Cet article présente l'enceinte gallo-romaine et les remparts médiévaux de Senlis (Oise), chef-lieu d'arrondissement dans l'Oise, en France.

L'enceinte gallo-romaine Histoire L'enceinte gallo-romaine de Senlis est l'une des mieux conservées de la Gaule du nord. La date de construction n'a toujours pas pu être déterminée. Il reste certain, comme il a déjà été établi au , que la construction est postérieure au passage des hordes germaniques de 275-276, et postérieure à l'an 278. Mais elle a pu avoir lieu pendant toute la période allant jusqu'au début du . Par analogie d'avec les résultats de recherches menées sur les enceintes romaines d'autres villes européennes, l'on sait que l'enceinte de Senlis a pu se construire dans deux bonnes années, y compris la totalité des tours. Une deuxième campagne de construction est intervenue à partir de l'an 500, portant sur le rehaussement des tours par des salles. Le démantèlement a commencé en 1170 lors de la construction de Saint-Frambourg, soit avant la construction de l'enceinte médiévale.

Description La muraille Le castrum, dans le sens de bourg fortifié et non de château ou castel, a été implanté au point le plus élevé de la butte-témoin sur laquelle est bâti Senlis. La disposition de la muraille ne répond à aucun critère précis ; elle est fonction de la morphologie du terrain. Ainsi s'explique la forme en cercle déformé ou ove. Pourtant, le chemin de ronde était parfaitement horizontal, ce qui n'est pas fortuit : Pour y parvenir, le mur devait être plus élevé au sud, de environ. Au pied des sections les plus hautes, où le mur atteint les , le fossé était d'autant moins large. Au nord, il atteignait la largeur maximale avec . L'épaisseur du mur varie entre selon les endroits ; elle est de en moyenne.

Les rues actuelles qui correspondent aux limites extérieures des fossés sont, dans le sens de l'horloge en partant du nord, la rue des Flagearts, la place de la Halle avec ses prolongements, la rue de la Harenguerie, la rue aux Fromages, la rue du Puits-Tiphaine et la rue du Chat-Haret. En dépit de la survivance d'une bonne partie de l'enceinte, les archéologues ont calculé de différentes superficies pour la cité fortifiée, et sont parvenus à des circonférences différentes de la muraille. Marc Durand, pendant longtemps archéologue municipal de la ville de Senlis et dernier scientifique à s'être consacré à l'exploration de l'enceinte gallo-romaine, est arrivé à une superficie de et une circonférence de . Adrien BlanchetCité par Marc Durand. Cf. . a calculé une superficie de et une circonférence de .

Les portes et poternes vignette|redresse|120px|La « Fausse-Porte », poterne dans l'enceinte gallo-romaine, élargie au Moyen Âge, rue de la Treille.vignette|redresse|La poterne Aiguillère bouchée, situation des années 1870.

La cité de Senlis ne disposait que de deux portes ouvertes à la circulation : la porte de Paris ou de Beauvais, située sur la rue vieille de Paris, au sud ; et la porte Bellon ou de Rheims, située sur la rue du chancelier Guérin, au sud de l'ancien évêché. (Des traces en sont toujours visibles sur le mur extérieur de ce dernier, désignées par une plaque.) Chacune de ces deux portes était flanquée de deux tours. Outre les portes, il y avait jusqu'à quatre poternes, dont la datation reste incertaine ; elles peuvent en partie dater du Moyen Âge seulement. La première se situait à l'ancienne entrée principale du prieuré Saint-Maurice, place Saint-Maurice, à l'emplacement exact de l'actuel portail. Eugène Müller l'a appelée poterne Aiguillère, nom que porte également une poterne de l'enceinte de Philippe-Auguste. Une seconde poterne était située dans le parc de l'ancien château royal. Elle a été bouchée pour moitié à une date incertaine, puis entièrement, vers la fin du . La poterne de la Bancloque n'a été découverte qu'en 2005 lors de fouilles à la suite d'un affaissement de terrain, à l'ouest de la place de la Halle. La quatrième poterne correspond à la « fausse Porte » actuelle, rue de la Treille. Toutefois, cette porte n'est pas la poterne antique, qui a été élargie : les vestiges de l'ancienne voussure de l'étroite porte restent présents dans l'intrados, en sortant de la cité à gauche. En ce qui concerne la « fausse porte Saint-Rieul » dans la rue de Villevert (nommé ainsi par distinction avec la porte du même nom dans l'enceinte de Philippe Auguste), sa datation pose problème, mais il est quasiment certain qu'elle ne soit que médiévale. La porte Bellon a survécu le plus longtemps, elle a été démolie en 1805. Des fouilles archéologiques effectuée en 2013 par le Conseil général de l'Oise dans la rue Bellon ont mis au jour un certain nombre de sarcophages et de tombes du haut Moyen Âge dans l'axe de la porte Bellon, ce qui laisse supposer qu'elle était bouchée à cette époque et que seule la porte de Paris permettait d'entrer dans le castrum aux murs rehaussés à la même époque.

