Seyyed Hossein Nasr (en perso-arabe : سید حسین نصر), né le à Téhéran (Iran), est un philosophe iranien, professeur d'études islamiques à l'université américaine George Washington.

Il fait ses études en Iran puis aux États-Unis, où il obtient une licence en physique du Massachusetts Institute of Technology, une maîtrise en géologie et géophysique ainsi qu’un doctorat en histoire des sciences à l'université Harvard. Il retourne en Iran en 1958 où il enseigne la philosophie et les sciences islamiques à l'université de Téhéran, dont il devient le vice-recteur. Parallèlement à cette fonction, le shah le nomme président de l’université de technologie de Sharif puis, à la demande de l’impératrice, il fonde l’Académie impériale iranienne de philosophie, qui devient rapidement un des centres d'activités philosophiques les plus importants du monde islamique.

La révolution de 1979 contraint Nasr à s'exiler avec sa famille aux États-Unis, où il enseigne les sciences et la philosophie islamiques. Sa perspective spirituelle et intellectuelle est la philosophia perennis, fondée sur les principes métaphysiques universels et intemporels, et bien que l'islam et le soufisme soient omniprésents dans ses écrits, son approche « pérennialiste » rend compte à la fois des particularismes propres à chaque religion et de leur identité essentielle.

Il est l'auteur de plus de cinquante livres et de plus de cinq cents articles sur la philosophie, la religion, la spiritualité, la science, l'art, l'architecture, la littérature, l'environnement et le dialogue inter-culturel.

Biographie Origines Seyyed Hossein Nasr naît le à Téhéran de parents originaires de Kashan. Son père, Seyyed Valiallah Kahn Nasr, médecin au service de la famille royale, philosophe et homme de lettres, est un des promoteurs de l'éducation moderne en Iran. Sa mère est versée dans la littérature et la poésie persanes. Il descend de Sheikh Fazlollâh Nuri par sa mère et il est cousin du philosophe Ramin Jahanbegloo...

Le patronyme « Nasr », qui signifie « victorieux », a été conféré à son grand-père par le shah.. Le titre « Seyyed » désigne un descendant du prophète Mahomet.

Études Seyyed Hossein Nasr accomplit sa scolarité primaire à Téhéran. ; celle-ci s’achève par un examen national où il obtient la meilleure note du pays.. Son éducation intellectuelle et existentielle se prolonge à la maison dans des discussions religieuses et philosophiques avec son père, dans le cadre cultivé d’un foyer fréquentant théologiens, ministres, universitaires et mystiques. Il s’imprègne du message coranique, de la littérature persane, des langues arabes et françaises. Alors qu’il accomplit sa première année d’études secondaires à la Interview avec Ramin Jahanbegloo: Dar Jostejooye Amr e Qodsi ., son père, auquel il est très attaché, est victime d'un grave accident, et pour éviter d’exposer l'adolescent à sa mort imminente, sa mère, contre l'avis de la famille, décide de l’envoyer étudier aux États-Unis.. Il y a trois choses que son père lui a léguées, dira-t-il plus tard : « premièrement, l'amour de notre culture persane, de notre tradition religieuse, littéraire, philosophique ; deuxièmement, un vif intérêt pour ce qui se passait en Occident dans le domaine des sciences, de la philosophie, de la littérature et de tout le reste ; troisièmement, un sens de la sérénité qui ne le quittait jamais ».

En , Seyyed Hossein Nasr est accueilli par un oncle consul à New York., qui l’inscrit à la de Hightstown dans le New Jersey.. Diplômé en 1950, en possession d'une solide maîtrise de l'anglais., il est premier de sa classe (valedictorian) et lauréat du Wyclifte Award, attribué chaque année au meilleur élève de l’école.

