La rue des Juifs (en dialecte alsacien Judegass) est une rue du centre-ville de Strasbourg.
Situation et accès Elle relie la rue du Dôme à la rue des PucellesMaurice Moszberger (dir.), « Juifs (rue des) », in Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le Verger, Barr, 2012 (nouvelle éd. révisée), .
Origine du nom Elle porte ce nom en raison de l'installation de la communauté juive qui s'y installe au –.
Historique Dans l'Antiquité, la voie suit le tracé de l'axe ouest-est (via praetoria) qui traversait le camp romain d'Argentoratum, dans le prolongement de l'actuelle rue des Hallebardes.
Au cours des –, la communauté juive de Strasbourg est installée dans ce quartier, mais doit partir au siècle suivant. La rue se transforme de manière significative au , avec l'apparition d'hôtels particuliers, dont plusieurs sont protégés par les Monuments historiques. Aux –, c'est devenu une artère commerçante.
vignette|gauche|upright|Plaque bilingue, en français et en alsacien. Elle connaît plusieurs dénominations successives, en latin, en allemand ou en français : Vicus Judaeorum, inter Judaeos, apud Judaeos (1233), Judengasse (), rue des Juifs (1792), rue des Droits de l'Homme (1793, pendant la Révolution), rue des Juifs (1817), rue de l'Évêché (1856), Judengasse (1872), rue des Juifs (1918), Judengasse (1940), puis à nouveau, rue des Juifs depuis 1945.
Des plaques de rues bilingues, à la fois en français et en alsacien, ont été mises en place par la municipalité à partir de 1995« L'alsacien a droit de rue à Strasbourg », Libération, 31 mars 1995, . C'est le cas de la Judegass.
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire À l'angle de la rue du Dôme, cette maison wilhelmienne reconstruite à la fin du , comme sa voisine au , abrite une pharmacie. Au coin de la rue des Échasses, il subsiste des fenêtres gothiques et une cheminée extérieure de cette ancienne maison médiévale qui a été partiellement reconstruite vers 1825 pour une famille de négociants, les Saglio, enrichis par la contrebandePaul Leuilliot, « Activités économiques et financières en Alsace au début du » Revue d'histoire économique et sociale, vol. 29, , 1951, , de produits coloniaux durant le Blocus continentalJean-Marie Pérouse de Montclos et Brigitte Parent, Alsace : Le Dictionnaire du patrimoine, Éditions Place des Victoires, Paris, 2011, . Théodore Humann, le dernier maire de Strasbourg sous le Second Empire, qui avait épousé une demoiselle Saglio, a vécu dans cette maison jusqu'en 1870. Imposante maison de style Restauration, elle est dotée de chambranles de fenêtres rectilignes et d'une corniche à l'antique dont le grès rouge se détache sur le crépi clair du mur. vignette|Portail du Münsterhof (). La maison, construite en 1898, a abrité l'entreprise du facteur de pianos Antoine Prestel. (ancien ) L'ancien « poêle » (siège de la corporation) des Maçons y était installé de 1506 à 1790. Reconstruit, l'immeuble abrite le siège de la Réunion des Arts de 1799 à 1854, puis la résidence et la chapelle des Jésuites de 1854 à 1899, et enfin, depuis 1909, le foyer de la cathédrale (MünsterhofGeorges Schlosser, Le Münsterhof, chronique inédite d'une demeure insolite, Coprur, 2011, 247 p. ). Il conserve un portail avec un arc en plein cintre reposant sur deux colonnes cannelées et engagées, qui se rattachent à l'esthétique du . L'ancienne maison des seigneurs de Batzendorf a été profondément remaniée en 1731. Des bâtiments dans la cour et un escalier intérieur ont été ajoutés et la façade a été remise au goût du jour, en style Régence Roland Recht, Jean-Pierre Klein et Georges Foessel (dir.), « Rue des Juifs », in Connaître Strasbourg : cathédrales, musées, églises, monuments, palais et maisons, places et rues, Alsatia, 1998 (nouvelle édition remaniée), . Cette façade fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis 1929.
