Eduard Alexander Felix Kersten, né le à Tartu, alors nommée Youriev (gouvernement de Livonie) et mort le à Hamm (Allemagne de l'Ouest), est un masseurKersten, Eduard Alexander Felix. BBLD – Baltisches Biographisches Lexikon Digital., , qui a soigné des membres de la famille royale des Pays-Bas, ainsi que le chef des SS, Heinrich Himmler. En utilisant son influence auprès du Reichsführer-SS, il a, entre autres, obtenu la libération de milliers de prisonniers détenus dans des camps de concentration. Dans un mémorandum daté du et cité par l'historien François Kersaudy, les représentants suédois du Congrès juif mondial ont certifié que « Kersten a sauvé quelque de diverses nationalités, dont environ […] au péril de sa vie »..

Joseph Kessel a écrit une biographie romancée qui lui est consacrée : Les Mains du miracle. Dans sa préface au récit de Kessel, l'historien britannique Hugh Trevor-Roper dévoile qu'en tant qu'officier du Secret Intelligence Service, il eut à connaître des actions héroïques de Kersten dès la fin de la Seconde Guerre mondiale à travers les interrogatoires de Walter Schellenberg, conseiller politique de Himmler et chef du renseignement étranger (SD-Ausland) au sein du RSHA (Office Central de la Sûreté du Reich), le service de sécurité SS. Trevor-Roper écrit que « Schellenberg est un témoin particulièrement valable parce qu'il a été un témoin réticent ». En effet, « menacé d'être jugé à Nuremberg pour des crimes de guerre dont il se savait effectivement coupable », il était tenté de s'attribuer les mérites de certains sauvetages obtenus par Kersten.

La réalité des actions et des affirmations de Kersten est pour l'essentiel corroborée par l'historien français François Kersaudy dans le livre approfondi qu'il lui a consacré en 2021.

Biographie Ses parents, Olga Kersten, née Stubing, et Friedrich Kersten, sont germano-baltes. Son père était agriculteur et propriétaire terrien. Du fait de leur origine, les parents de Felix Kersten sont exilés au Kazakhstan en 1914 par le pouvoir russe. Leurs terres sont nationalisées par le gouvernement estonien dès l'indépendance acquise en 1918..

Formation Études d'agronomie et enrôlement dans l'armée finlandaise En 1914, Felix Kersten entre à l'école d'agronomie de Jenfeld, dans le Holstein allemand, dont il sort diplômé en 1916. Il est incorporé à l'armée allemande à l'automne 1917 puis démobilisé en sans avoir combattu. En 1919, il rejoint une formation armée envoyée par la Finlande, qui a chassé l'Armée rouge de son propre territoire et recouvré son indépendance, pour participer à la libération des pays baltes. Du fait de son enrôlement, il acquiert la nationalité finlandaise.

Hospitalisation et initiation à la thérapie manuelle à Helsinki Privé de l'usage de ses jambes par un rhumatisme articulaire aigu contracté au cours de cette campagne militaire, Kersten est envoyé dans un hôpital militaire à Helsinki. Il explique être resté des mois dans cet hôpital et, lorsque son état s'est amélioré, avoir commencé à aider le médecin-chef Ekman à l'occasion de séances de massage. Celui-ci repère chez son aide un potentiel exceptionnel en la matière. Kersten commence à se former « en assistant les médecins militaires qui soignent par le massage finlandais les soldats blessés pendant la campagne ». Le , alors un spécialiste réputé, le prend comme élève à titre gracieux. S'ensuivent deux années d’études intensives, couronnées par un diplôme de « massage scientifique » en 1921.

Poursuite d'études à Berlin et formation par le Felix Kersten se rend à Berlin en 1922 pour améliorer sa technique. Il étudie à la faculté de médecine et suit les enseignements pratiques du Binswanger, du Cornelius, spécialiste du massage des points névralgiques, et du Bier, chirurgien vasculaire. Ce dernier lui présente le Kô, lama tibétain « initié pendant quatorze ans aux sciences médicales chinoises et tibétaines » puis diplômé de la faculté de médecine de Londres. Tout en poursuivant les cours à la faculté de médecine, Kersten devient le disciple du Kô.

De 1922 à 1925, celui-ci forme Kersten à ce que ce dernier nomme « thérapie manuelle » ou « thérapie physio-neurale », et qu'il décrit en ces termes : « Il s'agit du traitement et de l'entretien des tissus nerveux au moyen de pressions manuelles adaptées […]. On peut pratiquement parler d'une thérapie des nerfs qui s'exerce en profondeur, dans la mesure où la peau, les tissus sous-cutanés et les tissus musculaires, avec leurs vaisseaux et leurs nerfs, sont saisis et étirés. ». L'historien François Kersaudy relève que Kersten ne présente pas sa technique thérapeutique comme miraculeuse et en précise de nombreuses contre-indications.

Pratique professionnelle en tant que thérapeute manuel Reconnaissance rapide à Berlin et patientèle issue des classes dirigeantes À l'automne 1925, le Kô annonce à Kersten son départ pour la Chine (où il est né) et lui assure « qu'il lui a transmis tout ce qu'il sait ». Le nouveau diplômé hérite de la clientèle du médecin tibétain à Berlin et sa situation financière devient florissante. En effet, nombre de ses patients sont des membres de l'élite économique et industrielle, à l'instar de Carl Bosch de IG Farben et August Diehn, directeur du cartel de la potasse. Cela lui permet par ailleurs de traiter à peu de frais ou sans se faire rémunérer des patients désargentés..

