vignette|LHomme de Vitruve de Léonard de Vinci est pour beaucoup le symbole de l'évolution de la civilisation occidentale durant la Renaissance artistique. vignette|Cornelis Aerentsz van der Dussen de Jan van Scorel, (vers 1535) peinture sur bois, Weiss Gallery, Londres. vignette|Dessin de cerveau dans le De humani corporis fabrica de André Vésale.

La Renaissance est un mouvement de l'histoire européenne associé à la remise à l'honneur de la littérature, de la philosophie et des arts de l'Antiquité gréco-romaine. Ce mouvement a pour point de départ l'Italie, et se situe chronologiquement à cheval entre le Moyen Âge tardif (1346-1453 ou 1492) et l'époque moderneLe Moyen Âge se termine en 1453 ou 1492 selon les auteurs, mais la Renaissance a commencé bien plus tôt en Italie. (1453 ou 1492-1792). Une Pré-Renaissance se produit dans plusieurs villes d'Italie dès le (Trecento). La Renaissance s'exprime au dans la plus grande partie de l'Italie, et quelques autres pays européens, sous la forme de ce que l'on appelle la Première Renaissance (Quattrocento). La Renaissance concerne presque toute l'Europe au (Cinquecento).

On parle de Renaissance artistique au sens où les œuvres de cette époque s'inspirent davantage de l'art gréco-romain, et moins de l'époque médiévale.

Selon l'historien britannique Peter Burke, la Renaissance se caractérise par la remise à l'honneur de la culture antique dans la littérature et les arts, qui supplante la culture de l'Europe médiévale tardive, caractérisée par l'art gothique, l'idéal de la chevalerie et la philosophie scolastique.

Elle s'accompagna aussi d'un changement de représentation du monde, de réformes religieuses, de nouveaux modes de diffusion de l'information (l'imprimerie), des grandes découvertes et d'un dynamisme économique favorisé par de nombreuses innovations.

Historiographie

Le découpage historique de cette période charnière entre l'Époque médiévale et l'Époque moderne est sujet à un débat interprétatif entre historiens de l'art. Selon l'historien britannique Peter Burke, la Renaissance est avant tout un mouvement, non un événement ou une période. Certains historiens considèrent de plus que l'usage traditionnel de la Renaissance dans l'historiographie française est un chrononyme commode mais discutable pour marquer une rupture entre l'Âge sombre médiéval et l'époque moderne. Ils préfèrent utiliser, selon la postulant un passage graduel entre ces périodes, l'appellation plus neutre d'« early modern » (pour « Early modern Europe », littéralement début de l'Europe moderne), de « première modernité » ou « seuil de la modernité ».

Cette période est devenue un concept historiographique qui est désormais utilisé pour caractériser d'autres périodes historiques : la Renaissance carolingienne (les lettrés de cette époque parlaient de renovatio), la Renaissance ottono-clunisienne (920 – 1000), la Renaissance du ...

Apparition de la notion de Renaissance Dans les écrits de la fin du Moyen Âge, l'idée d'une rinascita (renaissance) correspond à un courant plutôt qu'à une période, orienté vers un retour à l'éducation classique, entraînant une impression exaltante de renouveau touchant aussi bien la morale que les activités politiques et artistiques.

Selon l'historien Jean Delumeau, le mot français « Renaissance » est venu d'Italie et concernait le domaine des arts. Le peintre, architecte, et historien de l'art italien Giorgio Vasari a employé le terme « Rinascita » en 1568 dans Le vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettoriGonzague de Saint-Bris, François , éditions France Loisirs, . Les Italiens disent aujourd'hui Rinascimento. Le sens du mot Renaissance s'est progressivement élargi.

Le terme de « Renaissance » en tant qu'époque, et non plus pour désigner un renouveau des lettres et des arts, a été utilisé pour la première fois en 1840 par Jean-Jacques Ampère dans son Histoire littéraire de la France avant le puis par Jules Michelet en 1855 dans son volume consacré au La Renaissance dans le cadre de son Histoire de France. Ce terme a été repris en 1860 par l'historien de l'art suisse Jacob Burckhardt (1818 – 1897) dans son livre Culture de la Renaissance en Italie.

