Le Maroc compte deux langues officielles : l'amazigheConstitution du Royaume du Maroc de 2011, Art.5 et l'arabe. Chacune des deux langues est parlée sous différentes formes dialectales, alors que l'arabe littéral est la langue administrative et que l'amazighe ne possède pas de forme unifiée ; cependant une version standardisée de l'amazighe est progressivement introduite.
D'autres langues comme le français (dont une traduction officielle existe dans le Bulletin officiel du royaume du Maroc, parallèlement à une version officielle en arabe), et dans une moindre mesure, l'espagnol, sont aussi très présentes au Maroc, tandis que l'anglais gagne du terrain dans le monde des affaires et des échanges internationaux.
Histoire Ère pré-islamique
Existant depuis au moins 5000 ans, le berbère (dit officiellement « amazighe » au Maroc) est la langue la plus ancienne attestée au Maroc . Le long de la période pré-islamique, d'autres langues sont introduites par les conquérants consécutifs au sein des territoires qu'ils contrôlent, tel le punique, introduit par les Phéniciens et les Carthaginois entre le et le , ainsi que le latin, introduit par les Romains qui s'installent dans la région à partir du et ayant engendré un parler local aujourd'hui éteint, le roman africain.
D'autres populations, notamment des Juifs et des Noirs, sont attestées dans la région pendant l'ère pré-islamiqueAhmed Zainabi, (background paper), dans: World Development Report, World Bank (2003). Les Juifs, établis depuis le , ont adopté la langue berbère tout en gardant une certaine connaissance de l'hébreu, qui demeure leur langue liturgique. Les Noirs de la région, désignées en tant que Kouchites par des manuscrits hébreux, forment selon ces manuscrits la majorité de la population de la vallée du Draâ jusqu'au . Berbérophones, ils seraient les ascendants d'une partie de la population noire actuelle de la Vallée.
Islamisation et « première arabisation » La première phase d'arabisation au Maroc suit la conquête musulmane, survenue entre la fin du et le début du . Touchant d'abord les centres urbains (Meknès, Volubilis, Moulay Idriss Zerhoun, Basra, Sefrou), les ports (Salé, Tanger, Sebta) et les zaouïas, l'arabisation concernera par la suite les voies de communication, menant à la diffusion de la langue arabe au Tafilalet, chez les Jbalas et chez les Ghomaras.
Cette première phase de diffusion de la langue arabe au Maroc donnera naissance aux parlers dits pré-hilaliens.
Invasions hilaliennes et « seconde arabisation »
À partir du , les Almohades entreprennent le déplacement de tribus arabes hilaliennes vers les plaines du Tamesna. Ces tribus supplantent ou fusionnent avec des tribus berbères préalablement établies dans la région, ces dernières adoptant la langue arabe. Cette phase d'arabisation donnera naissance aux parlers dits hilaliens, qui s'implantent durablement dans les plaines occidentales et les plateaux de l'Oriental.
Dans le Sud, les tribus sanhajiennes sont arabisées au contact des Dwi H'ssan, tribu arabe maqilienne qui s'est installée dans la région entre le et le . Cette phase donnera naissance au parler hassanya.
Évolutions pendant l'ère « classique » Entre le et le , les interventions portugaises, suivies de famines et d'épidémies entre le et le début du , provoquent un dépeuplement suivi d'un repeuplement de certaines régions. Ainsi, les Rhamna arabes s'installent dans le Haouz tandis que les Sanhaja s'installent dans le Gharb, le Guerouane et le Zemmour, réintroduisant le berbère dans ces régions.
Entre la fin du et le début du , plusieurs dizaines de milliers d'exilés Juifs et Musulmans d'Al-Andalus s'installent au Maroc, principalement dans les villes, y implantant des parlers arabes non-hilaliens ainsi que l'espagnol. Cette phase verra le renforcement des parlers non-hilaliens, cependant le castillan déclinera et cessera d’être parlé au sein des communautés musulmanes à la fin du , tandis que le haketia, parler judéo-espagnol, demeurera en usage au sein des communautés juives.
