Joachim Jean-Pierre Raoul de La Barre de Nanteuil, né le aux Andelys où il est mort le , aristocrate, officier supérieur et homme politique normand, est le premier maire élu des Andelys de février à et le premier président du conseil général de l'Eure de à .

Orphelin de bonne heure Le , eut lieu en l’église paroissiale Saint-Martial de VascœuilAprès dispense de publication de bans donnée le 9 (ms G 6178, , v°, aux Archives départementales de Seine-Maritime à Rouen) et contrat passé le 22 desdits mois et an., le mariage entre messire Raoul III de La Barre de Nanteuil (1715-1794) et damoiselle Aimée, Radegonde, Dorothée Le Moyne de Boisgaultier d’Abancourt (1717-1743), fille de feu Claude Le Moyne (Abancourt, 1684 - ca 1727), écuyer, sieur d’AbancourtAncienne paroisse rattachée à celle de Saumont-La-Poterie., Saumont, BoisgaultierAncienne paroisse rattachée à celle de La Chapelle-Saint-Ouen., Le Quesnay-Oinville, et La Corbière à Heugleville-sur-Scie, et de son épouse damoiselle Marguerite Pringle (Rouen, 1689 - Vascœuil, 1744)L’épouse de Raoul III de La Barre était d’une ancienne famille normande anoblie au , tandis que sa mère appartenait à l’illustre maison écossaise dont le nom primitif Hop’Pringle (fils de pèlerin), et les armes ornées de coquilles en dépit de multiples brisures, marquaient la participation aux Croisades. Une branche des Pringle s’était installée en Normandie au à cause du négoce, et était passée peu de temps après au catholicisme à cause des circonstances politiques. Ainsi Maurice Pringle, le parrain et l’oncle de madame de Boisgaultier, avait-il reçu le baptême catholique en novembre 1685, lors de la dragonnade de Rouen. Voir et . thumb|Portrait armorié, en buste, de Raoul III de La Barre de Nanteuil (1715-1794), garde du corps du roi Louis XV en la écossaise, copie de l’original du comte de Brée daté de 1757, huile sur toile, École française du , coll. part.

Le , naissait au Grand-Andely le premier fils de Raoul III de La Barre et de sa première épouse. Le lendemain, l'enfant fut tenu sur les fonts baptismaux de la collégiale Notre-Dame des Andelys par sa marraine, dame Marie-Charlotte Élie, épouse de Joachim Le Moyne de Boisgautier (1691-1765), le parrain étant Jean-Pierre de La Barre (1713-1794), chanoine prébendé du chapitre royal et vicaire perpétuel de ladite collégiale du au Voir Julien-Ludovic de Brossard de Ruville, L’histoire de la ville des Andelys et de ses dépendances, Les Andelys : Delcroix, t. (1863), , et titulaire de la chapelle Saint-Gilles-Saint-Leu du Mesnil-Bellanguet. L’enfant reçut alors les prénoms de Joachim, Jean-Pierre, Raoul mais en famille, il était appelé Raoul et était donc le quatrième du nomDéjà usité chez les La Barre durant l’occupation anglaise à cause de sa consonance normande (Raoul ou Raoult équivalant à Rou, Rolf, Rolphus ou Rollon, ou Radulph en franc), ce prénom n’avait fait retour aux mâles de cette famille qu’au ; il avait ainsi été le dernier prénom de Jean-Charles de La Barre, mousquetaire du Roi, puis le prénom usuel de son troisième fils, Raoul III mentionné plus haut, parce que son parrain s’était trouvé être son aïeul maternel Raoul des Champs, de la famille de Gilles des Champs (v. 1355-1413), dit le "cardinal de Coutances"..

