est le terme utilisé pour désigner toutes les fictions fondées sur la légende des 47 rōnin. Commençant avec , l'histoire fut ensuite adaptée au théâtre kabuki, au bunraku, en pièces de théâtre classiques, films, romans, séries télévisées et autres médias. Avec dix productions télévisées différentes sur la décennie 1997-2007, les Chūshingura restent les fictions les plus réutilisées au Japon.

Faits historiques vignette|Représentation de l'attaque de Naganori Asano sur Yoshinaka Kira, dans le Couloir des Pins (Matsu no Ōrōka) du château d'Edo en 1701, l'incident qui déclencha la tragédie des 47 rōnin.

La légende des 47 rōnin est fondée sur de véritables faits historiques qui débutent en 1701. Le shogun de l'époque, Tsunayoshi Tokugawa, chargea Naganori Takumi-no-kami Asano, le daimyo d'Akō, d'accueillir les envoyés de la cour impériale de Kyoto. Il confia également à Yoshinaka Kōzuke-no-suke Kira, le maître de cérémonies (kōke), la tâche d'instruire Asano au protocole. Le jour de l'arrivée des ambassadeurs, au château d'Edo, Asano tenta de tuer Kira avec son épée. Les raisons exactes de cet acte sont plutôt floues, mais il est probable que Kira ait insulté Asano à plusieurs reprises. Pour ce crime, Asano dut se faire seppuku le jour même, et Kira resta impuni. Le shogunat confisqua ensuite les terres d'Asano (le domaine d'Akō) et licencia ses samouraïs qui devinrent dès lors des rōnin (guerriers sans maître).

Pendant les deux ans qui suivirent, Ōishi Kuranosuke, un ancien samouraï de haut rang autrefois au service d'Asano, dirigea un groupe de 47 des rōnin (certaines sources parlent de 46 rōnin). Ils attaquèrent le domicile de Kira à Edo, le capturèrent, le tuèrent et apportèrent sa tête sur la tombe de leur maître Asano. Ensuite, ils se rendirent aux autorités et furent condamnés à se faire seppuku. Ōishi est souvent le personnage principal des fictions fondées sur cette histoire, les Chūshingura (« Le trésor des loyaux serviteurs »)Louis Frédéric Nussbaum et al., 2005 Japan Encyclopedia, ..

Le premier récit occidental de cet incident fut publié en 1822 par Isaac Titsingh dans Illustrations of JapanTimon Screech, Secret Memoirs of the Shoguns: Isaac Titsingh and Japan, 1779-1824, ..

Bunraku

Un spectacle de marionnettes appelé Kanadehon Chūshingura fondé sur cette histoire fut écrit par Izumo Takeda (1691–1756)Nussbaum, ., Miyoshi Shōraku (1696–1772)Nussbaum, . et Namiki Sōsuke (1695–1751)Nussbaum, .. La première représentation eut lieu en août 1748 au théâtre Takemoto-za dans le quartier de Dōtonbori à Osaka, et une adaptation quasi identique au théâtre kabuki apparut juste un an plus tard. Le titre signifie Livre des kanas du trésor des loyaux serviteurs. L'expression Livre des kanas fait référence à la coïncidence qu'il existe 47 kanas et 47 rōnin, et que la pièce attribue un kana à chaque rōnin pour les identifier. Les 47 rōnin étaient les serviteurs loyaux d'Asano ; le titre les lie à un trésor mystérieux. Pour éviter la censure du shogunat, les auteurs ont placé l'histoire à l'époque du Taiheiki (plusieurs siècles auparavant), et ont changé le nom des protagonistes. Le spectacle fut joué tous les ans en version bunraku et kabuki, mais ce n'était le plus souvent que quelques actes qui étaient joués et non la pièce en entier.