Dans son cours au Collège de France en 1942-1943, l'historien français Lucien Febvre montre que Jules Michelet a utilisé ce terme pour des raisons personnellesVoir Lucien Febvre, Michelet et la Renaissance, Paris, Flammarion, 1992.. En effet, Jules Michelet, travaillant sur le roi alors qu'il était attristé par la perte de son épouse et contrarié par l'évolution politique conservatrice de la monarchie de Juillet, eut un besoin profond de nouveauté, de renouvellement. Or sa conception de l'histoire était telle qu'il identifiait ce qu'il vivait et ce qu'il ressentait du passé ; il a donc imaginé une Renaissance après le règne de Louis XI, par l'intermédiaire des guerres d'Italie.

Ce point de vue original a été présenté par Thomas Lepeltier dans un article de la Revue des Livres en 2000Thomas Lepeltier, "La Renaissance existe-t-elle? Réflexions à partir de Michelet", La Revue des Livres, 2000, en ligne sur La Renaissance existe-t-elle réflexions à partir de Michelet. Il est cependant contesté par de nombreux historiens qui voient des aspects de césure entre le Moyen Âge et la Renaissance. Ce qui est certain, c'est que la rupture entre Moyen Âge et Renaissance est moins radicale que ce qu'on en disait jadis.

Délimitation spatio-temporelle Les historiens ne sont d'accord ni sur la date ni même sur le lieu où il convient d'entamer le récit de la Renaissance. Florence, Rome, Avignon, Padoue et Naples ont été chacune présentées comme le « berceau » du mouvement. La plupart des ouvrages débutent en Italie, mais à des moments et avec des individus différents. Il est courant de choisir l'époque du poète-érudit Pétrarque, soit les années 1330 ou 1340. Pétrarque voyait les siècles précédents — ce que nous appelons le Moyen Âge — comme un âge des ténèbres, qu'il opposait à l'ère lumineuse de l'Antiquité classique. Dans son poème Africa, il espérait que « lorsque les ténèbres se dissiperont, les générations à venir réussiront à trouver le chemin du retour à la claire splendeur du passé antique ». Les premiers humanistes florentins du tournant des , disent déjà que dans son œuvre, tant d'écrivain pénétré d'une esthétique rajeunie du latin que de chercheur passionné d'œuvres antiques, ils reconnaissent en Pétrarque le fondateur et le modèle de l'idéal nouveau des « études d'humanité », qui forme le cœur du projet humaniste. Ce point de vue est à l'origine d'une certaine image du Moyen Âge.

Mais certains historiens de l'art commencent une génération plus tôt, avec Giotto. Celui-ci devait sa gloire au nouveau style de récit pictural qu'il avait créé, et ce nouveau style était en partie fondé sur les sculptures antiques qu'il avait vues à Pise. Les humanistes l'évoquaient avec respect, et son œuvre fut une source d'inspiration pour les générations suivantes de peintres de la Renaissance. On peut aussi citer Dante, son contemporain. Les deux hommes et certains de leurs successeurs ont été à l'origine d'une extraordinaire explosion de créativité à Florence juste après l'an 1300. Il ne faut pas non plus oublier l'écrivain padouan Albertino Mussato, qui a écrit des pièces de théâtre et des œuvres historiques sur le modèle des classiques. L'historien Peter Burke voit la Renaissance s'achever avec Descartes vers 1630.

Certains auteurs vont jusqu'à mettre en doute la pertinence d'une définition temporelle. Au sujet de ce débat, on peut par exemple se référer aux analyses de Paul Oskar Kristeller (1905-1999)..

Découpage conventionnel en histoire de l'art Les historiens de l'art ont coutume de désigner par : Trecento (300 en italien) les années 1300 à 1399, soit approximativement le (années 1301 à 1400) ; Quattrocento (400 en italien) les années 1400 à 1499, soit approximativement le (années 1401 à 1500) ; Cinquecento (500 en italien) les années 1500 à 1599, soit approximativement le (années 1501 à 1600). Il existe un décalage des appellations entre l’italien (trecento) et le français (quatorzième)..

