thumb|upright=1.4|alt=Carte des départements français.|Localisation du gisement sur la carte des bassins houillers français. thumb|upright=1.5|Étendue de bassin houiller dans le département Pas-de-Calais.

L'exploitation du bassin du Boulonnais commence de manière très marginale grâce à des affleurements découverts vers 1660, et se termine après la au début des années 1950. Au , l'ensemble de ces communes appartenaient à la province de Picardie, d'où l'expression « bassin houiller Picard ». La première fosse, celle du Cavrel de Tagny, est ouverte en 1692, et la plupart des fosses des mines du Boulonnais sont ouvertes durant la première moitié du .

Le bassin du Boulonnais est une des constituantes du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Toutefois, la production est toujours restée faible par rapport aux autres compagnies. L'âge d'or de ce bassin, du point de vue de la production, se situe à la fin des années 1870 et au début des années 1880. La majorité des fosses ouvertes n'ont servi qu'à glaner la houille. L'exportation de celle-ci se faisait principalement grâce à un embranchement construit sur la ligne de Boulogne-Ville à Calais-Maritime.

Des personnalités telles que François Joseph Théodore de Désandrouin et Gaspard Moïse Augustin de Fontanieu ont marqué l'exploitation de ce bassin. Celui-ci est réputé pour avoir un terrain houiller situé à une faible profondeur, ainsi que de fortes venues d'eau qui ont noyé bon nombre de fosses.

La découverte, à la fin du

La légende veut que la houille ait été découverte vers l'année 1660 par un cultivateur de Réty, qui labourait son champ avec sa charrue. Celle-ci aurait mis au jour un affleurement, sur les communes d'Hardinghem et de Réty, dans le petit bassin du Bois des Roches et d'Hénichart. La houille affleurait en effet le long de la faille de Ferques, à l'ouest d'Hardinghem et à Réty, jusqu'au hameau de Locquinghem, ainsi que dans le bois des Roches, elle est recouverte seulement de terre végétale.

Un mémoire sur la minéralogie du Boulonnais, publié en l'an III au Journal des Mines, indique que l'exploitation des mines de charbon paraît y avoir commencé en 1692. La fosse du Cavrel de Tagny est ouverte cette année-là, et abandonnée en 1693. Elle est constituée de trois puits, et atteint le calcaire carbonifère.

D'autres hypothèses existent. Monnet avance la date de 1720. Le résumé des travaux statistiques de l'administration des Mines de l'année 1838 indique que le bassin d'Hardinghen a été découvert en 1730, et que l'extraction du combustible s'y est continuée sans interruption jusqu'à la date du résumé. Morand indique quant à lui en 1768 : « En 1739, on découvrit une mine de charbon de terre dans la paroisse d'Ardinghen, proche Boulogne ; un autre dans la paroisse de Rethi dont le charbon est très bon pour les briqueteries, les fours à chaux et l'usage des maréchaux ».

thumb|upright=1.1|Plus de cent ans après sa publication en 1904, l'ouvrage Topographie souterraine du bassin houiller du Boulonnais ou bassin d'Hardinghen d'Albert Olry constitue toujours une référence complète sur les mines du Boulonnais.|alt=Couverture en noir et blanc de l'ouvrage d'Albert Olry intitulé Topographie souterraine du bassin houiller du Boulonnais ou bassin d'Hardinghen, publié en 1904. Cliquer sur la couverture permet d'accéder à l'ouvrage au format pdf. Albert Olry considère que la date de 1660 peut paraître trop ancienne, et que celle de 1692, première fosse datée, peut paraître trop tardive, et a fortiori les dates avancées de 1720, 1730 et 1739. Un arrêt du Conseil d'État, en date du , accorde au duc du Montausier et à ses hoirs, successeurs et ayants-causes, pour une durée de quarante ans, le privilège d'exploiter toutes les mines et minières de charbon de terre qu'ils découvriraient dans l'étendue du Royaume de France, le Nivernais excepté. Le duc de Montausier est mort en 1690, sans avoir fait usage de ce privilège. L'arrêt du , confirme la jouissance à sa fille et héritière, la duchesse d'Usez, mais en formulant une réserve à l'égard des terres de Réty et d'Austruy, situées dans le Boulonnais, ainsi que celles d'Arquiau, appartenant à la généralité d'Orléans, au sujet desquelles elle avait pris des arrangements avec les sieurs de Tagny et de Mason, qui en étaient les seigneurs et hauts justiciers. Une autre exception est accordée par le roi en 1692, sans doute avec l'assentiment de la duchesse d'Usez, en faveur de Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, gouverneur de Boulogne, fils et héritier du maréchal d'Aumont, pour les autres communes du Boulonnais.

