Implanté en France dès les débuts de la Réforme, le protestantisme arrive aujourd'hui en troisième position des religions pratiquées en France, après le catholicisme et l'islam, mais avant le judaïsme et l'orthodoxie. La Fédération protestante de France est l’instance représentative du protestantisme français auprès des pouvoirs publics..
Les protestants français se répartissent, d'une part, entre les deux dénominations reconnues officiellement en 1802 — à savoir les églises luthériennes et les églises réformées —, d'autre part, entre les différentes dénominations évangéliques (pour la plupart, venues d'Angleterre et des États-Unis, au cours des ), telles que le baptisme, le pentecôtisme, l'adventisme et les autres églises évangéliques. Celles-ci représentent environ un tiers des protestants français, et sont en forte croissance. Plus marginalement, il existe aussi, là où la population britannique résidant en France le permet, quelques paroisses anglicanes et quelques communautés quakerListe des groupes quaker qui se réunissent régulièrement en France, quakersenfrance.org, consulté le ..
Héritière historiquement de la tradition calviniste fondée par le Français Jean Calvin, la Fédération protestante de France possède une branche luthérienne très importante, notamment dans l'est de la France. Après les guerres de Religion, les protestants français subissent une longue période de persécution sous l'Ancien Régime. Avec l’avènement de la période républicaine, les protestants commencent à bénéficier du même statut que le reste de la population. Ils jouent un rôle important dans le vote de la loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État, considérant celle-ci comme un moyen de jouir des mêmes droits que les autres citoyens. En 2013, l'Église luthérienne et l'Église réformée de France se rassemblent pour former l'Église protestante unie de France.
Présentation générale des Églises et mouvements protestants Les Églises protestantes en France, pour certaines rassemblées dans la Fédération protestante de France (FPF), présentent plusieurs confessions très diverses :
Églises luthériennes et réformées vignette|Le temple réformé de l'Oratoire du Louvre, rue de Rivoli, emblématique du protestantisme à Paris depuis 1811. Les Églises réformées sont héritières de Jean Calvin et de Ulrich Zwingli. Il existe en France trois alliances d'Églises réformées : l’Église protestante unie de France (EPUDF - avant 2013 Église réformée de France), l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL, « concordataire », avant 2006 Église protestante réformée d'Alsace et de Lorraine - et l'Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (UNEPREF, avant 2009 Union nationale des Églises réformées évangéliques indépendantes de France). Les deux premières sont membres de la Communion mondiale d'Églises réformées.
Les Églises luthériennes sont héritières de la théologie de Martin Luther. Il existe en France trois unions d'Églises luthériennes : l’Église protestante unie de France (EPUDF - avant 2013 Église protestante unie de France (EPUDF - avant 2013), l'Union des Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL, « concordataire », avant 2006 Église protestante de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine), et l'Église évangélique luthérienne - Synode de France. Les deux premières sont membres de la Fédération luthérienne mondiale.
Églises évangéliques vignette|Une église pentecôtiste à Orléans. En 2021, les Églises évangéliques représentent environ 54 % des protestants français, soit fidèles, et les trois quarts des pratiquants protestants..
Elles se composent d'Églises de dénominations différentes telles que les baptistes, les adventistes, les méthodistes, les darbystes, les pentecôtistes, les libristes Plusieurs de ces Églises sont de type charismatique tandis que d'autres sont plutôt évangéliques classiques ou traditionnellesLoup Besmond de Senneville, Comment les évangéliques s’implantent en France, article du journal La Croix, paru le 06/05/2015, consulté le 29 août 2017 .. Certaines sont anciennes : l'Union des Églises évangéliques libres de France est fondée en 1849 et la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France en 1922, Association des églises évangéliques mennonites de France en 1925.
Les plus importantes Églises pentecôtistes en France sont les Assemblées de Dieu et l'Église de Dieu en France. La plupart de ces Églises évangéliques sont rassemblées au sein du Conseil national des évangéliques de France (CNEF), créé en 2010 à partir de l'Alliance évangélique française et du réseau Fédération évangélique de France ; plusieurs sont également membres de la Fédération protestante de France.
Sociologie et statistiques Effectifs Un sondage datant de 2009 estime les protestants français à 3 à 4 % de la population française, alors qu'en 1995 un sondage les estimait à 1,5 %, évolution que le sociologue Jean-Paul Willaime attribue à la croissance des mouvements évangéliquesJournal Reforme, .. La définition de ce qu'est un protestant bute toutefois sur une question de définition : s'agit-il de protestants militants (pratiquants réguliers), de simples pratiquants (pratiquants occasionnels), de sympathisants (protestants de conviction), de « protestants sociologiques » , de personnes se déclarant « proches du protestantisme » ? L'historien spécialiste de l'évangélisme Sébastien Fath distingue ces cinq cercles. Le dernier et plus vaste cercle est estimé à de personnes (dont et et réformés), ou en incluant les DOM-TOM, tandis que le premier ne regroupe que dont et et réformés. Ce petit 1 % de la population française peut se comparer au 4 à 7 % que représenterait le catholicisme défini selon les mêmes critères. Sébastien Fath dénombre aussi quelque de culte en France, dont évangéliques et ou réformésLa nouvelle France protestante, ouvrage collectif sous la direction de Jean-Paul Willaime et Sébastien Fath, éditions Labor et Fides, Genève, 2011, 488 pages, , voir en particulier ..
Tendances politiques et électorales Réputés pour leurs vues plus progressistes que celles des autres chrétiens, les protestants sont associés historiquement à un vote politique à gauche, et ce depuis le .