Les tours Les différents auteurs ayant écrit sur l'enceinte gallo-romaine de Senlis ne citent pas tous le même nombre de tours. En effet, deux tours ne figurent plus sur les cadastres postérieurs à la Révolution, ce qui explique le chiffre de vingt-huit tours souvent cité. D'autre part, l'on peut considérer les tours accompagnant les deux portes de la ville comme faisant partie des portes, ou bien comme tours indépendantes. En comptant l'ensemble des tours, l'on arrive à un nombre de trente. La distance moyenne entre les tours était donc de , ce qui était une densité exceptionnelle comparée aux autres cités romaines en Europe. Abstraction faite du cas extrême de Barcelone avec une distance moyenne de seulement, Lugo (Espagne) et Le Mans étaient les uniques villes à présenter une meilleure couverture que Senlis. Des vingt-six tours sans compter celles des portes, subsistaient vingt-deux au , selon le chanoine Afforty, comparé aux quinze tours encore debout au début du deuxième millénaire.

Technique de construction vignette|Fondations avec des vestiges lapidaires.

Les tours sont carrées vers l'intérieur de la ville et arrondies vers l'extérieur. Elles sont pleines jusqu'au sommet de la muraille, ce qui permet d'affirmer qu'elles ont été construites en même temps. Au départ, toutes les tours étaient identiques. Le roi a lancé des travaux d'amélioration des fortifications de Senlis vers l'an 500, qui n'étaient probablement pas terminés à sa mort en 511. Les tours ont alors été rehaussées d'un étage, comportant une salle et des ouvertures. Ainsi, 180 à se sont écoulées entre la construction de la muraille primitive et l'achèvement de cette seconde campagne de construction. La datation de ces étages supérieurs a fait l'objet de controverses scientifiques ; l'on était longtemps persuadé qu'ils étaient quasiment aussi anciens que le mur d'enceinte.

L'appareillage des murs est différent vers l'intérieur et vers l'extérieur de la cité. Aux endroits où la surface de la muraille est encore intacte, l'on n'aperçoit que le parement, qui est fait de petites pierres cubiques. Entre ces deux couches extérieures sans fonction statique, l'on trouve, selon Marc Durand, « un blocage extrêmement compact et dur. C'est un mortier de chaux, appelé aussi opus cæmenticium, comprenant de la caillasse, du sable et des morceaux de tuile pilée ; le liant étant plus important des deux tiers de la charge ». Tous les , un lit de tuiles de d'épaisseur est intercalé. Les fondations sont construites à secErnest Dupuis et Jules Flammermont, Recherches sur la date de l'enceinte de Senlis dite la cité, dans : Comité Archéologique de Senlis, Comptes-rendus et Mémoires, année 1876, Senlis 1877, 206 p. ; p. 11-18 ; Lire en ligne..

Protection vignette|Vestiges du château royal ; à gauche, la tour transformée en oratoire sous .

