L'église Saint-Nazaire de Barbadell () est une église catholique désaffectée de styles préroman et roman située à Bouleternère, dans le département français des Pyrénées-Orientales.
Bâtie sans doute avant l'an mille, l'église Saint-Nazaire se développe du avec le village de Barbadell, dont elle est l'église paroissiale. Au , Barbadell, pour des raisons mal connues (inondations, guerres, peste ou un ensemble de plusieurs de ces facteurs) connaît un fort dépeuplement, jusqu'à disparaitre complètement au cours du . L'église Saint-Nazaire, devenue simple chapelle isolée, n'est pas oubliée par les habitants de Bouleternère qui continuent à lui faire des dons par testament.
Au , des ermites se succèdent à Saint-Nazaire, l'entretiennent et y maintiennent un culte, lui évitant l'abandon connu par de nombreuses églises rurales à la Révolution française. Cet abandon n'est cependant que repoussé : au cours du , l'ancienne église change plusieurs fois de propriétaire, puis se voit partagée entre plusieurs propriétés. Elle est transformée pour devenir un bâtiment à usage agricole, puis une habitation, ce qui la dégrade fortement.
L'ancienne église est complètement rénovée depuis 1997, année où les trois propriétaires fondent une association de sauvegarde à laquelle ils lèguent le bâtiment.
Au , l'église retrouve son aspect médiéval. Elle est constituée d'une nef rectangulaire orientée ouest-est prolongée d'un chevet plat dont l'axe est légèrement décalé vers le sud. Les murs de la nef sont renforcés d'arcs doubleaux et formerets soutenant une voûte en berceau. Le bâtiment est surmonté d'un clocher-mur et couvert d'un toit en lauzes. Des traces d'un décor peint au subsistent sur les parois intérieures.
L'église Saint-Nazaire est entourée de murets et de canaux anciens, montrant que les habitants de Barbadell ont dû maintes fois, au cours des siècles, lutter contre les inondations et les crues de la rivière Boulès au bord de laquelle est construit ce bâtiment.
Situation
300px
Le massif du Canigou est le plus oriental des massifs des Pyrénées dépassant les d'altitude. Situé dans le département français des Pyrénées-Orientales, il sépare les régions naturelles et historiques de tradition catalane du Vallespir, au sud, et du Conflent au nord. Entre le Canigou et la mer Méditerranée se trouve le massif des Aspres, contrefort pyrénéen constitué de collines couvertes de forêt méditerranéenne, puis la plaine du Roussillon. Cette région est soumise à un climat méditerranéen, chaud et sec l'été, mais parfois marqué par de très fortes pluies..
Cours d'eau né dans le massif du Canigou, le Boulès traverse les Aspres du sud vers le nord à travers des gorges escarpées avant de se jeter, en Conflent, dans le fleuve Têt. Comme les autres rivières de la région, le Boulès connait un régime très irrégulier, soumis à d'importantes crues pouvant être dévastatrices..
L'église Saint-Nazaire de Barbadell se trouve au bord du Boulès, à un endroit où les gorges s'élargissent pour former une petite plaine entourée de montagnes escarpées mais de faible altitude. Le bâtiment est construit sur un cône alluvial issu d'un ruisseau appelé ravin de Saint-Nazaire qui conflue dans le Boulès à quelques mètres de l'église., à une altitude de . L'église dépend de la commune française de Bouleternère, dans le département des Pyrénées-Orientales.
La chapelle est accessible depuis Bouleternère par la route départementale D618 qui serpente le long de la vallée du Boulès et traverse les Aspres de part en part pour relier le Conflent au Vallespir (à Amélie-les-Bains-Palalda). Cette route permet également de rejoindre le prieuré de Serrabone, autre église romane située à quelques kilomètres au sud de l'église de Barbadell. Le trajet du village chef-lieu de la commune à l'église Saint-Nazaire est long d'environ .
