. Jacques Rivière épousera sa jeune sœur Isabelle en 1909.

Rencontre au Grand Palais Le , jour de l'Ascension« C'est à cette heure qu'il y a quatre ans, ce même jour de l'Ascension, descendant lentement le grand escalier de pierre, elle a fixé sur moi ce regard si pur que je me suis retourné », Lettre d'Henri Fournier à Jacques Rivière, 20 mai 1909, in ., à dix-huit ans, il croise à la sortie d'une exposition de peinture au Grand Palais une grande et belle jeune fille, qui lui dira son nom dix jours plus tard : Yvonne de Quiévrecourt. Mais cet amour est impossible : Yvonne est fiancée et épousera effectivement l'année suivante un médecin de marine, Amédée Brochet, dont elle aura deux enfants. Bouleversé par cette brève rencontre, Fournier ne cessera, huit années durant, de penser à la jeune femme et de l’évoquer dans sa correspondance. Il s'en inspirera pour le personnage d’Yvonne de Galais dans Le Grand Meaulnes.

Fin de la jeunesse vignette|Alain-Fournier en 1905. Après son échec à l'oral de Normale Sup en , il effectue son service militaire d' à , d'abord à Vincennes et dans diverses casernes de Paris, de Vanves et de Laval, puis comme sous-lieutenant de réserve au d'infanterie à Mirande.

Libéré à l'automne de 1909, il ne reprend pas ses études, mais est engagé comme chroniqueur littéraire à Paris-Journal en 1910José Cabanis, Dieu et la NRF, Gallimard, 1994, p. 52.. Il commence à publier quelques poèmes, essais ou contes qui connaissent quelque succès. Il rencontre alors plusieurs grands peintres et écrivains de son temps : Maurice Denis, André Gide, Paul Claudel, André Suarès et Jacques Copeau, et se lie d'une grande amitié avec Charles Péguy et Marguerite Audoux.

Mais surtout il élabore lentement l'œuvre qui le rendra célèbre : Le Grand Meaulnes, qui paraîtra en volume en .

Nouvelles amours Le , présenté par Charles Péguy, il devient secrétaire de Claude Casimir-Perier, fils de l'ancien président de la République, et l'aide à mettre au point un gros ouvrage, Brest, port transatlantique, qui sera publié en chez Hachette. Il fréquente dès lors l'épouse de celui-ci, Pauline Benda, célèbre au théâtre sous le nom de Madame Simone, et lui rend de multiples services. Simone révélera en 1957 la liaison passionnée, souvent orageuse, qu'elle a eue à partir de avec le jeune écrivain de neuf ans son cadet, dans son livre Sous de nouveaux soleils (Gallimard).

Alain-Fournier est fréquemment reçu dans leur propriété de Trie-la-Ville, où sont également accueillis Charles Péguy ou Jean Cocteau. Le Grand Meaulnes paraît dans La Nouvelle Revue française entre juillet et , et chez Émile-Paul en . Bien que Madame Simone tente de jouer de son influence, le roman manquera de peu le prix Goncourt, mais sera salué presque unanimement par la critique de l'époque. C'est sous les arbres du parc du château de Trie qu'Alain-Fournier écrira, en 1914, plusieurs chapitres de son second roman qu’il appelle alors « Colombe Blanchet », qu'il ne pourra achever avant la déclaration de guerre.

La correspondance des deux amants a été publiée en 1992, présentée et annotée par Claude Sicard. Il a également une liaison avec une jeune femme de chambre, Jeanne Bruneau (1885-1971), qui apparaît dans Le Grand Meaulnes sous les traits de Valentine Blondeau, la fiancée de Frantz de Galais.

Retrouvailles Durant cette même année 1913, qui voit en le début de sa liaison avec Pauline Benda-Perier (Madame Simone), Fournier rencontre pour la seconde fois Yvonne de Quiévrecourt. Les chastes retrouvailles ont lieu au cours de l’été, sans doute du au , à Rochefort-sur-Mer, où la jeune femme, mère de deux enfants, est de passage chez ses parents. Le jeune homme est bouleversé mais sa vie sentimentale a pris désormais irrévocablement une nouvelle direction. Il échangera encore quelques lettres avec Yvonne de Quiévrecourt, mais ne la reverra pas.

En , il lui envoie le premier exemplaire dédicacé du Grand Meaulnes, sur papier Japon (le plus beau des papiers de luxe) et il attend en vain sa réponse. Yvonne refusera toute sa vie de parler à ce sujet. En 1964, le fameux exemplaire, qui était censé être en possession de la famille, se retrouve à la salle Drouot, où il est vendu trois millions de francs. On apprend ainsi le vrai nom de celle qui inspira Yvonne de GalaisJean Bastaire, appendice sur l’héroïne du Grand Meaulnes, dans Alain-Fournier ou l’anti-Rimbaud, 1978. Cité par Michel Baranger dans le Bulletin des Amis de Jacques Rivière et d’Alain-Fournier, numéro 120, 2e semestre 2008, pages 27-28..

Dans Le Point de vue d’Yvonne, paru en 2020, Catherine Choupin tente d’analyser les raisons qui poussèrent Yvonne au silenceLe Point de vue d'Yvonne, Catherine Choupin, auto-édition Amazon, 2020.