Alors âgé de 29 ans, Raoul III se trouvait père pour la première et dernière fois, lui qui était le troisième d’une famille de quatorze enfants. En effet, son épouse mourut des suites d’un accouchement difficile, à l’âge de vingt-six ans, moins de deux semaines après la naissance de Joachim. Elle fut inhumée le dimanche , lendemain de son décès, en la chapelle sépulcrale des La Barre dédiée à saint Nicolas et à sainte Clotilde, située dans le cimetière attenant à la collégiale Notre-Dame des Andelys. Il restait à Raoul un fils à élever, aussi convola-t-il en secondes noces quatre ans plus tard ; il épousa le , en la même collégiale, damoiselle Marie, Madeleine, Céleste Allorge de Gamaches, fille de Tranquille II Allorge (1652-1711), seigneur de Gamaches et du manoir de Senneville à Amfreville-sous-les-Monts, qui avait été en 1680-1681 écuyer de la reine de Norvège, Charlotte-Amélie de Hesse-Cassel (1650-1714), et de son épouse Marie-Céleste Dedun d’Irreville (ca 1686-1751)D’ancienne souche normande, les Allorge descendaient en ligne directe de sire Guillaume Allorge (... - Rouen, 1406), maire et capitaine de Rouen en 1375-1376 puis en 1382, l’un des six conseillers nommés par le roi Charles VI à la tête de la ville après la Harelle, entre 1382 et 1397, bienfaiteur des Augustins de Rouen et de leur paroisse Saint-Martin-du-Pont en 1394-1396. Le même Charles VI l’anoblit par lettres patentes données en 1394. Son fils Robert II Allorge (mort en 1412), bourgeois de Rouen, marchand de vin, banquier et spéculateur, conseiller de ville, député par la ville de Paris à l’occasion du procès avec la Compagnie française en 1397, est célèbre pour avoir acquis un grand nombre de rentes, biens fonciers, et charges lucratives. Plus célèbre encore pour sa fin, son fils Robin puis Robert III Allorge, écuyer, seigneur du Grand-Lombelon à Duranville en 1412, du Mesnil à Mandeville-la-Campagne en 1414, et de l’Isle du Colombier, au-dessus du Pont joignant l’Isle du Banc-de-Sablon en 1414, fit construire et dota une chapelle au chevet de l’église Saint-Martin-du-Pont en 1417. Ayant prêté serment au roi Henry V d'Angleterre en 1419, il commença d’être dans la gêne car, pour obtenir le paiement des arrérages de la rente qu’il avait constituée en faveur de leur église, les trésoriers de Saint-Martin-du-Pont firent saisir divers hôtels qu’il possédait à Rouen. Il embrassa alors le parti du Dauphin, futur Charles VII, ce qui lui valut d’être arrêté, fait prisonnier, condamné à la peine capitale, et finalement d’avoir « le col trenchié au Viel Marché » de Rouen le . Cf. Charles Le Picard, Catalogue des maires et échevins de la ville de Rouen et des prieurs des consuls, depuis leur institution jusqu’en 1790, avec indication d’armoiries, Louviers : Izambert, 1895 ; Dictionnaire des ennoblissemens ou Recueil des lettres de noblesse depuis leur origine, tiré des registres de la chambre des Comptes et de la cour des Aides de Paris, tome ier, Paris : Au Palais-Marchand, 1788, p. 6 ; Charles de Robillard de Beaurepaire (1828-1908), Notes et documents concernant l’état des campagnes de la Haute-Normandie dans les derniers temps du Moyen Âge, Évreux : P. Huet, et Rouen : Lebrument, 1865, sq. ; et Pierre Cochon, notaire apostolique à Rouen, Chronique normande, Charles de Robillard de Beaurepaire (pub.), Rouen : A. Le Brument, 1870.. alt=Portrait de la reine Marie Leszczyńska (1703-1768) lisant la Bible (détail), par Jean-Marc Nattier (1685-1766), Huile sur toile, 1748, Château de Versailles.|vignette|Portrait de la reine Marie Leszczyńska (1703-1768) lisant la Bible (détail), par Jean-Marc Nattier (1685-1766), Huile sur toile, 1748, Château de Versailles.

Page de la Reine Fin 1756, son oncle et parrain, le chanoine Jean-Pierre de La Barre (1713-1794), se chargea de réunir les preuves de noblesse nécessaires pour l’admission du jeune Raoul IV parmi les pages de la reine Marie Leszczyńska, épouse du roi Louis XV depuis 1725. Ces preuves furent reçues le Voir Gaëtan d’Aviau de Ternay, Les pages des Écuries du Roi, des Reines et des Dauphines. Dictionnaire biographique, Paris : Patrice du Puy, 2006, . Une lettre relative à l’admission de Raoul IV, adressée le 26 septembre 1756 par Charles-René d’Hozier, généalogiste du Roi, à René-Mans VI, sire de Froulay (1736-1814), comte de Tessé, marquis de Lavardin, premier écuyer de la Reine, une fiche d’admission parmi les pages de la Reine datée du lendemain et enfin un certificat d’entrée du janvier suivant, accompagnés des pièces justificatives fournies par son père aidé de son oncle Jean-Pierre de La Barre, chanoine d’Andely, sont conservées au Cabinet des titres (Carrés d’Hozier 61 ou Ms fr 30.290, folios 96 et suivants, et Ms fr 32.889, Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des manuscrits occidentaux). par Antoine-Marie d’Hozier de Sérigny (1721-1801), juge d’armes de la noblesse de France et commissaire aux preuves de 1753 à 1788, lequel appela alors le candidat « La Barre du Mesnillet de Nanteuil », en vertu de deux fiefs possédés par sa famille depuis le . Au cours de cette période (1757-1759), la Reine surprit le jeune Raoul IV cachant derrière lui un lapin qu’il avait tiré dans le parc du château de Versailles, lui tira les oreilles et lui dit : « Allez, mon ami, vous ne recommencerez pas, n’est-ce pas ? »Anecdote transmise par la tradition familiale et retranscrite par le baron Joseph de La Barre de Nanteuil (1853-1927) in Maison de La Barre de Nanteuil, recueil de manuscrits daté de 1894.

Cornette au Royal-Cravates Seconde épouse de Raoul III de La Barre et donc belle-mère de Raoul IV, Marie, Madeleine, Céleste Allorge était la fille de Marie-Céleste Dedun d’Irreville, laquelle avait donné à son premier époux Antoine-François de Roncherolles (1673-...), comte de Daubeuf, chevalier de Malte en 1690, un fils nommé Charles, Antoine, Tranquille de Roncherolles (Daubeuf, 1715 - , 1787), marquis de Roncherolles, comte, seigneur et patron honoraire de Saint-Martin de Daubeuf, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, qui fut capitaine au régiment Royal-Cravates cavalerie. C’est sans doute en raison de cette affinité que, le , Raoul IV de La Barre, qui n’était pas encore âgé de 16 ans, fut reçu au Royal-Cravates, en la compagnie de Roncherolles, où, durant près de trois ans, il servit comme cornette à la campagne d’Allemagne. Il faut dire que, dans la lettre de recommandation que René Mans VI de Froulay, comte de Tessé (1736-1814) écrivit le au maréchal-duc de Belle-Isle, il dit de lui : « C’est un bon sujet qui mérite les grâces du Roy. » Le suivant, Victor-François, maréchal-duc de Broglie, lui octroya alors un sauf-conduit pour qu’il pût circuler librement dans le royaume, au service des Royal-Cravates.

Garde du corps du Roi