vignette|Plan de Lyon à l'aube de la Troisième République.
Durant la Troisième République, Lyon quitte progressivement la grande histoire, pour se fondre dans le moule des grandes cités industrielles françaises. Marquée par ses maires successifs, elle se développe largement, voyant sa population et son industrie prospérer. Plus particulier est son attachement à un certain radicalisme républicain, édifié et entretenu, qui se dresse contre l'influence de l'Église, en proie à de graves difficultés.
La ville et ses habitants
Les évolutions urbaines vignette|Universités de Lyon
Les dernières rénovations du centre-ville : 1870 - 1900 Sous le nouveau régime républicain, la municipalité lyonnaise engage de nombreux travaux pour développer la cité. Pour nombre d'entre eux, ils sont la suite de ceux entrepris par le régime précédent. De grands projets naissent cependant sous le mandat d'Antoine Gailleton, et sont poursuivis par ses successeurs.
L'achèvement de la rénovation du centre-ville est accompli avec le projet du quartier Grolée.. L'entreprise, dirigée par les architectes Delamare et Ferrand, ouvre une voie en diagonale entre la rue de la République et le pont Lafayette, créant des bâtiments en triangle, comme dans l'urbanisme haussmanien..
La municipalité Gailleton procède également à la construction de plusieurs ponts., et surtout des Facultés.. Enfin, sur la rive gauche du Rhône, c'est sous sa direction que le palais de la préfecture est bâti.. En 1884, une partie des fortifications est déclassée, ce qui permet de construire, entre autres, le boulevard des Belges (alors boulevard du Nord) et le boulevard Montgolfier..
vignette|La gare Saint-Paul et le premier tramway lyonnais.
C'est à la même époque qu'est construite la basilique Notre-Dame de Fourvière. Monument de combat, destiné à montrer la force du catholicisme lyonnais ; les plans étaient prêts depuis les années 1860, ce sont les évènements de 1870 qui vont débloquer les fonds nécessaires..
D'autres quartiers ne connaissent pas d'évolutions majeures durant ces décennies. Ainsi, Vaise et Perrache sont des zones d'entrepôts et d'industries moyennes. Les Brotteaux, quant à eux, sont à l'époque largement achevés.
vignette|Plan des monuments de Lyon en 1894.
Les moyens de communication sont considérablement développés à cette époque, les véhicules à vapeur passant pleinement au stade industriel. Les gares sont construites plus grandes (Saint-Paul en 1872) ou rénovée (Perrache, Brotteaux). Des funiculaires sont ajoutés au premier construit en 1862 (menant à la Croix-Rousse), l'un en 1878, allant de Saint-Jean à Saint-Just et un autre en 1891 entre Croix-Paquet et Croix-Rousse. Le tramway apparait en 1880, tenu par la Compagnie des omnibus et tramway de Lyon, et s'étend rapidement. La première ligne électrifiée relie Lyon à Oullins en 1884..
L'ambition d'une cité moderne : 1900 - 1940 vignette|gauche|Carte postale de la gare des Brotteaux de 1926. Le mandat Herriot est un mandat riche en projets d'urbanisme, dans une ambiance intellectuelle de recherche de rupture avec les pratiques antérieures. Le terme d'« urbanisme » nait à cette époque et correspond tout à fait à la volonté des acteurs lyonnais de la transformation de la cité : Tony Garnier, Michel Roux-Spitz, Charles Meysson (architecte de la municipalité), C. Chalumeau (ingénieur en chef de la ville). Il s'agit .. C. Chalumeau commence par prendre en compte les données les plus exactes possibles de l'existant et des besoins, et établit un plan d'extension présenté à l'exposition internationale de 1914, définitivement arrêté après la guerre en 1919. Jusqu'en 1914, les travaux effectués sont les suites des chantiers engagés par Gailleton, quelquefois retouchés.. Avant guerre, Herriot poursuit ainsi le quartier des Brotteaux, autour de la nouvelle gare homonyme, quartier encore fortement marqué par l'architecture haussmannienne. Il fait également construire un grand Lycée, à l'origine annexe du lycée Ampère, le lycée du Parc, désormais emblématique du rayonnement intellectuel de la ville..
vignette|le Pont la Feuillée en 1900.
Dans les intentions générales voulues par les porteurs du projet de modernisation, une attention particulière est portée à l'hygiène (en 1932, le congrès international de technique sanitaire et d'hygiène urbaine se tient à Lyon.) et aux déplacements. Ainsi, pour répondre à la croissance du flux automobile, et notamment au fait que de nombreuses routes nationales arrivent à la ville, il est décidé de créer une demi-boucle en exploitant la ligne de fortifications déclassées et les bas-ports du Rhône. Quatre ponts sont construits à cette période : le pont de l'Homme de la Roche, le pont Pasteur, le pont Wilson et le pont la Feuillée.
D'autres projets voient le jour, sous l'influence notamment de Tony Garnier, en étroite coordination avec le maire. C'est à cette époque que sont lancés les grands chantiers marquants du mandat Herriot : les abattoirs de la Mouche (début des travaux en 1908), qui comprennent notamment la Grande Halle (aujourd'hui halle Tony-Garnier), l'Hôpital de Grange-Blanche. (1911) qui devait remplacer le vieil Hôtel-Dieu, et le stade de Gerland. (1913). Tous ces chantiers sont terminés dans l'entre-deux-guerres.