Kabuki Les sections de Kanadehon Chūshingura sont reproduites ci-dessous avec la permission des auteurs du livre A Guide to the Japanese Stage, Ronald Cavaye, Paul Griffith et Akihiko Senda, publié par Kondansha International, Japon :

Kanadehon Chūshingura (« Le trésor des loyaux serviteurs »), est fondé sur des faits historiques qui se sont déroulés de 1701 à 1703. Pour éviter la censure du shogunat, les auteurs ont placé l'époque de la pièce au début de la période Muromachi (1333-1568), et les noms des personnages furent modifiés. L'histoire principale concerne le daimyo Enya Hangan, qui est poussé à bout et tente de tuer un haut fonctionnaire, Kô no Moronō (note : les furigana du nom Moronō s'écrivent Moronao mais se prononcent Moronō). Le simple fait de tirer une épée dans le palais du shogun était un acte gravissime ; ainsi, Hangan est condamné à se faire seppuku, ou suicide rituel par éventration. La cérémonie est effectuée avec une grande formalité et, dans son dernier souffle, il fait clairement comprendre au chef de ses serviteurs, Ōboshi Yuranosuke, qu'il désire être vengé de Moronō. Quarante-sept des samouraïs d'Hangan, ou rōnin, maintenant sans maître, attendent alors leur moment. Yuranosuke en particulier, fait croire qu'il mène une vie de débauche dans le quartier des plaisirs de Gion à Kyoto afin que les gardes de l'ennemi relâchent leur surveillance. En fait, ils font des préparatifs discrets et méticuleux et, au cœur de l'hiver, attaquent le palais de Moronō à Edo et le tuent. Conscients, cependant, que cet acte reste un crime, les serviteurs apportent la tête de Moronō sur la tombe de leur seigneur et se font tous seppuku.

Acte I, Tsurugaoka kabuto aratame (« L'offrande du casque au sanctuaire Hachiman »). Cet acte a une ouverture particulière, pendant laquelle le rideau s'ouvre lentement pendant plusieurs minutes, accompagné des battements du ki de quarante-sept individus, un pour chaque rōnin héroïque. Progressivement, les acteurs apparaissent devant le sanctuaire Hachiman à Kamakura, affaissés comme des marionnettes sans vie.

Le narrateur gidayū prononce alors le nom de chaque personnage qui reprend vie. La nature mauvaise du seigneur Moronō est immédiatement visible de par sa robe noire et la mine furieuse qu'il fait lorsque son nom est prononcé. Il est hostile aux seigneurs jeunes et inexpérimentés. Ils sont tous réunis pour retrouver et offrir un casque particulier au sanctuaire et c'est la femme d'Hangan, Kaoyo, qui l'identifie. Quand la cérémonie se termine et qu'il se retrouve finalement seul avec Kaoyo, Moronō lui fait des avances mais elle le repousse.

Acte II, « Le scriptorium du temple Kenchōji ». Quand l'acte II est joué en kabuki, c'est souvent celui d'une ancienne version jouée par Ichikawa Danjūrō VII (1791-1859), et intitulée « Le scriptorium du temple Kenchōji ». Une représentation de l'acte II est extrêmement rare, et même lorsque la pièce est jouée « en entier » (tōshi kyōgen), cet acte est souvent exclu.

Les scripts bunraku et kabuki d'origine de l'acte II sont identiques, et l'histoire est la suivante : l'acte se déroule dans le palais du jeune daimyo Momonoi Wakasanosuke. Le chef de ses serviteurs, Kakogawa Honzō, bavarde avec les employés à propos de l'humiliation de leur maître par Moronō au temple Tsurugaoka la veille de la cérémonie. Même la femme d'Honzō, Tonase, et sa fille, Konami, en parlent. Ōboshi Rikiya, le fiancé de Konami, et le fils du chef des serviteurs d'Enya Hangan, Ōboshi Yuranosuke, débarque et annonce que Moronō a ordonné à Hangan et Wakasanosuke de se rendre au palais à quatre heures du matin afin de préparer la cérémonie pour le petit frère du shogun qu'ils devront amuser.

Wakasanosuke entend le message et jette tout le monde dehors sauf Honzō. Il parle alors des insultes qu'il a reçues et de sa volonté de se venger. Il décide de tuer Moronō demain même si cet acte téméraire et illégal entraîne la dissolution de sa maison. Étonnamment, Honzō, qui est plus vieux et plus sage, le prend en sympathie et, comme un symbole que Wakasanosuke doit aller au bout de ses désirs, coupe la branche d'un pin bonsaï. Il est une heure du matin et Wakasanosuke s'en va faire ses adieux à sa femme. Dès que son maître est parti, Honzō demande en urgence son cheval. Interdisant à sa femme et sa fille de divulguer ses intentions, il galope jusqu'à la demeure de Moronō pour empêcher ce qui serait un désastre à la fois pour son maître et pour la maison de son maître.