Estimant que l’étude de la physique le mènera à comprendre la nature ultime du monde, il demande une bourse au Massachusetts Institute of Technology de Boston, qui lui est accordée. Lorsqu’il réalise, notamment à la suite d'une rencontre avec le philosophe Bertrand Russell., que cette science ne peut apporter les réponses à ses questionnements, il s’inscrit, en parallèle, aux cours de métaphysique et de philosophie de Giorgio de Santillana. Celui-ci l’introduit à l’œuvre de René Guénon, avant qu'il ne découvre les travaux d'autres métaphysiciens pérennialistes comme Ananda Coomaraswamy, Frithjof Schuon, Titus Burckhardt, Martin Lings et Marco Pallis. Il se rallie à leur pensée et la veuve de Coomaraswamy, décédé quelques années plus tôt, lui donne un accès illimité à la vaste bibliothèque de son mari, que Nasr entreprend de cataloguer et dont il profite pleinement durant les cinq années qui suivent.

En 1954, détenteur d'un Bachelor en mathématiques et en physique du MIT, Nasr s’inscrit à l'université Harvard en géologie et géophysique et obtient un Master of Arts en 1956. Toujours à Harvard, il s’oriente alors vers l'histoire des sciences et les sciences de l'éducation en vue d'un doctorat, qu'il obtient à l'âge de 25 ans... Sa thèse, dirigée par I. Bernard Cohen, Hamilton Gibb et , s'intitule Conceptions of Nature in Islamic Thought (« Conceptions de la nature dans la pensée islamique ») ; elle sera publiée en 1964 sous le titre An Introduction to Islamic Cosmological Doctrines.. Ses années universitaires lui permettent également d’apprendre l’allemand et d’acquérir de bonnes bases de grec, de latin, d’italien et d’espagnol..

Encore étudiant, il rend visite à Schuon et à Burckhardt en Suisse et adhère à l’ordre soufi alawi, une branche de la Chadhiliyya.. Il considère que l’œuvre de Schuon, par l’importance centrale accordée à la pratique spirituelle parallèlement à la connaissance doctrinale, a forgé de façon déterminante sa vie intellectuelle et spirituelle.

Carrière En 1958, l’année de son doctorat, le Massachusetts Institute of Technology lui offre un poste de professeur adjoint et Harvard lui propose une bourse pour trois années de recherche suivies d'un engagement ferme, mais Nasr décide de rentrer en Iran. La même année, l’université de Téhéran l’engage comme professeur agrégé de philosophie et d’histoire des sciences.. Parallèlement, comme le relève l'historien du monde musulman Daoud Riffi, il complète ses connaissances « en sciences islamiques auprès de maîtres iraniens traditionnels, bouclant ainsi son double cursus, académique et traditionnel, ce qui donnera à ses écrits toute leur maîtrise et leur profondeur ».

Il se marie et fonde une famille. Son fils Vali Nasr deviendra conseiller auprès du gouvernement américain en tant qu'expert du monde islamique..

A 30 ans, Seyyed Hossein Nasr est nommé professeur titulaire, le plus jeune de l’histoire de l’université de Téhéran. Il est rapidement reconnu comme une autorité en philosophie islamique, en science islamique et en soufisme.. Pendant une quinzaine d'années, il dirige avec Henry Corbin un séminaire doctoral en philosophie comparée et en philosophie islamique.. Il écrit abondamment en persan et en anglais, occasionnellement en arabe et en français., sur l'islam, sa science et sa civilisation, le soufisme, la philosophie moderne confrontée à la sagesse pérenne, la crise environnementale, Mullâ Sadrâ, Avicenne, Suhrawardî, Ibn Arabî, Al-Bîrûnî, etc... Cinq ans plus tard il est nommé doyen de la Faculté des Lettres, puis vice-président de l’université.