Toponymie vignette|« Barbadell » (Viorne lantane) en fleurs.|alt=Bouquet de petites fleurs blanches avec des feuilles d'un vert vernissé.
est un nom catalan qui, selon Lluís Basseda, tire son origine du latin , diminutif de . Barbatus est sans doute le nom d'un propriétaire d'une villa, propriété agricole médiévale qui se trouvait en ce lieu. Ce nom a été donné ensuite à un village, aujourd'hui disparu, et à l'église paroissiale de ce village, qui est maintenant l'église Saint-Nazaire..
D'autres origines ont été proposées : le nom catalan qui peut notamment désigner un terrain sablonneux entouré de rochers, ou l'adjectif de la même langue , désignant une plante enracinée, un plant transplanté qui a pris racine. Jean Reynal fait également remarquer que barbadell est un des noms catalans de la Viorne lantane ()..
Quoi qu'il en soit, on retrouve une famille nommée Barbadell dans le village voisin de Glorianes et à Sofrunys (village maintenant intégré à la commune de Glorianes) dès le début du , dans deux actes, pour un mariage en 1319 et une vente de domaine agricole en 1342.
En catalan, le double l est mouillé.
vignette|Décapitation de Nazaire et ses compagnons Celse, Protais et Gervais. Ménologe de Basile II, fin du - début du , Bibliothèque apostolique vaticane.|alt=Un homme brandit son sabre, visiblement pour décapiter un saint agenouillé. Deux têtes sans corps gisent à ses pieds. Un quatrième saint attend, les mains, peut-être liées, dans le dos.
Saint-Nazaire () provient d'un surnom d'origine hébreu qui signifie « le Nazaréen »., personne originaire de Nazareth, comme Jésus-Christ.
L'église doit son nom à Nazaire de Milan, Romain chrétien du . Parti prêcher la nouvelle religion en Gaule, il fut persécuté par les autorités pour avoir tenté de propager sa foi. Il a, selon la tradition chrétienne, été condamné à la noyade, à laquelle il a échappé par miracle, avant de finir décapité., avec ses compagnons Celse, Protais et Gervais, tous devenus saints catholiques par la suite.
L'édifice est mentionné sous les noms ou sur les cartes IGN.
Histoire Construction et paroisse Même si le plan de la chapelle et certains éléments architecturaux sont typiques des églises préromanes rurales de Catalogne, donc d'une construction du , la date à laquelle elle a été construite n'est pas connue avec certitude... À l'origine, l'église est couverte d'une charpente, qui est remplacée par une voûte à une époque non datée qui pourrait être le . Le clocher-mur actuel a peut-être été construit en même temps que la voûte.
L'église Saint-Nazaire est pour la première fois mentionnée, le , dans l'acte de consécration de l'église Sainte-Marie de Serrabone, dont elle est une dépendance, sous le nom ., sans mention de dédicace de l'église à quelque saint que ce soit. Les autres églises citées dans ce texte sont celles d'Arsus, de Villela, de Joch et de Marynians.. Ce texte est également la première mention connue du toponyme Barbadell, déjà sous sa forme actuelle.
Un texte de 1265 signale l'église comme étant paroissiale, dans le village de Barbadell ().. Il s'agit de la première mention connue de la dédicace de l'église à saint Nazaire..
À partir de 1260, et pendant un siècle, un nombre relativement important de documents attestent que des habitants de Bouleternère, dans leur testament, lèguent de l'argent au prêtre responsable de l'église de Barbadell..
Dépeuplement En 1346, une bulle du pape Clément VI signale que l'église Saint-Nazaire de Barbadell est laissée sans soins () et nomme un prêtre pour s'en occuper..
Le statut d'église paroissiale semble avoir été perdu peu après : en 1358, Saint-Nazaire est nommée en tant que simple chapelle, en 1389 (ou 1390.), l'église est une (église rurale, située dans la campagne).