Extension géographique

Au

right|thumb|Statue du piazzale degli Uffizi représentant Pétrarque.

Au , malgré la peste noire (1348), les prémices de la Renaissance se manifestent surtout dans des villes d'Italie comme Florence, Rome, Naples, Milan, Venise, première puissance maritime de l'Occident, depuis longtemps en contact avec l'Orient par voie maritime. Dans la cathédrale de Pise, une chaire est sculptée par Nicola Pisano dans un style qui n'est plus celui du Moyen Âge, mais qui reprend l'esthétique de la Grèce antiqueMentionné par Georges Duby dans Le temps des cathédrales,

On peut dire que Pétrarque fut le premier humaniste. Il se considérait d'abord comme un poète, un second Virgile. Il écrivit en latin un poème épique Africa, et en toscan une suite de poèmes lyriques, les Canzoniere. Son cercle comprenait le peintre Simone Martini, le médecin et astronome Giovanni Dondi, le dominicain Giovanni Colonna, l'augustin Dionigi di Borgo San Sepolcro, le chef politique Cola di Rienzo et Giovanni Boccaccio (Boccace), célèbre pour son recueil de cent nouvelles écrites en toscan, le Décaméron.

À Florence, l'œuvre de Pétrarque fut poursuivie par Coluccio Salutati, qui consentit des efforts importants pour défendre les . Avec son cercle d'amis lettrés, dont Leonardo Bruni, Poggio Bracciolini (Le Pogge) et Niccolò Niccoli, Salutati a étudié et discuté des œuvres de Pétrarque et de Boccace.

Avignon fut une médiatrice entre l'Italie et le reste de l'Europe. Grâce à la présence du pape et de sa cour de 1309 à 1377, elle devint une ville de première grandeur, aussi étendue que Florence, lieu de contacts internationaux et foyer d'innovations culturelles. Pétrarque y grandit. Le peintre siennois Simone Martini y travailla à partir de 1339. Herédia y vécut quelques années. C'est à Avignon que Metge étudia les œuvres de Pétrarque et Boccace. Le pape fait appel, pour décorer le palais des Papes, à une équipe de peintres dirigée par Matteo Giovannetti..

Dans les années 1320 à 1380 se développe le courant musical de l'Ars nova, centré sur la France, qui annonce les polyphonies de la Renaissance.

Les érudits d'Aragon et de Catalogne furent parmi les premiers à s'intéresser aux cultures antique et italienne : Juan Fernández de Heredia fit traduire Thucydide et Plutarque ; Le majordome du roi traduisit Sénèque en catalan, tandis que le roi lui-même collectionnait les livres ; l'auteur catalan Bernat Metge admirait les lettres de Pétrarque et son Secretum, son œuvre la plus célèbre, Lo Somni, composée en 1398, s'inspire de Pétrarque et de Boccace autant que de Cicéron.

Dans le domaine de l'éducation, les Frères de la vie commune, organisation de laïques dont les membres vivaient en communauté comme des moines, établirent tout un réseau d'écoles dans de nombreuses villes des Pays-Bas, dont Gouda, Zwolle, Deventer et liège. Par leur refus de la scolastique et leur insistance sur la littérature latine, leurs dirigeants ressemblaient aux humanistes italiens.

Vers 1380, l'intérêt pour l'Antiquité classique, la culture italienne et les « études libérales » (studia liberalia) gagna Paris, du moins au sein d'un petit cercle qui comprenait Jean Gerson, Nicolas de Clamanges et Jean de Montreuil. Ce dernier était secrétaire d'un grand mécène : Jean, duc de Berry, frère du roi et du duc Philippe le Hardi. Le duc de Berry avait aussi soutenu Premierfait quand il traduisait Boccace et encouragé l'œuvre de Christine de Pisan. Il possédait environ trois cents manuscrits, dont des œuvres de Pétrarque, Virgile, Tite-Live et Térence, souvent illustrées.

Au

vignette|upright|Carte de l'Italie en 1494.