Guerre et mort vignette|upright|Le lieutenant Alain-Fournier aux manœuvres de Caylus, en 1913. Lieutenant de réserve, mobilisé le , Fournier part de Cambo dans le Pays basque, où il était en vacances avec Madame SimoneLettre des Lettres à sa famille, Fayard, 1986, ; Correspondance Simone Alain-Fournier, Fayard, 1992, , Simone, Sous de nouveaux soleils, . Voir la photo d'Alain-Fournier prise en avril 1913 sur le quai de la gare de Saint-Antonin avec son paquetage, tel qu'il est parti en août 1914 pour le front sur le site de l'Association des Amis de Jacques Rivière et Alain-Fournier à la rubrique Biographie., pour rejoindre à Mirande son régiment, le d'infanterie ; il est affecté à la . Partis d'Auch en train jusqu'au camp de Suippes, ses hommes et lui rejoignent le front après une semaine de marche jusqu'aux environs d'Étain. Avec sa compagnie, il prend part à plusieurs combats meurtriers autour de Verdun.

Le , un détachement de deux compagnies, la , commandée par le lieutenant Paul Marien et la , commandée par le lieutenant Fournier, reçoit l'ordre d'effectuer une reconnaissance offensive sur les Hauts de Meuse, en direction de Dommartin-la-Montagne, à vingt-cinq kilomètres au sud-est de Verdun. Si l'on doit en croire les témoignages postérieurs, assez divergents, du sergent Zacharie BaquéCités par Jean Loize Alain-Fournier sa vie et Le Grand Meaulnes, Hachette, 1968, . et du soldat Laurent Angla, Fournier et ses hommes parviennent jusqu'à la Tranchée de Calonne où ils sont rejoints par le capitaine de Savinien Boubée de Gramont, qui prend la direction des opérations et décide d'attaquer l'ennemi. Entendant des coups de feu, ils veulent rejoindre la de Marien qui s'est trouvée face à un poste de secours allemand et a ouvert le feu. Après avoir fait quelques prisonniers, ils sont pris à revers par une compagnie prussienne à la lisière du bois de Saint-Remy et décimés par la mitraille. Trois officiers et dix-huit de leurs hommes sont tués ou grièvement blessés, tandis que Marien et le reste du détachement parviennent à se replier. Sur le Journal de marche et d'opérations du R.I., trois officiers, un sergent et dix-huit soldats des et sont portés au .

S'il faut croire certaines sources, la patrouille dont Fournier faisait partie avait reçu l'ordre de , et avait obéi, ce que les Allemands auraient considéré comme un crime de guerreOn lit dans la préface de Jean-Jacques Becker à la rééd. de la tétralogie Ceux de 14 de Maurice Genevoix (Le grand livre du mois, 2000, p. XI) qu' que l'officier qui commandait la patrouille dont faisait partie Alain-Fournier donna l'ordre de , d'où la sévérité de la réaction allemande. Ludwig Harig a trouvé dans les archives militaires des documents contenant des détails sur les évènements du . Les soldats français avaient attaqué une voiture allemande et tué deux soldats grièvement blessés par des coups dans la tête. Ensuite, on a exécuté les soldats français, parmi eux l'écrivain. (, 12 mai 2001 : « »).. Selon Gerd Krumeich, professeur à l’université de Düsseldorf, il est exact que la patrouille de Fournier attaqua une ambulance allemande, mais il est difficile d'établir les faits précisGerd Krumeich, « 1914 Alain Fournier Disparaît. L’Archéologie des sources allemandes », in : 14/18 Aujourd’hui 2 (1999), . (Cette étude, d'après une note figurant dans une publication codirigée par G. Krumeich lui-même, examine la façon dont la propagande exploita le fait que la patrouille de Fournier avait attaqué une ambulance allemande. Elle montre aussi qu'en raison de ce rôle de la propagande, il est difficile d'établir les faits exacts. (« » () , , note 126, en ligne .).

Un documentaire vidéo« La bataille des Hauts de Meuse - Septembre 1914 », conférence de Nicolas Czubak, enseignant détaché au Mémorial de Verdun, postée le 2 juin 2014 sur YouTube. cite trois mémoires rédigés plus tard par deux Français et un Allemand, qui éclairent la situation : les troupes françaises avancent, voient des soldats allemands chargés d'armes, et tirent immédiatement sur eux. Ces Allemands étaient des brancardiers qui avaient pour mission de regrouper des blessés autour d'une ambulance, et de ramener dans le même temps les armes de ces mêmes blessés, d'où une méprise des soldats français, accentuée par le stress et la fatigue.

La fiche militaire de décès, publiée sur le site Mémoire des Hommes, mentionne que Fournier a été tué par l'ennemi le à Vaux-lès-Palameix (Meuse), commune proche de la Tranchée de Calonne. Le bois de Saint-Remy se trouve entre la limite de cette commune et la Tranchée de Calonne (qui n'est pas une tranchée, au sens militaire du terme, mais au sens des travaux publics, à savoir une route creusée). Un monument lui est dédié, à l'intersection entre cette route et le chemin menant de Vaux-lès-Palameix à Saint-Remy-la-CalonneVoir carte IGN au 1/..

Fournier est mort sans avoir eu d'enfant.

Gloire et vicissitudes posthumes