Les patronages de l’Algérie française apparaissent dans les institutions religieuses et les paroisses des grandes villes du Nord de l’Algérie au début du . Certains s’affilient déjà avant la première guerre mondiale à la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France qui les assure de tout son soutien en organisant son grand concours national à Alger le .
Les organisations féminines suivent et dès la fin de la guerre rejoignent rapidement le Rayon sportif féminin qui les prend particulièrement en charge au niveau de la formation des cadres. Parfois antérieure, la diffusion du sport dans le Sud, sous l’égide des Pères blancs, concerne davantage les populations masculines autochtones et s'attache pour les nomades au développement et à l'organisation de leurs activités traditionnelles.
Contexte général
Le patronage s’inscrit parmi les œuvres catholiques qui apparaissent aux limites des dans divers pays d’Europe, attachées dans un premier temps à l’éducation des jeunes gens. Le vocable d'Orel caractérise ces institutions dans les provinces de l'Empire austro-hongrois et le terme de patronage lui-même reste attaché à la francophonie : à la Belgique et plus encore à la France où ces institutions voient le jour à Marseille à la fin du Consulat avec l’abbé Jean-Joseph Allemand puis avec l’abbé Joseph-Marie Timon-David. Ce sont les mêmes congrégations, associées aux salésiens de Don Bosco qui commencent à développer les patronages d'Afrique du Nord au début du .
Ceux-ci fonctionnent sur le modèle européen et visent la formation morale et religieuse de leurs membres à travers les activités physiques et culturelles. Les sources disponibles insistent peu sur les institutions sociales que l'on trouve attachées aux patronages, en France métropolitaine : conférences caritatives, caisses de secours mutuel. On peut émettre l'hypothèse que dans le Sud cette assistance est directement assumée par les missions des Pères blancs et que dans les villes d'Algérie la population des patronages n'en a pas la nécessité. En effet bien qu'ouvert à tous les publics, l'attachement aux paroisses et institutions catholiques dont ils redoutent le prosélytisme fait obstacle au recrutement des musulmans et les patronages urbains sont surtout fréquentés par les jeunes gens des familles européennes.
En dépit de difficultés administratives, des clubs musulmans autonomes se développent d'ailleurs entre les deux guerres. Ainsi à Geryville, on pratique l'athlétisme, le football et le basket-ball à la Vie au Grand air, association déclarée le . Sur les onze membres du bureau, trois sont musulmans mais la coexistence est laborieuse et deux autres associations apparaissent en 1939 : l’Union sportive geryvilloise, présidée par l’agha Si Larbi Ben Eddine, chevalier de la Légion d’honneur, chef de la zaouïa des Oualed Sidi Cheikh et l’Étoile du Sud, sous la houlette des Pères blancs. La législation du régime de Vichy entraîne leur dissolution le et une association unique est reformée : le Stade gérivyllois dont le supérieur de la mission des Pères blancs reste vice-président. upright=0.6|thumb|Épinglette de la .
Le rôle des patronages dans le développement initial du sport algérien n'est pas négligeable. En effet l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA) n'a pas, jusqu'en 1914, une politique d'expansion coloniale "agressive" et après sa disparition entre 1919 et 1920 les fédérations spécialisées sont surtout préoccupées par leur structuration jusqu'à la déclaration de guerre ; à partir de 1947 la détérioration du climat socio-politique local freine tout nouveau développement. Ce sont donc essentiellement l'Union des sociétés de gymnastique de France (USGF) et la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF) qui marquent le développement du sport algérien à l’époque coloniale, la première en tant qu'alliée historique de l'Armée de la Troisième République. et la seconde derrière les missionnaires. Si leurs associations sont réputées surtout "gymniques", leur caractère encore très pluridisciplinaire n'est pas un obstacle au développement en leur sein des autres sports y compris collectifs : basketball (voir Spartiates d'Oran) et football au prix parfois d'une double affiliation. Créé en 1930 au sein du patronage des salésiens la Joyeuse Union Sportive d'Oran domine avec les Spartiates d’Eckmulh le basket-ball algérien tout en participant à l’éclosion du handball, du volley et du tennis de tableSite des anciens élèves des écoles de la marine d’Oran.
