Le syndrome de Cushing équin, ou dysfonctionnement de la pars intermedia de la glande pituitaire (DPIP) - en anglais : Pituitary Pars Intermedia Dysfunction (PPID), est une pathologie fréquemment retrouvée chez le cheval, en particulier âgé.

La DPIP est une maladie d’apparition spontanée et d’évolution progressive caractérisée par une hypertrophie et une hyperplasie de la pars intermedia de l’hypophyseDybdal NO, Hargreaves KM, Madigan JE, Gribble DH, Kennedy PC, Stabenfeldt GH. Diagnostic testing for pituitary pars intermedia dysfunction in horses. J Am Vet Med Assoc 1994;204:627-632. Les chevaux atteints présentent des concentrations de dopamine inférieures à celle des chevaux sains et des concentrations circulantes supérieures de peptides POMC tels que la mélanocortine (α-MSH), la ß-endorphine (ß-END), le CLIP (corticotrophin-like intermediate peptide), ainsi que d’ACTHOrth DN, Holscher MA, Wilson MG, Nicholson WE, Plue RE, Mount CD . Equine Cushing's disease: plasma immunoreactive proopiolipomelanocortin peptide and cortisol levels basally and in response to diagnostic tests. Endocrinology 1982;110:1430-1441.

Le syndrome de Cushing toucherait 15 % des chevaux et des poneys de plus de 15 ans. Les signes cliniques de la DPIP sont plus ou moins marqués et incluent : hirsutisme, hypersudation, polyurie/polydipsie, baisse de tonus et fonte musculaire donnant un aspect « gros ventre », distribution anormale des masses grasses, fourbure et immunosuppressionSchott HC. Pituitary pars intermedia dysfunction: equine Cushing's disease. Vet Clin North Am Equine Pract 2002;18:237-270. Le syndrome de Cushing nécessite un traitement quotidien à vie. Le pergolide est depuis plusieurs années considéré comme le traitement de référence.

Le syndrome de Cushing du cheval affecte environ 30 % de la population des chevaux de plus de 15 ans, mais Il peut également toucher des chevaux plus jeunes Il est lié à une dégénérescence des neurones dopaminergiques au niveau de l'hypothalamus, ce qui induit une surproduction d'ACTH par la pars intermedia de l'hypophyse Les symptômes principaux du syndrome de Cushing du cheval sont : fourbure léthargie polyuro-polydypsie fonte musculaire hirsutisme Le diagnostic du syndrome de Cushing du cheval repose sur l'observation des signes cliniques et la réalisation de tests biologiques : dosage de l'ACTH endogène freinage à la dexaméthasone Le traitement médical de choix du syndrome de Cushing du cheval est le pergolide (Prascend)

Terminologie DPIP est la dénomination scientifique préférée car la zone de l’hypophyse concernée et la cause de la maladie chez le cheval diffèrent de celles qui caractérisent le syndrome de Cushing chez l’homme ou le chien. Cependant, l'appellation la plus courante chez le cheval reste « syndrome de Cushing équin ».

Dans cet article, nous utiliserons indifféremment DPIP ou syndrome de Cushing du cheval.

Épidémiologie Il est difficile de savoir si la population des chevaux âgés est en augmentation ou si cette population est tout simplement plus suivie médicalement.

Mellor et al. ont estimé en 1999 que 25 % environ de la population équine du Royaume-Uni était âgée de plus de 15 ansGranger, L. Equine 2005 Part I: Baseline Reference of Equine Health and Management, 2005. 2006. United States Department of Agriculture Animal and Plant Health Inspection Service Veterinary Services National Animal Health Monitoring System . Ref Type: ReportMellor DJ, Love S, Gettinby G, Reid SWJ . Demographic characteristics of the equine population of northern Britain. Veterinary Record 1999;145:299-304 et une estimation plus récente réalisée par Ireland en 2009 indique que 28 % des chevaux au Royaume-Uni ont plus de 15 ans. L’âge maximal chez le cheval est estimé à 40-45 ansMcFarlane D, Sellon DC, Gibbs SA . Age-related quantitative alterations in lymphocyte subsets and immunoglobulin iso- types in healthy horses . Am J Vet Res 2001;62:1413-1417McKeever KH, Malinowski K . Exercise capacity in young and old mares . Am J Vet Res 1997;58:1468-1472Ireland, J . The geriatric equine population: Demographics, health and disease . British Equine VeterinaryAssociation CongressBEVA 48th, 141 . 2009 . Ref Type: Conference Proceeding. Plus de la moitié des chevaux de plus de 20 ans continuent à avoir une certaine activité physique et 10 % font encore de la compétition, même si la capacité sportive des chevaux âgés est bien inférieure à celle des jeunes chevauxBrosnahan MM, Paradis MR . Assessment of clinical charac- teristics, management practices, and activities of geriatric horses . J Am Vet Med Assoc 2003;223:99-103.

