Marie Madeleine lisant est l'un des trois fragments connus d'un important retable peint au milieu du par le peintre flamand Rogier de le Pasture, connu sous le nom de Rogier van der Weyden. Réalisé entre 1435 et 1438, ce fragment est exposé à la National Gallery de Londres depuis 1860.

Liminaire Ce fragment représente une femme à la peau pâle, aux pommettes saillantes et aux paupières ovales typiques des portraits idéalisés des femmes nobles de cette époque. La femme a été identifiée comme étant Marie Madeleine grâce au pot à onguents placé au premier plan, un de ses attributs traditionnels dans l'iconographie chrétienne Sarah Carr-Gomm, The Dictionary of Symbols in Art, CIS Cardigan Street, 1995, . Elle est représentée, complètement absorbée par sa lecture, comme un modèle de la vie contemplative, se repentant et absoute de ses péchés passés. Dans la tradition catholique, Marie Madeleine était confondue aussi bien avec Marie de Béthanie qui oint les pieds de Jésus avec de l'huile, . qu'avec une « pécheresse » anonyme mentionnée dans l'Évangile selon Luc. L'iconographie représente souvent Marie-Madeleine avec un livre, dans une posture de réflexion, en larmes, ou détournant les yeux. Van der Weyden accorde une attention particulière aux détails en de nombreux endroits du tableau, en particulier aux plis et à la texture de la robe de la femme, au cristal de roche qui compose les perles du chapelet tenu par le personnage qui se tient debout au-dessus de Marie-Madeleine et à la luxuriance du paysage à l'extérieur.

L'arrière-plan de ce fragment avait été recouvert d'une épaisse couche de peinture marron. Une restauration et un nettoyage réalisés entre 1955 et 1956 révélèrent le personnage debout derrière Marie Madeleine, la femme assise pieds nus représentée devant elle, ainsi qu'un paysage visible à travers une fenêtre. Les deux personnages que l'on aperçoit partiellement sont « coupés » à l'extrémité du fragment de Londres. Le buste du personnage qui se tient debout derrière Marie Madeleine a été identifié sur un deuxième fragment, exposé au Musée Calouste-Gulbenkian à Lisbonne et qui représente la tête de saint Joseph, alors que le troisième fragment, également exposé à Lisbonne, représente une femme qui serait sainte Catherine d'Alexandrie et appartiendrait à la même œuvreThe Magdalen Reading, National Gallery, Londres. Consulté le 6 décembre 2010.. Le retable d'origine mettait en scène une sacra conversazioneUne conversation sacrée est une représentation informelle de la Vierge à l'Enfant entourée de plusieurs saints.Buste de sainte Catherine ? ; Buste de saint Joseph, Museu Gulbenkian, 19 avril 2009. Consulté le 25 décembre 2010., connue seulement à travers un dessin, la Vierge à l'Enfant avec des saints, exposé au Nationalmuseum de Stockholm, qui est une copie partielle de l'œuvre, réalisée probablement de la fin des années 1500. Le dessin montre que Marie-Madeleine occupait la partie inférieure droite du retable. Les fragments de Lisbonne mesurent chacun environ un tiers de la taille de Marie-Madeleine lisant, qui mesure .

Bien que la notoriété de Van der Weyden ait dépassé les frontières de la Flandre de son vivant, il tombe dans l'oubli au , et n'est pas redécouvert avant le début du . Les différents possesseurs de Marie Madeleine lisant sont connus à partir de sa vente en 1811. Après être passé entre les mains d'un certain nombre de marchands d'art en Hollande, le panneau est acquis par la National Gallery de Londres en 1860 auprès d'un collectionneur à Paris. Il est décrit par l'historien de l'art Lorne Campbell comme étant « l'un des grands chefs-d’œuvre de l'art de et parmi les œuvres de jeunesse de Van der Weyden les plus importantes« one of the great masterpieces of -century art and among van der Weyden's most important early works. » ».

Description vignette|240px|Détail montrant la figure et le voile de Marie Madeleine peint dans le blanc le plus pur.