La présence coloniale pendant la première moitié du introduit l'usage du français et le renforcement de l'espagnol. Cette période connait également, dans le cadre des missions de reconnaissance et des missions scientifiques européennes, le début de l’intérêt des scientifiques envers les langues et les dialectes du Maroc.
Le connait également des mouvements d'exode rural vers les centres urbains qui mènent à plus de contact entre les populations de langues maternelles et de dialectes différents, provoquant l'apparition de koinès urbaines qui surpassent en nombre de locuteurs les parlers citadins traditionnels, mais également la réintroduction des parlers berbères dans les villes arabophones. Cependant, les berbérophones en milieu urbain arabophone tendent à délaisser leur langue et à adopter l'arabe en tant que langue de communications, mais également au sein des foyers.
Situation linguistique actuelle
Dispositions constitutionnelles et légales La constitution marocaine, dans son , reconnait l'arabe et le berbère en tant que langues officielles. Elle stipule également, au sein du même article, que , et que des lois organiques relatives à l'introduction de la langue berbère et la création d'un sont prévues.
Parlers arabes
L'arabe, dans ses formes dialectales, est la langue la plus parlée au Maroc.
Les différents dialectes arabes, désignés sans distinction par le terme « darija », sont classifiés au sein de deux familles : d'un côté les parlers non hilaliens ou pré-hilaliens, de l'autre les parlers hilaliens et maqiliensKees Versteegh, , dans: The Arabic Language, Edinburgh University Press (2001), .
Parlers non hilaliens Les parlers non hilaliens sont essentiellement présents dans le nord du Maroc (parlers citadins et montagnards), sauf les parlers judéo-arabes qui sont à l'origine disséminés à travers le territoire. vignette|droite|Carte ethnolinguistique du nord du Maroc parlers montagnardsS. Levy, , dans: EDNA (1996), L. Messaoudi, , dans: EDNA (1996), : parlers montagnards septentrionaux ; parlers montagnards méridionaux (Senhaja, Zenata) ; parlers citadins (fortement influencés par l'arabe andalou)L. Messaoudi, , dans: Cahiers de Sociolinguistique (2001), : parlers citadins « purs » (vieux parlers de Fès, Rabat, Salé, Tétouan, Taza, Zerhoun, Ksar El Kébir)M. Elhimer, , dans: Cahiers de Sociolinguistique (2001), ; parlers citadins influencés par les parlers bédouins (vieux parlers de Marrakech, Meknes) ; parlers citadins influencés par les parlers montagnards (vieux parlers de Tanger, Ouezzane, Chefchaouen, Asilah, Larache) ; parlers judéo-marocainsH. Zafrani, , dans: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée (1967), .
Parlers hilaliens et maqiliens
parlers hilaliens et maqiliens des plaines occidentales : Doukkala, Abda, Chaouia, Gharb, Rhamna, Sraghna, Chiadma, ZaersA. Bernard & P. Moussard, , dans: Annales de Géographie (1924), parlers hilaliens des plateaux orientaux : parlers hilaliens, parlés à Oujda et dans une partie de la région orientaleS. Elbaz, , dans: Arabica (1981), P. Behnstedt & M. Benabbou, , dans: Zeitschrift für arabische Linguistik (2005), koinès urbaines, résultantes des mouvements d'exode rural vers les villes au parlers sahariens (maqiliens)C. Taine-Cheikh, , dans: De l'Atlantique à l'Ennedi (Catalogue de l'exposition «Sahara-Sahel»), Ed. Centre Culturel Français d'Abidjan (1989), C. Taine-Cheikh, , dans: Peuples méditerranéens (1997),
Parlers berbères Parlers masmoudiens et sanhajiens
Les parlers masmoudiens et sanhajiens sont les plus parlés au Maroc, principalement dans le Souss, l'Atlas et les plaines avoisinantes, ainsi que sur le versant occidental du RifW. Cline, , dans: Southwestern Journal of Anthropology, Vol. 9, No. 3 (1953), : le chleuh (inclut le judéo-berbère), au sud du Maroc ; le tamazight du Maroc central ; le Sanhadji de Srayr, parlé par une grande partie des Sanhajas de Srayr, dans la région de Ketama ; le ghomari, parlé par une minorité des Ghomaras, dans le nord-ouest du Rif.
