Jean François Victor Aicard, né le à Toulon (Var) et mort le à Paris , est un poète, romancier et dramaturge français, connu notamment pour son roman Maurin des Maures.

Biographie

Famille Son père Jean était un républicain saint-simonien, rédacteur dans des journaux d'opposition sous le Second Empire. Il meurt quand son fils a cinq ansVictor Duclos, Jean Aicard : Simple notice sur sa vie et ses écrits, éditions L. Duc, 1894..

Jeunesse Jean Aicard naît le à Toulon (Var). Une plaque signale sa maison natale, rue de l'Ordonnance. Il fait ses études à Mâcon, où il fréquente Lamartine, puis au lycée de Nîmes, puis en droit à Aix-en-Provence.

Venu à Paris en 1867, il y publie un premier recueil, les Jeunes Croyances, où il rend hommage à LamartineConstantin Lecigne, Jean Aicard, Éditions Sueur-Charruey, 1901.. Le succès qu'il rencontre lui ouvre les portes des milieux parnassiens, grâce à son cousin, Pierre Elzéar. En 1869, il collabore au deuxième recueil du Parnasse contemporainViolette Bouyer-Karr, Jean Aicard, Éditions du Var, 1921.. En 1870, une pièce en un acte est produite au théâtre de Marseille. Pendant la guerre, il reste à Toulon dans sa famille. Après la guerre, il assiste aux dîners des Vilains Bonshommes et participe à la création de la revue La Renaissance littéraire et artistiqueTony Marmottans, Jean Aicard, du poème au roman, éditions Université de Toulon et du Var, 2000..

vignette|gauche|Un coin de table, 1872Fantin-LatourMusée d'Orsay On le retrouve dans le portrait de groupe Un coin de table réalisé par Henri Fantin-Latour en 1872 : il est la plus à droite des trois personnes debout..

Notoriété En 1874, il publie Poèmes de Provence, qui font de lui le poète de cette région. En 1876, il collabore au troisième recueil du Parnasse contemporain.

Les deux romans qui lui valent la reconnaissance sont Maurin des Maures (1908) et L'illustre Maurin. D'une façon générale, l'enfance incarne une source d'inspiration prédominante dans son œuvre.

En 1894, il devient président de la Société des gens de lettres. Le guide Paris-Parisien, qui le considère en 1899 comme une « notoriété des lettres », note le « romantisme méridional » de son œuvre.

En 1909, il entre à l'Académie française au fauteuil de François Coppée. Il est considéré avant tout comme le poète de la ProvenceJean Calvet, La Poésie de Jean Aicard, Éditions Hatier, 1909.. Pierre Loti, dans sa réponse au discours de réception, insiste aussi sur cette particularité : « Le titre de régionaliste vous sied plus qu’à personne, et je le trouve d’ailleurs fort beau car la lumineuse, et vive, et fine Provence, c’est vous qui, réellement, nous l’avez donnée »..

Il est élu maire de Solliès-Ville en 1919André Peyregne, Quand l'académicien Jean Aicard cède à la pression des villageois et devient maire de Solliès-Ville, Var-Matin, 29 décembre 2019., fait classer monument historique les ruines du château des Forbin et y fait jouer par la Comédie-Française sa pièce Forbin de Solliès ou le Testament du roi RenéSite officiel de la mairie de Solliès-Ville..

Relations avec Victor Hugo Audacieux, il envoie en 1864 à Guernesey un long poème à Victor Hugo qu’il admire. Les quatre-vingt-dix-neuf vers commencent ainsi :

« Je vous aime, exilé qui pleurez votre France Je vous aime et vos chants me pénètrent le cœur Je souris avec vous aux rêves de bonheur Je pleure : je comprends votre sainte souffrance. »

Victor Hugo, touché par ce jeune homme de seize ans, lui écrit :

« Vous avez bien fait de m’envoyer des vers. Ils sont émus et touchants [...]. On y sent la palpitation d’un jeune et noble esprit. Courage mon doux poète, adorez passionnément la justice et la liberté et aimez-moi un peu. »

La réponse à cette audacieuse initiative sera suivie d’une longue et affectueuse correspondance qui ne cessera qu’à la mort du grand écrivain. Pour ce jour douloureux, Jean Aicard sera convié à faire partie de la garde d’honneur entourant le célèbre défuntMonique Broussais et Yves Stalloni, De l'Académie du Var à l'Académie française : Jean Aicard et Toulon, Académie du Var, 2009..