Marie Madeleine est représentée dans la peinture de la pré-Renaissance sous les traits composites de divers personnages bibliques. Ici, elle est représentée sous ceux de Marie de Béthanie, qui est identifiée à Marie Madeleine dans la tradition catholique romaine. Marie de Béthanie qui s’est assise aux pieds de Jésus et a « écouté sa parole », est considérée comme un personnage contemplatif. À l’opposé, sa sœur Marthe représente la vie active, et désire que Marie-Madeleine l’aide à servir Jésus. Marie-Madeleine est représentée par Van der Weyden, jeune, assise dans une piété silencieuse avec la tête inclinée et les yeux qui se détournent modestement du spectateur. Elle est absorbée dans la lecture d’un livre sacré, dont la couverture est recouverte d'une « chemise » de tissu blanc, une forme répandue de protection des ouvrages à l’époque. Quatre signets en tissu de couleur sont attachés à une barrette d'or accrochée au dos du livre. Selon Lorne Campbell, « le manuscrit ressemble plutôt à une Bible française du » et est « clairement un texte de dévotion et 398. » Il est rare, dans les portraits contemporains, de voir des femmes représentées en train de lire et, si le personnage en question savait lire c’est qu’elle était issue d’une famille noble.

Van der Weyden lie souvent la forme à la signification et, dans ce fragment le contour en demi-cercle de Marie Madeleine renforce l'impression de détachement paisible qui se dégage d'elle par rapport à la scène qui l’entoure. Elle est assise sur un coussin rouge et son dos repose contre une console en bois. À ses pieds, on retrouve son attribut traditionnel, une jarre en albâtre ; selon les Évangiles, elle apporte des épices et des onguents au tombeau de JésusMarc, 16:1 et Luc, 24:1. Un autre passage, utilisé au Moyen Âge pour faire référence à Madeleine (Jean 12:3–8), est à l’origine de la représentation de la jarre en albâtre.. À travers la fenêtre, on distingue un canal distant, avec un archer au sommet de l’enclos délimitant le jardin et un autre personnage marchant de l'autre.

vignette|gauche|280px|Détail montrant le livre de prières, probablement un livre d'heures, recouvert d’un tissu blanc et pourvu de fermoirs en or. La position dans laquelle Van der Weyden représente Marie Madeleine est proche de celle adoptée, pour un certain nombre de personnages religieux féminins, par son maître Robert Campin et son atelier. Elle ressemble, dans le thème et dans le ton, au portrait de sainte Barbe dans le Triptyque de Werl de Campin., ainsi qu’à celui de la Vierge dans une Annonciation attribuée à Campin et exposée actuellement à Bruxelles ; le Triptyque de Mérode reproduit ci-dessous, est une autre version de cette composition, bien que la Vierge qui y est représenté présente moins de similarités.. Typique des œuvres de van der Weyden, le visage de Marie-Madeleine a un regard presque sculpté, et les éléments de ses vêtements sont retranscrits dans les moindres détails. Elle porte une robe verte ; dans l’iconographie médiévale, Marie-Madeleine est souvent représentée soit nue soit vêtue de robes richement colorées, généralement rouges, bleues ou vertes, mais pratiquement jamais en blanc. Sa robe est étroitement lacée en dessous de son buste par une ceinture bleue, tandis que le brocart doré de son jupon est orné par un ourlet serti de pierreries. En 2009, le critique d’art Charles Darwent observe que l’artiste fait allusion au passé de « fille perdue » de Marie-Madeleine à travers les peluches dans la doublure en fourrure grise de sa robe et les quelques mèches de cheveux qui dépassent de son voile. Darwent écrit, « Jusqu’à ses doigts, formant distraitement un cercle, suggèrent la complétude. Avec ce mélange de pureté et d'érotisme, la Marie-Madeleine de Van der Weyden semble entière, mais elle ne l'est pas« Even her fingers, absent-mindedly circled, suggest completeness. In her mix of purity and eroticism, van der Weyden's Magdalen feels whole ; but she isn't. » Charles Darwent, Rogier van der Weyden : Master of Passions, Museum Leuven, Belgium, dans The Independent, 27 septembre 2009. Consulté le janvier 2011.. » À l’époque médiévale, la fourrure symbolise la sexualité féminine et était souvent associée à Marie-Madeleine. L’historien médiéviste Philip Crispin explique que des artistes tels que Memling ou Metsys représentent souvent Marie-Madeleine portant de la fourrure et il note qu’elle « est clairement vêtue de vêtements doublés de fourrure dans La Madeleine lisant de Rogier van der Weyden« is noticeably dressed in fur-lined garments in “The Magdalen Reading” by Rogier van der Weyden ». »

