Anni Albers, née Annelise Fleischmann le à Berlin en Allemagne et morte le à Orange dans le Connecticut aux États-Unis, est une artiste textile américaine d'origine allemande, designer, lithographe et théoricienne de l'art, qui a participé au mouvement du Bauhaus et a enseigné au Black Mountain College. Anni Albers est une des rares femmes du Bauhaus à avoir rencontré de son vivant le succès professionnel et la reconnaissance.
Biographie Annelise Else Frieda Fleischmann est née à Berlin le , dans une famille aisée. Son père, Siegfried Fleischmann, est un fabricant et commerçant de meubles de qualité et sa mère, Toni Fleischmann-Ullstein, vient d'une famille riche.. Leopold Ullstein, son grand-père maternel, avait fondé la Ullstein-Verlag, une des plus importantes maisons d'édition allemandes. Bien que sa famille soit d'origine juive, elle est baptisée protestante. Elle dira plus tard ne pas se sentir juive, sauf « dans le sens hitlérien » du terme.« She saw herself as Jewish only ‘in the Hitler sense’ ».. Apprentissage et formation vignette|Bâtiment du Bauhaus de Weimar. Elle prend des leçons d'art privées et à dix-sept ans suit l’enseignement du peintre impressionniste Martin Brandenburg puis s'inscrit à l'École d’arts appliqués de Hamburg, où elle s'ennuie pendant deux semestres de cours de broderie. Elle n'y reste que quelques mois.. En 1922, elle est acceptée à l'école du Bauhaus à Weimar. Elle y suit les cours de couleur du peintre Paul Klee et est formée par Georg Muche, puis Johannes Itten. Albers envisage de s'inscrire dans les ateliers du verre, bois, métal, peinture sur mur et tissage. Elle intègre finalement à contre-cœur l’atelier de tissage vers lequel les femmes étaient systématiquement encouragées à se diriger. Elle aurait aimé rejoindre l'atelier de verre plutôt que travailler avec les fils flasques et sans tenue que le destin lui mettait entre les mains. Le tissage lui paraît une qui ne lui ouvrira pas d'horizons professionnels, mais petit à petit, le travail avec les fibres stimule son imagination et son expression artistique..
vignette|gauche|Fenêtres à motifs géométriques de Josef Albers, Musée Grassi de Leipzig. Elle étudie avec Gunta Stölzl et crée ses premières grandes tentures murales aux dessins uniquement géométriques. Sous l'impulsion de Gunta Stölzl, Benita Koch-Otte et Anni Albers, l'atelier de tissage au Bauhaus s'oriente vers des motifs plus modernes, des expérimentations techniques comme la teinture et l'utilisation de nouveaux matériaux. Anni Albers et Josef Albers, son futur mari, explorent tous les deux ces formes abstraites, aux lignes verticales et horizontales, lui dans ses créations en verre, elle dans ses tapisseries. Elle expérimente avec les tissus doubles ou triples, ce qui permet de créer des reliefs alternant avec des motifs plats. Elle crée de telles tentures pour la résidence du directeur du Bauhaus Walter Gropius à Dessau où l'école avait déménagé en 1925, dessine des rideaux pour le théâtre, des tissus d'ameublement, des tentures murales.
Sa première publication est un article dans la revue (), intitulé . Pendant l'été, Gropius avait annoncé la fin du travail expérimental des ateliers, ces derniers devant se consacrer à la production en suivant les principes du Bauhaus. Dans son article, Albers propose une approche qui s'appuie à la fois sur l'expérimentation dans le tissage manuel et sur la production textile en série. Le tissage manuel est essentiel pour comprendre la fibre et les techniques de tissage et pour arriver à une production industrielle de qualité. Elle concilie l'approche industrielle de Gropius et la production d'objets uniques utilisant les techniques du passé et destinés à une clientèle aisée. En 1925, elle épouse dans une cérémonie catholique Josef Albers, rencontré trois ans plus tôt au Bauhaus à WeimarConnaissance des arts, novembre 2017, n° 764, page 46.