Relations avec Frédéric Mireur La mésentente avec Frédéric Mireur était de notoriété publique (quoique, paradoxalement, à Draguignan, une rue porte le nom de Frédéric Mireur quasiment dans le prolongement de la rue Jean Aicard). Mireur égratignera le côté anti-clérical d'Aicard dans son livre Les anciens couvents de Draguignan. Tandis que Jean Aicard voyait en Frédéric Mireur un homme réactionnaire et proche des idées anti-dreyfusardesSur l'engagement d'Aicard dans l'affaire Dreyfus, voir sa notice du Dictionnaire biographique et géographique de l'affaire Dreyfus {https://dicoaffairedreyfus.com/index.php/2020/01/09/jean-aicard/}.. La dissension atteint son paroxysme lors de l'écriture de Maurin des Maures. Frédéric Mireur considérera, entre autres, le passage avec le préfet de Draguignan. comme grotesque et fantaisiste. Dans ce roman, les Varois en général et les habitants de Gonfaron en particulier sont décrits comme simplets et de mœurs primitives. Dans ce même chapitre, il imaginera les habitants de ce village souffler un par un dans l'anus d'un âne : Le curé Pignerol et l'ermite de Notre-Dame-des-Anges sont, entre autres, deux caricatures d'homme d’Église dans ce même récit. Jean Aicard les dépeint comme hypocrites et sots :

« Je l’ai connu, ce Pignerol ; je la lui ai servie plus d’une fois, la messe. Il arrivait ici à cheval, sautait à bas de sa monture, sa soutane haut retroussée laissant voir des culottes de velours gris côtelé ; il la relevait ainsi, toute la jupe sur son bras, de peur qu’elle s’accrochât à ses grands éperons ; et, en entrant dans l’église, il allait poser d’abord, avec une génuflexion, sa cravache sur l’autel. »

« L’ermite était un ancien valet de ferme, un fainéant venu on ne sait d’où, qui avait eu (comme tant d’autres en maint autre lieu) l’idée de s’affubler d’une méchante robe de bure, de se ceindre les reins d’une corde et d’attendre les pèlerins, dévots à Notre-Dame-des-Anges, pour tirer d’eux quelques petits profits. »

Décès Jean Aicard meurt le à la maison de santé des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu, rue Oudinot dans le de ParisActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 865, vue 22/31.. Il est enterré au cimetière central de ToulonCimetières de France et d'ailleurs.

Œuvres

Poésie Jeanne d'Arc (Le rachat de la Tour), , imprimerie d'E. Aurel, Toulon Les Jeunes Croyances, Alphonse Lemerre, 1867 Au clair de la lune, 1870, Alphonse Lemerre Rébellions et Apaisements, 1871, Alphonse Lemerre Mascarille, 1873, Alphonse Lemerre Pierre Puget, 1873, L. Laurent, Toulon (médaille d'or au concours de poésie de Toulon) Poèmes de Provence, 1874, Alphonse Lemerre - Prix Montyon de l’Académie française La Chanson de l'enfant, 1876, Fischbacher - Prix Montyon de l'Académie française Le Petit Peuple, 1879, Cayer Les Poèmes de Provence ; les cigales, 1878 Miette et Noré, idylle provençale, 1880, Charpentier - Prix Vitet de l'Académie française 1881 Lamartine, 1883, Ollendorff - Prix de poésie de l'Académie française Le Dieu dans l’homme, 1885, Ollendorff L'Éternel Cantique, 1885, Fischbacher Maternités, 1886 Le Livre des petits, 1886, Delagrave Le Livre d’heures de l'amour, 1887, Alphonse Lemerre Jésus, 1896, Flammarion Sauveteurs, 1898, Mouillet Italie et France (vers), 1903, Crété Hollande, Algérie (poèmes et prose), 1913, Flammarion Le Témoin, 1914 - 1916, Flammarion Le Jardin des enfants, 1914, Flammarion La Légende du Chevrier, (adaptation musicale de Emile Dens), 1914, J. Poulalion Le Sang du sacrifice, 1917, Flammarion

Romans et nouvelles Roi de Camargue, 1890, Testard (en ligne) Le Pavé d'amour, 1892, Ollendorff L'Ibis Bleu, 1893, Flammarion Fleur d'abîme, 1894, Flammarion L'Été à l'ombre (nouvelles), 1895, Flammarion Diamant noir (roman), 1895, Flammarion Notre-Dame-d'Amour, 1896, Flammarion - texte en ligne L'Âme d'un enfant, 1898, Flammarion Mélita (roman bohème), 1898, Flammarion Tata, 1901, Flammarion Benjamine, 1906, Flammarion - Maurin des Maures, 1908, Flammarion L'Illustre Maurin, 1908, Flammarion Arlette des Mayons (roman de la terre et de l'école), 1917, Flammarion Gaspard de Besse - un bandit à la française, 1918, Flammarion Le Fameux Chevalier Gaspard, 1908, Flammarion Des cris dans la mêlée, (prose), 1916, Flammarion Le Rire de Maurin, 1923, Flammarion La Gueuse des Marais, 1928, Flammarion