Acte III, scène 2, Matsu no rōka (« Le corridor des pins au palais du shogun »). C'est la scène qui scelle le destin d'Hangan. Offensé pour avoir été repoussé par Kaoyo, Moronō lance des insultes à Hangan, l'accusant d'être incompétent et d'être en retard à son poste. Hangan, dit-il, est comme un petit poisson : il n'est compétent que dans une petite source (son petit domaine), mais mettez-le dans une grande rivière (le palais du shogun), et il se cogne le nez contre le pilier d'un pont et meurt. Ne pouvant supporter les insultes plus longtemps, Hangan frappe Moronō mais, à son grand regret, ne parvient pas à le tuer car il est retenu par le serviteur de Wakasanosuke, Kakogawa Honzō.

Acte IV, scène 1, Enya yakata no ba (« Le seppuku d'Enya Hangan »). Hangan est condamné à se faire seppuku et son château est confisqué. Le facteur émotionnel de cette scène est la mort d'Hangan. Les préparatifs pour la cérémonie sont effectués. Il doit se tuer sur deux tatamis retournés, recouverts d'un drap blanc et qui ont de petits vases d'anis placés aux quatre coins. Les détails du seppuku sont précisément montrés : la première coupe a lieu sous la cage thoracique à gauche, la lame se dirige ensuite vers la droite, et finalement, une petite incision est faite vers le haut avant de retirer la lame. Hangan va cependant aussi lentement qu'il le peut car il veut être sûr que le chef de ses serviteurs, Yuranosuke, comprenne ses dernières volontés. Au dernier moment, Yuranosuke se précipite au chevet de son seigneur qui se meurt et qui lui dit qu'il veut être vengé de Moronō. Puis Hangan quitte ce monde en se coupant la veine jugulaire.

Acte IV, scène 2, Uramon (« La porte arrière du palais »). La nuit tombe et Yuranosuke, laissé seul, dit adieu au palais. Il tient la dague ensanglantée avec laquelle son seigneur s'est tué et la lèche comme pour affirmer qu'il respectera le dernier souhait de son maître. Le rideau se ferme et un joueur de shamisen entre par le côté de la scène, accompagnant la sortie de Yuranosuke le long du hanamichi.

Interacte, Michiyuki tabiji no hanamuko (Ochiudo) (« Les fugitifs »). Ce michiyuki ou « voyage-dansant » a été ajouté à la pièce en 1833 et est très souvent joué à part. La danse représente les amoureux, Okaru et Kanpei, qui sont en chemin vers la maison des parents d'Okaru dans les environs, après la mort d'Hangan. Kanpei était le serviteur qui accompagna Hangan au palais du shogun et il est maintenant coupable d'avoir failli à protéger son seigneur. Il désire se suicider pour expier son pêché, mais Okaru le persuade d'attendre. Le couple est alors surpris par le comique Sagisaki Bannai et ses hommes lâches. Ils travaillent pour le seigneur Moronō mais Kanpei les défait facilement et ils continuent leur route.

Acte V, scène 1, Yamazaki kaidō teppō watashi no ba (« Les coups de feu sur la route Yamazaki »). Bien qu'elles soient une partie périphérique de l'histoire, ces deux scènes sont très populaires à cause de leur excellente mise en scène et de leur action dramatique. Kanpei vit maintenant chez les parents d'Okaru et cherche désespérément à rejoindre la vendetta. Lors d'une nuit sombre et pluvieuse, nous le voyons à la chasse au sanglier. Entretemps, Okaru a accepté que son père, Yoichibei, la vende comme prostituée à Kyoto pour amasser de l'argent pour la vendetta.

Sur le chemin du retour du quartier des plaisirs de Gion avec la moitié de l'argent en espèces à titre d'acompte, Yoichibei est cependant assassiné et dépouillé par Sadakurô, le cruel fils de Kudayū, l'un des serviteurs d'Hangan. Sadakurō est vêtu d'un kimono noir austère et, bien que bref, son rôle est célèbre pour son sinistre appel au sang. Au même moment, Kanpei tire sur un sanglier mais le rate. Au lieu de cela, le tir touche Sadakurō qui meurt, des gouttes de sang jaillissent de la bouche de Sadakurō et tombent sur sa cuisse nue. Kanpei trouve le corps mais n'arrive pas à l'identifier à cause de l'obscurité. Croyant à peine à sa chance, il découvre l'argent à côté du cadavre et décide de le prendre pour le donner à la vendetta.