Comme projet final pour son diplôme, Albers expérimente avec de nouvelles matières comme la cellophane ou la soie artificielle afin de créer un revêtement mural pour l'auditorium de l'École fédérale de l'ADGB, projet conçu par Hannes Meyer à Bernau. Elle met au point un tissu à tendre dont une des faces absorbe les sons et améliore l’acoustique, et l'autre reflète la lumière. Cette tenture est considérée comme « l'une des plus impressionnantes réalisations » de l'atelier de tissage. L'architecte américain Philip Johnson dira que c'est la tenture anti-bruit qu'Albers avait créée pour l'auditorium de Bernau qui a été le « passeport » du couple pour émigrer aux États-Unis.
Albers passe son diplôme du Bauhaus en 1930 et en 1931, elle est nommée directrice de l'atelier de tissage, après la démission de Gunta Stölzl de ce poste.
Exil en Caroline du Nord et enseignement Face à la montée du nazisme, le couple Albers quitte l'Allemagne en 1933. Ils partent enseigner au Black Mountain College en Caroline du Nord. L'université venait d'être fondée et l'architecte Philip Johnson y avait invité les Albers.
vignette|Bâtiment utilisé par le Black Mountain College à l'arrivée de Josef et Anni Albers. Josef Albers est nommé directeur du département des arts visuels. et en 1934, Anni Albers y crée un atelier de tissage dans lequel elle encourage les étudiants à comprendre les fibres et leur texture et à utiliser leur imagination pour en jouer. Elle-même continue à apprendre et explorer différentes techniques, comme le tissage sans métier à tisser qu'elle a observé au cours de voyages en Amérique Latine avec son mari, ou l'intégration d'objets communs dans le tissage pour obtenir de nouvelles textures.. Elle crée des bijoux anti-luxe en utilisant des objets quotidiens (vis, épingles à cheveux, trombones à papier, têtes d'écumoire, bouchons de liège, etc.).. Les bijoux créés par Albers et son étudiant Alexander Reed sont exposés en 1941 au Black Mountain College et en 1946 dans l'exposition Modern Handmade Jewelry au Museum of Modern Art (MOMA), p.3..
Parallèlement à son enseignement, Albers continue à explorer diverses techniques de tissage pour réaliser ce qu’elle appellera ses « pictorial weavings » (tapisseries graphiques), non plus des réalisations destinées à l’usage quotidien ou à la production industrielle mais des tentures murales exposées comme objets d’art. Les Albers démissionnent de leurs postes en 1949 et quittent la Caroline du Nord.
Les années dans le Connecticut Après un voyage à Mexico, le couple Albers s'installe d'abord à New York, puis dans le Connecticut quand Josef Albers devient directeur du nouveau département de design à l'Université Yale..
À partir de 1949, Anni Albers intervient dans de nombreuses écoles d’art comme spécialiste de l’art textile. La même année, le Museum of Modern Art (MOMA) lui consacre une exposition personnelle. Cela marque la reconnaissance de l'artiste et de l'art textile.
Elle étudie les tissages traditionnels sud-américains et s'intéresse particulièrement à l'art textile péruvien qui servait de moyen de communication, tels que les quipus. En 1965, elle réalise Six prayers pour le Musée juif de New York à la mémoire des victimes de la Shoah : six panneaux sombres et contemplatifs représentent les six millions de victimes juives. Du tissage à la lithographie En 1963, Josef Albers est invité à donner des cours à l’Atelier de lithographie de Tamarind (Tamarind Lithography Workshop) fondé en 1960 par June Wayne à Los AngelesEn 1970, à la démission de Wayne de son poste de directrice, cet atelier est intégré à l’Université du Nouveau-Mexique et devient le Tamarind Institute.. C'est là qu'Anni Albers, encouragée par June Wayne, découvre la lithographie. Une première édition de ses œuvres sort en 1964, grâce à la générosité de l'Institut. De retour dans le Connecticut, elle explore ce qu’elle décrit comme une nouvelle liberté d’expression, utilisant la lithographie pour mettre au point de nouvelles méthodes de sérigraphie. Comme elle l'explique dans un entretien en 1977 avec Gene Baro, curateur consultant du département des arts graphiques du Brooklyn Museum, à partir de cette période, la sérigraphie et d’autres techniques d’impression et de gravure sont ses supports d’expression privilégiés, à un moment où le tissage devient une activité physiquement éprouvante pour elle.