Théâtre Au clair de la lune, comédie en un acte en vers, Alphonse Lemerre, 1870 Pygmalion, poème dramatique en un acte, Alphonse Lemerre, 1872 Othello ou le More de Venise, drame en 5 actes en vers, Charpentier, 1881 Smilis, drame en 4 actes en prose, Ollendorff Mascarille, à-propos en vers pour l'anniversaire de Molière, Alphonse Lemerre, La Comédie française à Londres, Jouaust La Comédie française à Alex. Dumas, Ollendorff Smilis, drame en quatre actes et en prose, 1884, Ollendorff Le Père Lebonnard, 1889 ; pièce créée au Théâtre-Libre ; adaptée au cinéma en 1939. La Légende du Cœur, Théâtre antique d'Orange, , Flammarion Le Manteau du Roi, Théâtre de la Porte-Saint-Martin, , Flammarion Don Juan ou la Comédie du siècle, 1889 (), poème dramatique en 5 actes Forbin de Solliès, pièce en 2 actes, 1920, Flammarion La Milésienne, 1924, Flammarion

Essais La Vénus de Milo : recherches sur l'histoire de la découverte, d'après des documents inédits, 1874, Sandez Leconte de Lisle, librairie Fischbacher, 1887, texte sur Gallica. Alfred de Vigny, , conférence de la Revue Hebdomadaire, Flammarion Comment rénover la France (prose), 1918, Flammarion

Archives Le fonds d'archives de l'écrivain est conservé aux archives municipales de Toulon..

Maisons Sa maison natale se trouve rue de l'Ordonnance à Toulon. Il habite longtemps La Garde dans sa villa Les Lauriers Roses ; cette maison est devenue le musée Jean-Aicard et Paulin-Bertrand. Il finit sa vie à Solliès-Ville dans une maison près de l'église ; cette maison est devenue un petit musée Jean-Aicard.

Adaptations Au cinéma 1919 : L'Ibis bleu, film muet français réalisé par Camille de Morlhon. Le cinéaste André Hugon a porté à l'écran les romans Roi de Camargue (film muet, 1921), Les Trois Masques (1929), Maurin des Maures (1932), L'Illustre Maurin (1933) et Gaspard de Besse (1934). 1946 : Le Gardian, film français réalisé par Jean de Marguenat, adaptation du roman Roi de Camargue.

À la télévision Les romans Maurin des Maures et l'Illustre Maurin sont adaptés respectivement en 1970 et 1974 sous forme de feuilletons télévisés (voir Maurin des Maures).

Anecdotes

Si l'on en croit Léon Daudet, Aicard possédait un tel talent pour réciter des vers qu'il transformait alors chaque poésie, même médiocre, en un chef-d'œuvre fugitif.. Rimbaud n'avait pas dû être sensible à son charme, car on connaît l'épisode où il ponctuait du mot de Cambronne chaque vers d'un poème que récitait Jean AicardCet épisode est discuté par Daniel A. De Graaf dans Arthur Rimbaud : sa vie, son œuvre, publié par L'Harmattan en 2005, , p. 93-94. Voir ici.. C'est cependant à ce poète qu'il a dédié Les Effarés..

Prix et distinctions

Prix de littérature Médaille d'or du prix de la poésie française de la Société académique du Var (1873). Prix Montyon (1874 et 1876) de l’Académie française. Prix Vitet (1881) de l'Académie française. Prix de poésie (1883) de l'Académie française.

Décorations 50px : Officier de la Légion d'honneur. 50px : Officier de l'Instruction publique. 50px : Commandeur de la Couronne d'Italie. 50px : Croix de Sainte-Anne de 3 classe.

Hommages toponymiques thumb|right|upright=0.75|Jean Aicard par le sculpteur Victor Nicolas (buste en bronze, 1931). Par ordre alphabétique des villes : une rue à Bormes-les-Mimosas, où il est écrit "Maurin des Maures" dans une maison de la rue Carnot, appartenant a son ami et maire de Bormes, Mr Vigourel