(ancien ) L'existence de cette maison, dont le jardin donne alors sur la rue des Frères, est attestée au début du . L'ajout d'un oriel et d'une saillie à la façade est accordée en 1667, puis de nombreuses transformations sont effectuées. Au , l'oriel aux montants sculptés et un corbeau en bois dans le passage donnant vers la cour restent visibles« 12 rue des Juifs », Maisons de Strasbourg. Étude historique sur les maisons de Strasbourg entre le XVI et le XX siècle . vignette|gauche|Façade du . vignette|upright|Affiche de Jean Jacoby pour l'Imprimerie strasbourgeoise. L'ancien hôtel des Joham de Mundolsheim est une grande bâtisse gothique et Renaissance. Les murs-pignons à redents, la porte cochère à intrados sculpté côté cour, l'escalier intérieur à balustres, le poteau sculpté attenant, la colonnette ionique à l'intérieur du rez-de-chaussée, la façade sur la rue, à l'exclusion du rez-de-chaussée, et la cave voûtée font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis 1985. L'ensemble des peintures polychromes du Moyen Âge ou de la RenaissanceJean-Pierre Rieb, « Strasbourg, 15 rue des Juifs : un décor peint civil d'une exceptionnelle qualité », dans Un art de l'illusion : peintures murales romaines en Alsace, Musées de la ville de Strasbourg, Strasbourg, 2012, , ainsi que les plafonds et les murs les supportant, font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1989. En 1675 le libraire Frédéric-Guillaume Schmuck, qui deviendra imprimeur du roi en 1681, crée une imprimerie à Strasbourg, qui devient l'une des plus importantes de la ville. En 1918 elle prend le nom d'Imprimerie strasbourgeoise, plus connue sous l'abréviation « ISTRA ». Après quelques autres localisations, elle installe son siège dans la rue des Juifs et le conserve jusque dans les années 1980« ISTRA, la fameuse imprimerie strasbourgeoise (1675-2010) », Numistral . Modernisée au , la maison conserve à l'intérieur des plafonds à solives ornées de rinceaux du siècle précédent. Connue sous le nom d'« hôtel de Saxe, » la maison appartenait au au stettmestre Henri Balthasar de Kippenheim, puis à différentes familles nobles. Elle est vendue en 1779 à Christine de Saxe, abbesse de Remiremont, dont on a longtemps pensé qu'elle en était la commanditaire. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, la demeure appartient à une fondation diocésaine« 27, rue des Juifs », Maisons de Strasbourg. Étude historique . Surmontée d'un fronton triangulaire percé d'un oculus, la façade de style Régence, entièrement parementée de grès, comporte trois niveaux et neuf travées de baies. Elle est ornée de mascarons figurant les quatre saisons« Juifs (rue) », Les Mascarons de Strasbourg . Cette façade fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1927.
À l'angle de la rue du Faisan, cette grande maison bourgeoise remaniée au , au moment où le style Régence commence à s'imposer, comporte une façade de trois étages dont les fenêtres ont des chambranles à crossettes et des appuis galbés. Le portail est plein cintre avec un appareil de bossage en diamant. Le rez-de-chaussée a été refait en 1924.
(anciens ) Sur cet emplacement se trouvait une synagogue, démolie en 1349 après l'expulsion des Juifs, puis on y construit la chapelle de Saint-Valentin, en souvenir du massacre des Juifs qui eut lieu le , fête de saint Valentin. Au , le est occupé par des familles nobles, les Landsperg, les Baumann d'Offenbourg, les Roeder de Diersburg, les Wickersheim. Au début du , le préteur royal Jean-Henri Obrecht revend l'immeuble aux Rathsamhausen qui le réunissent au René Schickelé, Le vieux Strasbourg : conférences faites au cercle catholique de Strasbourg, F.-X. Le Roux, 1890, Adolphe Seyboth, Strasbourg historique et pittoresque depuis son origine jusqu'en 1870, L'Imprimerie alsacienne, 1894, . Sa façade a été reconstruite par Joseph Massol en 1769. vignette|À gauche, les colombages du ; à droite, l'hôtel de Joseph Massol (). C'était la maison de l'architecte du Palais Rohan, Joseph Massol, construite par et pour lui-même, un balcon en fer forgé y ayant été rajouté en 1751. Parementée sur trois niveaux, la façade comporte des chaînes à refends, trois travées de baies et un avant-corps central. Elle n'est ornée que d'un seul mascaron, une allégorie de Minerve s'inspirant de celle du Palais Rohan. Sur l'égide, la déesse porte le compas et le traçoir des architectes« Juifs (rue) », Les Mascarons de Strasbourg . Cette maison à encorbellement et colombages date des .
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Bernhard Blumenkranz (dir.), Art et archéologie des Juifs en France médiévale, Privat, Toulouse, 1980, Christian Hackenschmidt, Die Judengasse in Straßburg: Vaterländische Erzählung aus dem 14ten Jahrhundert für die reifere Jugend, Levrault, Strasbourg, 1843, 155 p. Yves Henigfeld, La céramique grise cannelée de la rue des Juifs à Strasbourg (Fin - Fin ) : contribution à l'étude de la céramique dans la vallée du Rhin Supérieur, Centre de recherches archéologiques médiévales de Saverne, Saverne, 1998, 130 p.
Maurice Moszberger (dir.), « Juifs (rue des) », in Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le Verger, Barr, 2012 (nouvelle éd. révisée), Jean-Marie Pérouse de Montclos et Brigitte Parent, Alsace : Le Dictionnaire du patrimoine, Éditions Place des Victoires, Paris, 2011, Roland Recht, Jean-Pierre Klein et Georges Foessel (dir.), « Rue des Juifs », in Connaître Strasbourg : cathédrales, musées, églises, monuments, palais et maisons, places et rues, Alsatia, 1998 (nouvelle édition remaniée), Adolphe Seyboth, « Judengasse. Rue des Juifs », in Das alte Strassburg, vom 13. Jahrhundert bis zum Jahre 1870 ; geschichtliche Topographie nach den Urkunden und Chroniken, Strasbourg, 1890, .
Articles connexes Liste des voies de Strasbourg Histoire des Juifs en Alsace Patrimoine juif d'Alsace Mikvé de Strasbourg Rue du Tonnelet-Rouge Rue des Charpentiers
Liens externes « Le quartier juif de Strasbourg », (Les Juifs et le judaïsme dans l'art médiéval en Alsace) « Rue des Juifs (Strasbourg) » (ArchiWiki) « Juifs (rue des) – Judengass » (Maisons de Strasbourg. Étude historique sur les maisons de Strasbourg entre le XVI et le XX siècle)
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