L'enceinte gallo-romaine a été protégée au titre des monuments historiques en plusieurs étapes, à commencer par la poterne dite « la Fausse porte » et les parties des remparts y attenant, inscrites par arrêté du , rectifié par arrêté du .. Puis, la tour gallo-romaine derrière l'hôtel de Vermandois a été classée par arrêté du .. Dans l'après-guerre, la « tour des Anges » en tant qu'élément de l'ancien évêché avec son oratoire aménagé au a été classée par arrêté du . Avec un intervalle de plus de trente années, l'ensemble des vestiges du mur gallo-romain compris entre la rue Villevert et la rue de la Treille, soit pour l'essentiel le périmètre du parc de l'ancien château royal de Senlis et prieuré Saint-Maurice, ont été classés par arrêté du . Finalement, la majeure partie de l'enceinte gallo-romaine qui n'était pas encore protégée a été inscrite par arrêté du .

Le site de l'enceinte gallo-romaine a été pour partie inscrit sur la base du Code de l'environnement (art. L.341-1 à L. 341-22 et art. R.341-1 à R.341-27, issus de la loi du 2 mai 1930 ayant pour objet de réorganiser la protection des monuments naturels et des sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque). L'arrêté du porte sur le château royal et ses abords, ainsi que sur la rue de la Treille, où se situe la poterne dite « la Fausse porte »Cf. et sur le site .. L'ensemble des remparts gallo-romains se situe au sein du périmètre du secteur sauvegardé de Senlis, instauré par arrêté du Cf. ..

Vestiges

Les trois quarts de la superficie du castrum gallo-romain sont perdus, les constructions du Moyen Âge avec les caves et les carrières souterraines n'en ayant laissé que d'infimes traces. Le dernier quart correspond notamment aux grandes places publiques et quelques jardins privés, qui n'ont été fouillés que très partiellement. L'organisation spatiale de l'Augustomagus antique reste toujours inconnue. Ainsi la muraille demeure le principal vestige de la cité gallo-romaine. Elle est en grande partie englobée dans des propriétés privées, et délimite des terrains limitrophes. Les endroits où on peut l'apercevoir depuis le domaine public sont, à l'intérieur de la cité, le parc de l'ancien château royal et le square Vernet près de la collégiale Saint-Frambourg ; et à l'extérieur de la cité, le jardin du Roy et le jardin derrière l'ancien évêché. Parmi les autres vestiges, on trouve les traces de la porte Bellon ou de Rheims, rue du chancelier Guérin, et les traces de la poterne de la rue de la Treille, dans l'intrados de la « Fausse porte » (voir ci-dessus).

Les quinze tours survivantes de la muraille gallo-romaine sont les suivantes, dans le sens de l'horloge, en commençant au nord : la tour ou « tour de Vermandois », accolée à l'arrière de l'hôtel de Vermandois, place du Parvis Notre-Dame ; la tour ou « tour de la Bibliothèque » du chapitre, réduit à servir de fondation à ce petit bâtiment à colombages près du portail septentrional de la cathédrale ; la tour ou « tour des Anges », incorporée à l'ancien évêché ; la tour ou « tour Saint-Hilaire », du nom de l'ancienne église paroissiale, au nord de l'ancienne collégiale Saint-Frambourg (non visible depuis le domaine public) ; la tour ou « tour Carlier », au sud de Saint-Frambourg, près du square Vernet ; la tour ou « tour Saint-Nicolas », immédiatement au nord de l'étroit passage public menant de la place de la Halle au square Vernet, donnant directement sur une maison avec la façade extérieure, habitée et non identifiable depuis le square Vernet ; la tour ou tour « Henri IV », derrière la première maison de la rue Léon-Fautrat, au nord (non visible depuis le domaine public) ; la tour ou « tour carrée », écroulée à la fin du et reconstruite de manière simplifiée comme tour carrée, derrière une maison rue Léon-Fautrat (non visible depuis le domaine public) ; la tour ou « tour de la Chancellerie », mitoyenne à l'hôtel de la Chancellerie et habitée, rue de la Treille, visible depuis la « Fausse porte » ;