L'exploitation par la famille Desandrouin

En 1720 sont arrivés Jean-Antoine et François-Joseph, fils de Gédéon Desandrouin, seigneur d'Heppignies, de Lodelinsart, et du Longbois. Ce dernier a obtenu par arrêt du Conseil d'État du l'autorisation de construire une verrerie dans le Boulonnais. Ses deux fils sont les frères de Jean-Jacques Desandrouin, un des fondateurs de la Compagnie des mines d'Anzin. Jean-Antoine meurt le . François-Joseph acquiert la jouissance des mines d'Hardinghen, dont il a poursuivi l'exploitation. Il meurt le , son frère, Jean-Pierre Desandrouin lui succède. Les mines d'Hardinghem et de Réty sont restées plus d'un siècle dans cette famille. Gaspard Moïse Augustin de Fontanieu a été le principal concurrent de la famille Desandrouin. Seigneur et marquis de Fiennes, il acquiert en 1730 la terre de Fiennes de la comtesse de Valençay, présente une requête au roi en 1735, et entreprend plusieurs fosses, en vertu de son droit de propriétaire du sol, sur les territoires de Fiennes, et même d'Hardinghen.

thumb|left|upright=1.5|Les concessions du Boulonnais vers 1880.|alt=Carte schématique représentant les trois concession du bassin du Boulonnais vers 1880 : Ferques, Fiennes, et Hardinghem. Les limites des territoires étant mal connues, de nombreuses contestations se sont produites, et après de longs débats, une transaction a eu lieu le , homologuée par un arrêt du Conseil du roi du . Cet arrêt prend pour ligne de démarcation la route de Marquise à Hardinghem. De Fontanieu obtient alors le droit d'exploiter la région située au nord de cette route, vers Fiennes, jusqu'aux confins du territoire de Réty, et Desandrouin conserve la région sud, qui comprend toutes les fosses d'Hardinghem. Un arrêt du Conseil d'État, en date du , autorise le duc d'Aumont et d'Humières à continuer pendant trente ans l'exploitation des mines de charbon du Boulonnais et du comté d'Ardres, avec exception du village de Fiennes et de son territoire en faveur du sieur de Fontanieu, et des terres de Réty et d'Austruy en faveur du sieur de Bucamp. Sous conditions, les propriétaires du sol peuvent également exploiter eux-mêmes. Le baron de Contes d'Esgranges, seigneur de Bucamps, s'est associé à Jean-Pierre Desandrouin dès 1730, seuls deux groupes exploitent alors le bassin du Boulonnais, les propriétaires gardant le pouvoir d'extraire du charbon sur leurs terres, sous réserves des restrictions édictées par l'arrêt du Conseil d'État.

thumb|upright=0.8|François Joseph Théodore de Désandrouin.|alt=Portrait en noir et blanc de François Joseph Théodore de Désandrouin. L'exploitation des mines en France est réglementée peu de temps après par un arrêt du Conseil en date du , soumettant explicitement leur ouverture au régime de la permission préalable. Jean-Pierre Desandrouin meurt sans postérité le . Il lègue ses exploitations à son neveu le vicomte François Joseph Théodore, fils de Jean-Jacques Desandrouin, qui a été député aux États généraux de 1789, et mort à son tour célibataire le . Celui-ci a fait creuser les fosses du Réperchoir ou du Privilégié, du Bois de Saulx 1, Saint-Ignace, du Privilège, Sainte-Marguerite 1...