En 1995, dans un sondage réalisé par le CSA en vue de l'élection présidentielle, 52 % des sondés protestants auraient voté à gauche (essentiellement pour le Parti socialiste) contre 40 % pour la droite et 9 % pour les écologistes..
En 1978, dans le cadre d'une autre enquête, une telle répartition des voix s'était déjà confirmée au sein des pasteurs eux-mêmes, avec plus de 52 % de voix à gauche. À l'inverse, le vote protestant est historiquement associé à un rejet important du vote d'extrême droite, expliqué par une mémoire collective amalgamant l'extrême droite et la Contre-Révolution catholique ayant soutenu les persécutions des protestants après la Révolution françaiseDictionnaire critique de la République, sous la direction de Vincent Duclert et Christophe Prochasson, article "La République et les protestants" rédigé par André Encrevé, éditions Flammarion, 2002. Ainsi, dans un autre sondage datant toujours de 1995, seulement 2 % des protestants sondés déclaraient voter pour un candidat classé à l'extrême droite (Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers compris), alors que Jean-Marie Le Pen seul concentrait à lui seul 15 % des voix sur l'ensemble de la population votante lors de l'élection présidentielle de cette année.
Ces constances électorales apparentes comportent quelques variables en fonctions des territoires dans lesquels les protestants sont implantés. Ainsi, dans les Cévennes, le Parti communiste français a disposé et dispose toujours d'un fort ancrage local, comme l'attestent les résultats des élections départementales françaises de 2015.. À l'inverse, dans les communautés protestantes d'Alsace, le vote pour le Rassemblement national y est réputé plus important.
Certains sociologues ont théorisé la dilution du vote protestant mais les études de terrain détaillées, séparant l'effet des migrations de l'effet des changements d'opinion, ont confirmé sa permanence"La tendance à la droitisation des protestants, annoncée par certains travaux, entre en contradiction avec des données électorales qui montrent que le vote à gauche continue de l'emporter chez les réformés du midi de la France. Dans la période récente, cet engagement des protestants en faveur de la gauche n'est pas aussi massif qu'à la fin du et au début des années mille neuf cent, lorsqu'il fallait défendre la République et la laïcité, mais il se perpétue chez les huguenots. Les conditions qui ont déterminé ces choix politiques ont peut-être disparu, notre pays a connu depuis des évolutions politiques, économiques et sociales majeures, mais « l'habitus » demeure, même s'il faiblit. Ce noyau dur de l'électorat protestant favorable à la gauche pourrait se désagréger, mais pour le moment nous n'en sommes pas là et il paraît difficile d'ignorer la réalité de cette pesanteur sociopolitique." Gilles Charreyron, « Retour sur la question du « vote protestant » », Archives de sciences sociales des religions [En ligne], 154 | Avril-juin 2011, mis en ligne le 01 août 2011, consulté le 17 avril 2022. URL : http://journals.openedition.org/assr/23198 ; DOI : https://doi.org/10.4000/assr.23198.
Depuis le début du vingt-et-unième siècle, les protestants cessent d'être associés exclusivement à la gauche et s'orientent davantage vers un vote centriste : 27 % d'entre eux ont voté François Bayrou en 2007.. De même, dans le cadre de l'élection présidentielle française de 2017 puis de celle de 2022, le candidat ayant rassemblé le plus de votes parmi les protestants français au premier tour est Emmanuel Macron, avec respectivement 30 % puis 36 % des voix..
Rattachements au sein du protestantisme Selon le sondage IFOP de 2010L'ensemble de ces données est issu de l'analyse des sondages IFOP de 2010 par Jean-Paul Willaime, in La nouvelle France protestante, ouvrage collectif sous la direction de Jean-Paul Willaime et Sébastien Fath, Éditions Labor et Fides, Genève, 2011, 488 p. , voir en particulier . : 56 % de ceux qui se disent protestants (protestants « sociologiques ») se déclarent être luthériens ou réformés, 30 % se disent de sensibilité évangélique, pentecôtiste ou charismatique, et 14 % ne se prononcent pas ; parmi les pratiquants, la proportion s'inverse : 55 % sont évangéliques, 37 % sont luthériens ou réformés et 8 % indéterminés. La piété est donc beaucoup plus vive chez les évangéliques ; le taux de pratique chez les moins de est supérieur à celui des plus de : 65 % contre 58 % ; ce phénomène, qui va à l'encontre de l'idée générale qui veut que plus on est jeune, moins on pratique sa religion, est clairement lié à la composante évangélique du protestantisme, plus jeune et plus militante.
Corps pastoral La Fédération protestante de France recensait en France en 2010 dont 33 % de pasteurs réformés, 18 % de luthériens, 32 % d'évangéliques et pentecôtistes et 16 % d'autres dénominations (adventistes et églises ethniques). 23 % des pasteurs réformés français sont des femmes, mais seulement 12 % sur l'ensemble de la Fédération protestante de France.
Positions en matière d'éthique personnelle et sociale En matière d'éthique personnelle et sexuelle, les vues généralement considérées comme progressistes des protestants sont en réalité bien différentes selon l'appartenance soit au protestantisme luthéro-réformé historique, soit au protestantisme évangélique :
Question Protestants en accord (%) Luthéro-réformés (%) Évangéliques (%)Il faut défendre le droit à l'avortement 72 87 40Bénédiction des couples pacsés à l'église 51 58 32Bénédiction des couples homosexuels à l'église 36 46 14Droit à choisir le moment de sa mort (sous certaines conditions)51 62 27
En 2012, 86 % des protestants sondés se disent favorables à la légalisation de l'euthanasie.