En 1972, le shah le choisit comme président de l'Aryamehr University (aujourd'hui Université de technologie de Sharif), la réponse iranienne au MIT américain. Nasr y crée une faculté des Sciences humaines afin d’inciter les étudiants à ne pas se focaliser exclusivement sur des thèmes scientifiques ; il programme également des cours qui portent sur le sens de la technologie moderne et son impact sur la société et l’environnement.. En parallèle, il gère la création des départements d’études islamiques et iraniennes des universités Harvard, Princeton, Utah et Southern California.. J'appartenais à une nouvelle génération et j'ai pu exercer une grande influence non seulement à l'université de Téhéran, mais aussi dans la vie culturelle et éducative de l'ensemble du pays, [...] j'étais membre de tous les conseils nationaux importants dans ces domaines. [...] Je voulais rendre la société iranienne plus consciente de son propre héritage. J'ai essayé de créer un pont entre les éléments traditionnels et modernes de notre société. (interview)

Nasr refuse de s’engager dans la politique du pays malgré plusieurs propositions pour des fonctions ministérielles et des postes d’ambassadeur.. En 1974, à la demande de l’impératrice Farah Pahlavi, il fonde l', qui devient rapidement un des plus importants foyers intellectuels du monde musulman. Il y enseigne aux côtés d’Henry Corbin, de Toshihiko Izutsu et de plusieurs autres philosophes., et crée la revue traditionaliste Sophia Perennis. Professeur de philosophie à l’université de Téhéran, recteur de la Sharif University et président de l’Académie de Philosophie : à ces fonctions s’ajoute, dès 1978, celle de directeur du cabinet de l’impératrice..

En , la révolution met fin à la dynastie Pahlavi et Nasr, qui est en voyage à Londres avec sa famille, ne peut rentrer au pays. Il perd tout, y compris ses manuscrits et sa bibliothèque. La famille s’installe à Boston.. Après quelques mois d'enseignement à l’université d’Utah, Nasr devient professeur des Études islamiques à l’université Temple de Philadelphie, qui propose alors le plus vaste programme doctoral d’études religieuses d’Amérique..

Durant l’année académique 1980-1981, Nasr donne une série de conférences dans le cadre des Gifford Lectures à l'université d'Édimbourg, qu’il publie sous le titre de Knowledge and the Sacred (« La connaissance et le sacré »). Selon le professeur William Chittick, trois des tout premiers livres anglais de Nasr, publiés par Harvard University Press (An Introduction to Islamic Cosmological Doctrines, Three Muslim Sages et Science and Civilization in Islam), l'ont de suite établi comme une des voix majeures et originales des Études islamiques aux États-Unis et son adhésion, dans ces ouvrages, à la pensée de Schuon et de Burckhardt a, à son tour, fortement contribué à faire connaître l'École traditionaliste dans le monde universitaire américain..

En 1984, Nasr quitte l'université Temple et intègre l’université George-Washington à Washington D.C. comme professeur des Études islamiques, poste qu’il occupe encore à ce jour.. La même année, il crée la Foundation for Traditional Studies, qui publie la revue Sophia et des ouvrages sur la pensée traditionnelle.. Auteur d’une cinquantaine de livres et de plus de cinq-cents articles étayés par les principes de la philosophia perennis., Seyyed Hossein Nasr est régulièrement invité à donner des cours et des conférences dans des institutions et des universités des cinq continents sur les grands thèmes qui ont fait sa renommée. : islam, philosophie, métaphysique, cosmologie, anthropologie, spiritualité, religions, science, écologie, littérature, art, etc.Notamment : professeur invité (Harvard University) en 1962 et 1965, chaire Aga Khan d'études islamiques (American University at Beirut) en 1964-65, Rockefeller Lectures (University of Chicago) en 1966, Kevorkian Lectures (New York University) en 1977, Gifford Lectures (University of Edinburgh) en 1980-81, Wiegand Lecture (University of Toronto) en 1983, Parliament of World Religions (Chicago) en 1993, Cadbury Lectures (University of Birmingham) en 1994, Islam and the West (ONU) en 2003.. Son œuvre a été traduite en 28 langues..

Quelques aspects représentatifs de son œuvre