vignette|240px|Détail dans le coin inférieur droit du panneau montrant la jarre et un rang de clous plantés dans le parquet en bois. On note l’attention portée à la boucle en métal doré et à l’ombre qui est projetée sur le sol.

Le niveau de détails utilisé pour le portrait de Marie Madeleine a été décrit par Campbell comme « excéd[ant] de loin » celui de van Eyck. Ses lèvres sont peintes avec des nuances de vermillon, de blanc et de rouge qui sont mélangés les uns aux autres pour donner un aspect transparent aux commissures. La doublure en fourrure de sa robe est peinte dans une gamme de gris allant presque du blanc pur au noir pur. Rogier van der Weyden donna à la fourrure un aspect texturé en peignant des bandes parallèles à la ligne de la robe, puis en retravaillant la peinture avant qu’elle ne sèche. La couleur dorée du vêtement est rendue par des empâtements, des et des points de taille et de couleurs diverses.

De nombreux objets autour de Marie Madeleine sont détaillés avec soin, en particulier le sol en bois et les clous, les plis de sa robe, les costumes des personnages à l’extérieur de la pièce et les perles du chapelet de Joseph. L'effet de la lumière tombante a été étudié de près ; les perles en cristal qui composent le chapelet de Joseph ont des reflets brillants, tandis que les délimitations subtiles entre la lumière et l'ombre peuvent être observées dans les entrelacs de la console (ou du buffet ?) et dans les fermoirs de son livre. Marie Madeleine est absorbée dans sa lecture et semble détachée de la scène qui a lieu autour d’elle. Van der Weyden lui a conféré une dignité paisible ce qui est inhabituel de sa part ; en effet, il est généralement considéré comme le plus « émotionnel » des maîtres flamands de cette période, et contraste — en particulier — avec Jan van Eyck.

Lorne Campbell décrit la minuscule silhouette de femme que l’on voit par la fenêtre et son reflet dans l’eau comme l’un des « petits miracles de la peinture« small miracles of painting » », et dit que « l’attention [portée] aux détails excède de loin celle de Jan van Eyck et [que] l'habileté de l'exécution est stupéfiante« the attention to detail far exceeds that of Jan van Eyck and the skill of execution is astounding ». » Il note que ces petits détails étaient impossibles à distinguer par les spectateurs lorsque le retable était dans sa position prévue et 402. D’autres parties du panneau ont, cependant, été décrites comme étant ternes et manquant d’inspiration. Un critique a écrit que le sol et une grande partie de la console derrière Marie Madeleine semblaient inachevés et « en effet, bien trop étroit et papyracé« much too narrow and papery in effect ». » Un certain nombre d’objets placés sur le meuble sont difficilement visibles à l’exception de leurs basesCes objets ont été coupés lors de la fragmentation du panneau.. L’objet le plus à droite monté sur un long pied, à côté d’une boîte, est probablement un petit pichet, ou peut-être un reliquaire. Une moulure à la gauche de l'armoire peut indiquer la présence d’une porte..

Fragment de retable vignette|220px|Tête de saint Joseph (fragment), , Museu Calouste Gulbenkian, Lisbonne. Ce panneau, dont on pense qu’il représente saint Joseph, représente la tête qui correspond au corps que l’on voit dans Marie Madeleine lisant.