La concurrence entre et est cependant bien réelle et se cristallise en 1930 où les deux fédérations organisent chacune à Alger leur championnat fédéral à quelques semaines d'écart pour célébrer le de la conquête de l'Algérie. Si l' passe en premier, les patronages de la obtiennent de commencer leur championnat précisément le jour anniversaire du débarquement de Sidi-Ferruch.
Patronages masculins
upright=0.6|thumb|Armoiries des salésiens de saint Jean Bosco. Dès 1905, un premier établissement est fondé par les timoniens à Oran. À leur instigation et celle des salésiens, les patronages sportifs apparaissent aussi à Alger en 1913 : le patronage Sainte-Croix, qui se consacre déjà à la jeunesse ouvrière, le patronage Saint-Joseph d'Hussein Dey et l’Avenir d'El Biar. Aussitôt affiliés à la , ils concernent surtout la jeunesse européenne. Comme en métropole, ils visent la formation morale et la préparation militaire et se structurent en unions régionales. La enregistre à son congrès de 1912 les prémices d’unions régionales en Tunisie et en Algérie. Ceux-ci se concrétisent l'année suivante : l' Union oranaise est créée la première en , par l’abbé Koëger. Les religieux sont souvent plus représentés dans les structures régionales qu'en métropole mais les laïcs, dont des femmes, sont également bien présents. En 1946, présidée par le chanoine Fabre avec l’abbé Jean, curé de Lourmel, comme secrétaire général, l' Union régionale d'Oran a pour vice-président alors que en est le trésorier général. La même année, lUnion régionale d’Alger est présidée par .
Le développement des associations se poursuit après la Première Guerre mondiale : en 1924, lUnion régionale de la province d’Alger recense six associations puis neuf en 1928. Depuis la métropole, la suit et soutient cette croissance avec intérêt et, à l’appel d'Auguste-Fernand Leynaud., archevêque d’Alger, venues d’Alsace, d'Aquitaine, des Bouches-du-Rhône, de la Seine, du Rhône, du Nord et du Maine-et-Loire passent la Méditerranée avec gymnastes et 500 musiciens pour participer, le . à un grand concours fédéral pour célébrer le centenaire de l’Algérie française..
thumb|Les Spartiates d'Oran dans la cour du patronage don Bosco d’Eckmülh.
Malgré la crise économique, trois bateaux spéciaux partent de Marseille : le Lamoricière, le duc d'Aumale et l'Espagne. À bord du second se trouvent François Hébrard, Armand Thibaudeau et représentant officiel du sous-secrétaire d'État à l'éducation physique. La Ganda de Gand (Belgique) complète les effectifs, rejoints sur place par sept sociétés d’Alger, une de Tunis et les Spartiates d'Oran.. Après les compétitions, qui consacrent l’Avant-Garde de Saint-Denis et Robert Hérold, une réception a lieu chez le gouverneur général, Pierre-Louis Bordes, puis un dépôt de deux gerbes au monument aux morts : l’une par la , l’autre par lAlsace catholique reconnaissante, qui a déplacé onze associations, suivie de près par la Lorraine avec huit. Ensuite, un déplacement est organisé à Sidi-Ferruch, où Augustin Fernand Leynaud pose la première pierre de l'église de cette localité : deux trains spéciaux et dix-huit autocars assurent le transfert.. Les bateaux sont de retour à Marseille le mercredi 18, après la visite d’Alger et des gorges de la Chiffa et Tipaza. En 1931, Alger compte encore une association supplémentaire.