Parlers zénètes
On trouve au Maroc plusieurs parlers zénètes, principalement au Nord et dans l'Est du pays : le rifain, au nord, dans les montagnes du Rif : inclut les parlers des Beni Snassen et le parler des Beni Snous au nord-ouest de l'Algérie, bien que ces deux derniers parlers soient souvent considérés comme distincts, ainsi que les parlers zenètes de l'Oriental, parlés au sud d'Oujda ; les parlers du nord-est du Moyen-Atlas (parlers des Aït Seghrouchen, Aït Waraïn, Marmoucha, Aït Morghi, Aït Alaham et Aït Youb), bien que mutuellement intelligibles avec le tamazightEdmond Destaing, , dans: Études et Documents Berbère, vol. 19-20 (2001-2002, orig. 1915), ; le chleuh de Figuig et des ksours longeant la frontière algéro-marocaine.
Autres langues thumb|200px|L'arabe (littéraire) et le français se partagent historiquement l'espace administratif et commercial au Maroc
Français
Le français, dont l'implantation date du protectorat français, est la première langue étrangère au Maroc par le nombre de locuteurs. Il est largement utilisé par les médias et dans l'administration.
La langue française est enseignée depuis le primaire en tant que seconde langue. Elle est également la langue d'enseignement des études supérieures dans les domaines scientifiques et techniques.
En 2024, la population francophone du Maroc représente 36 %, soit environ personnes. Parmi elles, 1,0 % (environ individus) parlent le français comme langue maternelle.. De plus, , soit 35,0 % de la population totale de , utilisent le français comme langue seconde. Le recensement de 2014 fait état, lui, de 66% de la population alphabétisée qui sait lire ou écrire en français, soit 44,9% de la population totale.
Espagnol
Historique L'introduction de la langue espagnole au Maroc est attestée dès le début de l'afflux des réfugiés andalous, à la suite de l'avancée chrétienne en Al-Andalus. La présence de la langue espagnole est renforcée par l'afflux des Sépharades puis des Morisques, en grande partie hispanophones.
La langue castillane exercera une grande influence sur les parlers arabes citadins et juifs, demeurera parlée par une partie des descendants des Morisques en tant que langue maternelle puis que seconde langue après leur adoption de la langue arabe et donnera naissance au haketia, dialecte judéo-espagnol, qui demeure parlé par une partie des Megorachim.
L'espagnol devient une langue de communication de la diplomatie marocaine et du commerce international pendant les siècles qui suivent son introduction.
Au , la pénétration coloniale espagnole au nord et au sud du Maroc donne une nouvelle impulsion à l'espagnol.
Haketia Le haketia est un dialecte judéo-espagnol jadis parlé par les Megorachim, les Juifs séfarades installés au Maroc à la suite de l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492. Son foyer se situe sur la côte nord du Maroc, à Tétouan, avec une forte implantation dans les villes de Tanger, Larache, Arcila, Alcazarquivir et Chefchaouen ; il s'est également diffusé par la suite en Oranie et en Amérique latine, puis plus récemment en Israël, du fait des mouvements migratoires des populations juives d'origine marocaine.
Le haketia n'est plus considérée comme une langue vivante de nos joursYaakov Bentolila, , dans: Los Muestros, (décembre 2005). On relève une reviviscence de ce parler appliqué au registre du burlesque et un maintien dans la langue courante qui doit beaucoup au domaine de la parémiologieYaakov Bentolila, , dans: Linguistique des langues juives, Publ. CNRS (2003), , tandis que quelques locuteurs et chercheurs déplorent un délaissement du haketia au profit d'un judéo-espagnol normalisé dans les publications consacrées au monde séfaradeSolly Lévy, , dans: Los Muestros, (décembre 2004).
Espagnol moderne