Pour Albers, les techniques de l'impression offrent une plus grande liberté d'expression. Le tissage permet la production d'un objet, alors que l'impression permet de nombreuses expérimentations et variations. Elle note également que le tissage est considéré comme de l'artisanat alors que ce qui est produit sur papier est considéré comme de l'art, et qu'il est plus facile d'être reconnu comme artiste quand on utilise le papier comme support.
Elle décède de causes naturelles en 1994, dans sa maison d'OrangeNécrologie d'Anni Albers, ..
Hommages et postérité Reconnaissance de son vivant De son vivant, le grand nombre d'expositions consacrées à Anni Albers, la première en 1941, témoigne de la reconnaissance dont elle jouit. En 1951, Florence Knoll lui propose de collaborer avec le département des textiles de l'entreprise Knoll. Pendant une trentaine d'années, Anni Albers crée des motifs pour l'entreprise, tel que Eclat, son motif le plus connu (Eclat Weave en 2019)..
Postérité Dans la nécrologie du New York times, l’influent artiste textile lui rend hommage en soulignant le caractère innovateur du travail et des créations d’Albers :
Albers inspire des générations d'artistes, par exemple Sheila Hicks qui découvre l'art textile dans son atelier dans les années 1950.
Le travail précurseur et innovateur d'Albers continue à marquer le monde du design au . À l'occasion du centenaire du Bauhaus, l'entreprise américaine Designtex crée en 2019 une ligne de tissus d'ameublement, appelée The Bauhaus project. qui s'inspire des créations d'Albers et de Stölzl pour le Bauhaus..
À partir de la technique ancestrale du tissage, Albers a donné naissance à un art d’avant-garde qui tire son inspiration de ses recherches originales.
Autres vignette|Station de tramway Anni-Albers-Straße à Munich. Une rue et une station de tramway portent son nom à Munich.
Une mini-série allemande créée par Lars Kraume, (), est diffusée en France (Arte) et en Allemagne (ZDF) en 2019. Elle retrace l'histoire du Bauhaus. Anni Fleischmann (de son nom de naissance) y est interprétée par l'actrice Julia Goldberg..
Récompenses et distinctions Au cours de sa carrière, Anni Albers reçoit plusieurs récompenses et distinctions en reconnaissance de son travail : 1961 : Gold medal for craftsmanship, American Institute of Architects.. 1981 : Médaille d'or, American Craft Council. 1990 : Doctorat honoris causa, Royal College of Art de Londres.
Publications Livres 1959 : On Designing, Wesleyan University Press 1959 : Pictorial Weavings, M.I.T. 1965 : On Weaving, Wesleyan University Press 1970 : Pre-Columbian Mexican Miniatures: the Josef and Anni Albers Collection, Anni Albers, Ignacio Bernal et Michael D. Coe, Praeger, New York
Articles (liste partielle) 1926 : Bauhausweberei, dans Junge Menschen, n° 5 1941 : Handweaving Today: Textile Work at Black Mountain College, The Weaver, janvier- 1944 : One Aspect of Art Work, dans On Designing, 1969 : On Walter Gropius (nécrologie de Gropius), dans Craft Horizons, septembre–
Expositions Expositions personnelles de son vivant. : Années 1940
Années 1950
Années 1960
Années 1970
Années 1980
Posthumes (liste partielle) Années 1990
Années 2000
Années 2010
Années 2020
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie Centrée . . . . . . .
Généraliste .
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Liens externes
Fondation Josef et Anni Albers à Bethany.
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