Certains patronages algériens font preuve d’anticipation dans des domaines où la ne s'est pas encore prononcée en métropole. Dès 1931, la Saint-Philippe d'Alger où l’on pratique sport, gymnastique et préparation militaire, accepte les féminines qui peuvent également être membres du bureau. Cependant, tous les adhérents doivent être majeurs, français et jouir de leurs droits civils et politiques, car la loi de 1901 renvoie alors au statut peu enviable d'''association étrangère toute association dont un seul administrateur est étranger.
D'autres atteignent l'excellence sportive. En 1929, les Spartiates d’Eckmülh sont créés par le père Bailly, au sein du patronage don Bosco fondé, dès , par les salésiens. Cette association, plus connue sous le nom de Spartiates d’Oran, devient vite le plus grand club de basket d’Algérie, fournissant des joueurs à l’équipe de France. En 1936, ses équipes remportent tous les titres d'Oranie et l’équipe première est championne d’Algérie.. Après la Seconde Guerre mondiale, les Spartiates d’Oran, champions d'Afrique du Nord 1948-1949, battent l’équipe de France militaire de puis l'Association sportive de Villeurbanne Éveil lyonnais (ASVEL) championne de France 1949 ; le , ils sont sacrés champions de l’Union française. Grâce à eux, Oran devient la capitale du basket nord-africain. Après l'indépendance, cette association de basket et de gymnastique poursuit ses activités.
Patronages féminins
thumb|Les patronages féminins en Algérie : chorale de jeunes filles à Mascara en 1961.
Après la Grande Guerre, les religieuses sont à l'origine de la création d'associations sportives féminines en Algérie. Les Libellules de la Redoute apparaissent à Birmandreis dès 1926 mais les associations connaissent surtout une extension à la veille de la Seconde Guerre mondiale : en 1938 à Oran, les Mouettes oranaises et, l'année suivante à Alger, les Hirondelles de Notre-Dame d’Afrique, les Mouettes d'Alger, les Mimosas du champ de manœuvre, les Marguerites de Mustapha, les Capucines de Belcourt, les Glycines de Mustapha, les Coquelicots de Mustapha, le Rayon sportif féminin algérien, les Bleuets d’Alger, les Boutons d’Or de Kouba, les Bruyères d’Hussein Dey et les Cyclamens de Bab El Oued. Le premier concours du Rayon algérien a lieu à Alger le . À cette occasion les Violettes de Saint-Vincent remportent le drapeau béni par Augustin Fernand Leynaud., archevêque d’Alger..
Toutes ces associations sont affiliées au Rayon sportif féminin (RSF) fondé en 1919 par les filles de la Charité et dont les comités régionaux d'outre-mer apparaissent en 1937 à l'instigation de Marie-Thérèse Eyquem puis à la Fédération nationale d’éducation physique féminine (pendant de la ) qui lui succède à partir de .. Les sports pratiqués sont, outre la gymnastique : le basket-ball, le volley-ball, la balle au camp, la natation, le canotage et le cyclotourisme. Dans chaque diocèse, l'aumônier assure la formation spirituelle des monitrices qui reste l'apanage du clergé et des directeurs des œuvres. Le insiste sur l'obligation, pour les dirigeantes et les monitrices, d'être catholiques pratiquantes ; dans la revue fédérale Les Jeunes du , on peut lire : .
À l'instar des masculins, les unions régionales du organisent de grands concours placés sous l'autorité des plus hautes personnalités de la colonie, avec prière à Jeanne d’Arc et lever des couleurs. Elles assurent des sessions diocésaines de formation de cadres ; le premier stage de monitrices du diocèse d'Oran, le , sous la direction de , fournit ainsi des monitrices pour l'enseignement de l’éducation physique dans les écoles libres et l'encadrement des patronages paroissiaux. Elles bénéficient, à ce titre, de l'appui et du contrôle des cadres métropolitains dont Eugénie Duisit en mission à partir du et qui rejoint les forces de la France libre dès leur débarquement à l'automne 1942.