Après la Première Guerre mondiale, les projets s'accélèrent. L'hôpital de la Charité est détruit, laissant sa place à la poste centrale et à une place en continuité de la place Bellecour (aujourd'hui place Antonin-Poncet). Le quartier des États-Unis, fortement inspiré de la cité idéale rêvée par Tony Garnier, est construit dans le arrondissement (cette partie de l'arrondissement deviendra plus tard le ). Le stade de Gerland est achevé, mais n'accueillera jamais les Jeux olympiques de 1924 qui ont finalement échu à Paris.. Après avoir hésité sur l'emplacement, le port fluvial à trois darses est construit sur son emplacement actuel en 1935 : le port Édouard-Herriot.
D'autres projets vont avorter. En effet, la ville lance à cette époque un concours par an, concernant à chaque fois un site différent. Peu de ces projets verront réellement le jour. On peut toutefois citer celui de Tony Garnier qui prévoyait de prolonger l'axe Perrache - Victor-Hugo - Bellecour - République - Opéra jusqu'au boulevard de la Croix-Rousse, au prix d'importantes démolitions sur les pentes et d'une reconstruction dans un style moderne. Cette montée monumentale devait déboucher sur un monument aux morts de la Grande Guerre en lieu et place du Gros Caillou, qui aurait été visible depuis la rive gauche, pendant laïque à Fourvière. La démolition de l'Hôtel-Dieu fut également soumise à concours. Il n'en serait resté que le bâtiment de Soufflot, tandis qu'un nouveau quartier aurait vu le jour en plein cœur historique. La démolition-reconstruction du secteur de la Guillotière, autour de la place du Pont fut également envisagée. L'idée de construire des portes qui fixeraient de manière symbolique les limites de Lyon a été lancée, mais jamais réalisée malgré les projets de plusieurs architectes dont Tony Garnier.
Démographie et immigration
Structures administratives et institutions lyonnaises Après l'épisode de la Commune, les tenants de l'Ordre moral appliquent à Lyon la même mesure de répression qu'à Paris avec la loi du qui donne tout pouvoir au préfet du Rhône face à une assemblée élue symboliquement. Après la chute de l'Ordre moral, les édiles lyonnais et le maire Gailleton obtiennent en deux temps la restauration des pleins pouvoirs de l'assemblée municipale, et le droit pour cette dernière d'élire son maire (1881, 1884)..
Structures administratives de la municipalité vignette|L'hôtel de ville de Lyon sous la Troisième République.
La municipalité lyonnaise dispose durant cette période de vingt services chargés de différentes tâches, mais ces services évoluent fortement durant ces décennies.. Parmi ces services se trouvent les services techniques que sont la voirie, l'architecture, la recette, l'octroi. La mairie dispose également de structures culturelles que sont les musées, deux bibliothèques ou un observatoire municipal. À leurs côtés et liés se tiennent les services de l'enseignement, très fortement développés dès les débuts de la République avec la création d'un réseau d'écoles primaires, secondaires ou spécialisées. Lyon dispose dès les années 1880 de nombreux services de l'hygiène, bien spécialisés, tels que l'inspection des subsistances, l'inspection des boucheries et un laboratoire municipal de chimie. Au sein de ces structures, des professionnels sont recrutés pour épauler les agents municipaux chargés des contrôles..
Les bureaux de l'administration de la mairie sont divisés en sections spécialisées de manière rationnelle. Ils évoluent pour répondre à une logique de concentration. Ainsi, lorsque la loi de 1902 donne davantage de pouvoir aux maires sur la santé publique, les services de l'hygiène et de l'alimentation cessent d'être des services séparés pour être regroupés au sein du deuxième bureau (qui concentre déjà les élections, le personnel et la police) et qui est directement sous les ordres du maire. C'est à cette même époque, dans un souci d'avoir au sein d'une même unité les pouvoirs les plus importants, que les affaires militaires y entrent également..
En 1924, l'évolution de la spécialisation et de la rationalisation est bien entamée et l'organigramme de la mairie est le suivant. : Secrétaire général : secrétariat du conseil municipal : personnel, élections, hygiène, sécurité publique, alimentation : finances, comptabilité : sous-section 1 : instruction publique et beaux-arts ; sous-section 2 : assistance : inhumation, cimetière : voirie urbaine, voirie vicinale, architecture : police de la voirie, police des ports : archives municipales : office municipal du travail
Si l'évolution de l'effectif du personnel municipal lyonnais n'est pas discernable dans les archives sur l'ensemble de la période, il est possible de le déterminer sur certaines dates :
+ Effectif du personnel municipal. Décennies Effectif 1900 2748 1910 3086 1920 2129 1930 2931 1940 3753
La politique sociale menée par la municipalité La municipalité lyonnaise dispose de quatre services pour réaliser l'ensemble de sa politique sociale : le bureau de la Mairie centrale chargée des affaires d'assistance publique, le bureau d'hygiène et de statistiques, le bureau de Bienfaisance et l'Office municipal du travail.
Dans les années 1890, la mairie consacre entre 11 et 12 % de son budget à l'Assistance publique. Cela représente environ 1.250.000 Frs. Sur cette même période, le département du Rhône consacre une somme similaire mais les œuvres privées drainent plus de 12 millions de Frs.. Durant la décennie 1900, cette part se réduit à environ 9 %, pour remonter avant la Première Guerre mondiale vers 11 %. Cette augmentation a pour raison la loi de 1905 sur l'assistance aux vieillards, infirmes et incurables. Elle impose à la mairie de prendre en charge de manière obligatoire cette population à hauteur de 10 Frs par mois..