Installation aux Pays-Bas, renommée auprès des élites européennes vignette|Henri de Mecklembourg-Schwerin. Après quelques années de pratique, la réputation de Felix Kersten dépasse les frontières allemandes. En 1928, il soigne le prince Henri de Mecklembourg, mari de la reine Wilhelmine des Pays-Bas. À l'invitation de la famille royale néerlandaise, Kersten s'installe à La Haye en 1928. Tout au long de cette période, il exerce six mois par an à La Haye, quatre mois à Berlin et le reste du temps en Suisse, en Italie et en Autriche, recevant des patients de diverses nationalités.

Il soigne entre autres l'épouse de l'ambassadeur d'Italie à Berlin et le duc de Spolète, cousin du roi d'Italie Victor-Emmanuel III, dont la guérison accroît sa renommée, ainsi que le fils du général Willem Roëll, commandant en chef de l'armée néerlandaise — ce qui s'avère déterminant par la suite.

Vie de famille En 1937, Felix Kersten se marie avec Irmgard Neuschäffer, fille du garde forestier en chef du grand-duché de Hesse. En 1938, le couple donne naissance à un premier enfant.

Agent d'influence et de renseignement auprès de Himmler L'élément déclencheur Alors qu'Hitler est au pouvoir depuis déjà plusieurs années et que les intentions belliqueuses du Troisième Reich deviennent de plus en plus visibles, le général Willem Roëll, qui le connaît donc déjà, approche Kersten pour l'inciter, au moyen de son activité thérapeutique et de ses nombreuses connaissances dans la haute société berlinoise, à se rapprocher des hauts dignitaires nazis afin de renseigner les Pays-Bas.

Rencontre avec Himmler vignette|redresse|Heinrich Himmler.

Au début de 1939, son patient et ami August Diehn, directeur du cartel de la potasse, convainc Kersten d'examiner Heinrich Himmler, espérant qu'en le soignant, Kersten serait en position de le dissuader de nationaliser l'industrie lourde du pays. Kersten s'incline et soigne Himmler.. C’est le début d’une relation patient-médecin entre Himmler et Kersten et d’une autre, mortelle, entre Kersten et la Gestapo.

À la première rencontre, Kersten apprend qu’une douleur insupportable taraude le Reichsführer, douleur que même la morphine ne peut dissiper. Après un diagnostic à l’aide de sa technique particulière, Kersten détermine l'origine des souffrances. À la suite d'un massage sur un centre nerveux précis, qui met le chef des SS au supplice, Himmler se relève et se sent léger pour la première fois depuis longtemps. S'ensuit une série de massages qui rendent à Himmler sa santé physique et son zèle sans limite envers le Führer.

En , Kersten est dans une situation délicate. En effet, Hitler s'est emparé de la Bohême-Moravie et de la Pologne, amenant les déclarations de guerre de la part de la France et de l’Angleterre. Étant citoyen et officier de réserve finlandais, il est fort possible que Kersten soit bientôt appelé sous les drapeaux pour combattre. Il demande conseil à l’ambassade de Finlande et reçoit le conseil de continuer à soigner Himmler, tout en rapportant ses propos aux autorités finlandaises.

En , sa situation est devenue nettement plus complexe. L’Estonie est annexée par l’URSS. Ayant combattu les Soviétiques, il y est donc passible de la peine de mort. Aux Pays-Bas, les autorités allemandes lui en veulent, car il soigne la famille de la reine Wilhelmine. La Finlande lui ferme ses portes, car elle lui demande d’espionner Himmler. Finalement, en Allemagne, il est assigné à demeure ou doit accompagner le Reichsführer à bord d’un train spécial qui se déplace vers le front français.

Premières vies sauvées vignette|redresse|gauche|Felix Kersten en 1940. En , le contremaître d’un ami et industriel allemand (le magnat de la potasse August Rosterg) est arrêté par les SS, car faisant partie d’un parti social-démocrate. Après avoir soigné une crise particulièrement aiguë de Himmler, le médecin profite de son immense reconnaissance pour demander la libération du contremaître. Himmler accède à son désir.

À partir de ce moment, profitant de la maladie de Himmler, Kersten fait libérer des milliers de prisonniers des camps de concentration nazis. Plus tard, lors d’une visite aux Pays-Bas, il se confronte à Hanns Albin Rauter., le chef de la Gestapo aux Pays-Bas, pour qu’il libère l’un de ses amis. Rauter s'incline sur l'ordre de Himmler.

Pour influencer Himmler, Kersten entreprend de le flatter, le rendant l’égal des légendes allemandes, tel Frédéric . Ce désir d’être flatté est suffisamment fort pour que Himmler signe des ordres d’élargissement qui sauvent des centaines de personnes.

L’influence que Kersten exerce sur Himmler est considérée avec intérêt par d’autres puissants du régime national-socialiste. Dans sa lutte pour la survie, Kersten peut compter sur Rudolf Brandt, secrétaire particulier de Himmler. Engagé comme secrétaire à cause de son érudition et de sa discrétion, il fournit régulièrement une aide précieuse au masseur, lequel est ballotté entre différents dirigeants de la SS.

En , il reçoit la visite de deux gestapistes lui rappelant qu’un médecin allemand ne peut soigner des Juifs. Kersten leur démontre qu’il est Finlandais, donc que cet interdit ne peut s'appliquer à lui. Lorsqu’il mentionne cet « incident » à Himmler, ce dernier tance vertement Heydrich, lui rappelant que Kersten est sous sa responsabilité.

Le brillant et redouté Walter Schellenberg, officier du contre-espionnage de Himmler, ainsi que le général SS Gottlob Berger, militaire soucieux de son honneur qui a en dégoût profond la Gestapo et le racisme selon KesselKessel, ., mais néanmoins partisan de l'extermination des Juifs., prennent le parti de Kersten contre le redoutable Reinhard Heydrich et son remplaçant, Ernst Kaltenbrunner.

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