Le , le Conseil d'État rend un arrêté confirmatif du privilège précédemment accordé au duc d'Aumont et d'Humières, pour une nouvelle durée de trente ans, en faveur du duc Louis-Marie d'Aumont, son petit-neveu et héritier, et, après lui, de son fils, le duc de Viilequier. C'était toujours le maintien de l'état de choses existant, en raison des contrats qui avaient assuré à la famille Desandrouin la jouissance des privilèges autres que ceux des hoirs de Fontanieu. En 1779, la fosse du Rocher a été ouverte sous ce régime. Deux ans après, par acte du , François Joseph Théodore Desandrouin s'associe avec Cazin-Cléry d'Honincthun. C'est à cette période que la fosse Petite-Société, sur Hardinghen, a été ouverte, et ensuite les fosses Hénichart, du Vieux-Rocher, du Gouverneur, Lefebvre, Pâture-Grasse, du Rocher (nouvelle) et du Verger-Blondin.

Les et , des arrêts du Conseil d'État précisent les limites et les conditions dans lesquelles il peut être fait usage du privilège confirmé en dernier lieu par l'arrêt de 1771, et définissent plus exactement les droits réservés aux propriétaires du sol. Ces arrêts ont été rendus à propos de contestations survenues entre la société Desandrouin-Cazin, Pierre-Élisabeth de Fontanieu, fils de Gaspard-Moïse, et le sieur Desbarreaux, possesseurs premièrement dans le bassin du bois des Roches, la première des fosses Hénichart, le deuxième de celles de Noirbernes, le troisième de celles de la Tuilerie, deuxièmement dans le bassin principal d'Hardinghen, la première des fosses du Privilège et du Bois de Saulx 1, le deuxième des fosses du Riez-Marquin et Sans-Pareille, le troisième de celle du Riez-Broutta.

Certains propriétaires font alors usage de leur droit d'exploiter sur leurs terrains, outre Desbarreaux par exemple, la société de Sesseval, a ouvert les fosses Suzette et Hiart 1 du bois des Roches. Après la dissolution de la société Desandrouin-Cazin, survenue le , François Joseph Théodore Desandrouin passe un nouveau contrat, le suivant, avec les deux fils Cazin-Cléry : Pierre-Élisabeth et Joseph-Alexis-Félix-Martin. C'est dans ces conditions qu'a été sollicitée, sous le régime de la loi du , par pétition du 3 complémentaire an VI (), la concession des mines de houille d'Hardinghen. Elle est accordée le 11 nivôse an VII (), et confirmée par un arrêté des consuls du 19 frimaire an IX ().

Mais auparavant, en 1792 et 1793, le Gouvernement, poussé par la pénurie du combustible résultant de la suspension des importations de charbons étrangers en France, avait chargé le représentant du peuple Joseph Le Bon d'exploiter pour ses besoins les mines d'Hardinghen, en payant. Cette exploitation a été faite sous la conduite et la direction d'un nommé Delaplace, commissaire du Gouvernement, elle a servi à approvisionner les villes frontières. À cet effet, une souscription patriotique a été ouverte pour la recherche des mines de houille dans le district de Boulogne. Les fosses de l'An, Fédération, Patriote, Pré-Moyecque, Brunet, datent de cette époque. La fosse des Sans-Culottes a de même été creusée, sous la Terreur, dans le bois des Roches, par une société qui ne semble pas avoir possédé de titres réguliers d'exploitation, et était dirigée par un sieur Mathieu, ancien conducteur des travaux des ayants droit de la famille de Fontanieu.