La paroisse de Barbadell n'a jamais pu se développer et est restée une zone d'habitat rural dispersé, peu peuplée donc fragile. Trois raisons peuvent expliquer pourquoi elle a disparu vers le milieu du plutôt qu'à une autre époque. Tout d'abord, les inondations, qui ont pu se faire plus fréquentes à cette période. Ensuite, les guerres. Le comté de Roussillon est l'objet de guerres entre les royaumes d'Aragon et de Majorque, en particulier quand, en 1344, le roi d'Aragon Pierre le Cérémonieux prend le Roussillon à Jacques III de Majorque. En 1365, le futur Connétable de France Bertrand Du Guesclin envoie les « grandes compagnies » (des mercenaires qui, en période de paix, pillent les régions où ils se trouvent) participer aux guerres d'Espagne. Elles passent par le Roussillon, dans lequel elles pillent de nombreux villages, ainsi que notamment le prieuré de Serrabone, qui est en partie détruit. Enfin, la peste, qui atteint Perpignan en 1348, fait de très nombreuses victimes en Roussillon comme dans le reste de l'Europe. Si aucun texte ne mentionne ces ravages précisément à Barbadell, il n'est pas douteux que le village ait subi plus ou moins directement leurs conséquences..
Malgré tout, Saint-Nazaire continue à être un lieu de culte et à recevoir, jusqu'en 1413 au moins, des dons de villageois de Bouleternère. Le prieur de Serrabonne est qualifié de (chapelain, prêtre officiant dans une chapelle) de Saint-Nazaire de Barbadell dans un texte de 1424. En 1529, un acte confirme la possession de Saint-Nazaire de Barbadell par Serrabonne, qui perd son statut de prieuré en 1592. En 1611, les églises de Serrabonne (devenue paroissiale) et Barbadell passent sous l'autorité de l'évêché de Solsona., dont le chef-lieu est situé au sud des Pyrénées. La distance de Barbadell à Solsona par la route moderne est de plus de Distance donnée par Google Maps..
Le temps des ermites vignette|« St Nazaire Hermitage » sur la carte de Cassini Mont-Louis - Mousset, vers 1780.|alt=Dessin de carte ancienne sur laquelle on peut lire Boule ternère, St Nazaire Hermitage et Boulès R. vignette|Arc-doubleau de Saint-Nazaire avec restes de peinture du .|alt=Arc en pierre replâtré de frais au-dessus duquel on aperçoit des traces de peinture ancienne. Au cours du , le village de Barbadell est totalement abandonné. L'église Saint-Nazaire n'est pas oubliée des habitants de Bouleternère et devient un ermitage.
Le sort de Saint-Nazaire de Barbadell est partagé par de nombreuses églises isolées, rurales ou anciennes paroissiales de villages désertés de la province de Roussillon. Victimes d'un abandon relatif, elles deviennent souvent, au cours du , des ermitages. Un ouvrage publié en 1688 compte quarante-quatre ermitages dans la province, mais Barbadell n'y est pas mentionnée..
Le premier ermite attesté à Saint-Nazaire de Barbadell, en 1734, se nomme Pere Vaquer. Il meurt le et est inhumé dans la chapelle de Barbadell.. Deux autres ermites sont mentionnés dans des textes : Isidore Bonacasa le et en 1756 (mort le ) et Joseph Escande en 1797.
L'originalité de l'ermitage de Barbadell tient à sa situation et à son confort relatif : les ermitages roussillonnais se trouvent dans des lieux abandonnés, donc en général peu hospitaliers, incultes, sujets à la sécheresse. Saint-Nazaire de Barbadell bénéficie d'une terre fertile et se trouve tout près d'un cours d'eau dans une vallée abritée de la tramontane. Mise à part cette caractéristique, l'ermite de Barbadell mène la même vie que ses homologues roussillonnais : il cultive la terre autour de l'église pour se nourrir, assiste aux offices religieux de Bouleternère, pendant lesquels il lui arrive d'aider le prêtre. Aux beaux jours, il visite les habitants de Bouleternère et des fermes des alentours afin de faire la quête en récitant des prières qu'il connaît par cœur (les ermites étant généralement illettrés). Il est également chargé d'entretenir la chapelle, près de laquelle il bénéficie d'un petit logement. L'ermite organise laplec (fête traditionnelle religieuse catalane) pour la fête de saint Nazaire, le ..