Bien que les caractéristiques démographiques des chevaux puissent varier selon les populations équines, il est clair que, comme dans le marché de la santé des petits animaux de compagnie, l’amélioration de la nutrition et des soins apportés aux chevaux ont entraîné une augmentation de leur espérance de vie, ainsi qu’une augmentation consécutive de l’incidence et de l’importance des maladies « gériatriques » des chevaux et des poneys. Les chevaux âgés font aujourd’hui plus souvent l’objet de consultations vétérinairesParadis MR. Demographics of health and disease in the geriatric horse . Vet Clin North Am Equine Pract 2002;18:391-401.. La DPIP est une dysendocrinie couramment diagnostiquée chez le cheval. Dans les années 1970, l’incidence du syndrome de Cushing était estimée entre 0,0075 et 0,5 % de la population équine totalevan der Kolk JH, Kalsbeek HC, van GE, Wensing T, Breukink HJ. Equine pituitary neoplasia: a clinical report of 21 cases (1990-1992). Vet Rec 1993;133:594-597.Evans,D.R.The Recognition and Diagnosis of a Pituitary Tumor in the Horse. AAEP Annual Convention Proceeding 18th, 417-418. 1972. Ref Type: Conference Proceeding. Le diagnostic de la DPIP a progressé depuis grâce à une meilleure connaissance de la maladie, au développement de nombreux tests diagnostiques et à l’augmentation de la population des chevaux âgés. Les études épidémiologiques récentes estiment qu’environ 25 % des chevaux ont plus de 15 ans et que 14 à 45 % d’entre eux souffrent de DPIPMcGowan,T.M.,Hodgson,D.R., and McGowan, C.M. The Prevalence of Equine Cushing's Syndrome in aged Horses. American College of Veterinary Internal Medicine - Research Abstracts 25th, 603. 2007. Ref Type: Conference Proceeding.

Le syndrome de Cushing du cheval est une maladie chronique évolutive. L’âge moyen décrit d’apparition des signes cliniques est compris entre 15 et 21 ans. La fourchette d’âge est liée à la population et au stade de la maladie étudiésDonaldson MT, McFarlane D, Jorgensen AJ, Beech J . Correlation between plasma alpha-melanocyte-stimulating hormone concentration and body mass index in healthy horses . Am J Vet Res 2004;65:1469-1473Donaldson MT, LaMonte BH, Morresey P, Smith G, Beech J . Treatment with pergolide or cyproheptadine of pituitary pars intermedia dysfunction (equine Cushing's disease) . J Vet Intern Med 2002;16:742-746. Bien que la DPPI soit rarement observée avant l’âge de 10 ans, elle a été décrite chez des chevaux n’ayant que 4 ans HeinrichsM,BaumgartnerW,CapenCC .Immunocytochemical demonstration of proopiomelanocortin-derived peptides in pituitary adenomas of the pars intermedia in horses . Vet Pathol 1990;27:419-425. Le diagnostic devient de plus en plus probable avec l’âgeFrank N, Andrews FM, Sommardahl CS, Eiler H, Rohrbach BW, Donnell RL . Evaluation of the combined dexamethasone suppression/ thyrotropin-releasing hormone stimulation test for detection of pars intermedia pituitary adenomas in horses . J Vet Intern Med 2006;20:987-993.

Mécanisme Anatomie L’hypophyse des primates est composée d’un grand lobe antérieur (adénohypophyse) et d’un petit lobe postérieur (neurohypophyse), elle est située à la base du cerveau, dans la selle turcique. Elle se trouve sous le chiasma optique et à côté des sinus caverneux, elle est séparée du cerveau par un repli de la dure-mère appelé diaphragme de la selle ou tente de l’hypophyse. Les termes d’hypophyse « antérieure » et « postérieure » sont incorrects d’un point de vue anatomique chez les quadrupèdes, la neurohypophyse étant généralement située dorsalement au reste de l’hypophyse ; chez le cheval, la neurohypophyse est même incluse dans l’adénohypophyse.

L’adénohypophyse est anatomiquement subdivisée en : pars tuberalis, pars intermedia, et pars distalis. La pars tuberalis est une fine couche de tissu entourant la pars eminens (ou infundibulum), partie de l’hypothalamus formant le pédoncule qui traverse le diaphragme de la selle. La pars intermedia de l’hypophyse du cheval forme une coque ininterrompue de tissu autour de la neurohypophyse, séparant cette dernière de la pars distalis.

Physiologie L’hypophyse est un organe endocrine complexe qui sécrète de nombreuses hormones peptidiques jouant un rôle crucial dans le maintienWright,A.M. Pharmacokinetics of Pergolide in normal Mares. 2009. Ref Type: Thesis/Dissertation : de l’homéostasie du métabolisme de la reproduction de la croissance de la lactation

Les cellules spécifiques de la pars distalis (corticotropes) et de la pars intermedia (mélanotropes) produisent le même précurseur protéique appelé pro-opiomélanocortine (POMC). En raison de différents mécanismes de post-traduction, chaque type cellulaire sécrète un ensemble différent de peptides POMCFroin HR, Assmann G, Hoppen HO. Das equine Cushing-Syndrom. Der praktische Tierarzt, collegium veterinarium 1998;XXVIII:16-21. :

Cellules corticotropes Corticotrophine (ACTH) ß-endorphine (ß-END) ß-LPH

Cellules mélanotropes α-mélanocortine (a-MSH) ß-endorphine (ß-END) CLIP (corticotrophin-like intermediate peptide) Petites quantités d’ACTH

Cellules mélanotropes (pars intermedia) Les cellules mélanotropes de la pars intermedia sont innervées par des neurones dopaminergiques de l’hypothalamus périventriculaireSalandLC. The mammalian pituitary intermediate lobe: an update on innervation and regulation. Brain Research Bulletin 2001;54:587-593McFarlane D. Pituitary and Hypothalamus. In Smith BP, editor. Large Animal Internal Medicine. Mosby/Elsevier, 2008:1339-1344. La dopamine libérée par ces neurones interagit avec les récepteurs dopaminergiques (D2) présents sur les cellules mélanotropes, et inhibe la prolifération cellulaire, la transcription de POMC, et la libération des peptides POMC (ACTH, α-MSH, CLIP, ß-END)2. La suppression de cet effet inhibiteur entraîne une augmentation de la synthèse d’hormones par la pars intermedia hypophysaire, ayant pour conséquence une hyperplasie de la pars intermedia avec risque de développement d’un adénome.